Inondations : la sagesse de Didace

Le Survenant1945

Au milieu de la plaine, parmi les maisons espacées et pour la plupart retirées jusque dans le haut des terres, loin de la rivière et de la route avoisinante, afin de parer aux inondations, celle de Didace, bâtie sur une butte artificielle, près du chemin du roi, possédait le rare avantage d’être à la portée de la voix : les Beauchemin pouvaient, à toute heure du jour, recevoir du passant, sur la route ou sur le chenal, un mot, un salut, un signe d’amitié.

L’oeuvre est maintenant libre de droit. Elle a été numérisée par Le Café des savoirs libres. Pour en savoir plus, voir le billet de Bibliomancienne.

 

Germaine Guèvremont, Le Survenant, Café des savoirs libres, c1945, 2019 (epub).

Publié dans Accouplements, Époque pourrie, Recommandation de lecture | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Reprise pascale

vivre-besson-62x100[Billet publié sur le blogue du Club des irrésistibles des bibliothèques de Montréal en mars 2016. Je le récupère dans mes archives personnelles]

Visionnement de Rebel Without a Cause/La Fureur de vivre (1955) aujourd’hui : Pâques. J’avais oublié, mais les premières scènes du film, au poste de police, se déroulent à Pâques… Joli hasard objectif  [note de 2019 : accouplements, plutôt]. Pourquoi me suis-je retapé, en ce jour de la Résurrection, ce truc de l’autre siècle, surjoué par le beau Jim ? Parce que j’ai lu le bio-roman, Vivre vite, (écrit vite), de Besson et que j’ai eu envie de revoir James Dean rouler des mécaniques (pas rouler une pelle à Platon, la scène a été censurée).

Le livre de Besson est en lice pour le prix 2015 du Club des Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Il n’aura pas mon vote, désolé. Justement, il y avait un petit article sur la popularité des Clubs de lecture dans La Presse + de dimanche dernier. Vous l’avez lu ? Nathalie Brown, du Superwomen Book Club, compare les clubs de lecture d’aujourd’hui aux partys Tupperware d’antan, en plus intelligents (ouf !).

Non mais, sérieusement, Platon qui se retrouve au poste de police après avoir abattu des chiots avec le revolver chipé à sa mère (absente)… Certain que le truc a dû inspirer les scénaristes de la première saison de House of Cards. Et vous, vous avez passé un beau dimanche de Pâques ? Z’avez fait provision de chocolat ? Cueilli, dès potron-minet, de l’eau de Pâques ? Il faisait beau. Avez-vous fait chesser  vos bobettes sur la corde à linge ?

Besson, Philippe. Vivre vite, Éditions Julliard, 2014, 238 pages.

Rebel Without a Cause. [Film]

Publié dans Accouplements, Calembredaine, Critique | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Température et incipit : L’ordre du jour d’Éric Vuillard (51)

Vuillard_L'ordre du jour

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

LE SOLEIL est un astre froid. Son cœur, des épines de glace. Sa lumière, sans pardon. En février, les arbres sont morts, la rivière pétrifiée, comme si la source ne vomissait plus d’eau et que la mer ne pouvait en avaler davantage. Le temps se fige.

Éric Vuillard, L’ordre du jour, Actes Sud, 2017, 160 p.

Publié dans Recommandation de lecture, Température et incipit | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Sur les traces d’une dédicace

dedicace

Soit un texte radiophonique de Michel Butor : Réseau aérien.

Il comporte une dédicace de l’auteur, datant du 10 avril 1965, au libraire Henri Tranquille.

Le livre fait partie de la collection de la bibliothèque Jacqueline de Repentigny (alias la bibliothèque de Verdun). Il est tout de rouge relié et porte la cote 848.9 BUTO (écrits divers de la littérature française du XXe siècle, pour les fans finis de la classification décimale Dewey).

Ce livre est un objet rare.

Il a bourlingué. Comment a-t-il atterri sur les étagères de cette bibliothèque?

Ça me turlupine.

Depuis des lunes.

