Valentins foudroyés

J’aime les débuts de roman. Deux cas de figure intéressants que 133 ans séparent. Et pourtant grande similitude dans la concision, l’attaque, le coup de ciseau et les coeurs foudroyés.

J’aimais éperdument la Comtesse de ***; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu; elle me trompa; je me fâchai; elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai; j’avais vingt ans, elle me pardonna; et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.

Vivant Denon, Point de lendemain, 1877

Je l’ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Je lui ai offert la combinaison en latex qu’il portait le jour de sa mort. Je lui ai servi de secrétaire sexuelle.. Il m’a initiée au maniement des armes. Il m’a fait cadeau d’un revolver. Je lui ai extorqué un million de dollars. Il me l’a repris. Je l’ai abattu d’une balle entre les deux yeux.

Régis Jauffret, Sévère, Seuil, 2010

Posted in Littérature | Leave a comment

Elle a treize ans, vécu et les mots crus pour le dire

«Et au pire, on se mariera», par Sophie Bienvenu.

Attention roman coup de poing, dans la gueule, dans les reins : pédophilie, inceste, amours interdites.  Récit pris à bras-le-corps par Aïcha la narratrice, une adolescente de treize ans. Il y a eu meurtre. Elle se confie, mêlant mensonges, fantasmes et vie bien bue, à une interlocutrice non identifiée : psychologue, travailleuse sociale, policier? On s’en fout. Récit d’un attachement déliquescent à son père. Son père, les dessins animés, «ça le faisait chier» Elle prend plaisir, lové contre le paternel,  à  visionner Scarface. Elle en connaît parfaitement les répliques, à neuf ans  :  «You wanna fuck with me? Okay. You wanna play rough? Okay. Say hello to my little friend».

Regard tendu aussi sur ses relations avec Baz (en taule), son coup de foudre, son sauveur, un garçon début trentaine… Ses meilleures amies, son école de la vie ? : des prostistué(e)s bien futé(e)s du Centre-sud. De l’amour, du sang, des pouces intrusifs, des cauchemars, une mère aimante détestée qui lui a «volé» son père.

Le roman à son meilleur, dans le doute, l’interrogation et l’exploration. Impossible de conclure, lâché dans le domaine de l’ambiguïté.

Un zeugme pour dire le tout : elle a treize ans, vécu et les mots crus pour le dire.

Un corps blessé.

À visiter aussi pour la truculence des propos tenus par Aïcha qui n’est pas sans rappeler Trudel, Ducharme et Ajar. En voici des extraits :

Croquant :

Je fais ce rêve, souvent. Un cauchemar, en fait. J’ai des globes oculaires sur la langue et je peux pas parler. J’en ai plein la gueule, pas moyen de les enlever. J’essaie de crier, mais ça marche pas, je peux pas non plus fermer la bouche, fait que j’essaie de les avaler, mais y en a trop , je les croque, mais c’est vraiment dégueulasse, ça squishe pis ça jute, ça me fait vomir, et je finis par m’étouffer dans mon vomi d’oeils. p. 32

Interculturel :

Je me suis senti super coupable de l’avoir traité de vieux Juif dans ma tête, même si c’est pas vraiment une insulte. Alors je lui ai demandé de me raconter l’histoire de comment il a gagné le dépanneur aux cartes dans les années je ne sais plus combien, parce qu’il aime ça la raconter. Elle change un peu chaque fois, donc c’est pas comme s’il radotait.

Empêtré :

OK, je faisais ça à cause de lui, pour le faire chier et aussi pour lui montrer que j’étais une adulte. Mais j’aurais pas aimé ça, le rencontrer avec un autre pénis que le sien dans la bouche. J’ai pleuré pour vrai, je pense

Tendre :

C’est cool faire l’amour avec quelqu’un qui sait comment tu t’appelles.

Je l’ai regardé longtemps et l’ai trouvé beau. De partout. Même complètement tout nu, je l’ai trouvé beau.

Les deux suivantes,  je vous les numérise…

Solidaire :

Religieux :

Posted in Littérature, Recommandation de lecture | Leave a comment

Le parapluie de Kafka : «chaque être humain dispose d’une salle en elle-même»

Autre calembredaine pour commencer la semaine sur le bon pied.

J’ai téléchargé sur Publie.net la traduction par Laurent Margantin de Chacun porte une chambre en soi.

François Bon a eu la bonne idée de nous fournir le texte original allemand ainsi que les traductions de Marthe Robert et de Margantin dans son billet Franz Kafka | un miroir pas bien accroché. Je les reproduis ci-dessous :

Version originale :

Jeder Mensch trägt ein Zimmer in sich. Diese Tatsache kann man sogar durch das Gehör nachprüfen. Wenn einer schnell geht und man hinhorcht, etwa in der Nacht wenn alles ringsherum still ist, so hört man z. B. das Scheppern eines nicht genug befestigten

Marthe Robert, dans La Pléiade

Tout homme porte une chambre en soi. C’est un fait qui peut même se vérifier à l’oreille. Quand un homme marche vite et que l’on écoute attentivement, la nuit peut-être, tout étant silencieux alentour, on entend par exemple le bringuebalement d’une glace qui n’est pas bien fixée au mur.

