Courir — les corps monstrueux de Jean Echenoz

J’aime les livres d’Echenoz. Relecture ce printemps de 14 et des biographies romancées qu’il a consacrées à Ravel, Tesla et Zatopek.

Echenoz  se plaît à décrire les corps « monstrueux », empêtrés, hors du commun. Tesla le géant, Ravel le nain et Zatopek l’infatigable robot aux mouvements dégingandés

Zatopek, 4 titres olympiques et 18 records du monde. Jeux olympiques d’Helsinki : médaille d’or au 5000 mètres, 10 000 mètres et au marathon. Rien qu’en s’entraînant, Émile aura couru l’équivalent de trois fois le tour de la Terre. Excusez du peu, car au début, dans sa caserne, Il a horreur du sport, mais il va révolutionner la course de fond, inventer le sprint.  Son destin est plus grand que lui, c’est là que le texte d’Echenoz marque le coup, déploie  toute sa force. L’histoire d’un corps, un corps presque détaché de toute volition, voyez ce corps disloqué, ces jambes qui mordent littéralement la piste, mais il gagne :

Émile, on dirait qu’il creuse ou qu’il se creuse comme en transe ou comme un terrassier. Loin des canons académiques et de tout souci d’élégance, Émile progresse de façon lourde, heurtée, torturée, tout en à-coups. Il ne cache pas la violence de son effort qui se lit sur son visage crispé, tétanisé, grimaçant, continûment tordu par un rictus pénible à voir (…) Poings fermés, roulant chaotiquement le torse, Émile fait aussi n’importe quoi de ses bras. (…) Il donne en course l’apparence d’un boxeur en train de lutter contre son ombre et tout son corps semble être ainsi une mécanique détraquée, disloquée, douloureuse, sauf l’harmonie de ses jambes qui mordent et mâchent la piste avec voracité.

Observez ce corps flamboyant  se disloquer. Jeux olympiques de Melbourne, Émile, en fin de carrière, s’attaque une dernière fois au marathon. Il terminera sixième :

La mécanique cède d’abord dans les détails, un genou qui lâche un peu à gauche, une épine nerveuses dans l’épaule, l’amorce d’une crampe au jarret droit, puis rapidement les douleurs et les pannes se croisent, se connectent en réseau jusqu’à ce soit tout son corps qui se désorganise. (…) Il est reparti n’étant plus qu’un pantin désarticulé, foulée cassée, corps disloqué, regard éperdu, comme abandonné par son système nerveux.

Voir aussi ce corps brimé par l’état totalitaire, l’appui d’Émile au Printemps de Prague, qui n’était pas d’érable, et sa fin heureuse… comme archiviste.

Qui a dit que littérature et sport ne faisaient pas bon ménage?

________________________________

Jean Echenoz, Courir, Éditions de Minuit, 2008, 141 p.

Posted in Corps, Recommandation de lecture | Tagged , | Leave a comment

Lecture joyeuse des finalistes au Prix du Club des irrésistibles 2012

Le Club des Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal remettra son prix annuel le 22 avril prochain.

Cinq titres sont en lice :

1- La Liste de mes envies, de Grégoire Delacourt (JC Lattès, 2012)
2- Le Poids du papillon, d’Erri De Luca (Gallimard, 2009, 2011)
3- Le Cas Sneijder, de Jean-Paul Dubois (de l’Olivier, 2011)
4- Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan (JC Lattès, 2011)
5- La Délicatesse, de David Foenkinos (Gallimard, 2009)

Ça tombe bien, je les ai tous lus et j’en ai proposé des lectures disons joyeuses, parfois, oh misère, emphatiques, sur le portail du Club qui n’est pas le lieu idéal pour l’éreintement. Pourtant, il y en a peu que je relirais. Mon critère pour l’élagage de mes collections et la gestion de l’espace : potentialité de relecture ou de prêt à un ami lecteur, je conserve; histoire d’un soir, direction recyclage.

Relu dernièrement Le poids du papillon d’Erri de Luca et Le cas Sneijder de Jean-Paul Dubois(question de revisiter l’Île des Soeurs et la folie).