Continuer la lecture

Publié dans Accouplements, Bibliothèque, Littérature | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Monsieur livre : Henri Tranquille – lecture du jour

tranquille

Lecture du jour. Monsieur Livre : Henri Tranquille, de Yves Gauthier. Je note :

«Futur libraire né en 1916 entre deux bibliothèques… ou plutôt entre les dates de fondation de deux bibliothèques… La Bibliothèque Saint-Sulpice en 1915, la Bibliothèque municipale en 1917. Et le 29 avril 2005, à 88 ans et demi, Henri Tranquille est l’un des 800 invités à la cérémonie d’inauguration de la Grande Bibliothèque. C’est sa première sortie depuis son hospitalisation à la suite d’une chute qui a provoqué une commotion cérébrale. Lors de la réception, il reçoit les hommages spontanés d’un grand nombre de personnes, tant du milieu politique que de la scène littéraire, et toutes lui accordent, grâce au goût de la lecture qu’il a donné à des milliers de clients pendant 38 ans, une certaine lointaine paternité avec cette Grande Bibliothèque. L’apothéose est le geste théâtral de notre chantre national Gilles Vigneault qui se jette à genoux, les bras en croix, aux pieds de l’ex-libraire!» p. 211

Yves Gauthier, Monsieur livre : Henri Tranquille, Montréal, Septentrion, 2005, 273 p.

Publié dans Bibliothèque, Recommandation de lecture | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Gaie lecture du Journal de Paul Claudel : 1928-1929

Claudel_Journal - 1904-1932

Je suis allé piocher dans le Journal de Paul Claudel  – 1928 et 1929 – suite à une publication de l’excellent libraire Bruno Lalonde de l’Atelier-Librairie Le livre voyageur.

Je note des perles tirées du Journal du maître-nageur :

Fervent religieux : « Chaque matin à la messe de 7 h. cette grande jeune fille en chapeau noir et qui ne communie jamais. »31 janvier 1928, p. 799

Signes avant-coureurs de la crise de 29: « Pluie et froid tout ce mois de juin. Le 24. Stabilisation de la monnaie française au change de 3 cents 93 pour un franc (4 sous). Banqueroute des 4 cinquièmes. », 24 juin 1928, p. 818

L’amour : « Au printemps et l’été en Amérique on voit à certains endroits des files d’autos, remplies de couples amoureux. Ce qu’il y a de curieux c’est qu’ils s’amassent tous au même endroit pour faire l’amour. C’est comme la pariade des insectes. », 24 juin 1928, p. 819

Littérature 1) : « La difficulté avec les romans anglais est d’arriver à la page 175, ensuite tout va bien. », 26 octobre 1928, p. 835

Froid observateur : « Mardi – Temps sombre, pluie. On lynche et brûle un nègre dans le Miss[ouri]. »,  1er janvier 1929, p. 845.

Littérature 2) : « Proust dépeint des actions au ralenti, c[‘est]-à-d[ire] littéralement décomposées, par conséquent faussées. », 26 mars 1928, p. 852.

Proustien? : « Une silencieuse expansion des cloches.», 24 juin 1928, p. 818

Littérature 3) : « Inexprimable galimatias et nullité des écrivains Irlandais modernes, tous plus nuls et plus vains les uns q[ue] les autres : Yeats, A[rthur] S[Symons], Joyce, Moore. Tous des apostats naturellement. Comment peut-on écrire pareilles idioties ? », 2 novembre 1929, p. 888.

« Forma mentis eterna » [La figure de l’âme est éternelle], (Tacite), février 1928, p 801.

Continuer la lecture

Publié dans Citations, Critique, Littérature | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Température et incipit : bilan provisoire (50)

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

cinquante

 

Interruption temporaire de mes méditations dominicales sur la température dans les incipit des œuvres littéraires.

Bilan :

 

Mes cinq préférés :

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, Le livre de poche, Gallimard, c1932, 1952, 496 p.

