Température incipit : pensées pour Arto Paasilinna et son lièvre (26)

Arto Paasilinna

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Arto Paasilinna est mort hier. Pensées.

Deux hommes accablés roulaient en voiture. Le soleil couchant agaçait leurs yeux à travers le pare-brise poussiéreux. C’était l’été de la Saint-Jean. Sur la petite route de sable, le paysage finlandais défilait sous leur regard las; aucun d’eux ne prêtait la moindre attention à la beauté du soir. p. 9

Arto Paasilinna, Le lièvre de Vatanen, Folio, © 1975, 1989 pour la traduction française, 236. p.

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Température et incipit : La nuit des temps de René Barjavel (25)

Barjavel

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

On se les gèle complètes, les rotules, au début de ce récit.

Chapitre 1.

L’aventure commença par une mission des plus banales, la routine, le quotidien, l’ordinaire. Il y avait des années que le travail sur le continent antarctique n’était plus l’affaire des intrépides, mais celle des sages organisateurs. On avait tout le matériel qu’il fallait pour lutter contre les inconvénients du climat et de la distance, pour connaître ce qu’on cherchait à savoir, pour assurer aux chercheurs un confort qui eût mérité au moins trois étoiles – et tout le personnel nécessaire possédant toutes les connaissances indispensables. Quand le vent soufflait trop fort, on s’enfermait et on le laissait souffler ; quand il s’apaisait, on ressortait et chacun faisait ce qu’il avait à faire. On avait découpé sur la carte le continent en tranches de melon, et la mission française implantée de façon permanente à la base Paul-Emile Victor avait découpé sa tranche en petits rectangles et trapèzes qu’elle explorait systématiquement l’un après l’autre. Elle savait qu’il n’y avait rien d’autre à trouver que de la glace, de la neige et du vent, du vent, de la glace et de la neige.

Voir aussi le petit côté visionnaire de Barjavel ici.

Référence :

René Barjavel, La nuit des temps, Presses de la Cité,  1968, 2014 (édition numérique)

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Les paradoxes de Sollers : sur la Voie

centre harmonie

Hommes, femmes et mégenrés de bonne volonté. Lisez et relisez Centre. Méditez, ne vous interrompez pas, restez éveillé.e.s à l’esprit du zen, vous avancerez sur la Voie. L’univers est un grand  kōan, un paradoxe que Sollers vous aidera à résoudre.

[inspiration] Om maņi padme [expiration] hūm… (ॐ मणि पद्मे हूँ)

La seule vraie couleur est le blanc. p. 11

C’est automatique : plus vous vous élevez vers le haut, et plus vous descendez vers le bas. p. 44

Vous êtes au paradis, et, paradoxalement, en enfer. p. 44

honorable banquier [oxymore?] p. 45

Rien de plus ironique qu’un corsaire : c’est un pirate légal. p. 45

Il [Heidegger] a intitulé un de ses livres Chemins qui ne mènent nulle part, en sachant très bien que tous les chemins mènent à Rome. p. 58

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois personnes distinctes qui, pourtant, n’en font qu’une. p. 60  [d’aucuns prétendent que c’est un mystère]

Ceux qui ne comprennent rien comprennent mieux que ceux qui comprennent mal. p. 62

la réussite secrète dans l’échec absolu [à propos de D. Trump]. p. 63

Il m’attend, il salive,  je suis sa proie préférée, je lui dois tout, même si rien n’est tout. p. 65

«Si vous ne me tuez pas, vous êtes un assassin.» Kafka. p.65

Le vrai est un moment du faux, lequel est lui-même le moment d’un autre faux. p. 83

Il a été décrété aussi sec que la mort était le commencement de l’immortalité. p. 83

Pourtant, la découverte qui avance à bas bruit (et qui a été annoncé par Freud) est que le passé est désormais l’avenir. p. 90

Que serait un centre qui engloberait le cercle dont il est le centre. p. 93 [Obtention de l’harmonie des sphères et du titre de l’opuscule rangé dans la catégorie «roman»]

Référence :

Philippe Sollers, Centre, Gallimard, 2018, 112 p.

