Un polar


Je préférerais, ne pas. Bartleby

La thématique du déménagement bat son plein cet été sur le site web des BPM dans le cadre de l’animation sur les textes de la collection de l’éditeur numérique Publie.net. On a eu droit aux pérégrinations de Mahigan Lepage (Le silence des lichens), à Cartons de Christine Jeanney, voilà qu’on nous propose un double déménagement dans un polar de Didier Daeninckx : À louer sans commission.

Longtemps que je n’avais pas lu un polar. Plaisir renouvelé. Tout y est : troquet, flipper, tabac, bière pression, chien en rut, femme nue à la fenêtre, robe qui tombe, femme faire-valoir un peu nunuche (ça se met à brailler sans raison), chauffeur de taxi qui chante Claude François : J’y pense et puis j’oublie, des graffitis («LePen ce soir sur A4 : ses idées sont séropositives. Enfilez un préservatif sur votre télé !»),  de la conscience sociale, des entournures interculturelles (allez voir le coup des Auvergnats)…

À lire pour écouter les silences d’un vieux qui se fait virer salaud de son logement pour cause d’accumulation de paperasses dans son logis (depuis 1945 : hasard?)

«Ils sont tombés sur une annexe de la Bibliothèque nationale ! La cuisine, les chiottes, la pièce principale, tout était bourré jusqu’au plafond de journaux, de prospectus, de livres, de photos… Cinq ou six tonnes de documents. Il y avait même un grand carton rempli de tickets de métro, de bus… Les chic et choc qu’on connaît, mais également les anciens tickets détachables, ceux qui se vendaient en carnets de dix, et qui se dépliaient comme des accordéons. Le vieux conservait tout le papier qui lui passait entre les mains depuis 1945 : les étiquettes de camembert, les papiers d’emballage du boucher, les avis de passage du gaz et de l’électricité, les professions de foi des candidats aux élections. Tout !»

L’auteur aurait pu nous étirer la sauce, il y avait matière,  mais c’est parfait ainsi avec son petit lot de mystères non résolus. Pas une note de trop.

Me suis ensuite jeté sur Bartleby de Melville (nouvelle traduction chez Publie.net). Autres silences bruyants. Pour son humour, ses mystères et sa modernité (c’est quand même écrit en 1856)

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J’ai déménagé moi-aussi, avec vue côté jardin :



À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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