Ça a débuté comme ça. Moi, j’avais jamais rien dit. Rien. C’est Arthur Ganate qui m’a fait parler. Arthur, un étudiant, un carabin lui aussi, un camarade. On se rencontre donc place Clichy. C’était après le déjeuner. Il veut me parler. Je l’écoute. « Restons pas dehors ! qu’il me dit. Rentrons ! » Je rentre avec lui. Voilà. « Cette terrasse, qu’il commence, c’est pour les œufs à la coque ! Viens par ici ! » Alors, on remarque encore qu’il n’y avait personne dans les rues, à cause de la chaleur ; pas de voitures, rien. Quand il fait très froid, non plus, il n’y a personne dans les rues ; c’est lui, même que je m’en souviens, qui m’avait dit à ce propos : « Les gens de Paris ont l’air toujours d’être occupés, mais en fait, ils se promènent du matin au soir ; la preuve, c’est que, lorsqu’il ne fait pas bon à se promener, trop froid ou trop chaud, on ne les voit plus ; ils sont tous dedans à prendre des cafés crème et des bocks. C’est ainsi ! Siècle de vitesse ! qu’ils disent. Où ça ? Grands changements ! qu’ils racontent. Comment ça ? Rien n’est changé en vérité. Ils continuent à s’admirer et c’est tout. Et ça n’est pas nouveau non plus. Des mots, et encore pas beaucoup, même parmi les mots, qui sont changés ! Deux ou trois par-ci, par-là, des petits… » Bien fiers alors d’avoir fait sonner ces vérités utiles, on est demeurés là assis, ravis, à regarder les dames du café. p. 13

Continuer la lecture

Publié dans Recommandation de lecture, Température et incipit | Marqué avec | Laisser un commentaire

Virée à Madrid

aisa2519

Je m’emmerdais un tantinet, faque (du coup) j’ai téléchargé la carte de Madrid sur l’application Google Trips. Dans la foulée, j’ai fait ce qu’il fallait pour y être, à Madrid, à la fin mai. Juste pour voir un Vélasquez et aller saluer ce bon vieux Cervantès. Ça devrait me distraire.

Illustration :

Tableau representant la famille de Philippe IV (1605-1665), a gauche autoportrait de l’artiste devant son chevalet. Peinture de de Diego Rodriguez de Silva y Velazquez dit Diego Velasquez (1599-1660) 1656 Huile sur toile, 318 x 276 cm Museo del Prado, Madrid  Las Meninas (les menines : dames d’honneur).

Publié dans Époque pourrie, Speed writing, Temps | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Température et incipit : Le bonhomme de neige de Jo Nesbø (49)

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

bonhomme de neige_nesbo

C’était le jour où la neige arriva. Il était onze heures du matin lorsque d’énormes flocons jaillirent sans prévenir d’un ciel incolore et s’abattirent sur les champs, les jardins et les pelouses du Romerike, à la manière d’une armada du lointain espace. À deux heures, les chasse-neige étaient à pied d’œuvre à Lillestrøm, et à deux heures et demie, tandis que Sara Kvinesland roulait lentement, précautionneusement, au volant de sa Toyota Corolla SR5, entre les villas de Kolloveien, la neige de novembre s’étendait tel un édredon sur le paysage ondoyant. p. 11

Sûrement pas la plus belle pièce de ma collection d’incipit météorologique. Un peu fort de métaphore : les flocons [qui jaillissent sans prévenir] à la manière d’une armada du lointain espace; la neige [s’étendant] tel un édredon sur le paysage ondoyant. Probable que l’amateur de polar ne pinaille pas sur ce genre de détail et surfe sur le texte du récit pour aller au cœur de l’action.

La trame comme telle. La découverte du tueur en série est prévisible dès la moitié de ce très long récit. Il ne nous reste plus qu’à apprécier les stratégies narratives de l’auteur, les entourloupettes mise en place pour égarer le lecteur. Un beau jeu, malgré tout.

__________

En prime, dans Police, chapitre 1, l’auteur remet ça avec un incipit sur le temps qu’il fait.  Je ne l’ai pas lu encore. Le lirai-je? L’Oreille tendue en a dit beaucoup de bien : .

Cela avait été un longue et chaude journée de septembre avec cette ombre qui transforme le fjord d’Oslo en vif-argent et fait rougeoyer les collines qui viennent d’afficher leurs premiers soupçons d’automne. p. 11

Références :

Jo Nesbø,  le Bonhomme de neige. traduction d’Alex Fouillet, Paris, Gallimard, coll. «Série noire»,  2008 (2007), 524 p.