Laurent Margentin, Publie.net

Chacun porte une chambre en soi. Ce qu’on peut vérifier en prêtant simplement l’oreille. Lorsque quelqu’un marche vite et qu’on écoute – ce peut être pendant la nuit quand tout est silencieux –, on entend par exemple le cliquetis d’un miroir mural mal fixé, ou le parapluie

Je préfère les cliquetis de Margantin au bringuebalement de Marthe Robert. Le «quelqu’un» et le «chacun» à «l’homme». Un peu surpris toutefois par l’arrivée inopinée du parapluie dans la nouvelle version. J’adore. Pensée pour Lautréamont : « Il est beau [...] comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! »

Mais comme mon allemand est incertain, j’ai soumis le texte à l’intelligence de Google translate. Ça donne – c’était couru d’avance – un texte un brin surréaliste (reproduit ci-dessous). Ni cliquetis, ni bringuebalement, mais du bruit. Pas de chambre, mais une salle en elle-même.  Google bute sur l’écoute (hinhorcht) et ne reconnaît ni glace, ni miroir, ni parapluie. Que le bruit d’un exemple, par exemple.

Google translate

Chaque être humain dispose d’une salle en elle-même. Ce fait peut être vérifié même par l’oreille. Si l’on va vite et vous hinhorcht, comme la nuit, quand tout est calme autour, de sorte que vous pouvez entendre le bruit d’un exemple non pour, assez fixé

Posted in Calembredaine, Littérature | 2 Comments

Je ne lirai pas la bio de Steve Jobs

J’achève Les mots de ma vie de Bernard Pivot. Je le savais, mais c’est de nouveau confirmé, je ne suis pas très porté sur les bio et les autobiographies, fussent-elles tracées autour de mots aimés. Les bio, j’y trouve toujours de grosses taches de trivialité et justement trop de peu de mots.

J’exagère, il y a de belles exceptions :

Les mots de Sartre

La promesse de l’aube de Romain Gary, mais est-ce que ça compte comme bio?

La chambre claire de Barthes, et le «ça a été» douloureux du souvenir de sa mère

Pagnol, La gloire…, Le Château…, Les secrets…, mais ce sont romans autobiographiques

Cohen et Le livre de ma mère

et Primo Levi qui revient toujours sous ma plume, Si c’est un homme



Posted in Littérature, Recommandation de lecture, Éreintement | 4 Comments

Bizarrement penser sonorités et vacarme débridé visuel

Ma Todo liste du 29 janvier 2012

Penser à la beauté du phrasé coulé de Christine Jeanney, ses Fichaises, ses Cartons, ses Listes.

// Direentendre //  Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus.

Penser lire tout du long en réseau, en écho. Un dimanche.

Penser partager lecture, collages et annotations

________________________________________________________________

// penser vacarme débridé visuel. //

Les sirènes. Folie du voir échophonique. Fracas, ça se voit et ça s’écoute. Ça s’entend, se délie, se déploie, se touche. De l’image au geste et du texte à l’image, dans l’interstice.

Lireentendre.

Direlire.

Écouter cette langue pour du regard entendre les sirènes.

Écouter cette langue (…) quand on ferme les yeux on peut voir des visages bouger

Penser conversations sans bouche // chocs périphériques // fugues de becs et pépiements // résonnances électriques // villes acouphènes //  accords de rumbas défaillantes // des grelots sanglots des harmonicas sonotones // écholocation

Penser des mots comme ça, cinglants, légers, tactiles, volent ici à hauteur des yeux

Penser le bruit des larmes (…) dans la braise (…) se recroquevillant

Penser chant lourd du varech sur la plage

Penser l’écho du cri

bruit du bruit assoupli s’estompe

______________________________________________

J’ai emprunté un parcours sonore, mais j’y reviendrai pour y trouver humour, légèreté, espace, temps, musique, comptines et phrases rares comme dans des romans de Joseph Delteil

Emprunter parcours sonore y revenir trouver humour légèreté espace temps musique, comptines et mots rares

Parcours rares

Vivement la suite et autres danses polovtsiennes

_____________________________________________

Annotations de lecture (lu le 29 janvier 2012 sur Ipad avec Ibook) :

Extraits du texte de Christine Jeanney et mes marques italiques

Todo liste 39

bizarrement penser sonorités, carcasses à la pendeloque qui craquent, crissent, os tiges, tendons, crocs et crochets à balancer, se heurtent en s’écrasant, silence, contempler le tableau de la chambre d’écho engourdie

se raccrocher aux peintres pour oublier les mufles, le pourpre déchiqueté, Chardin, Goya, Bacon, visualiser le nom de Klimt, une flèche, capable de percer la viande, et le puits de lumière répandu soudainement, tout piqueté de quartz