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Barjavel visionnaire?

Barjavel

Club de lecture familial père-fils.

Résumé : Lors d’une mission scientifique dans l’Antarctique des chercheurs découvrent enfouis à 900 mètres sous la banquise deux corps (dont la sublime Eléa) en état d’hibernation. Ils ont vécu il y a 900 000 ans. Les derniers survivants d’une civilisation supérieure, évidemment. Objectifs : les ramener à la vie; entrer en communication avec eux; découvrir leurs savoirs pour assurer l’avancée de la science et la permanence du Sapien.

Selon un article de Wikipédia, on découvre que Barjavel a fait de nombreux emprunts (plagiat? «mashup»?) au roman La sphère d’or (1919) de l’Australien Erle Cox.

Cela dit Barjavel a imaginé dans son récit des éléments qui touchent de près notre actualité : le langage inclusif, le transhumanisme, les algorithmes prédictifs, la traduction automatique, le versement infonuagique du contenu du cerveau humain.

Le transhumanisme

«Pourquoi le Conseil Directeur vous laisse-t-il dans l’ignorance des travaux de Coban ? Je vous le dis, au nom de ceux qui depuis des années travaillent à ses côtés : il a gagné ! C’est fait ! Dans le laboratoire 17 de l’Université, sous la cloche 42, une mouche vit depuis 545 jours ! Son temps normal de vie est de quarante jours ! Elle vit, elle est jeune, elle est superbe ! Il y a un an et demi, elle a bu la première goutte expérimentale du sérum universel de Coban ! »

Le langage inclusif / exclusif

« Il est bon d’expliquer rapidement ce qui rendit si difficile le déchiffrage et la compréhension de la langue d’Eléa. C’est qu’en réalité, ce n’est pas une langue, mais deux : la langue féminine et la langue masculine, totalement différentes l’une de l’autre dans leur syntaxe comme dans leur vocabulaire. Bien entendu, les hommes et les femmes comprennent l’une et l’autre, mais les hommes parlent la langue masculine, qui a son masculin et son féminin, et les femmes parlent la langue féminine, qui a son féminin et son masculin. Et dans l’écriture, c’est parfois la langue masculine, parfois la langue féminine qui sont employées, selon l’heure ou la saison où se passe l’action, selon la couleur, la température, l’agitation ou le calme, selon la montagne ou la mer, etc. Et parfois les deux langues sont mêlées.

Il est difficile de donner un exemple de la différence entre la langue-lui et la langue-elle, puisque deux termes équivalents ne peuvent être traduits que par le même mot. L’homme dirait : « qu’il faudra sans épines », la femme dirait : « pétales du soleil couchant », et l’un et l’autre comprendraient qu’il s’agit de la rose. C’est un exemple approximatif : au temps d’Eléa les hommes n’avaient pas inventé la rose.»

La traduction automatique

«C’est lui [Lukos, un philologue turc] qui avait conçu le cerveau de la Traductrice. Les Américains n’y avaient pas cru, les Européens n’avaient pas pu, les Russes s’étaient méfiés, les Japonais l’avaient pris et lui avaient donné tous les moyens. L’exemplaire d’EPI2 était le douzième mis en service depuis trois ans, et le plus perfectionné. Il traduisait dix-sept langues, mais Lukos en connaissait, lui, dix fois, ou peut-être vingt fois plus. Il avait le génie du langage comme Mozart avait eu celui de la musique. Devant une langue nouvelle, il lui suffisait d’un document, d’une référence permettant une comparaison, et de quelques heures, pour en soupçonner, et tout à coup en comprendre l’architecture, et considérer le vocabulaire comme familier,»