Jo Nesbø,  Police, traduction d’Alain Gnaedig, Paris, Gallimard, coll. «Série noire»,  2014 (2013), 594 p.

Publié dans Le poids de la métaphore, Température et incipit | Marqué avec , , , | 6 commentaires

Deux sœurs : fragments de clichés amoureux

deux_soeurs

Tragédie.

Mathilde éprouve un amour fou pour son conjoint Étienne. Problèmes en vue. L’amour de jeunesse d’Étienne  – Iris – revient dans le décor après un séjour de cinq ans en Australie. Étienne va craquer, quitter Mathilde pour la belle fugitive. Mathilde va craquer elle-aussi : mélancolie, dénis, ressentiments, rêves perdus, jalousie, sentiment d’abandon, hallucination, dissociation. La dépression. L’abîme. Un passé douloureux à la clef qui n’aide pas les cœurs bafoués : son père et sa mère sont morts alors qu’elle avait 14 ans. Une figure classique dans ce genre de roman.

Arrêt de travail forcé. Forcée aussi de laisser son appartement. Elle ira vivre chez sa sœur Agathe et son tendre époux – Frédéric – dans le but de se refaire une beauté mentale. La belle affaire! Mathilde le trouve plutôt charmant le beau-frère, un peu assommant le bonheur de sa sœur.

Vous êtes au milieu du roman, vous avez déjà votre petite idée de la fin tragique du récit.

Le style?  À vous de juger. Extraits :

Ils avaient passé deux semaines en Croatie, dont quelques jours sur une île déserte. Au cœur de  ce paradis, ils avaient évoqué l’idée de se marier bientôt. Étienne se disait prêt à avoir des enfants. Tout était si beau et si puissant; on aurait dit que quelque chose d’éternel s’annonçait. [OMG] p. 9 de 215 (édition numérique).

Elle lui avait lancé un sourire qu’elle espérait solaire, mais il avait si vite tourné la tête. p. 10.

Il n’avait pas remarqué les pétales roses sur la table. p. 11.

Elle se souvenait l’avoir étudié [L’éducation sentimentale de Flaubert] au lycée, et cela avait changé sa vie : elle ne pourrait vivre désormais qu’en compagnie de la littérature. Ainsi été née sa vocation. p. 15.

Au  cœur de la vie qui s’effondre, tout demeure immuable, dans un ballet non soumis aux tragédies de chacun. p. 24.

[…] mais cette mascarade générale la propulserait dans l’évidence que nous sommes, quoi qu’il arrive, irrémédiablement seuls. p. 24.

Mais son visage semblait un royaume autonome et inondé [elle pleure], frappé par un déluge impossible à maîtriser.  p. 26

Chapitre 16 en entier : Si seulement sa mère était encore vivante, elle aurait pu pleurer dans ses bras. p. 30.

Pendant toute l’après-midi, Mathilde avait repensé à cette expression nager dans le bonheur. Que se passe-t-il quand on atteint le rivage. p. 40. On atteindra aussi le rivage de la jalousie. p. 190.

Mathilde mit toute son énergie amoureuse à chasser cette mélancolie, et à transformer le présent en un royaume interdit aux fantômes du passé. p. 48. Sachez  que le royaume peut aussi être autonome et inondé (p. 26 ), impossible à gouverner (p. 81 ), infernal (p.  100) et aux repères abolis (p.  164 ).

Le cœur de l’autre est un royaume impossible à gouverner. p. 81

La souffrance condamne à la lucidité. p. 192. 

Il n’y a finalement que deux camps. Les vainqueurs et les vaincus. p. 196. 

Para servir.

J’ai aussi publié un billet sur la mécanique textuelle bâclée du roman Le mystère Henri Pick. C’est par

David Foenkinos, Deux soeurs, Paris, Gallimard, coll. «Blanche», 2019, 178 p. (215 pages dans mon édition numérique)

Publié dans Critique, Le poids de la métaphore | Marqué avec , | Laisser un commentaire