Todo liste 40

Des les volutes qu’elles font tout en parlant, des vocalises, on dirait qu’elles s’indignent, les écouter se lamenter et puis se taire, c’est l’heure de la dernière caresse

Todo liste 46

et les antivols – combien ? – et les vélos – combien ? – et les sonnettes, si elles tintaient toutes en même temps ? penser vacarme débridé visuel (penser que c’est la première fois qu’on pense une chose pareille)

Todo liste 48

Au commencement étaient les plantes et les icônes sourdes

Todo liste 50

penser à des conversations sans bouche

Todo liste 50

ça bruisse et des mots sont formés, des intonations brèves, ils se répondent, penser à écouter cette langue, quand on ferme les yeux on peut voir des visages bouger, des lèvres et des paupières ciller, des gestes et des bras qui expliquent en phrases mystérieuses l’insaisissable, ils veulent nous prévenir mais c’est trop tard, rouvrir les yeux sur des chaises vides

Todo liste 51

entendre sous la paresse le rêve du rêveur, sonore, des notes subtiles le tirent et le soulèvent, un pantin désarticulé, la nuit l’avale, ce n’est plus qu’une coquille qui bâille, ses os de la poudre très fine, brillante, résidu d’améthyste, et le vertige si l’on ouvrait son torse sur l’espace tournoyant révélé

Todo liste 53

avancer tranquillement et puis rien, sans qu’aucune déflagration ne vienne imprimer le manque

Todo liste 55

c’est le centre d’un turbulence, remarquer qu’il est stable malgré les chocs périphériques

Todo liste 58

penser qu’on ne voit pas la marque des coups d’ailes, fugues de becs et pépiements, pourquoi ?

Todo liste 60

penser à bakélite, mantra, carapace, établi (des mots comme ça, cinglants, légers, tactiles, volent ici à hauteur des yeux)

Todo liste 73

combien de temps on a dansé de joie sans danser et ce qu’on a jeté, le nombre de larmes exactes qui auront roulé sur la braise, le petit bruit qu’elles auront fait en se recroquevillant, leur fin de vapeur et de minuscule feu d’artifice

Todo liste 76

des blagues, recourir à des blagues pour alléger et fredonner ami entends-tu le chant lourd du varech sur la plage

Todo liste 77

penser le cri doublé, l’écho du cri, la mâchoire arrêtée sur le vide, le poitrail élargi dans la glace, l’animal gonfle le poil pour se prétendre plus puissant, si petite protection

Todo liste 77

penser que l’ombre raconte tout autre chose, les cavalcades dans la longue marche, les hennissements brutaux, chants de baleines, creux de mers déroutantes

Todo liste 82

direntendre

Todo liste 94

et ce cri, s’il montait, une écholocation, des ondes jetées vers S vers O vers N vers E et le C du ciel, le C du centre (nommer ces directions autrement sinon piège)

Todo liste 96

petits pavés et grands pavés, petites peines et grandes inquiétudes, petites joies et grandes chorales, les proportions sont respectées

Todo liste 98

penser des confitures et l’horloge impassible et l’horloge impossible et le chaos rangé bien proprement dans une armoire, des sachets de lavande expirent et le bois craque, ils se sont tous levés il y a bien longtemps

Todo liste 114

feux rouges, clignotants, portières claquées, cris, appels, jurons, sonneries de téléphone, mugissements, aéroplanes

ballons, bateaux, sirènes, cheminées, grondements, ports, soupirs, chaînes, grincements, joies criées des prénoms, gargouillis, soupirs

graviers, courses, joggeurs, chiens, chutes, rires, respirations, les bruits se frottent au fleuve, gentiment

Todo liste 116

c’était, à Cracovie comme à Lublin, des héros fatigués, joues flasques et mâchoires volontaires, des femmes attractives attentives, des courses poursuites débridées dans des voitures de location, des amours contrariés, des répliques cinglantes, des fins heureuses

Todo liste 120

pendule fondue, aiguille perdue, si le temps était mort ?

s’en suit un long silence long, infiniment silence et long, au creux d’un vide vide, Le temps est mort, vive le temps ! crie quelqu’un, et heureusement, ça tue le silence tue le vide, chacun repart vaquer à ses occupations

Todo liste 124

et ce goût pour les résonnances électriques, transformateurs, le flux alternatif en continu qu’il stoppe ou qu’il déverse selon sa fantaisie, les journées fastes avant de disparaître il imprime sa marque, GI, puis s’évapore, à moins qu’il ne s’éloigne, le bruit de sa jambe de bois cogne deux rues plus loin (ou c’était ses battements de cœurs ?)