Les algorithmes prédictifs

« L’ordinateur central possède toutes les clés, de tous les vivants de Gondawa, et aussi des morts qui ont fait les vivants. Celles que nous portons ne sont que des copies. Chaque jour, l’ordinateur compare entre elles les clés de sept ans. Il connaît tout de tous. Il sait ce que je suis, et aussi ce que je serai. Il trouve parmi les garçons ceux qui sont et qui seront ce qu’il me faut, ce qui me manque, ce dont j’ai besoin et ce que je désire. Et parmi ces garçons il trouve celui pour qui je suis et je serai ce qu’il lui faut, ce qui lui manque, ce dont il a besoin et ce qu’il désire. Alors, il nous désigne l’un à l’autre. »

Le versement infonuagique

Une fois la langue d’Eléa comprise, on lui branche sur le crâne un bidule [sic] qui permet le transfert de ses ondes cérébrales et partant de sa mémoire sur un écran télé afin qu’elle puisse nous faire le récit de la fin de sa civilisation. Une stratégie narrative capilotractée, car Eléa devient une sorte d’instance narrative omnisciente, voyant tout, se rappelant tous les dialogues, lisant dans les pensées de tous.

Enfin, ne boudons pas les activités de notre club de lecture familial.

En prime : un paradoxe

«ce qui n’existe pas existe»

Barjavel aurait-il prévu la victoire de la CAQ?

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Référence :

René Barjavel, La nuit des temps, Presses de la Cité,  1968, 2014 (édition numérique)

 

 

 

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Tentative d’épuisement de la liste des anaphrodisiaques

Lubrique

Nous signalons à présent quelques éléments franchement hostiles, sinon nuisibles, à l’activité libidinale des deux sexes. Ils sont appelés Anaphodisiaques.

Les anaphodisiaques les plus connus sont : la laitue, le nénuphar, le houblon, la religion, le mariage, la fréquentation des tristes, des mécontents, des morfondus qui pétrarquisent, des sermonneurs, des craintifs, des plaintifs, des envieux, des vindicatifs, des psychiatres, des dogmatiques, des fanatiques, des méchants, des rancuniers, des vengeurs, des critiques littéraires, des médisants, des jaloux, des dévots, des huissiers, des colériques, des lâches, des amers, des pusillanimes, des pisse-froid, des culs serrés de tous poils et des cupides qu’il faudrait une fois pour toutes pousser dans l’escalier. p. 40

Para servir.

Lydie Salvayre, Petit traité d’éducation lubrique, Points, Seuil, 2016, 119 p.

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Une lecture des Cendres bleues

cendres bleues

Jean-Paul Daoust, le poète «punk» de l’émission Plus on est de fous, plus on lit!Les Cendres bleues, un récit poétique autobiographique audacieuxl’amour entre un jeune de six ans et demi et un adulte de vingt ans –  a été couronné du Prix du Gouverneur général en 1990. Texte adapté et présenté à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’aujourd’hui en 2013, avec Sébastien David, Jonathan Morier et Jean Turcotte.

D’aucuns prétendent que ce long cri d’amour et de désamour constitue une pièce majeure de la poésie québécoise contemporaine.

Un texte oxymoryque où se jouxte le «douloureux»  et le «soyeux» : «J’ai été un enfant violé / Dans le plus beau des paysages / Dans le carré de sable prince oublié […] Pourtant j’aimais voir ce sexe content / Même si l’idée de l’amour m’était inconnue»

Un poème de quelque 2000 vers hurlé d’un seul souffle, sans ponctuation. Poème incantatoire avec des vers qui remontent incessamment pour dire le malaise et aussi la joie, l’amour et le viol, malgré les interdits (Moi un angelot dans la crèche) : « Je n’avais que six ans et demi mais / Je savais ce que je faisais / Je sais qu’il m’aimait m’aimer […] Histoire d’amour / Mais je n’avais que six et demi / Lui dans la vingtaine […] Il n’avait que vingt-ans / Et des poussières / Moi j’en avais six et demi / Il m’aimait / Je l’aimais […] À six ans et demi alors / J’étais un barbare dans la soie de ses mains […] Tu m’auras volé mon enfance.