Petite déception : aucun roman québécois dans la liste. Il y avait quand même Les Amazones de Josée Marcotte dont j’ai proposé une lecture un tantinet délirante sur le blogue de François Bon dans le cadre des Vases communicants : Recette pour lire les Amazones de Josée Marcotte avec son tableur Excel, Antidote et autres bidules du même tonneau. Il y avait aussi Vézina, mon pote, sa Molly : Molly Galloway : Gloire aux vaincus, par Denis Vézina. Et côté poésie, l’immense : « Un drap. Une place. » de Maude Smith Gagnon – La perfection formelle du raisin mou » .

Mes lectures des finalistes proposées sur le portail du Club en 2012 :

_____________________

Vous dire d’abord que j’ai été un peu estomaqué en découvrant que le roman de Dubois s’ouvrait sur une scène où « il pleuvait des oiseaux » (1)… Ça pourrait lui porter chance pour la remise du prix des Irrésistibles 2012 (2)… J’ai toujours un grand plaisir à lire les romans de Dubois (j’ai tout lu). J’aime ses obsessions, ses redites, ses enfants qui sont toujours monstrueux et ses compagnes aussi, un peu… Le personnage principal du roman est le rescapé miraculeux d’un « accident » d’ascenseur. Il y perdra sa fille. Son comportement est un peu chamboulé par l’événement : il se met à compulser des livres et des revues sur les ascenseurs ; abandonne son boulot à la SAQ pour devenir promeneur de chiens; devient ami avec l’avocat représentant l’assureur de la compagnie d’ascenseur fautive ; nourrit une profonde indifférence envers sa compagne qui le trompe avec un bel Ontarien, etc. À lire, pour sourire et maudire. C’est la version du XXIe siècle de Vol au dessus d’un nid de coucou. Quand on se demande de quel côté sont vraiment les fous ?

(1) Jocelyne Saucier, Il pleuvait des oiseaux, Les éditions XYZ, 2011.

(2) Note avril 2013 : remarque prémonitoire quand même

_____________________

L’auteure reconstruit la vie de sa mère, ses dépressions et sa mort lente. Écrit avec sobriété, sans complaisance ni sentimentalité. Sur le thème de « Famille je vous hais / je vous aime », avec vos incestes, vos vies détruites, vos envies de façonner l’autre et de le dominer, vos aveuglements et vos folies. Le récit de la douleur et de son dépassement.

_____________________


Il traînait sur une table dans ma bibliothèque de quartier. Le titre m’a interpellé. La Délicatesse. J’avais un vague souvenir de l’avoir vu passer sur le fil de presse du Club des Irrésistibles. Je l’ai rapidement examiné. Un livre qui porte en exergue une citation de Cioran m’intrigue toujours, surtout lorsqu’il s’agit d’un « roman d’amour ». Je l’ai lu, d’un trait, sourire aux lèvres. J’ai dès le début du récit été impressionné par la précision du tir, le ton, l’ambiance, les phrases courtes qui portent.

L’incipit : « Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. À vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une promesse. Elle aimait rire, elle aimait lire. Deux occupations rarement simultanées puisqu’elle préférait les histoires tristes. » Voilà ce qui s’appelle bien camper un personnage. Une histoire qui commence, de façon un peu banale, la rencontre fortuite de deux êtres, l’amour, le mariage… Et ça nous tombe dessus comme on échappe un œuf à terre, le mari est terrassé par une voiture et rend les armes quelques heures plus tard… La suite est vraiment désopilante. Histoire de la rencontre de la Nathalie avec un de ses employés, un Suédois, qui nous fait d’abord l’effet d’un chien dans un jeu de quilles et qui finit par nous réjouir et la séduire avec son sens de la répartie, son humour, ses involontaires envolées poétiques, ses gaucheries et ses angoisses. Un réaliste de la passion amoureuse : « […] on a toujours cinq minutes de retard sur nos conversations amoureuses ». Drôle. À lire à la tombée des jours couleur de cendres.