Todo liste 130

des accords de rumbas défaillantes

Todo liste 141

chante, lente mélodie répétitive, voix cassée scandée, souffle, lâche déroule souffle, des battements, luttes, accompagnent et frottements, balancent, corps et voix qui risquent, les voix se risquent, épuisent, s’épuisent de souffle, le creux le sombre, ils sont plusieurs, leurs voix autour à scander à souffler et à répéter glissent, ils glissent, ils parlent dans la première nuit, la nuit secrète

Todo liste 142

routes étroites et villes acouphènes,

Todo liste 144

chanter des comptines de clé à molette 144

l’araignée métallique imperméable ne pleure jamais, en a acier des tragédies épiques et des grelots sanglots des harmonicas sonotones, elle grince, Mais c’est de la rouille ? elle s’exclame, se frotte à la paille de fer, se réassemble sans mode d’emploi, puis compte les vis à têtes carrées, à têtes fendues et à têtes étoilées pour s’endormir

Todo liste 146

de par le fond nous sommes miraculés entends-tu les sirènes et vois-tu leurs écailles ondulent en dorures déroutantes du sel au creux de leur cou plonge et redépose lâche filet fil alanguies les nervures et plane glisse la glisse là la douce nageoire douce au fond de par dessus les mers dans les chants et les champs découverte se décompose de la respiration se voile nous sommes miraculés

les sirènes on ne les voit pas, un couvercle est posé dessus

Todo liste 149

dans la ville tentacules, tunnels et gorges, fils électriques, cité, bruit du bruit, église à peine tendue (sa pointe comme du biscuit, du feutre, une matière végétale), bruit du bruit assoupli s’estompe, parc urbain 149

Todo liste 157

et l’on promène le doigt dessus, ça chante, les verres parlent, ce serait du vivaldi ou un air d’opérette, une flûte de pan cristallisée touche les oreilles en entrechats luisants qui pendeloquent et réverbèrent

Todo liste 165

il s’envola sur un platane qui lui aussi soliloquait

Todo liste 167

les certitudes s’épuisent à tracer d’inutiles contours

Todo liste 172

réfraction ou mirage, le pays du dessous remonte à la surface, la frôle, c’est un pays soyeux en forme de continent, dauphin qui fait sa brasse, lâche du lest, replonge, si on se tient tranquille on peut l’entendre couiner, grincer, c’est un pays immense, un mastodonte lisse

Todo liste 176

coupe et rase, je tu il nous vous eûtes rasé, qu’ils rasassent et s’affichassent dans la pogonotomie déclinée, comme une gamme de piano

Todo liste 178

attendre qu’il pleuve près de la rue des vinaigriers, recroquevillés pour échapper aux représailles, la machine pleure silencieuse et nos paupières se pétrifient, si dures si lasses qu’on ne peut plus ouvrir les yeux, c’est un 22 octobre, il pleut

________________________________________

Todo listes. Acheté sur Publie.net, 2012-01-27. ePub.

________________________________________

Illustration : photo prise avec un Iphone le 29-01-2012 // Brouillage

Posted in Corps, Littérature, Recommandation de lecture | Leave a comment

Un livre ne chasse pas l’autre… en bibliothèque


Le 11 novembre dernier, Chantal Guy, journaliste à La Presse, publiait un billet intitulé : Vingt romans québécois à sauver de l’oubli.

Elle a donc «demandé à des écrivains, des éditeurs et des journalistes de nous proposer des romans québécois à sauver du purgatoire, sans contrainte d’époque. C’est subjectif, injuste, bancal et intime… mais c’est un début»

La liste publiée comportait en fait une trentaine de romans québécois. De belles découvertes dans le lot. Je la reproduis en entier ci-dessous. J’y ai ajouté les liens vers le catalogue des bibliothèques de Montréal, car pour les bibliothèques un livre ne chasse pas l’autre. C’est au coeur de sa mission de constituer un fonds documentaire riche pour ses usagers. C’est au coeur de sa mission d’assurer sa pérennité, sa diffusion et son animation.

Il est relativement aisé de constituer pareille collection quand on dispose d’un réseau de 43 bibliothèques. Constat : 28 des 30 titres ont été retrouvés dans le catalogue Nelligan, les 2 autres sont présents dans le catalogue Iris de la BAnQ (les 30 titres sont aussi présents dans sa collection : dépôt légal oblige). Sauvés du purgatoire, mais pour combien de temps?

Un souhait : que la BAnQ  entreprenne un programme de numérisation du patrimoine littéraire québécois afin de mettre en place des conditions idéales pour l’exploiter, le faire connaître et l’animer.

Mes remerciements à Louise Guillemette-Labory, directrice des bibliothèques de Montréal, qui m’a inspiré pour la rédaction ce billet.

La liste originale sur le site de La Presse se trouve ici

Voici la liste de recommandations que j’ai enrichie des liens vers le catalogue, d’un petit récolement et des mes anodines annotations à la suite du titre suggéré (en caractère gras)

Pascal Assathiany, directeur général des éditions du Boréal

Carré Saint-Louis de Jean-Jules Richard (1971) — 4 exemplaires –

Un roman qui dépeint avec talent la bohême montréalaise de ce quartier.

Une vie d’enfer d’André Laurendeau (1965) – 4 exemplaires, dont un en consultation sur place –

Un roman qui date un peu mais néanmoins de grande qualité, qui n’est plus disponible et risque donc l’oubli.