La couleur bleue parcourt tout le poème, marquant l’alternance entre l’insouciance et l’incandescence, entre le chaud et le froid et entre la vie et la mort.  Dans l’air bleu du soir […] Brûler qu’on dit / Des feux bleus […] Des yeux bleus couleurs de lacs mirant le ciel […] Il avait des yeux bleus de dimanches de deuil […] Je m’empressais de retrouver ses lèvres si douces / Si bleues dans le reflet de ses yeux […] Lui ce grand tyran aux yeux bleus comme / La neige / Mon ange-gardien […] Ses yeux bleus miel […] Des diamants bleus / Sa pomme d’homme bleu […] Dans la chaleur bleue […] Sa peau de vison bleu […] Dans l’eau bleue de ta sueur […] Ses dents de glace bleue […] Les refrains bleus de sa peau […] La neige qui tombait au-dehors / Plus bleu qu’un poème […] Du haut de mes six ans et demi je tombe / Dans le brasier bleu de tes bras […] Dans ses campagnes bleues […] Des larmes d’un bleu […] Tes yeux neigeaient bleu […] Dans le bleu pourpre de l’air […] Les fenêtres bleues de ton visage […] Le parfum bleu de mon premier amant […] Tes yeux d’un bleu interdit.

La couleur de l’enfance est-elle bleue?

Comment Faire le tri de tous ces bleus?

Cette fiction m’incommode / Bleue elle aussi.

«Mort» de l’amant bleu  : Sa tête en cendres.

Il ne restera que Les Cendres bleues, des Cendres étoilées avec lesquelles s’achève le récit.

La révélation de soi.

Référence :

Jean-Paul Daoust, Les cendres bleues, Les écrits des Forges, 1990, 66 p. (avec une postface de Paul Chamberland)

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Température et incipit : Kamouraska d’Anne Hébert (24)

Kamouraska

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L’été passa en entier. Mme Rolland, contre son habitude, ne quitta pas sa maison de la rue du Parloir. Il fit très beau et très chaud. Mais ni Mme Rolland, ni les enfants n’allèrent à la campagne, ce été-là.

[«Une histoire de fureur et de neige». Quatrième de couverture.]

Anne Hébert, Kamouraska, Éditions du Seuil, 1970, 250 p. 1970.

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Habiter l’espace et le temps

Habiter Germain

Habiter, une œuvre chorégraphique de Katia-Marie Germain vue à la Maison de la culture de La Petite-Patrie. Une performance expérimentale par deux jeunes artistes émergentes.

Le topo. Nous sommes plongés dans l’obscurité. Un fond sonore métallique et répétitif emplit la salle. Un spot s’allume éclairant de biais l’espace de représentation et produisant un effet de clair-obscur. Sur la scène : une table avec une nappe blanche sur laquelle ont été déposés différents objets (une plante, une théière, des fruits, un briquet, des tasses, un petit tableau). Derrière la table, une femme immobile. Effet réussi, impression de visualiser une peinture du Caravage.  Le spot s’éteint. Un nouveau tableau apparaît, la femme a permuté les objets, pris une autre pose, toujours immobile. Temps suspendu, espace figé. De nouvelles poses s’enchaînent dans l’oscillation du clair et de l’obscur.

La chorégraphe se mettra à bouger, lentement, laissant tomber une cuiller à ses pieds, effectuant de lents gestes saccadés, se déplaçant sur la scène.

À mi-parcours de la représentation, une autre femme vient la rejoindre.  Elles se mettent à bouger, mécaniquement, en synchronie, enlacées parfois, avec la grâce de robots, comme si elles essayaient de s’extraire du tableau, comme si elles étaient engluées dans le temps et l’espace.

Réussi sur le plan esthétique, un peu moins sur le plan de l’émotion. Un poil froid. Ça se termine par une série de flashes, de «prises de photos» rapides de la scène. Bel effet!

Le spectacle dure 40 minutes. J’ai été surpris que cela soit déjà terminé. Elles ont réussi à brouiller mon rapport au temps. C’est un peu le but de l’art.

Prochaines représentations, gratuites, dans Les Maisons de la culture suivantes : le 7 octobre au Plateau Mont-Royal, le 9 octobre à Côtes-des-Neiges et le 10 octobre à Ahuntsic.

