Améliorez votre français avec Fabcaro : la troisième personne du commerçant

la clôture

Une autre bande dessinée de Fabcaro aussi déjantée que  Zaï, Zaï, Zaï, Zaï, et que Et si l’amour, c’était aimé. Dialogue :

Serveur – Ce monsieur…
Client – Où ?
Serveur – Non, je dis : il prendra quoi ce monsieur ?
Client – Ah je sais pas, je ne le connais pas, je viens juste d’arriver…
Serveur – Non mais je parle de vous !!! Vous, vous prenez quoi ?!!!
Client – Aah… non parce qu’au début vous disiez lui…
Serveur – Mais non enfin, c’est du commerçant ! Vous connaissez pas la troisième personne du commerçant ?!
Client – AAAH!…
Client – Ah oui d’accord, je comprends mieux… d’où méprise et malentendu… Ah Ah Ah…
Serveur – Bon alors il prendra quoi ?
Client – Qui ?

Référence :

Fabcaro, La clôture, Éditions 6 pieds sous terre, 2018, 42 p.

Publié dans Bande dessinée, Calembredaine, Recommandation de lecture | Laisser un commentaire

Température et incipit : Vingt-trois secrets bien gardés de Michel Tremblay (34)

vingt-trois-secrets-bien-gardes

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Une courte appréciation suit après l’incipit météorologique que voici – c’est la période de  Noël,  il sera peut-être blanc :

Il est installé dans sa chaise haute qui trône dans le bow-window de la salle à manger, là ou pendant les fêtes on dresse le sapin de Noël. La fenêtre derrière lui, donne sur la galerie arrière de la maison. Recouverte de neige depuis quelques jours. Il vient de manger puisqu’un bol de Jell-O est renversés devant lui et que ses mains sont mouillées de lait et de gélatine rouge. Il dodeline, résiste au sommeil, relève la tête par à-coups, mais c’est plus fort que lui, elle retombe presque sur la tablette de bois qui le retient prisonnier. Ça y est, il s’en va, il est parti. son petit corps mollit, sa bouche produit un bruit de succion comme s’il tétait. Il va bientôt sourire aux anges. p. 9

_____________

Appréciation :

Souvenirs éparpillés. J’avais préféré Un ange cornu avec des ailes de tôle (1994), Douze coups de théâtre (1992) et Les Vues animées (1990). Quand même, on ne boude pas Michel Tremblay.

À lire, pour en savoir un peu plus sur comment Michel Tremblay a commencé à écrire, pour ses premières sorties dans des bars « pour des gars comme lui » à Montréal et à New York (l’une d’elles est d’un burlesque réjouissant), pour le soin apporté à ses beaux livres d’école, pour la récitation d’un interminable rosaire dans un salon funéraire.

Vous perdrez peut-être le souffle de joie avec lui en écoutant un opéra de Wagner au Metropolitan Opera de New York.

Vous serez surpris d’apprendre qu’il a rencontré Jack Lang, ministre de la Culture d’alors en France et la honte qui s’en est suivie. Surpris aussi du rôle de l’Église, il n’y a pas si longtemps, dans son habit de censeur et avec la complicité du gouvernement de Bourassa en place.

Allez faire de nouveau la rencontre de quelques-uns de ses personnages truculents qui nous ont rendu Tremblay si sympathique.

Référence :

Michel Tremblay, Vingt-trois secrets bien gardés, Leméac/Actes Sud, 2018, 107 p.

Publié dans Recommandation de lecture, Température et incipit | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Température et incipit : Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu (33)

Nicolas Mathieu

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Prix Goncourt 2018.

Debout sur la berge, Anthony regardait droit devant lui.
À l’aplomb du soleil, les eaux du lac avaient des lourdeurs de pétrole. Par instants, ce velours se froissait au passage d’une carpe ou d’un brochet. Le garçon renifla. L’air était chargé de cette même odeur de vase, de terre plombée de chaleur. Dans son dos déjà large, juillet avait semé des taches de rousseur. Il ne portait rien à part un vieux short de foot et une paire de fausses Ray-Ban. Il faisait une chaleur à crever, mais ça n’expliquait pas tout.  p. 13

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux (pour la version numérique), Actes Sud, 2018, 426 p.