Note avril 2013 : L’adaptation cinématographique avec Audrey Tautou dans le rôle de la veuve éplorée serait un four, dit-on.

____________________

Un court roman. Ça se lit entre la poire et le fromage. Petit traité ludique sur le bonheur qui, comme chacun sait, depuis Aristote et son Éthique à Nicomaque ne réside pas dans les extrêmes, mais dans la médiété.

Un petit futé du marketing littéraire, Grégoire Delacourt. Son roman puise dans la possible liste de vos propres envies et de vos ennuis.

Son héroïne ne paie pas de mine, elle tient un blogue et une mercerie (oups, zeugme involontaire) qui battent un peu de l’aile, a épousé le mauvais garçon, car elle n’a jamais eu le courage de ses désirs. On en rajoute un peu pour attendrir le lecteur : elle a été témoin à 17 ans de la mort de sa mère, son père est un tantinet absent et son mari est violent, mais elle l’aime malgré tout, malgré sa sauvagerie. Un gain de 18 millions d’euros va lui permettre de réfléchir à la mise à jour de ses envies. La conquête de l’autonomie d’une femme pétrifiée dans l’abnégation, soumise et quand même heureuse de l’être.

Si vous aimez lire une histoire un peu convenue, réfléchir sur le bonheur sans trop vous tracasser et les fins heureuses, c’est le bon livre. C’est honnête, comme on dit d’un vin moyen, ça soûle, même, un peu.

Note avril 2013 : Un peu baveux, mon truc quand même.

___________________

Cessez toutes activités et plongez dans ce roman. Pour apprécier le poids du monde, de la vie et peut-être aussi de toutes formes de chavirement, d’emportement. Pour aller à la rencontre de l’autre, car « celui qui est seul est moins qu’un » – citation tirée de Montedidio (Éditions Gallimard, 2001, 2002), autre incontournable du même auteur -.
Erri de Luca, à son meilleur. Il s’envole encore et nous emporte avec lui.

Note avril 2013 : D’un kitsch absolu… mais je me pardonne, c’est mon préféré ;-)

Posted in Recommandation de lecture | Tagged , , , , , | Leave a comment

Perdre la marge à suivre avec Josée Marcotte: « Les mots sont verbe »

Elle apocalypse de nouveau. Elle boulivresque avec ses fragmensonges. Beau et grand saccage du langage : elle a de la ruine dans les idées. Elle est de retour, surgit, au détour des mots. Elle ruine-babines les décombres. Elle âme entre les lignes et rame entre les mots-fleuves.

Elle perd la marge à suivre. C’est la fête :

Face à ton refus, j’apocalypse, je résiste toute en boule de toi, je pense, je me concentre, et, alors, j’y arrive une seconde : je début, je milieu, et je fin. Je conte et je décompte les je d’un récit qui m’échappe. Je suis Princesse Apocalypse. J’ai l’imachination à la cuisse légère, j’ai la fin rancunière, j’ai la fin virtuelle.

(J’haine jusqu’à plus boulivresque.)

(…)

Et je m’obstine, je reste, je ruines. Et je ruine-babines les décombres. Et je fin. Trop de fins. Trop de choix. Je chaque fois, dans la machination, l’imagination. Dans ce lieu, j’imachine. Tous ces imaginaîtres où j’imaginêtre. Trop de mots compliqués. Je répète. Je reste. Pour la suite. Jusqu’où?

(J’ai de la ruine dans les idées)

(…)

Il faut bien continuer, ça je sais faire, alors je poème, je figure cachée,  j’âme entre les lignes, et je rame entre les mots-fleuves.

(…)

oh que de fragmensonges en ton nom

(Ma rêverie m’apparaît plus réelle que le réel)

(…)

(les mots ne seraient-ils que des verbes?)

(…)

Et si j’avais le verbe, je romprais, je multiplierais.

_________________________

Josée Marcotte, «Les mots sont verbe» in Poèmes du lendemain 21, Écrits des Forges, 2012.

