Mutations, je vous hais

Mutations, je vous hais[1]. Mutation sociale, économique, technologique. Autant d’échos de l’irréversibilité des lois de la transformation biologique, du séquençage de l’ADN et de la transformation des espèces. Mutation, «buzz word» de la post-modernité brinquebalante, avec ses famines disséminantes,  ses crises financières, ses travailleurs à la rue et la percée de plus en plus marquée du libertarisme. On nous prie d’obéir au réalisme politique et économique pour sauver l’Europe, la Grèce, l’Amérique, le Monde (c’était le refrain de DSK ?!?).  À nous, bien sûr, multitude, de corriger les errements des spéculateurs,  de ceux qui ne veulent plus gouverner, de ceux pour qui les forces du marché, des réseaux, du «bottom up», du «self-gouvernance» régleront tout, de ceux pour qui tout est bien qui finit bien si l’on sait embrasser la force technologique et économique (çe sont frères jumeaux) nous drainant sans nous vers un futur bienveillant et inéluctable.

Adaptez-vous, disent-ils. Indignez-vous, levez-vous,  répondent-ils!

Vous dire que j’aime ce mouvement d’occupation des places financières de la planète :

Peuples du monde, levez-vous

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=_9Tu-j-ddeA[/youtube]

Je publie ci-dessous, avec sa permission, le témoignage de Gabriel Boisclair (fils de ma conjointe :) ). Il a assisté à la manifestation à Montréal, ce 15 octobre 2011. Il avait posté son texte sur son mur Facebook (autant dire perdu dans l’espace amnésique numérique).

Je l’enracine ici, pour la permanence du lien et du changement social. :-)

Vous pouvez faire copain avec Gabriel sur Facebook : http://www.facebook.com/gabfb

«J’y étais aujourd’hui. C’était beau, c’était nombreux, malgré la pluie. Et ce n’est que le commencement. Ce n’est qu’un épisode de résistance et d’indignation qui doit mener à d’autres actions, de plus grande envergure.

Les exploiteurs et les voleurs en cravate de ce monde ne cesseront pas leurs méfaits légalisés parce que quelques miliers de personnes descendent dans la rue. Et même si quelques corrompus sont arrêtés, si les ultra-riches finissent par accepter de laisser tomber quelques miettes, l’écart entre riches et pauvre ne cessera pas de s’élargir, ni notre environnement d’être pillé et détruit. La précarité, l’indifférence, la vulnérabilité et l’apathie collective ne disparaîtront pas si facilement. Elles sont trop ancrées et trop acceptées socialement pour que quelques décisions ou quelque réalignements économiques superficiels ne viennent réellement les endiguer.

Mais descendre dans la rue est le premier pas de l’indignation et du refus de l’insipide injustice bureaucratisée par la rationalisation économique. Ensuite, pour accomplir un changement, pour que nos actes de contestation ne deviennent pas que de simple allègements de notre conscience, pour que l’indignation ne soit pas un état temporaire qui s’efface devant notre propre contribution au capitalisme déshumanisant, nous devons aller plus loin.

La résistance passe non seulement par l’expression de notre indignation, mais aussi par l’organisation dans nos milieux de travail, dans nos milieux scolaires et dans nos communautés. Il s’agit de prendre en main notre propre destinée, collectivement et solidairement. Il s’agit de lutter contre ceux qui nous dominent impunément, et d’apprendre à s’organiser sans eux.

Un autre monde est possible, et c’est à nous de nous lever pour le bâtir. Pour commencer, rassemblons-nous et allons occuper Montréal.»

[1] En référence, à cette phrase célébre d’André Gide : «Familles, je vous hais». In Les Nourritures terrestres, la version numérique est ici : http://www.ebooksgratuits.com/pdf/gide_nourritures_terrestres.pdf

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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