Crédit photo : Luc Jodoin. Libre de droit.

Publié dans Littérature, Température et incipit | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Cartes à jouer

Boisvert

[À l’instar de l’Oreille tendue, je suis sensible aux petits hasards de la vie, aux accouplements littéraires surtout. Accords de proximité.]

Yan Giroux a réalisé un film sur Yves Boisvert : À tous ceux qui ne me lisent pas.  Question de me mettre dans l’ambiance avant d’aller visionner cette bobine, j’ai replongé dans l’oeuvre du poète.

La quatrième de couverture du recueil Gardez tout :

On vous traite de deux de pique, de casque de bain, de newfie, wébo, chaouin, looser, tarla ?
[…]
Soyez tranquilles, le poème d’un deux de pique bénéficie de l’amer privilège d’être irréductible.
Les occasions de le lire ne manquent pas.

Je vous avais aussi dit que je ramais dans le Goncourt 2018. J’ai terminé. J’avais noté :

Manou préparait déjà trois rails [de cocaïne] bien symétriques. Il se servait d’une carte à jouer, un huit de carreau.

Le lecteur attentif aura noté la touche echenozienne de ce passage, ce huit de carreau, élu, venu de nulle part. La dame de pique aurait très bien pu faire le boulot.  J’ai abordé jadis, avec légèreté, cette figure de la carte à jouer dans l’oeuvre de Jean Echenoz dans un trop long billet pour ceux qui potassent le web avec leur bigophone. Je vous mets le lien à l’endroit précis. C’est ici, si ça vous chante. Para servir.

Références :

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux (pour la version numérique), Actes Sud, 2018, 426 p.

Yves Boisvert, Gardez tout, Écrits des Forges, 1987,  68 p.

Auto-citation, pour ceux qui auraient raté le ici sus-lié :
L’angoisse de la carte de jeu perdue dans l’oeuvre de Jean Echenoz

Crédit photo : Luc Jodoin. Libre de droit.

 

 

 

 

 

Publié dans Accouplements, Recommandation de lecture | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Ressouvenances

voyer_2018_expo_couv

Marie-Hélène Voyer est titulaire d’un doctorat en études littéraires et enseignante au Cégep de Rimouski.

Elle était en lice pour le prix de poésie de Radio-Canada 2018 pour son poème : Mouron des champs.

Elle est aussi en lice pour le volet poésie du prix des libraires 2019 pour son recueil Expo habitat.

Plus jeune, elle a vécu dans une ferme laitière au Bic. Grand bien nous fasse. Aucune autrice – aucun auteur – n’a su, en ce triste siècle, si bien poétiser la ruralité avec tant de justesse, de verve et d’humour.

Comment dire la joie que m’a procurée la lecture de ce recueil? De nombreux souvenirs ont surgi : aller aux roches (on disait : aller érocher), un farmeur proche «noyé» dans un silo de maïs-grain, les boucheries et le hurlement des porcs qu’on égorge, la chasse aux rats musqués, la pêche aux carpes et aux anguilles dans la Yamaska, le foin, la ripe, l’odeur pestilentielle des poules entassées dans les poulaillers, celle produite par l’épandage du purin au printemps, la cueillette des fraises, des framboises et des groseilles, le piochage de la betterave à sucre, les camions de petits pois (on ne se gênait pas pour se servir), les champs de maïs à l’infini (bel endroit pour lire La revanche de l’Ombre jaune d’Henri Vernes, fumer sa première cigarette et s’initier à toutes sortes de choses innommables), le pénible ramassage de l’eau d’érable, la picouille qui brette à tirer son tonneau dans les sentiers escarpés et enneigés, les immenses crêpes (on disait : des matelas) mangées à la cabane à sucre familiale. Les oreilles de crisse, les grands-pères dans le sirop d’érable, les pets de sœur…

L’œuvre en question. Je vous en mets des extraits.