Mention Prix Piché de Poésie de l’Université du Québec à Trois-Rivières (2012)

Posted in Poésie, Recommandation de lecture | Tagged | Leave a comment

14

Un roman jubilatoire sur la « der des der » : la guerre de 14-18, celle qui ne devait durer que 15 jours. Facile, la guerre : « Si quelques hommes meurent à la guerre, c’est faute d’hygiène. Car ce ne sont pas les balles qui tuent, c’est la malpropreté qui est fatale et qu’il vous faut d’abord combattre. Donc lavez-vous, rasez-vous, peignez-vous et vous n’avez rien à craindre ». La belle affaire ! Ironie echenozienne : neuf millions de personnes sont mortes durant ce conflit.

Coup de génie de Jean Echenoz qui nous la reconstitue, totale, en 124 pages, de l’intérieur, telle que sentie à hauteur d’homme. C’est raconté du point de vue de cinq gars du bon peuple – un comptable, un sous-directeur d’usine, un bourrelier, un équarisseur, un boucher – et de Blanche qui attend, enceinte, le retour de deux d’entre eux qu’elle aime. Tout y passe : l’allégresse patriotique des débuts, les marches sans fin vers l’ennemi, les tranchées, les premiers avions, les obus, l’utilisation des gaz lacrymogènes, les poux, les rats, les corps abîmés, déchirés.

L’horreur, mais on sourit tout du long. Tout est dans le style. Il joue de l’énumération insolite pour notre plus grand plaisir. Tentative d’épuisement d’un lieu laissé à l’abandon par l’ennemi :

« Les rues désertes étaient jonchées de choses diverses et dégradées : on pouvait trouver là, par terre et qu’on ne ramassait pas souvent, des cartouches non tirées laissées par une compagnie momentanée, du linge épars, des casseroles sans poignée, des flacons vides, un acte de naissance, un chien malade, un dix de trèfle, une bêche fendue. »

Echenoz veut décrire la débrouillardise de l’affamé ? Un tableau surréaliste et un tantinet burlesque fait le travail :

« Il arriva même que, poussés par la faim, techniquement assistés par Padioleau qui retrouvait plaisir à exercer sa vocation bouchère, Arcenel et Bossis taillassent quelques côtes à même un bœuf vivant, sur pied, le laissant ensuite se débrouiller tout seul ».

Et c’est patiné d’un imparfait du subjonctif.

À lire pour le roulis de la phrase syncopée, jazzée, pour ses tournoyantes ellipses et le regard détaché, cinématographique et glacé que pose Echenoz sur la première guerre industrielle et sur la modernité.

—-

Ce billet a d’abord été proposé aux lecteurs du Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal et repris par le portail des médiathèques du Pays de Romans (c’est ici)

Posted in Recommandation de lecture | Tagged | Leave a comment

La légende du saint buveur, par Joseph Roth

Il est itinérant, couche sous les ponts de Paris. Un homme d’honneur. Sa vie sera chamboulée lors de la rencontre d’un bon diable qui lui prête 200 francs pour lui permettre de profiter un peu de la vie. Une condition : il doit s’acquitter de sa dette en la remettant, au bénéfice de la petite sainte Thérèse de Lisieux, au prêtre qui officie à l’église de Sainte-Marie-des-Batignolles. De coups de chance en rencontres fortuites, il finira par s’extraire de son état d’homme de rien.

Mais il ne sait pas, le pauvre, que les désirs sont comme des tonneaux de Danaïdes : sans fond. Il ne se doute même pas que c’est la Mort qu’il a croisée sous les ponts, elle lui a frôlé l’épaule, comme dans la légende arabe de la mort à Samarcande. Rien ne sert de fuir la mort, elle vous a donné rendez-vous au lieu même où vous fuyez. Dans les bras de la petite Thérèse. Le dernier écrit de Joseph Roth : La légende du saint buveur. Amère ironie de la vie.