Bertrand Gervais, écrivain et professeur de littérature

1999 de Pierre Yergeau (1995) — 3 exemplaires –

Des phrases ruinées pour un univers en loques. Un spectacle halluciné, feux d’artifice inclus.

Chère Touffe, c’est plein de fautes dans ta lettre d’amour – roman de Jean-Marie Poupart. (1973) — Ça devrait plaire à L’Oreille tendue / 2 exemplaires dans l’est de la Ville –

Ça se lisait comme on écoute du Gilles Valiquette ou du Jim et Bertrand. Simple, mais intelligent.

L’Emmanuscrit de la mère morte D’Emmanuel Cocke (1972) — non présent aux BM, c’est probablement passé dans la vente des Amis de la bibliothèque – mais c’est disponible à la BAnQ – ici

L’un de nos premiers déjantés. Ça allait nulle part, mais la « ride » était belle.

Dany Lafferrière, écrivain

Le Cassé (1964) — dix exemplaires sur trois notices — de Jacques Renaud et Sans parachute (1977) — cinq exemplaires sur deux notices — de David Fennario. On les a oubliés et on a tort. Style vif. Talent brut. Regard panoramique sur la ville. Zoom sur la douleur individuelle. J’ai senti Montréal avec ces livres plus qu’avec nul autre. Avec une conscience sociale que les jeunes lecteurs aimeraient peut-être.

Robert Lévesque, critique

Après la mort de Jean Basile (né Besroudnoff en 1932, arrivé à Montréal fin des années 50), personne ne s’est préoccupé d’entretenir sa tombe littéraire, de la fleurir d’essentielles rééditions. De toute urgence, il faut proposer aux lecteurs d’aujourd’hui la trilogie de ce journaliste et grand écrivain : La Jument des MongolsLe Grand Khan et Les Voyages d’Irkoutsk28 exemplaires – forment une oeuvre unique, vive, kaléidoscopique, et livrent un regard tragico-burlesque sur le Québec des années 60. Aussi important, le regard, que celui du natif Ducharme.

Pour sûr, il faut venger la censure de l’Église et l’oubli du Peuple qui se sont abattus sur La Scouine 19 exemplaires sur 6 notices dont 2 exemplaires rares en consultation sur place à Verdun d’Albert Laberge, un roman du début du 20e siècle qui prend le contre-pied brutal des romans du terroir édifiants, et catholico-aliénants, en plongeant le lecteur dans les excréments (pisse et saletés) d’une société parente de celle de La terre de Zola.

Il faut relire un roman paru au Boréal en 1998, un roman (c’est là sa force, sa beauté) d’apprentissage au pire, roman de formation dans lequel un trio forme une cellule de résistance à la laideur du monde, cellule d’idéalistes dans un monde sans idéal, sorte de Fureur de vivre et de Jules et Jim entremêlés et solidaires sans frontières : Le bout de la terre, – 28 exemplaires dont un qui est introuvable – mal classé sur les rayons problablement — de Yan Muckle.

Éric Dupont, écrivain

Un seul continue de me revenir en tête: Poussière sur la ville66 exemplaires éparpillés sur 10 notices distinctes / 3 exemplaires empruntés d’André Langevin, que j’avais lu à l’université et beaucoup aimé. Pourquoi? Ce n’est pourtant pas mon genre de littérature, trop vraisemblable, trop ancrée dans le réel. Mais je me souviens avoir ressenti une certaine empathie pour le personnage principal, un médecin, qui vivait dans l’atmosphère étouffante d’une petite ville minière. Le regard des autres qui ne vous quitte jamais. Les palabres, les ragots et partout, la bêtise qui traîne comme une mauvaise odeur. Déjà vu? Oui, probablement.

Catherine Mavrikakis, écrivain

Game Over (2009) — 4 exemplaires — et Ravaler (2008) — 21 exemplaires / littérature dérangeante dans le résumé SDM – Bataille et tout le tintouin –de Martyne Rondeau. Deux livre que j’adore. Judas (2007) –37 exemplaires – de Tassia Trifiatis. Les laides otages (1990) — 2 exemplaires disponibles à la BAnQ– de Josée Yvon. Dée (2002) — 2 exemplaires, j’en ai réservé un, quand on crie au génie je veux toucher. J’avais bien apprécié Tiroir no 24, voir ici– de Michael Delisle, un vrai chef-d’oeuvre.

Marie-Claude Fortin, journaliste

Osther, le chat criblé d’étoiles,  – 10 exemplaires dont trois sont empruntés — de France Vézina (1990)

L’histoire d’Alice Vaillancourt, née d’une mère indigne (une vraie) et d’un père artiste. Un roman désespéré et magnifique qui éblouit.

L’hiver au coeur, – 9 exemplaires sur 2 notices – d’André Major (1987)

Le périple d’un homme qui rêve d’une métamorphose, écrit dans langue limpide, extraordinairement fluide. L’un des plus beaux textes d’André Major.