Ils s’épivardaient :

Viens on va se garrocher
dans le foin
dans la paille
dans l’ensilage
dans la ripe
dans la moulée
dans l’engrais
dans la gravelle
dans la chaux
dans le vide
juste pour voir

Elle rêvassait :

Tu as douze ans et autant de cabanes […]

Elle se posait en vain un tas de questions existentielles :

Tu veux savoir
comment ça marche la vie la mort l’amour
pis toute la patente
mais ils n’en parlent jamais dans La terre de chez nous

Elle s’ennuyait parfois :

Les jours de pluie
on apprend par cœur
l’ennui et les blagues
du Reader’s Digest

Ils étaient fiers, et savaient bien le dire :

— Au village, tout le monde nous traite de farmeurs.
— Bondance ! Mautadite bonjour d’affaire ! Maudite Sainte-Face de bon yeu de Sorel ! Laisse-les dire. Laisse-les faire. Laisse-les braire ! C’est des fend-le-vent des farauds des vlimeux des bavasseux des caswell des flancs mous des branleux des bretteux des galeux des yeules molles des yeules sûres des chigneux des chiqueux d’guenille des baveux des morveux des senteux des rniffleux des focailleux des sans dessein des nu-bas des queues d’veaux des sottiseux des faces blêmes des faces de carême. Tu leu’ diras que t’es la fille à Belzébuth aux dents claires !

Elle dit bien la ville aussi : routes, autoroutes, boulevards et autres voyagements.

Allez voir!

Référence :

Voyer, Marie-Hélène, Expo habitat, Chicoutimi, La Peuplade, 2018, 157 p. (l’édition numérique en PDF comporte 176 p.)

Publié dans Recommandation de lecture, Temps | Marqué avec , , | Laisser un commentaire

Température et incipit : Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer (32)

Laferrière

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Bel incipit qui marie jazz et chaleur torride.

Pas croyable, ça fait la cinquième fois que Bouba met ce disque de Charlie Parker. C’est un fou de jazz, ce type, et c’est sa semaine Parker. La semaine d’avant, j’avais déjeuné, dîné, soupé Coltrane et là, maintenant, voici Parker.

Cette chambre n’a qu’une qualité, tu peux jouer du Parker ou même Miles Davis ou un coco plus bruyant encore comme Archie Shepp à trois heures du matin (avec des murs aussi minces que du papier fin) sans qu’aucun imbécile ne vienne te dire de baisser le son.

On crève, cet été, coincé comme on est entre la Fontaine de Johannie (un infect restaurant fréquenté par la petite pègre) et un minuscule bar-toplesss, au 3670 de la rue Saint-Denis, en face de la rue Cherrier. p. 11

Référence :

Danny Laferrière, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, VLB éditeur, 1985, 153 p. (édition numérique ici)

Publié dans Recommandation de lecture, Température et incipit | Marqué avec , | Laisser un commentaire

François Hébert : La langue inclusive (3)

390px-François_Hébert_2016

[Série : François Hébert, 1946-, critique littéraire au journal Le Devoir ]

Le débat sur la féminisation des titres et des professions ne datent pas d’hier. La longue durée du changement.

langue inclusive FB

—–

Dans cette édition du Devoir du 28 avril 1984 on pouvait aussi lire :

« Les enseignants s’oppossent [sic] aux compressions dans les universités » Plus ça change…  Les coquilles et les compressions.

« Le nouveau musée d’art contemporain, ou l’esthétique du centre commercial » Chantal Pontbriand, directrice de la revue d’art contemporain Parachute. Patience et longueur de temps…

Balance commerciale des États-Unis : 10,3 milliards. Le déficit atteignait les 566 milliards en 2017.

 

Référence :

François Hébert, Quant au e, euh … ,Le Devoir, 28 avril, 1984., p.27

Publié dans Citations, Critique, Temps | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Accents circonflexes

circonflexe

À l’instar de l’Oreille tendue, je suis sensible aux petits hasards de la vie, aux accouplements littéraires surtout. Accords de proximité.