Posted in Recommandation de lecture | Tagged | Leave a comment

Une semaine de vacances

Lecture du soir : Une semaine de vacances. Variation sur un même thème : L’inceste, récit publié par Christine Angot en 1999, et qui avait fait grand bruit. Je sais que les clans sont bien partagés en ce qui concerne ce texte : on adore ou on déteste. Je suis peu porté sur les clans, mais je tiens ce récit pour un fort texte, une histoire horrible, mais parfaitement menée, d’un souffle glacial, avec des descriptions minutieuses, cliniques, des gestes de l’infamie, des gestes de la domination tant physique que psychique d’un père sur sa fille. La littérature à l’estomac, à grands coup de poignards. Le personnage du père m’a rappelé Maximilien Aue, le nazi lettré et cultivé, dans Les Bienveillantes de Jonathan Littell. Deux êtres qui partagent, somme toute, la même conception du Monde et pratiquent la même violence.

Posted in Recommandation de lecture | Tagged | Leave a comment

Lire l’infraordinaire dans « Quatre soldats » d’Hubert Mingarelli

Notes de lecture. Mingarelli et Pons.

Je termine, soufflé, Quatre soldats de Mingarelli. La force de l’écriture et de l’amitié. Année 1919, quatre soldats de l’Armée rouge se cachent dans la forêt en fuite devant les Roumains. Ils attendent, assiégés. Pensée pour Dino Buzzati, Le Désert des Tartares (1949). Pas de grands fracas, un style épuré. Déploiement des phrases dans toute leur simplicité : sujet, verbe, complément, punto. Le texte tourne autour de scènes répétitives de l’infraordinaire  : boire du thé, fumer une clope, jouer aux dés, se baigner dans un étang, caresser une montre, pêcher un poisson avec sa gamelle. Craindre la mort, chasser l’ennui, marcher dans la nuit et toujours poser les mêmes gestes qui les unissent, donnent sens à leur vie et à l’espace habité. Ils ne savent pas lire, mais ils vivent dans l’espérance que le gamin enrôlé qui les accompagne grave  leurs plus beaux gestes dans son Carnet d’écrivain.

Peine perdue :  « le ciel est sans fin (…) et il n’y a pas les mots ».

Une pensée aussi pour Maurice Pons, son roman Les saisons (1965), pour la figure un peu amochée de l’écrivain et le rapport de la littérature à la déliquescence et la mort. Inutilité de l’écrivain et de la littérature. Ce qui les rend si précieux.

Posted in Recommandation de lecture | Tagged , | Leave a comment

Samedi popotin : « Grande école » par Clément de Gaulejac

Samedi popotin fait relâche demain. Je déménage mes pénates.

J’y vais quand même de ma petite recommandation de lecture de la semaine.

Clément Gaulejac : Grande École, Le Quartanier, 2012, 23,95$ (papier)

Pas le temps de m’étendre sur le sujet, mais je vous propose une appréciation à la Gildor Roy pour faire plaisir à patate poil poulette : « j’ai vraiment adoré ! » ;-)

Sinon, pour un peu plus de contenu sur le comment c’est construit et pourquoi ça vaut le détour, je vous recommande la critique de l’Oreille tendue : Pas de côté.

___________________________________________

J’attaque la quincaillerie des jeunes. Un carton devrait suffir.

Posted in Articles ménagers, Recommandation de lecture, Samedi popotin | Tagged , , , | Leave a comment

Vous avez détesté « Cinquante nuances de gris », vous allez aimer « Le reflet de la glace » de Geneviève Drolet

Autre samedi popotin à lire un roman québécois. Cette fois-ci, j’ai attaqué Le reflet de la glace de Geneviève Drolet, l’équilibriste et bête de cirque. Dur, direct, sombre. Autour du sexe, l’amitié, l’amour et la mort. La part maudite au complet dans un condensé de 160 pages.

Une jeune fille perd ses parents emportés avec leur motoneige dans l’eau glacée d’une rivière. Recueillie par sa jeune tante, elle découvre lentement la sexualité, disons par une sorte de mimétisme sonore. Une sexualité teintée de morbidité, de culpabilité et de sado-maochisme. En amour avec l’Un (L’Amoureux), elle couche avec l’Autre, le Voisin, l’ami de l’Un. Ils font tout de sortes de trucs que je ne décrirai pas ici, me sachant aussi lu par de jeunes âmes sensibles.