Coyote, — 23 exemplaires, j’en ai réservé un, ça pourrait me scandaliser selon le résumé SDM -- de Michel Michaud (1988)

Un an avant l’Expo 67, Chomi, 19 ans, tombe dingue amoureux de Coyote, presque 16 ans. Un roman exubérant, volcanique, plein de vie et de nostalgie.

Pierre Foglia, chroniqueur

La Terre et Moi 4 exemplaires dont trois sont empruntés; pressez-vous – de Luc Bureau (1991)

Un autre titre du même vous dira mieux de quoi il s’agit dans celui-ci. Bureau donc qui était prof de géographie à Laval a aussi écrit : Entre l’Éden et l’Utopie : les fondements imaginaires de l’espace québécois. Disons que dans La Terre et Moi (1991) Bureau est moins dans le fondement et beaucoup plus dans l’imaginaire. Il n’est pas rare que la géographie rencontre la poésie pendant cinq minutes. Quand cette rencontre dure 250 pages, c’est un événement littéraire que je n’ai rencontré, depuis, que chez Gracq.

Dialogues en ruine8 exemplaires,  j’ai réservé – assez vendeur Foglia ci-dessous avec Bernhard, la météo et les filles de Laurent-Michel Vacher. (1996)

Deux amis, tous deux profs de philo à Ahuntsic, l’un est en train de mourir, l’autre est mort depuis, tous deux fous de Thomas Bernhard, parlent de tout ce qui compte vraiment dans la vie, l’anthropologie, la météo, les filles, la musique, l’art, l’éducation, la mort, 90 pages que j’ai offertes au moins 90 fois à 90 personnes que j’aime. Ben oui, il y en a 90, peut-être même plus, hein hein cela vous étonne… (à lire absolument aussi, de  Laurent Michel Vacher aussi, autre récit vivifié par la mort prochaine, Une petite fin du monde28 exempaires, un autre de réservé pour moi –

Mélanie Vincelette, écrivain et directrice des éditions Marchand de feuilles

Tout le monde devrait lire L’influence d’un livre50 exemplaires sur 6 notices. dont 17 exemplaires dans le volume 1 de «Les meilleurs romans québécois du XIXe siècle». Je constate que la bibliothèque de Verdun a une salle Canadiana. Faudra trouver le temps pour aller y jeter un oeil. Autre truc qui me turlupine, certaines bibliothèques ont rangé ce premier roman dans la section documentaire –de Philippe Aubert de Gaspé (fils), car c’est le premier roman canadien-français et il nous démontre que nos racines sont très romantiques-gore. Attention car le vin y est servi dans des bouteilles d’eau bénite.

Tous les livres du montréalais Stephen Leacock — peu de choses au catalogue, mais je suis intrigué par la sélection de Robertson Davies 3 exemplaires –. Le seul auteur anglophone du lot. Même ses éditeurs parisiens semblent penser qu’il est New-yorkais mais il y a bel et bien un bâtiment à McGill qui porte son nom. C’est le satiriste le plus flamboyant de son époque aujourd’hui tombé dans l’oubli. J’aime le lire pour ses descriptions des richissimes dames de Westmount corsetées dans des robes pervenche, leurs bagues serties de cigales en or qui tintent sur la porcelaine de leur tasse alors qu’elles éructent des méchancetés à l’heure du thé.

Éric de Larochellière, directeur des éditions Le Quartanier

Le Cassédix exemplaires sur trois notices – une novella et des nouvelles, de Jacques Renaud (1964)

Histoire d’un dépossédé, Ti-Jean, qui perdra pied encore plus. Sans doute le classique québécois dont le plus de gens aujourd’hui connaissent le titre sans nécessairement l’avoir lu. L’auteur a récupéré ses droits il y a quelques années et diffuse ce livre, et tous les écrits de Jacques Renaud (son pseudonyme pour la fiction) et Loup Kiliboki (son pseudonyme pour la poésie), sur son site internet: http://electrodes.wordpress.com/fiction-2/jacques-renaud/le-casse-nouvelles-de-jacques-renaud/ Pas mal de jeunes écrivains québécois doivent quelque chose à ce livre, qu’ils le sachent ou non.

L’incubation — 5 exemplaires sur 2 notices – de Gérard Bessette (1965)

Montréal et «Narcotown» au début des années 60; Londres en 1940 et l’amour sous les bombes avec Antinéa pendant les Blitz de la Luftwaffe. Un livre immense et drôle de Bessette, complexe et fiévreux. Sa narration, pleine d’apartés et de glissements, entraîne tout le récit dans la circularité labyrinthique du souvenir, entre un suicide et une nuit de beuverie. Ce roman n’est plus disponible, comme toute l’oeuvre de Bessette, à l’exception du Libraire et de La bagarre, si je ne m’abuse. Il y a aussi Les Anthropoïdes, roman apparemment inspiré de La guerre du feu et qui met en scène des hommes-singes, qui raconte l’évolution de l’être humain, je ne l’ai pas lu mais ça viendra (quand je mettrai la main sur un exemplaire qui refera bien surface quelque part).

