Lire des romans québécois au temps du coronavirus

L'inconvénient

Le magazine L’inconvénient consacre, dans son dernier numéro (80), un dossier à la littérature québécoise de langue française. : Les 20 meilleurs romans québécois du nouveau siècle.

Que faire? Les bibliothèques et les librairies sont fermées. Facile! Osez numérique sur les sites de BAnQ et des Bibliothèques de Montréal. Certains titres ne sont pas disponibles sur ces sites mais vous pouvez vous les procurer en format numérique ou papier sur le site des Librairies indépendantes.

Pour celles et ceux qui ne seraient pas déjà abonné.e.s aux Bibliothèques de Montréal, vous pouvez maintenant le faire en ligne. Suivez le guide. Pour BAnQ, c’est .

Para servir!

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Suzanne Jacob, Rouge, mer et fils. BAnQ,  Bibliothèques de Montréal.

Nelly Arcan, Putain. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Michael Delisle, Dée. Non disponible en format numérique. Les librairies indépendantes (papier, format poche).

Lise Tremblay, La héronnière. Non disponible en format numérique. Les librairies indépendantes (papier, format poche).

Nicolas Dickner, Nikolski. BAnQBibliothèques de Montréal.

Yvon Rivard, Le siècle de Jeanne. Les librairies indépendantes. (édition numérique).

Hervé Bouchard, Parents et amis sont invités à y assister. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Dominique Fortier, Du bon usage des étoiles. BAnQBibliothèques de Montréal.

Catherine Mavrikakis, Le ciel de Bay CityBibliothèques de Montréal.

Julie Mazzieri, Le discours sur la tombe de l’idiot.  Les librairies indépendantes (papier, format poche).

Danny Laferrière, L’énigme du retour. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Louis Hamelin, La constellation du Lynx. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Perrine Leblanc, L’homme blanc. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Maxime Raymond Bock, Atavismes. BAnQ.

François Blais, Document 1. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Andrée A. Michaud, Bondrée. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Patrick Nicol, La nageuse au milieu du lac. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Dominique Garand, Florence, reprise. Les librairies indépendantes (papier).

Éric Plamondon, 1984.  La trilogie : Mayonnaise, Hongrie-Hollywood Express et Pomme SBAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Marie-Claire Blais, Le cycle Soifs. Quelques titres disponibles. BAnQ, Bibliothèques de Montréal.

Référence :

L’inconvénient, Montréal (Outremont), no 80, 2020, 80 pages.

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Bateaux : le poids de l’image

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Là où les nouveaux romanciers d’aujourd’hui ne voient le salut que dans le travail sur l’image – c’est à qui fournira la métaphore la plus audacieuse, la comparaison la plus originale – Sagan livre un récit aussi dépourvu d’effets qu’un roman de Simenon. Philippe Didion, 26 janvier 2020

Lecture du premier roman de Philippe Besson, : En l’absence des hommes. Je croise l’extrait qui suit. Un peu ampoulé, mon neveu, avec un clin d’œil à Rimbaud à la clef. Clichés. Les joies et les tourments de l’amour en bateau. Un bateau saoul.

Cette chambre est un navire. Un navire à bord duquel nous naviguons, sur des mers calmes ou déchaînées, à la recherche de rivages paisibles ou accidentés. Il y a des soleils impressionnants et puis des coups de sirocco. Il y a des étendues d’eau à perte de vue et puis, brusquement, la côte. Il y a ce roulis incessant, qui nous berce ou nous secoue, qui nous accompagne toujours. Nous sommes des marins égarés, à bord d’un bateau ivre.

Accouplement en prime, à  l’instar de l’Oreille tendue, un extrait de cette chanson de Richard Desjardins qu’une amie espagnole écoute en boucle pour approfondir ma personnalité et la parlure québécoise.

Du bon stock :

T’es tellement tellement tellement belle
Un paquebot géant
Dans chambre à coucher
Je suis l’océan
Qui veut toucher ton pied.

Références :

Besson, Philippe, En l’absence des hommes, Julliard, 2011, (édition numérique)

Desjardins, Richard, Tu m’aimes-tu, tiré de l’album éponyme, 1990.

Didion, Philippe, Notule dominicale de culture domestique, 26 janvier 2020 – 866

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Le sacrificiel et l’oblatif

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Un «aphorisme» de Cioran : «sacrificiel et oblatif» Beurk.

