Ma dentiste et moi : mille soleils splendides

« Vous n’avez même pas lu Mille Soleils splendides !?! » Ma dentiste m’a lâché ça tout à trac alors qu’elle s’activait avec son bistouri pour m’inciser la gencive. « C’est un chef-d’oeuvre, le meilleur livre que j’aie lu ces dix dernières années ! » Même pas le temps de répondre qu’elle sort sa Black and Decker pour un surfaçage radiculaire des parois osseuses un peu bosselées de ma délicate dentition. Je réussis à l’interrompre : un que j’ai adoré, ces deux dernières années, c’est Le Temps où nous chantions de Richard Powers (2003, 2006). Elle demande à son assistante un peu médusée et emmêlée dans le tube de son aspirateur buccal de prendre en note le titre en question. J’en profite aussi pour lui parler de Jean-Paul Dubois, de la hantise de ses personnages pour les dentistes. « Notez, Nathalie ! ». On dérive sur Yourcenar, « une Balzac moderne » et sur Lionel Shriver, Il faut qu’on parle de Kevin (2006), « dur, dur, pas plus d’un chapitre par jour, me dit-elle, et à lire dans le texte original si possible ». Bien sûr !

Allez ! Trêve de littérature. Activons-nous lentement ! Morts à ses vilains dépôts sous gingivaux !

J’ai un rapport très littéraire à ma dentiste. Laquelle a de ses jolis coups de coeur cependant que ma bouche agonise et s’ensanglante. Bon joueur, je me suis évidemment empressé de lire ces Milles Soleils splendides. Lu le temps du long et lancinant dégel de mon palais et de ma gencive. Elle y avait mis la gomme avec l’anesthésie, ma charmante médiatrice dentiste.

Le récit : deux femmes que tout sépare vont finir par se rencontrer, se détester et devenir de grandes amies. Elles partagent un même mari hystérique, jaloux et violent. Il y a une lecture et une pratique, disons talibane du Coran.

Un roman romancé, dur, qui retrace l’histoire récente de l’Afghanistan : la guerre entre les clans, les horreurs commises par les moudjahidines et les Soviétiques, l’arrivée au pouvoir des talibans. On comprend ici les grands cris des féministes dans le débat sur la Charte eu égard à la condition faite aux femmes dans certaines parties du globe : interdiction de travailler, port de la burqa, interdiction de circuler sur la place publique, interdiction de lire et de s’éduquer, mariage en bas âge forcé avec des forcenés. Un roman coup de poing avec à l’horizon, peut-être : mille soleils splendides.

Un chef d’œuvre ? Rien, sur le plan littéraire, à vous jeter en bas de votre chaise de dentiste, mais un excellent livre.

Frais pour la dentiste : 850$. Pas de la tarte quand même pour un conseil de lecture…
La prochaine fois, je vous cause de ma cavale en Louisiane au Motel Lorraine avec Brigitte Pilote.

Faut se donner des objectifs dans la vie, quand même !

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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Une réponse à Ma dentiste et moi : mille soleils splendides

  1. Willy dit :

    Les informations ici présentes sont relativement intéressantes. J’ai beaucoup aimé, cet article est vraiment bien ficelé et agréable à lire. Pas mal du tout.
    Elsa Bastien / streetpress.com

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