C’est dit, la terre est plate : La science des lichens de Mahigan Lepage, truculente

La tierra es redonda como una naranja.
Jose Arcadio Buendia dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia-Marquez

Appel du pied des Bibliothèques publiques de Montréal pour lire La science des lichens de Mahigan Lepage sur publie.net.  Ça,  ça se lit le temps d’un visionnement de Tout le monde en parle.  Et on y revient, à ces jeux dans l’espace, pour le plaisir de la répétition et de la différence. Envie parfois de me départir d’oeuvres éparses que je ne relirai pas. N’entreprend presque plus de livres qui ne méritent pas relecture. Me demande parfois pourquoi miens égarements dans le flux. Mais là vraiment,  je m’égare.

La science des lichens. Un texte plaisir qui moutonne en une seule phrase pour nous dire sourire en coin – bricolons vieux concepts – la vacuité du monde. Une vacuité truculente, sinon ça serait la poisse.

Texte soliloque. Lecteurs passagers du RER (le métro) vous êtes interpellés dès le début du texte par un québécois débarqué à Paris, tâté terrain, pour la rédaction d’une thèse de doctorat sur la biosurveillance lichonologique… Faut le faire! En échange de généreuses espèces boursières sonnantes et trébuchantes et pour éviter l’itinérance…

Je demande votre attention s’il vous plaît, on quitte Roissy et je suis fatigué, le soleil est haut dans le ciel, il est tard, c’est l’été ou presque, la chaleur va tomber, il faisait si chaud au Maroc, j’en reviens, comme vous peut-être, non sans doute pas, c’est que voilà, Paris m’épuisait, j’en pouvais plus, alors j’ai décidé d’aller au Maroc,

Parcours prétexte, jeux de miroir dans un métro rhizome qui mime le texte, pour nous dire que la terre est plate, que les petits bourgs du monde se ressemblent tous.  Sans aspérité. Exit l’exotisme. Un babil incessant lissant la planète. Voir aussi l’hilarante tentative du thésard de donner la parole aux lichens eux-mêmes (m.à.j. 1 juillet 2011)

il n’y a plus de différence, le Canada, Paris, le Maroc, Katmandu, Palaiseau, c’est toujours la même histoire, une histoire de trains et de voitures et de béton et de solitude, une histoire de bouches qui vous parlent et vous soûlent, j’en ai trop pris moi, je me suis assez fiait soûler moi, fini je me suis dit, maintenant c’est à moi de parler, le temps d’un trajet sur la ligne RER B, c’est quand même pas trop demander, votre attention le temps d’un trajet, c’est tout, pas une réponse, juste votre attention, le temps d’un trajet, de votre réponse de toute façon je saurais pas quoi faire,

Chassez l’ennui vous le retrouverez au bout de la rue, il n’y a plus de sorties possibles, sinon un regard ironique jeté sur le monde.

c’est un truc d’un vieux lichénologue, William Nylander qu’il s’appelait, il est mort en 1899, juste à temps pour éviter le XXe siècle

Un narrateur qui finira par se la fermer, comme une huître, pour éviter le pire et aller ailleurs.

Je vous invite à aller écouter cette voix, c’est bien résumé ici par ePagine :

Car ici (comme dans tout ce qu’il écrit d’ailleurs), c’est avant tout une voix qu’on entend – celles des grands. Qu’il soit question d’exotisme ou de lichénologie, de Descartes, de la langue française, de Paris-Plage, du Jardin des Plantes, d’ennui, de chaleur, de duperie, c’est la phrase qui prime, son souffle, son rythme, sa musique. Et celle-ci se déroule, vive, s’étend, malicieuse, prend son temps, mais sans jamais nous lâcher en route. Et moi je ne m’en lasse pas.

Pour l’ailleurs, il faut se pointer Vers l’Ouest, ça vaut le détour.

Vous ai-je dit que c’était disponible gratuitement pour les abonnés des Bibliothèques publiques de Montréal?



À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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