«V., me coupe-t-il d’un ton grave, G. est un artiste, un très grand écrivain, le monde s’en rendra compte un jour. Ou peut-être pas, qui sait ? Vous l’aimez, vous devez accepter sa personnalité. G. ne changera jamais. C’est un immense honneur qu’il vous a fait en vous choisissant. Votre rôle est de l’accompagner sur le chemin de la création, de vous plier à ses caprices aussi. Je sais qu’il vous adore. Mais souvent les femmes ne comprennent pas ce dont un artiste a besoin. Savez-vous que l’épouse de Tolstoï passait ses journées à taper le manuscrit que son mari écrivait à la main, corrigeant sans répit la moindre de ses petites fautes, avec une abnégation complète ! Sacrificiel et oblatif, voilà le type d’amour qu’une femme d’artiste doit à celui qu’elle aime.
— Mais Emil, il me ment en permanence.
— Le mensonge est littérature, chère amie ! Vous ne le saviez pas ?»

Vanessa Springora, Le consentement, Grasset, 2020, (édition numérique)

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Penser le présent

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Avec un peu de retard dans mes lectures, je découvre que Finkielkraut n’est ni de gauche, ni de droite, ni réactionnaire, ni conservateur.

Il se définit comme un penseur du présent.

Ainsi, il est contre le mariage pour tous. Il est un défenseur des «invariants anthropologiques» (critique de la théorie des genres). Il s’insurge contre l’immigration «massive», il craint la perte de la fameuse identité française. Il angoisse face à la fin éventuelle de notre civilisation judéo-chrétienne. Il défend Renaud Camus (Le grand remplacement). Il assimile toute la gauche à des islamo-gauchistes… Internet est une poubelle. Le français : le niveau baisse. Il promeut la fameuse «galanterie française». C’était mieux avant.

Il pense le présent…

Heureusement, madame de Fontenay lui tient bien tête, sauf que Finkielkraut a plutôt tendance à éluder ses critiques.

Finkielkraut est davantage un rhéteur qu’un penseur.

Un érudit toutefois, il nous cite Pic de la Mirandole pour élaborer sa pensée.

Référence :

Élisabeth de Fontenay et Alain Finkielkraut, En terrain miné : une amitié conflictuelle, Stock, correspondance échangée entre septembre 2016 et juin 2017, 2017, 265 p.

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Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz : l’art de l’incise

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L’oeil de lynx de l’Oreille tendue avait bien cerné l’art de l’incise chez Echenoz. Ici et .

Echenoz se surpasse dans l’extrait que je sous-transcris, et qui comporte un joli concentré d’incises fort bien équilibrées.

Le contexte. La énième femme de Frank Terrail, Nicole Tourneul, a été enlevée. Frank est bouleversé, il n’y peut rien, mais il en pince plutôt pour sa belle-fille, Louise Tourneul.

Je souligne pour les mal-voyants.

C’est très embarrassant, synthétise Pannone pendant que l’autre s’est remis à beugler. C’est surtout que c’est la fille de Nicole, quand même, hésite-t-il encore à rappeler, voyez-vous. Je sais, gémit Terrail en extrayant un Kleenex froissé de la poche de sa robe de chambre. Je sais bien, tu sais, se mouche-t-il avec force. Je sais, chuchote-t-il humidement encore. N’y peux rien. Plus fort que moi.

Voir aussi :

Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz : que faire avec les chaussettes trouées?

et

Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz : l’art du portrait

Jean Echenoz, Vie de Gérard Fulmard, Les Éditions de Minuit, 2020, 240 p. (édition numérique)

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Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz : que faire avec les chaussettes trouées?

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Angoisse existentielle : la gestion des chaussettes trouées.

«Je m’y suis donc mis mais en me dévêtant j’ai observé que l’une de mes chaussettes, la gauche, était trouée autour du gros orteil.

Or que faire en pareille conjoncture ? Eh bien dans ce cas, plusieurs options et sous-options se présentent. On peut jeter les deux chaussettes et se priver ainsi de celle qui n’est pas trouée, ce qui est dommage. On peut aussi ne jeter que la trouée – ou la recycler comme chiffon – et conserver l’intacte en vue d’un réassortiment. Il s’agira d’attendre alors qu’une autre chaussette se troue dans une autre paire, de récupérer l’intacte et, par l’adjonction de l’intacte ancienne, reconstituer une paire en état de marche. C’est plus économique mais ce n’est pas moins aléatoire : cela suppose que l’état d’usure des deux chaussettes intactes soit analogue et qu’en même temps celles-ci soient de même longueur, couleur et matière – coton, laine, fil d’Écosse, soie, cachemire ou lin –, cela dit en toute hypothèse car pour ma part je me cantonne été comme hiver à la viscose. »

Jean Echenoz, Vie de Gérard Fulmard, Les Éditions de Minuit, 2020, 240 p. (édition numérique)

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Vie de Gérard Fulmard de Jean Echenoz : l’art du portrait

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L’art du portrait chez Echenoz : «clientèle à boyaux fortunés», «brève espérance de lit» et «amant à péremption plus tardive». Enfin, je vous mets la citation au complet.

