Lire La vérité sur l’affaire Quebert, choper un vilain rhume et écrire des vacheries

Billet publié le 6 octobre 2013. Englouti dans le cyberespace et récupéré grâce aux bons soins de Wayback Machine. En lice pour la prix du Club des irrésistibles 2014.

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Secret de polichinelle, ce roman sera l’un des finalistes pour le 6e prix du Club des Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Je suis donc allé jeter un coup d’œil à cette brique de 600 pages. Un auteur doué, drôle, le Dicker. Il a du souffle, trop. J’ai même chopé un vilain rhume en le lisant. Efficace pour vous ficeler avec de la grosse ficelle un étonnant et énorme thriller, sorte de virevolte-pages qui vous colle le popotin au fauteuil un bon huit heures d’affilée, coupé du monde, gin ananas en main question de prendre une pose nabokienne.
Le genre plaît : livre déjà traduit en une trentaine de langues, qui s’est vendu à près d’un million d’exemplaires. Ça faire lire, chouette, mais il faudra repasser pour améliorer votre vocabulaire. Je n’ai pour ma part pas de fortes inclinations pour le polar, quoique j’aie passé de bons moments dans le passé avec Laurence Bloch, Donald Westlake, Raymond Chandler, Didier Daeninckx, Agatha Christie, Umberto Eco, Edgar Allan Poe et Fedor Dostoïevski…
La Vérité sur l’affaire Harry Quebert respecte les règles du genre. Histoire tordue avec des rebondissements invraisemblables à chaque chapitre. Personnages types : policiers bourrus, filles nunuches et gars benêts. Des personnages secondaires, haut en couleur et drôles : la mère de l’auteur (une caricature rothienne de la mère juive) et l’éditeur, délicieusement machiavélique, qui décrit les personnes présentes sur Facebook comme des hommes-sandwichs… J’ai pour ma part trouvé que l’écrivain enquêteur du roman était un peu trop futé à mon goût (beaucoup plus que les benêts de policiers de service qui tentent avec lui de dénouer l’affaire) et abusait des largesses du narrateur omniscient… D’une écriture simple – pauvre – mais assumée et voulue par l’auteur.
Un récit, somme toute, d’une grande pudeur, malgré la thématique annoncée. Ça raconte, entre autres, l’histoire d’amour impossible entre un jeune écrivain dans la trentaine et une Lolita (Nola) de 15 ans un peu fêlée. C’est d’un fleuri et d’un kitsch imbuvable : l’histoire m’a donné un peu de mal et fait surfer gaiement sur de longs passages. Vous voyez dans le genre : « je t’aime mon minou, je ne peux pas vivre sans toi et tu resteras toujours gravé dans mon cœur… » Et c’est en écrivant pareilles inepties que Harry Quebert deviendra le plus grand écrivain de sa génération. Ciel… On s’ennuie un peu de la perversité d’Humbert Humbert, le nympholepte de Nabokov…
Il faut écouter l’auteur, au demeurant fort sympathique, dans l’entrevue qu’il a accordée à un Laurent Malavoy, un tantinet complaisant. C’est ici : http://bit.ly/15ew5HR. Dicker y fait, encore, un procès remâché du roman français qui abuserait trop, selon lui, de la virgule… et qui serait encore crispé dans les manies du nouveau roman des années 60. Belle généralisation empirique. Comme une grosse envie de lui jeter deux ou trois romans, de Romain Gary ou de Jean-Paul Dubois, de Modiano ou de Kundera, de Maurice Pons, de Perec, de Toussaint ou de bien d’autres.
Écrire simple et beau ? : Echenoz, bien sûr.
Vous avez d’autres suggestions pour lui ?
Essayez aussi Nabokov :
« Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-lii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises, contre les dents. Lo. Lii. Ta. »
Ou mieux, en anglais, pour la force des allitérations :
« Lolita, light of my life, fire of my loins. My sin, my soul. Lo-lee-ta : the tip of the tongue taking a trip of three steps down the palate to tap, at three, on the teeth. Lo. Lee. Ta. »

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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