Serge d’entre les morts4 exemplaires sur 3 notices de Gilbert La Rocque VLB (1976)

En 2006, Robert Lévesque lui consacrait un texte dans Le Libraire et il parlait de «presqu’oubli», mais quelques-uns s’en souviendront toujours. La Rocque a signé une des oeuvres les plus intransigeantes que la littérature québécoise ait produite, dont les sommets pourraient être Serge d’entre les morts et Les masques, mais cette précision, qui n’est pas fausse, coupe de l’essentiel: l’oeuvre se fait en six longs mouvements, en six romans, dans une langue d’une ampleur violente et cadencée qui charrie tout, mort et jubilation, mémoire et désir, récits et sens. De la famille à l’engagement politique, l’oeuvre de La Rocque a arraché bien des masques, à l’écoute des vérités du corps, de la mémoire et de la conscience. On en voit peu de cette ampleur et de cette violence surgir aujourd’hui au Québec, et c’est déjà un peu le nom de cet oubli relatif dans lequel cette oeuvre se trouve.

Tu attends la neige, Léonard?4 exemplaires dont un qui est introuvablede Pierre Yergeau (1992)

Premier livre de Yergeau (des nouvelles interreliées), par lequel pas mal de lecteurs de ma génération l’ont découvert. L’Abitibi de l’enfance de l’auteur recréée par la mémoire; on voit plus ou moins le narrateur écrire le livre qu’on lit, mais la force de cette oeuvre est ailleurs, dans l’alternance assez libre des scènes et des tableaux dont le protagoniste est Léonard (garçon handicapé de douze ans, bloqué à l’âge de cinq ans), et dans cette écriture puissante d’images, attentive aux sensations et aux perceptions les plus fugitives.

Les effets pervers8 exemplaires dont 1 retenu par un usager — de Martin Gagnon (2000)

Ce roman est sorti, a fait parler de lui, puis a disparu aussi vite (pilonnéje souligne — à peine deux ans après sa sortie). Ce texte attaque les nerfs, dans certaines scènes, tant son narrateur est toxique et retors. L’affaire en quelques mots: un tueur en série doctorant en philosophie, une pensée criminelle qui se déplie et se replie dans un style ciselé à l’extrême, hanté par Aquin, Sade et Bataille, et quelques meurtres, qui ébranlent par leur cruauté monstrueuse. Le comique qui émane de ces passages ébranle du même souffle (on rit malgré nous). Le premier roman d’un auteur véritablement hors norme. Le Quartanier le republiera en 2012.

Soigne ta chute – 20 exemplaires sur trois notices — de Flora Balzano (1991)

Posted in Bibliothèque, Littérature, Numérique, Recommandation de lecture | Leave a comment

Il vente : confluence

Ce week end, dans «Un coeur simple» Flaubert disait le temps :

«Le vent était mou»

Ce matin, à la radio, c’était Jeannine Sutto. Sa première réplique sur les planches :

«Le vent faisait mourir les poules»

Mon avis :

Il vente et il pleut un peu trop à mon goût.

Posted in Calembredaine | 2 Comments

La philosophie, ça peut se faire dans un lit, admirablement bien

Un dimanche, comme les autres, léger.  Dès potron-minet, je m’enferme dans ma bibliothèque pour cueillir les notules de Philippe Didion, les zeugmes du dimanche de L’Oreille tendue et autres confluences du même tonneau déposées dans ma boîte postale RSS. On effleure vraiment la surface des choses, le dimanche, à fond, on s’y délecte, on butine sans but, à la dérive…

________________________________

Philippe Didion s’est farci le tome 5 de la correspondance de Flaubert dans la Pléiade. J’apprends que Flaubert a consacré 900 heures à l’écriture de sa courte nouvelle «Un cœur simple». J’y retourne.

Je reste bien campé dans mon fauteuil, pas nécessaire de descendre au sous-sol cueillir mon exemplaire papier. La chose numérique est bien rangée côté nuage dans la bibliothèque Dropbox. Dès les premières pages,  je tombe sur  «Le vent était mou» : Quand même, il savait dire le monde, ce Flaubert. Trois petits mots et ça pétille de modernité.

Relecture de l’ensemble

_________________________________

Je  plonge – moins tristounet – dans «Le flâneur de la rive gauche», Pierre Assouline qui s’entretient avec Antoine Blondin (1922-1991). Un bouffon, ce Blondin, un peu difficile de départager le vrai du faux dans ce qu’il raconte (une gifle à Sartre, un coup de boule à Chirac, une beuverie avec Hemingway, des coups pendables…). De louches complaisances avec la droite après la guerre. Je note des bons mots, son ironie et un brin d’auto-dérision qui me le rend sympathique :

«La philosophie, ça peut se faire dans un lit, admirablement bien»

«On boit pour être ensemble mais on est saoul tout seul»

«J’ai connu Jacques Attali, il voulait épouser ma cousine. Il paraît qu’il est d’une intelligence formidable. Mais il est un peu timide.»