«Enfant unique du professeur Patrick Lopez – gastroentérologue à Sèvres, clientèle à boyaux fortunés, doyen de l’Académie de médecine, lauréat du prix Shanti Swarup Bhatnagar – et de Geneviève Lopez née du Gavial – présidente de la Fédération des comités familiaux œcuméniques –, la jeune Dorothée s’est précocement fait remarquer par une vive indépendance de pensée. Mettant le plus tôt possible un terme à ses études, après six semaines d’École du Louvre en auditrice libre elle a choisi de s’orienter vers une carrière de star, destin qui cependant ne se décide pas comme ça. Figurant d’abord dans quelques spots publicitaires – Moulinex, Ultrabrite, Lactel –, elle a déniché diverses panouilles dans le milieu cinématographique rose avant d’obtenir un vrai rôle, enfin, dans un téléfilm normal, sa part de dialogues étant hélas réduite après montage à ces mots : « Ah bon ? Deux mois ? ». Son engagement artistique semble s’être ensuite effrangé, cédant la place à une consommation accélérée d’hommes plus ou moins jeunes, tous dotés d’une très brève espérance de lit en attendant de trouver mieux, ce mieux étant un amant à péremption plus tardive qu’elle suivra aux îles Baléares.»

Jean Echenoz, Vie de Gérard Fulmard, Les Éditions de Minuit, 2020, 240 p. (édition numérique)

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La goûteuse d’Hitler : le poids de la comparaison et de la métaphore

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La goûteuse d’Hitler est en lice pour le Prix du club des irrésistibles 2020 des Bibliothèques de Montréal.

Pour un résumé du déroulement du récit vous pouvez consulter le compte-rendu de Marie-Anne Poggi.

Ce roman n’est pas mon préféré. Outre que le récit traîne en longueur, j’ai été agacé par les nombreuses comparaisons et métaphores animales qui jonchent le récit. Elles ne sont pas toujours judicieuses ou versent parfois carrément dans un ridicule anthropocentrisme.

Pleurer comme des crocodiles rassasiés :

J’ai senti ma poitrine se serrer. La jeune fille couperosée a enfoui son visage dans ses mains, étouffant ses sanglots. « Arrête », a dit entre ses dents la brune à côté d’elle, mais à présent les autres pleuraient toutes comme des crocodiles rassasiés. Un effet de la digestion ? Allez savoir. 

Le coq et les grenouilles sombrant dans le sommeil

Le deuxième jour de ma vie de goûteuse, je me levai à l’aube. Le coq avait chanté et soudain, les grenouilles s’étaient tues, comme si elles avaient sombré toutes ensemble dans le sommeil.

Le choeur des oiseaux, leur chorégraphie, leur percée d’inconscience :

Je m’étais prise au jeu de déchiffrer dans le chœur des oiseaux un thème musical et dans leur vol une chorégraphie exécutée pour moi seule, pour ce moment enfin venu qui ressemblait à l’amour tel que je l’avais attendu adolescente. Un oiseau sortait du groupe, piquant seul et fier comme s’il voulait plonger dans la Spree, il effleurait l’eau de ses ailes déployées et remontait aussitôt : ce n’avait été qu’un désir soudain de fuir, une percée d’inconscience, un geste impulsif né dans l’ivresse de l’euphorie. Et cette euphorie, je la sentais crépiter dans mes mollets.

Quand les poules, les oiseaux et les abeilles vous donnent la migraine :

Les lueurs de l’aube avaient reflué comme le ressac, dépouillant le ciel matinal maintenant pâle, exsangue. Les poules s’ébrouèrent, les oiseaux pépièrent et les abeilles bourdonnèrent contre cette lumière à vous donner la migraine, mais le grincement d’un véhicule qui freinait leur imposa le silence.

