Les auteurs se branchent sur leurs lecteurs — les défis de la télématique

Jeudi le 4 mai, 19 h. Nous sommes une trentaine, des inconditionnels pour la plupart, rivés au «petit» écran… d’ordinateur. Ed McBain, le prolifique auteur américain de romans policiers, est avec nous, penché sur son ordinateur personnel, quelque part aux États-Unis.

Que pensez-vous des policiers? Pourquoi avoir choisi le nom de Meyer Meyer pour un personnage? Comment construisez-vous le scénario de vos romans? Comment avez-vous débuté dans le métier? Avez-vous un roman en chantier?

Les questions fusent, se bousculent. Pendant 90 minutes, l’auteur se prête à un feu roulant de questions. Pour souligner le lancement de Romance, son 46e roman mettant en vedette les policiers du 87e arrondissement de la ville imaginaire d’Isola, Evan Hunter, alias Ed McBain, Richard Marston, Hunt Collins, Ezra Hannon et John Abbott, a accepté de se jeter en pâture à ses fans branchés sur le réseau commercial CompuServe.

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Chaque participant a d’ailleurs pu poser ses questions à tour de rôle, sous l’oeil – ou le doigt – bienveillant d’une modératrice à l’emploi de CompuServe. Ce réseau commercial, qui regroupe plus de 2 millions d’usagers, est privé et offre depuis peu un accès à l’Internet.

L’aventure était fascinante. Elle nous a permis de découvrir un homme affable, généreux et doté d’un bon sens de l’humour.

– Pourquoi vous êtes-vous inspiré de New York pour créer la ville d’Isola? demande un participant.
– Je me suis rendu compte que les règlements de la police changent plus souvent que les policiers ne changent de sous-vêtements, lui répond McBain. Je n’étais pas intéressé à passer plus de temps à discuter avec le Service de police de New York qu’à écrire mes romans.

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La discussion était vive et dynamique, d’autant plus que l’écrivain manie le clavier à une vitesse fort respectable. Il nous a ainsi confié qu’il n’aime pas écrire des scénarios de films, que le prochain roman de Evan Hunter s’intitulera Privileged Conversation et qu’il se sert du pseudonyme de McBain parce qu’à l’époque, son éditeur craignait que le nom d’Evan Hunter ne soit brûlé à tout jamais s’il signait des romans policiers.

Evan Hunter n’est pas le premier écrivain américain à recourir à la télématique pour rejoindre ses lecteurs. Il y a quelques mois, c’était au tour de l’auteure de romans policiers Ann Rule de faire le grand plongeon.

Au Québec, il faut se tourner vers le monde du cinéma pour être témoin d’initiatives du même genre. La page Web réalisée par les producteurs du film Eldorado, par exemple, a attiré plus de 1500 personnes en un mois et suscité une centaine de messages électroniques à l’intention des comédiens. L’expérience saura-t-elle convaincre les éditeurs de faire le saut vers la télématique?

André Bélanger, La Presse, 4 mai 1995.  :)
Source : Eureka, disponible dans la section ressources en ligne des BPM

C’était aussi conservé dans mes archives papier : la télématique, c’était l’avenir.

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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