Je rame comme un galérien présentement dans le roman de Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux. Goncourt 2018. J’y reviendrai. J’y ai lu :

Tandis qu’il parlait et souriait, on aurait dit qu’une marionnettiste tirait des fils accrochés à sa figure, laquelle était prise de tressaillements circonflexes.  p. 170

Et sur Facebook, en sirotant ma première gorgée de café, le poète franco-ontarien Patrice Desbiens, outré, on le comprend, suite aux décisions de Doug Ford concernant la francophonie en Ontario, publie un extrait de son recueil Rouleaux de Printemps.

LE PRIX DU CAFÉ

Je suis certain que
la serveuse est
francophone.

Je devine son
accent
circonflexe.

Des écureuils sortent
de mes yeux
et sautent dans
le feuillage
de ses yeux.

Je lui parlerais
en français mais
le café est déjà
assez cher
comme ça.

(de Rouleaux de Printemps
Prise de Parole 1999)

Références :

Patrice Desbiens, Rouleaux de printemps, Prise de parole, 1999, 95 p.

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes Sud, 426 p.

Publié dans Accouplements | Marqué avec , , , | Laisser un commentaire

Température et incipit : Le dernier chalet d’Yvon Rivard (31)

Yvon Rivard Le dernier chalet

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Je me suis réveillé à l’aube. Une pâle lumière séparait les jours de la nuit, la première neige tombée la veille s’était changée en pluie. J’ai pensé : heureusement que ce n’est pas lundi, car un lundi de pluie, qui plus est d’automne, ce n’est pas l’image que je veux garder du chalet, mais comme je savais qu’ici le temps, même l’été, peut changer d’un moment à l’autre (le fleuve ne se baigne jamais deux fois dans le même jour [1]), je trouvais que la pluie convenait bien à une scène de départ, d’adieu, que c’était une bonne idée, cette pluie qui bientôt allait briller, qu’il valait mieux partir d’un cliché que d’en finir, comme disait Hitchcock, p.7

[1] Paraphrasant Héraclite : « On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ».

Références :

Yvon Rivard, Le dernier chalet, Léméac, 2018, 205 p.
Voir aussi l’entrevue qu’Yvon Rivard a accordée à Marie-Louise Arseneault à l’émission Plus on est de fous, plus on lit!, le 29 mars 2018.

Publié dans Recommandation de lecture, Température et incipit | Marqué avec , | Laisser un commentaire

Leçon d’économie : « speed writing » (2)

o'keefe_bière
Statut publié sur Facebook, vendredi le 16 novembre. Exercice de «speed writing» Je copie ici pour mes archives sans corriger coquillettes, ponctuation et pataquès.

—————————

Un peu surpris par tout ce tohu-bohu autour de la consommation de la coke et du troisième lien dans notre belle capitale. Elle vise juste, Catherine Dorion. Je vais prendre un autre exemple. Mettons que vous êtes dans un party de Noël, que vous prenez une première O’keefe, une deuxième, une troisième… Le fun finit par pogner. Après trois caisses, c’est certain que le plaisir tend à diminuer (je pense que c’est l’économiste Adam Smith qui a affirmé ça) et vous risquez d’être dans un pitoyable état à tel point que vous ne ferez plus de liens pantoute. Faque (du coup, pour les Français) si vous avez des bons chums et de bonnes chumettes, ils / elles vont appeler Nez-Rouge pour vous ramener chez vous à Québec. Bein manque aussi que les valeureux volontaires au nez rouge voyant votre état de décrépitude refuseront de vous embarquer. Pas compliqué, vous allez dormir à Donnacona dans un motel miteux en essayant de démêler tous ces liens, mais il sera trop tard. Est-ce que c’est clair? On n’en veut pas de troisième lien. :-)

Para servir.

Publié dans Calembredaine, Époque pourrie, Speed writing | Marqué avec , | Un commentaire