Les moustiques qui s’acharnent «peut-être» sur Hitler :

Mais nous savions qu’Hitler était là, qu’il dormait tout près, et qu’en été il se débattrait peut-être dans son lit en essayant de tuer les moustiques qui troublaient son sommeil ; lui aussi s’acharnerait peut-être sur les cloques rougies, gagné par les envies contradictoires que suscite la démangeaison : vous avez beau ne pas supporter le chapelet de boutons sur votre peau, l’intense soulagement que vous éprouvez à vous gratter contredit votre envie de guérir. 

Dociles comme des vaches en apnée :

Arrivées à Krausendorf, devant l’école en briques rouges transformée en caserne, on se mit en marche les unes derrière les autres, en bon ordre. On traversa le hall, aussi dociles que des vaches, dans le couloir les SS nous arrêtèrent, nous fouillèrent. C’était odieux de sentir leurs mains s’attarder sur nos hanches, sous nos aisselles, et ne rien pouvoir faire, sinon rester en apnée.

Une secrète toile d’araignée :

En classe, j’avais cherché une fissure dans le mur, une toile d’araignée, quelque chose qui puisse m’appartenir comme un secret. Mes yeux avaient erré dans la pièce, qui semblait immense ; puis j’avais remarqué qu’il manquait un bout de plinthe et m’étais sentie rassurée. 

Une tête de serpent qui donne du relief à des bottes :

Vous complotez ? » Il était chaussé de bottes énormes, parfaites pour écraser une tête de serpent.

Précision du geste pour décapiter la tête des fourmis :

Voilà ce qu’a été mon enfance : les vitres embuées des fenêtres qui donnaient sur Budengasse, les tables de multiplication apprises par cœur de façon précoce, le trajet à pied pour l’école dans des chaussures trop grandes puis trop petites, les fourmis décapitées entre deux ongles, […]

La poule gémit, accouche dans la douleur et expie ses péchés :

Je me demandais si la [les poule] gémissait parce qu’elle avait mal, si la condamnation à accoucher dans la douleur pesait sur elle aussi et quel péché elle devait expier.

Des oies perplexes, une cigogne qui prie et pour compléter le portrait, des branches souffreteuses :

Des troncs graciles, filiformes, des branches souffreteuses, des tuiles envahies de mousse, des oies perplexes derrière les grillages, des femmes aux fenêtres et un homme à vélo qui ôta son chapeau pour me saluer sans cesser de pédaler, alors que je courais et l’ignorais. Sur un poteau électrique, un nid. La cigogne pointait son bec vers le ciel, en prière aurait-on dit – elle ne priait pas pour moi.

Des grenouilles atteintes de folie :

J’ignore depuis combien de temps il était là. Cette nuit-là, les grenouilles semblaient atteintes de folie. Dans mon sommeil, leur coassement incessant était devenu le remue-ménage des habitants de l’immeuble dans l’escalier qu’ils descendaient quatre à quatre, un chapelet à la main, les vieilles ne savaient plus à quel saint se vouer, ma mère désespérait de convaincre mon père de se réfugier à la cave, la sirène hurlait et lui se tournait de l’autre côté, tapotait son oreiller et y replongeait la joue.

Un chien débonnaire, mais sournois :

Nous n’avions pas eu cette intimité, lui et moi, nous avions été séparés trop tôt. Je ne mettrais peut-être jamais mon corps au service d’un autre, de la vie d’un autre. Gregor m’avait privée de cette possibilité, il m’avait trompée. Comme un brave chien débonnaire qui se retourne contre vous sans prévenir. Depuis combien de temps ne sentais-je pas ses doigts sur ma langue ?

L’insurrection des insectes :

Le fourmillement d’insectes sous la peau devint une insurrection. Elfriede et moi avions mangé le potage et ce succulent gâteau.

Remède pour soigner les insomnies d’Hitler :

Un jour, me dit-il, les collaborateurs du Führer avaient recouru à l’essence contre les insectes qui infestaient le coin et par la même occasion, sans le vouloir, éliminé toutes les grenouilles. Hitler n’arrivait pas à s’endormir sans leur chant monotone et strident, résultat : il avait envoyé des hommes en expédition dans la forêt pour trouver des grenouilles.

Des moustiques et des moucherons qui prolifèrent dans la sérénité et l’émerveillement :

J’imaginai les SS s’enfonçant la nuit dans la boue des marais, d’où moustiques et moucherons n’avaient pas été éradiqués et proliféraient sereinement, émerveillés d’avoir autant de jeune sang à sucer, autant de rejetons allemands à marquer de leur sceau.