Tous les personnages l’approchant finissent, reflets de la glace, par toucher la mort. Vous avez détesté «Cinquante nuances de gris », vous allez aimer ce bouquin. Petites imperfections ici et là (des ellipses à vous donner un léger tournis), mais on lui pardonne à la jeune équilibriste, elle a du souffle, une plume bien acérée et une oeuvre devant elle.

J’ai lu les premiers chapitres de Fifty shades machin, l’été dernier, (pour améliorer mon vocabulaire anglais et ma connaissance du sado-masochisme), mais j’ai laissé s’engloutir le livre dans le no man’s land numérique de mon Kindle, tellement c’était d’un ennui profond et peu utile pour le renforcement de mes fondations linguistique et sexuel. J’ai aussi abandonné mon Kindle à pitons et fait l’acquisition d’une tablette Nexus. ;-)

Résolution de l’année : lecture d’un livre québécois par semaine, le samedi de préférence. Un samedi popotin. Encore des résolutions… On verra. Le prochain sur ma liste, Grande École de Clément de Gaujelac…

Si vous avez des recommandations de lecture à me faire, n’hésitez pas.

Et on ajoute une catégorie : Samedi popotin


Geneviève Drolet, l’auteure.

Posted in Recommandation de lecture, Samedi popotin | Tagged , , | Leave a comment

Molly Galloway : Gloire aux vaincus, par Denis Vézina

Merveilleux premier samedi de 2013, le popotin bien calé dans mon fauteuil, je me suis farci tout du long la saga de Molly Galloway du Montréalais Denis Vézina. Je me suis fait raconter toute une histoire et un bout pas joyeux de notre Histoire d’Amérique : la domination du clergé au Québec, le racisme, l’esclavage et la ségrégation. La conquête de la liberté de Molly (féministe avant l’heure) et des Noirs.

On y suit les années d’apprentissage de Molly, neuf ans, qui doit en 1847  – famine généralisée – fuir l’Irlande vers le Québec.  Elle laisse derrière elle père et mère et s’engage dans une véritable course poursuite pour la liberté, la sienne, celle de son amoureux et celle des esclaves noirs américains. Visitez L’Institut canadien de Montréal, rencontrez John Brown et Harriet Tubman (deux abolitionnistes majeurs). Empruntez, à vos risques et périls « le chemin de fer clandestin ». Écoutez bien Jaze, l’amoureux de Molly, ressusciter, de ses mains agiles et jazzés, la tragique bataille de Harpers Ferry. Les débuts de la Guerre de Sécession.

Un récit d’aventure, de libération, d’amour, de cape et mousquets. Un récit historique enlevant, époustouflant, haletant, ! « La peur de nos ombres se jeta sur l’ombre de nos peurs ». Dans la tradition des grands feuilletons.

Réminiscences. Ça m’a rappelé ma lecture, hors du monde, des grands romans de mon adolescence : Le comte de Monte-Cristo, Les trois mousquetaires (Molly le lit), Autant en emporte le vent, Les Misérables et aussi, beaucoup, Racines. Des livres qui ont fait de moi un jeune révolté et un passionné du livre… Ça commence bien une vie. Faites circuler.

Allez, à vos casseroles, tous! ;-)

Ce texte a aussi été soumis au Club des irrésistibles des Biblothèques de Montréal pour parution le 18 janvier 2013.

___________________

Une version numérique « augmentée » (comprenant de nombreux documents d’appoint) est aussi disponible sur le portail web des Bibliothèques de Montréal : Mille vies. Mais, à mon avis, rien ne vaut la version numérique complète qu’on trimbale sur sa tablette numérique, le web à portée d’une main, un bon café chaud dans l’autre.

L’auteur : Denis Vézina

Posted in Recommandation de lecture, Samedi popotin, Société | Tagged , , , | 1 Comment