Pulsion scopique

Longues et riches heures d’attente ce jour à la clinique d’ophtalmologie.

Pensées qui divaguent et divergent. Pulsion scopique. Affleurent l’Aveuglement de Saramago; les personnages du roman La Valse aux adieux, tous atteints de cécité au grand plaisir du lecteur spectateur; au baroque, à la mise en scène de la folie du voir; à la photographie comme révélateur sexuel dans la Recherche de Proust…

Sinon, s’ancrer, s’accrocher encore à Liscano – L’écrivain et l’autre –  que j’ai pu lire à l’aller et au retour, des pages 1 à 193 et 193 à 1, et plus loin encore. Témoignage sur l’écriture, la lecture, la mort, l’ennui, la nuit et le vide.

Un style.

Je note, pour mémoire :

JE NE LIS PAS DE ROMANS, JE NE PEUX PAS EN LIRE. Je veux en lire, mais je ne peux accepter l’histoire que raconte un roman. Au-delà de la deuxième page, je me concentre pour tenter de voir non pas ce qu’on me raconte, mais la façon dont l’histoire se présente. Je me perds dans la texture du tableau et je n’en vois pas les couleurs. C’est comme observer le paysage au microscope : on ne voit jamais la beauté de l’ensemble.

(…)

Écrire c’est chercher ce qu’on ne trouvera pas.

(…)

Vivre vaut presque toujours la peine.

(…)

J’ai longtemps vécu en marge.

(…)

La connaissance est le grand châtiment. L’esprit veut comprendre et finit seulement par savoir.

(…)

IL FAUDRAIT FAIRE COMME ÇA : D’ABORD ÉCRIRE LE LIVRE, le roman. Ce n’est pas un livre définitif, ce n’est qu’un point de départ. Puis dès qu’on a raconté l’histoire, le travail commence. L’écrivain part de ce livre. À partir de ce texte, il trace les chemins qui sous-tendent l’histoire, signale quelles possibilités il a écartées, manifeste ses doutes, établit des liens avec d’autres oeuvres. Sous le champ de l’histoire déjà dite, le lecteur entend la voix entrecoupée de l’écrivain. Le dialogue entre cette voix et le lecteur fait de l’hisoire un prétexte à réfléchir sur l’art de conter. Le lecteur n’a pas à suivre ce que dit la voix ou à le faire tout le temps. Il peut fixer son attention sur la page. Mais un jour, ou avec un autre lecteur, le dialogue s’établit. Le lecteur cesse alors d’être passif, il sent qu’on lui raconte vraiment les choses comme elles sont. Et, en dévoilant ses cartes, l’écrivain se débarrasse aussi de la responsabilité du récit parfait, de l’omniscience à temps complet.

(…)

Quelle vanité de croire que tu pourrais mettre par écrit une question qui pourrait intéresser quelqu’un ! Et même si c’était le cas, la plupart des gens ne s’en apercevraient jamais. Parce que la plupart des gens ne lisent pas ce que ce tu fais. Parce qu’ils n’ont pas besoin de te lire pour vivre. Parce que personne n’a et n’aura jamais besoin de ton existence. Point.

(…)

Je n’ai lu depuis 1984 aucune oeuvre de fiction qui ait modifié ma vision de la littérature (c’est écrit entre 1999 et 2005!)

(…)

Ne pas arriver vers « les autres » signifie mourir, mourir privé d’air.

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Illustration  :
Photo prise le 10 octobre 2011 avec un Iphone dans Les jardins du Cambrien, Fondation Derouin, Art in situ, Val David, Québec

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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