Le programme électoral de Bebette Bérubé : Vedgez citoyens!

Bebette Bérubé qui a l’art de négocier avec l’éternité prend encore du mieux. On l’avait dite mourante. Elle m’avait envoyé son testament. Puis, élections fédérales en cours, rémission, car soucieuse de botter les fesses à monsieur Harper, elle avait repris du service partisan et la rédaction de son roman Total Local. Elle revient encore, comme les films de Batman, pour faire la peau aux marchands de bonheur, me confie-t-elle.

Elle me prie de vous faire suivre ses impressions sur la campagne électorale provinciale en cours et de prendre bonne note – pour méditation – de son slogan électoral :

«Vedgez citoyens : couchés et en bonne compagnie!»

Bebette Bérubé, le parti gris

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Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire

Laverdure, le perroquet dans Zazie dans le métro

Ça fait tout un foin médiatique. Ça électionne, ça claquesonne, ça tribune et ça haut-parlotte jovialement au Québec en cette période de promesses électorales et autres vicelardises emmerdatoires.

J’avais un peu prévue le coup Touscaillon, question d’être bien préparée pour les débats télédiffusés et pour donner la réplique et la casserole à monsieur @DuchesneauLegault2.0 sur Twitter.

Faut sméfier!

C’est ainsi que, sans trop forcer et dans un souci éclectique perpétuel,  Zazie dans le métro (je vous ai mis le film – un four burlesque – au bas de ce billet), les opuscules de Lafargue (Le droit à la paresse), de Debray (Éloge des frontières) et de Russell (Éloge de l’oisiveté), ont atterri sur ma table d’hôpital grâce à la magie de la réservation en ligne, du butinage numérique déductif et du Bibliobus.

Confluence de l’éloge bien en vue dans deux titres. Proxénétisme de l’inaction dans le champ lexical (paresse et oisiveté). Volonté d’écrire court dans tous les titres avec une vision à longue portée, tout pour plaire à monsieur Legault, lequel, au demeurant, ne partage pourtant ni me lectures, ni mes convictions.

Voyons voir ce bon Russell, il reprend là où nous avait laissé Paul Lafargue (il méprisait un peu le bon peuple, quand même, le Paulot) en stigmatisant la bêtise, la surconsommation et la folie du travail :

si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu’on ait recours à un minimum d’organisation rationnelle). Bertrand Russell

… et si on travaillait quatre heures par jour, 44 semaines l’an, à tous les quatre ans?

Meuh non, que nous proposent les partis politiques : 200 000 emplois temps plein (Parti libéral), 166 000 emplois dans le Plan vert (Québec solidaire), un Plan Nord (PL), du forage en Gaspésie (Parti québécois), des étudiants soumis sur les bancs d’école (Coalition avenir Québec, PL), sanctions contre les profs qui ne veulent pas enseigner pendant la grève étudiante (CAQ), vaste chantier de travaux sylvicoles (PQ), conciliation famille-travail (CAQ, PQ, QS), et le pire, faire le grand ménage (TOUS).

Essouflant!

Vous allez en suer un coup…

Non mais, nos angelots, ils n’ont rien saisi aux grandes tendances de l’histoire universelle, ont raté le cours sur Hégueule, n’ont pas lu Les Vagues de Toffler et de Virginia Woolf,  jeté à la poubelle leurs exemplaires de Finnegans Wake, ni visionné Mélancholia de Van Lars Trier?

Zéro de conduite!

Bon, faut l’avouer, monsieur Legault fait triste bonne figure avec son idée d’abolir les commissions scolaires, les agences de la santé et 7 000 postes à Hydro-Québec.

Pas bête, la guêpe, hein. Joli croque-en-jambe au PL et à QS qui veulent créer tout un tapon d’emplois. Un grand total de 360 000, s’ils unissent leurs efforts, mais je n’y crois pas trop. C’est peine perdue, voir dans Zazie, Queneau qui était tout un visionnaire et avait prévu la panacée numérique et la société du savoir automatisée :

D’ailleurs, dit Gabriel, dans vingt ans, y’aura plus d’institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l’électronique, des trucs comme ça. c’était aussi écrit dans le journal l’autre jour. N’est-ce pas Marceline? 1959

Et la suivante, fort à propos, en cette période d’élection et de guerres perpétuelles (faut quand même pas se laisser distraire, même si on est bien armé et sans registre des armes à feu). En tout cas, le pote Russell, il aurait été d’accord avec Queneau, plutôt que de penser aux «éconocroques» mieux vaut attraper son litron et l’écluser bien sec en charmante compagnie :

L’une des choses les plus banales que l’on puisse faire des ses économies, c’est de les prêter à l’état. Étant donné que le gros des dépenses publiques de la plupart des états civilisés est consacré soit au remboursement des dettes causées par des guerres antérieures, soit à la préparation de guerres à venir, celui qui prête son argent à l’État se met dans une situation.  similaire à celle des vilains personnages qui, dans les pièces de Shakespeare, engagent des assassins. en fin de compte, le produit de son économie sert à accroître les forces armées de l’État auquel il prête ses épargnes. De toute évidence, il vaudrait mieux qu’il dépense son pécule, quitte à le jouer ou à le boire… Bertrand Russell.

Rien à signaler du côté du laïus de Debray (on ne gagne pas à tous les coups au jeu du butinage numérique) sinon qu’il dit des trucs vraiment bizarres à propos de la technique en associant l’unicode à l’hubris grec…  «Faut pas egzagérer», n’est-ce pas Zazie?

Pas la force de transcrire, je vous transnumérise, mais n’oubliez pas d’aller voter :

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[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=ZEbav4v1MI8[/youtube]

Bebette Bérubé, retraitée

About Luc Jodoin

Bibliothécaire
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