Le hennissement d’un cheval plus déchirant que la pensée d’un inconnu mort :

Le hennissement effrayé d’un cheval qui vient frapper vos oreilles est plus déchirant que la pensée d’un inconnu mort, parce que les morts sont le matériau de l’Histoire.

Des grenouilles imperturbables et inconscientes :

Les grenouilles coassaient, imperturbables, inconscientes du risque que leur maître avait couru quelques heures auparavant, inconscientes même d’avoir un maître.

Aimer les vers [de terre] à venir? ;

Puis l’été 1944 avait décliné et je m’étais aperçue que j’existais moins depuis qu’il ne me touchait plus. Mon corps avait révélé sa misère, sa course irrésistible vers la décomposition. Il avait été conçu avec cette finalité, tous les corps le sont : comment est-il possible de les désirer, de désirer quelque chose qui est destiné à la putréfaction ? C’est comme aimer les vers à venir.

Et pour compléter l’animalerie,  sans commentaire :

« Les poules ne s’ébrouaient pas, elles ne le faisaient plus depuis des mois, Zart leur avait imposé silence ; sa présence suffisait à les calmer. Elles s’étaient habituées aux pneus qui crissaient sur le gravier, nous nous étions tous habitués. »

« Augustine se retourna. Une tache, un trouble de la vue. Gregor disait je vois des papillons, des mouches qui volent, des araignées ; je lui disais regarde-moi mon amour, concentre-toi »

« Mai 1933 avait connu le feu. J’avais peur que les rues de Berlin se liquéfient et nous emportent comme de la lave. Mais Berlin vivait une fête et ne brûlait pas, frappant du pied au rythme de la fanfare, même la pluie s’était retirée, laissant le terrain libre aux chars à bœufs et au peuple qui avait accouru place de l’Opéra. »

« Les oiseaux gazouillaient dans le ciel de mai et la facilité avec laquelle l’enfant d’Heike avait glissé entre ses jambes, la facilité avec laquelle il s’était laissé éliminer m’écrasait le sternum.

« Pourquoi Elfriede se comportait-elle ainsi ? Elle voulait mourir cachée, comme les chiens »

« La peur de la mort était une colonie d’insectes grouillant sous ma peau. Je me laissai retomber sur le sol. »

« Cette nuit, le Loup [Hitler] n’arrive pas à dormir. Il peut parler sans fin jusqu’à l’aube. Les uns après les autres, les SS s’endorment, la tête dodeline, puis tombe sur la paume, le coude posé sur la table tangue, mais la soutient toujours »

Référence :

Rosella Postorino, La Goûteuse d’Hitler, Éditions Albin Michel, 2018, 2019, 384 p. (édition numérique)

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Mon observatoire culturel 2016

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[Billet publié sur Facebook, le 4 janvier 2017. Je le rapatrie dans mes archives. Ça suffit le désordre et l’éparpillement. Pour consulter les commentaires de mes lecteurs, c’est ici.]

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Bilan lecture 2016. 71 livres lus. Manque de constance et de discipline du lecteur au vu de ses lectures mensuelles. Les montagnes russes du Parc Belmont. Constats : les vacances et la convalescence favorisent la lecture; rien lu en juin, je devais être occupé dans mes serres à bichonner mes jeunes pousses de salade iceberg. Veuillez toutefois noter que j’ai aussi lu tous les billets de Clément Laberge et de L’Oreille tendue, ainsi que tous les statuts FB de Marie Hélène : ça occupe son homme.

Distribution des grands prix du Haut-Rosemont :

Roman : Envoyée spéciale, de Jean Echenoz
Poésie : Ma tête est forte de celle qui danse, de Martine Audet
Documentaire : Le roi vient quand il veut, de Pierre Michon
Bande dessinée : La femme aux cartes postales, de Jean-Paul Eid et Claude Paiement
Jeunesse : L’arbragan, de Jacques Goldstyn

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Mon observatoire culturel 2019

observatoire 2019

Dans la simplicité volontaire et le pur désordre.

«Ouvrir son cœur» d’Alexie Morin (Le Quatarnier, 2018)

«La société des cendres» de Martine Audet (Éditions du Noroît, 2019)

«Cassandre» de Catherine Lalonde (Le Quartanier, 2019)

«Elle des chambres» de Laurence Veilleux (Poètes de brousse, 2019)

«Chienne» de Marie-Claire Lafontaine (Héliotrope, 2019)

Mes observatoires des années précédentes sont ici :

 2015, 20162017, 2018 (1), 2018 (2),

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