Références :

Habiter : Chorégraphie, scénographie et son par Katia-Marie Germain; interprétation par Marie-Gabrielle Ménard et Katia-Marie Germain; répétitrice et conseillère artistique : Lucie Vigneault. [Le Conseil des arts de Montréal en tournée]

Site web de Katia-Marie Germain.

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Lettres à un jeune auteur de Colum McCann : pastiche

McCann

Essai construit autour de petits conseils aux écrivaillons en herbe. Ça plaira aussi aux lecteurs. En résumé.

Pastiche :

Tu t’assois sur ton cul et tu écris. Tu évites les métaphores lourdaudes, les lieux communs et les collocations bidon. Tu ne crains pas les difficultés, tu les surmontes. Tu ne seras pas didactique. Tu utilises le crayon rouge et de la gomme à effacer numérique avec entrain. Ne te mets par martel en tête à propos du déroulement de l’intrigue, elle est secondaire, ce qui importe c’est la manière dont c’est raconté, les mots pour le dire, le style. L’intrigue suivra. Fais un usage circonstancié du point-virgule, des points d’exclamation et des points de suspension (finis tes phrases). Tu veilles aux assonances, aux allitérations et aux rimes à l’intérieur de la phrase. Tu te soucies de la texture du texte. L’incise qui te vient à l’esprit est-elle vraiment nécessaire? Prendrais-tu ton lecteur pour un imbécile? N’essaie pas de reproduire le réel, c’est d’un ennui. Ne t’inquiète pas de ta production quotidienne de mots, mais plutôt de leur ordre dans la phrase (Joyce). Tu lis, tu lis, tu lis. Tu malmènes la grammaire et la syntaxe (tu la connais, tu l’as intégrée parce que tu as beaucoup lu). N’abuse pas des parenthèses. Tu inventes, tu fais jouer la langue. Tu archives les trucs qui ne débloquent pas. Tu écris des romans, alors tu lis des poètes, de la poésie alors tu te farcis des romans. Tu lis tout, même des ouvrages difficiles. Tu offres une bière aux critiques qui t’ont éreinté. Tu restes calme, tu t’assois sur ton derrière et tu écris. Tu ne souffres pas (Rilke), tu as du plaisir (Marquez) : le plaisir d’écrire.

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Ajout de dernière minute : Lis aussi Le newsletter « Créativité littéraire » #14. Sébastien Bailly te donne des conseils « pour doper [ta] créativité». En prime, sa lettre comporte une section titrée : Conseils à jeune auteur. 

Références :

Colum McCann, Lettres à un jeune auteur, Belfond, 2018, 169 p. (éd. originale anglaise : 2017)

Sébastien Bailly : Le newsletter « Créativité littéraire » #14.

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Température et incipit : Neige noire d’Hubert Aquin (23)

Aquin

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

L’été caniculaire, au début des années 70, version Aquin. Une «stase languissante» que nous avons vécue cet été, disent d’aucuns  :

Tout baigne dans la chaleur; et cela dure depuis le début de l’été. Montréal ressemble à une vaste fournaise à claire-voie: les fenêtres des appartements sont béantes, offrant ainsi aux voyeurs solitaires d’innombrables contre-plongées. Épaules nues, dos exposés au soleil, cuisses ouvertes, visages enduits de lotion de bronzage, ventres blancs, autant de composantes d’images vertigineuses et allusives! Un goût acide d’épiderme roussi par le soleil imprègne l’image fugace. Tous ces inconnus aux fenêtres sont aveuglés par la lumière, tandis qu’en bas les autres, vêtements collés à la peau, rasent les murs en quête d’ombre et souvent rêvent d’enfin de se défaire de toute étoffe si légère soit-elle. La chaleur caniculaire a créé une sorte de fascination à laquelle peu de gens échappent et qui réduit le mouvement de la vie à une stase languissante. p. 7

Le titre : un bel oxymore en prime.

Référence :

Hubert Aquin, Neige noire, Les éditions de La Presse, 1974, 254 p.

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