Qui sera le lauréat du Prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal? — mon avis, mes lauréats


Le prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal sera remis le 24 octobre prochain à la Bibliothèque Saint-Michel à  l’occasion de La Semaine des bibliothèques publiques. Cinq titres sont en nomination. Qui l’emportera? Difficile à dire. Je n’aurais pas aimé faire partie du jury. Pas évident de choisir, étant donné la diversité des publics visés et des genres à l’oeuvre. J’accorde toutefois les prix suivants :

Le Prix Coup de poing dans les reins

Charlotte Gingras : Guerres, La Courte échelle.

Une œuvre qui ébranle, pousse à la réflexion, à la rencontre et à la compréhension de l’autre. J’aime les albums et les romans de type « coup de poing » (voir la vidéo ici). Guerres de Charlotte Gingras est résolument à ranger dans cette catégorie. La guerre en Afghanistan, mais racontée du point de vue de deux enfants (8 et 16 ans) rivés, anxieux, sur place au Québec dans l’attente du retour du père parti «pacifier» les belligérants. L’absence du père provoque de profonds effets collatéraux sur sa famille. De la complexité des êtres et du monde. Un texte pour réfléchir sur la mort, la violence faite aux enfants et aux femmes, l’agressivité, l’abandon, la religion, la dépression, les premiers baisers et le courage de ceux restés derrière. Très chargé, un peu trop peut-être, penseront d’aucuns. C’est disponible au bout des doigts, ici,  en version numérique. On s’en priverait !

Le Prix Sonorités visuelles

Louis Hémon et Philippe Béha (illustrations): Le monde de Théo, Hurtubise.

Théo vit seul dans sa maison. Seul sur sa montagne plate, avec son potager, son pommier, son poirier. Tout autour, en bas, tout a été détruit. Il est le seul survivant. Seul parmi de « vastes étendues d’absence, d’immenses aires de pas grand-chose, des kilomètres et des kilomètres de pas beaucoup, et d’encore moins, des plaines de vide et des vallées de rien ». Une belle métaphore sur la solitude et la possibilité de la rencontre de l’autre. Des mots simples et riches de Louis Émond illustrés par Philippe Béha, le Magicien qui se surpasse encore.

Le Prix Tout carton

Élise Gravel : Je suis terrible, La Courte échelle.

Un album tout-carton pour les tout-petits. Trois personnages : un « vilain » monstre, une chouette et courageuse fillette et un chien peureux. Un décor : quatre arbres. Comment faire copain avec les monstres qui pourraient se cacher sous le lit, dans le placard ou dans nos rêves. C’est simple et beau. À lire le soir avant les dodos qui tardent à s’installer…

Le Prix biceps mentaux (ou Prix Olivier Hamel, pour les intimes)

Deni Y. Béchard, Simon Boulerice, Guillaume Corbeil, Eric Dupont, Stéphane Lafleur, Nicolas Langelier, Bertrand Laverdure, Tristan Malavoy-Racine, Éric McComber, Joël Vaudreuil (illustrations): Être un héros : des histoires de gars, La Courte échelle.

Recueil de nouvelles pour ados sur le thème du courage et de la bravoure. Un livre pour gars écrit par des écrivains gars québécois de la relève. Il en faut du courage pour pédaler des kilomètres, des kilomètres et des kilomètres jusqu’à plus loin, jusque dans la brousse, jusqu’à celle que l’on aime. Il en faut de l’aplomb pour dire non à son père qu’on adule par ailleurs. Il en faut de solides nerfs quand le narrateur de l’histoire vous met de gros bâtons dans les roues de la vengeance. Il en faut des nerfs solides pour interpréter sans fausses notes le concerto pour violon de Sibelius. Ma préférée, mais ça ne compte pas vraiment parce que j’ai un petit biais, c’est celle qui raconte l’histoire du bibliothécaire résistant sous l’Occupation nazie en France. Ça se lit en écoutant I’m your man de Leonard Cohen. Savoureux.

Le Prix Prix

Biz : La chute de Sparte, Leméac.

Lauréat des libraires du Québec 2012 (catégorie 12-17 ans). Ça plaira aux adultes : parents, enseignants et éducateurs. Je ne résumerai pas, la note de SDM présente dans la notice catalographique fait tout à fait bien le travail. J’ai pour ma part plutôt été charmé par l’originalité du style (une voix), les coups de gueule, les jugements à l’emporte-pièce, les images. Deux exemples de métaphore ? Un jeune pleure : « On voyait ses omoplates s’agiter comme si des oiseaux essayaient de sortir de son chandail. » Vous préférerez peut-être dans un langage un peu plus cru, d’entrée de jeu du roman, sa description de Saint-Lambert : « J’habite à Saint-Lambert et ça me fait profondément chier. Saint-Lambert est une banlieue prétentieuse et hypocrite. Une vieille dame qui courtise le fleuve avec le petit doigt en l’air, tout en se faisant enculer par le boulevard Taschereau, ce chef-d’œuvre de laideur poche moderne. ». Absence complète de mièvrerie dans le récit. La réalité drue et dure (anagramme en passant) de l’adolescence, rien de convenu dans cette histoire fort bien ficelée. Éloge du texto et de Gaston Miron à la clef, ça vaut le détour. Le roman s’achève sur un smiley : :-)

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C’est la Saison de la lecture en ce moment. C’est la Semaine Lis avec moi, du 12 au 20 octobre. Profitez-en pour lire un livre à un enfant et poursuivez l’année durant.

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Photo prise avec son téléphone par Patrick M Lozeau (@pmlozeau) pour les Bibliothèques de Montréal. Une idée originale de Véronique Dupuis (webmestre de Bibliojeunes)

About Luc Jodoin

Bibliothécaire
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