L’autoroute de l’information, les refoulements d’égout et la carte de l’empire

Octobre 2010 : refoulement d’égoût.  J’essaie de sauver in extremis les centaines de bouquins qui s’empilent au sous-sol. Rangement pêle-mêle dans des cartons de ma petite histoire du monde tel que je l’ai parcourue, vue, lue, annotée, partagée.

Janvier 2011 : reconstruction. On sort les livres des ténèbres. L’opération sera longue. Jeu du souvenir. Relecture transversale. Un livre, une personne. Un roman, un lieu. Une revue, un geste.

Je relis de grands passages du numéro «Multimedia et communication à usage humain : vers une maîtrise sociale des autoroutes de l’information» paru dans la revue Transversale Science / Culture, mai 1996.

On y retrouve de nombreux textes officiels et déclarations  qui ont mis l’internet sur la map (c’était bien avant Google)  et popularisés la notion d’autoroute de l’information : Gore, Infrastructure nationale d’information, 1993; Le Livre blanc de la commission européenne : croissance, compétitivité, emploi : les défis et les pistes pour entrer dans le XXIe siècle, déc. 1993.  Pas d’hier qu’on nous casse les oreilles avec ce foutu XXIe siècle qui n’a de cesse de vouloir nous rattraper.

Pour ceux que la chose intéresse, le texte complet du no de la revue est maintenant disponible sur le Net.

http://www.eclm.fr/fileadmin/administration/pdf_livre/210.pdf

Je vous cite des extraits d’une des allocutions de Gore, c’était en 1993 – à vous de juger des promesses :

Les promesses de la NII (National Information Infrastructure) :

«Imaginez un appareil qui serait à la fois PC, caméra vidéo, télévision et téléphone. De n’importe où , à n’importe quelle heure, vous pourriez voir vos enfants et leur parler, vous repasser votre dernier match, feuilleter les plus récentes acquisitions de la bibliothèque, acheter épicerie, meubles, vêtements – tout ce dont vous avez besoin – à des prix imbattables. Imaginez comme la vie changerait si :

«on pouvait avoir accès de partout aux trésors de l’art, aux chefs-d’oeuvre de la littérature, aux dernières découvertes de la science. De partout et pas seulement dans les institutions importantes, les bibliothèques ou les musées des grandes villes.

(…)

«on pouvait aller vivre partiquement n’importe où, sans renoncer pour autant à trouver un emploi utile et intéressant « le «télétravail» permettrait de se connecter à son bureau via une autoroute électronique au lieu de faire la navette en voiture, train ou autobus;

(…)

«on pouvait voir les films les plus récents,  jouer aux jeux vidéo les plus excitants,  faire ses courses ou ses opérations bancaires, le tout à l’heure que l’on veut et confortablement installé chez soi

«il était possible de s’adresser à l’Administration et aux services publics (directement ou par l’intermédiaire d’établissements locaux, comme les bibliothèques) pour s’informer, demander et recevoir des allocations par voie électronique, ou joindre facilement tel ou tel fonctionnaire.

«les administrations, services publics et instances gouvernementales, entreprises et autres entité organisés pouvaient correspondre par voie électronique – ce qui ferait moins de paperasse et améliorerait la qualité des services.

et dans le même carton,  j’ai trouvé, de ses hasards qui sont toujours objectifs :

La promesse de l’aube, Romain Gary

Matière à rire, Raymond Devos.

Le mythe de la cité idéale, Roger Mucchieli

La sociologie de l’espérance, Henri Desroches

Le livre du rire et de l’oubli, Milan Kundera

L’ivre livre : Marcel Moreau (oh que je vais le relire… )

et un intrus : L’encyclopédie de la cuisine végétarienne

Je les ai rangés ensemble sur une tablette avec La carte et le territoire (pas le livre, mais mon IPAD  qui donne accès à la carte qui s’est superposée au territoire : le Net!).

Pour la plogue dans le titre du billet : La carte de l’empire, c’est une fable de Borgès,  une métaphore de ce qui advient?

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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