«Il écrit bien le français, tout de même» à propos de Mauriac (Blondin l’exécrait)

«Tes livres sont si légers que quand il me tombent des mains ils ne me font pas mal aux pieds» Céline à propos des œuvres de Blondin.

«Dans ce siècle, il y a Proust, Céline et Marcel Aymé»

«Les deux seuls écrivains que j’aime, c’est Marcel Aymé et Jacques Perret parce qu’ils ne m’emmerdent jamais»  Gaston Gallimard, cité par Blondin

«Moi j’écris pour avoir des fins de mois, pas pour être lu»

«ce qu’on reprochait aux existentialistes, ce n’était pas leurs idées mais leur terrorisme intellectuel, leur côté «école» et surtout, surtout, leur manque de joie de vivre. Ils étaient tristes»

«Je l’ai connu (Le Pen) quand il était jeune député. Il habitait rue de Beaune, je vivais pas loin, au bar du Pont-Royal. C’est probablement Nimier qui me l’a présenté. Il était sympa. Il avait un bandeau sur l’œil, il n’avait pas un rond, il picolait comme c’était pas permis, il était charmant. Aujourd’hui il parle mieux qu’autrefois. Il n’a pas l’air embarrassé, cela étant, le fond de ce qu’il dit, ça me semble un peu bizarre… Moi je vote Mittérand»

__________________________________________

Je poste cette citation de François Hollande sur mon mur Facebook :

«Mon véritable adversaire n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti. Il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne… C’est le monde de la finance»

Et il se lance,  le pauvre…

Un petit débat s’engage sur mon mur entre les potes de l’Hexagone.

__________________________________________

Je laisse Blondin et Hollande, me remémore Nimier (copain de Blondin), son roman Les épées. Le roman s’ouvre sur le spectacle d’un jeune homme qui «laisse aller ses sentiments» sur les pages ouvertes d’un magazine en maculant de son sperme le visage de Marlene Dietrich. Il note une huitième occurrence de l’acte en ce 22 mars de l’an 1937, 1454 au total de sa courte existence… Il se dit à voix basse : «Rien ne vaut une comptabilité bien à jour» Il notule, le jeune homme, comme Didion avec ses livres lus, ses films vus.

___________________________________________

Retour de la bibliothèque Rosemont, ils m’avaient mis de côté :

Murakami Ryû : Chansons populaires de l’ère Showa

Danièle Sallenave : Nous n’aimons pas lire

____________________________________________

J’attaque Murakami.

Posted in Calembredaine, Littérature, Numérique | Leave a comment

De la ville, il ne me reste que toi, par Jennifer Tremblay et Normand Cousineau

Garder une trace des mots de Jennifer Tremblay et des cartes postales (aquarelles) de Normand Cousineau.

«de la ville il ne me reste que toi»

Posted in Littérature, Poésie | Leave a comment

Amour, oeufs au plat et mal d’être : la rose éreintée

Le livre. Prix des libraires du Québec 2011. (voir ici). Oeuvre nordique dont je ne voulais pas révéler le titre dans un billet précédent.

Je n’ai pas déniché de zeugme à refiler à L’Oreille tendue.  J’invente (un double).  Ça sera mon zeugme du dimanche, mon résumé Twitter de l’oeuvre,  :

«Il eut beau lui faire l’amour et des oeufs au plat, elle le laissa pour approfondir la génétique et son mal d’être.»

Ma brève appréciation :

Léger et lourd, tant le texte charrie son lot de bons sentiments et de personnages idéalisés, sublimés. Des exemples : une jeune fille (Flora-Sol) de neuf mois qui comprend la profonde différence entre le bien et le mal à la vue d’images saintes présentes dans une église, qui s’extasie devant le retable de l’enfant Jésus (lequel enfant Jésus lui ressemble comme une goutte d’eau bénite), qui soigne miraculeusement par sa seule présence l’arthrite et l’eczéma, etc.

Des personnages sans aspérités, sans véritables démons intérieurs. Ils sont tous bons : le père, la mère, le bon moine cinéphile, la mère de l’enfant, les voisines. Ils sont aussi tous un peu parfaits. Le protagoniste principal – l’homme idéal – qui apprend avec une facilité déconcertante tous les gestes de l’homme en voie  d’émancipation : cuisiner, récurer, lessiver, câliner, refouler ses vilaines pulsions sexuelles, et j’en passe.  Des personnages simples faire-valoir du personnage principal, de son destin, de son initiation à la vie de père.

L’oeuvre est traversée par un lyrisme à la limite du kitsch et une symbolique mystique bâtie autour des figures séculaires de la Rose, de la Croix et de l’Éden…

C’est écrit simplement, trop.

____________________________

Allez, élan charitable, je vous largue l’accroche-lecteur présent en 4e de couverture :

«Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.»

________________________

Posted in Corps, Littérature, Éreintement | 2 Comments