Repousse-lecteur : Crépuscule des bibliothèques

J’ai lu Crépuscule des bibliothèques de Virgile Stark, un bibliothécaire qui s’est fendu d’un pamphlet autour de « la barbarie à visage numérique ». Il ne se fera pas d’amis auprès de ses collègues qu’il accuse de s’être laissé abuser par « la propagande soviétoïde en faveur des technologies émergentes. » Il ne ménage pas ses épithètes pour les pourfendre : « auditoire de sourds et de fanatiques », « bibliothécaire zombie », « bibliothécaire-barbare ». Ça donne envie de poursuivre la lecture…

Il est habité par une profonde nostalgie du livre papier : « flambeau du désir », « graveur des époques », « récipient général », « plafond du cosmos ». Un peu pompier ésotérique, tout ça. Il déraisonne autour de la superficialité du texte numérique. Sachez que « la magie s’est retirée du livre pour habiter la page-écran et la symbolique des réseaux. » Que les télécommunications ont remplacé les communications. Les écrans ? « On y lit plus souvent de consternants emails et plus de tweets que la prose de Voltaire et de Thucydide ». « Nous avons jeté nos enfants, sans le moindre scrupule, sur les autoroutes de l’Information, les laissant s’abrutir avec Facebook, Twitter, Millenium et World of Warcraft. » « Le grand décervelage ». Plus personne ne lit Platon, ni Homère. Google comme « automate acéphale ». Wikipédia, « une énorme décharge immatérielle alors que l’encyclopédie de Diderot et d’Alembert était selon Chateaubriand une Babel des sciences et de la raison. » Les bibliothèques y passent aussi, ces horribles tiers-lieu qui s’abaissent au niveau du plus grand nombre en fourguant au bon peuple des disques, des BD, des jeux, des accès Internet, du confort, des livres jetables et de la bouffe.

À lire pour tenir en main un beau florilège des idées reçues autour du numérique et des bibliothèques en évolution.

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Repousse-lecteur aussi publié sur le Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal.

La référence :

Stark, Virgile. Crépuscule des bibliothèques, Éditions Les Belles Lettres, 2015, 212 pages.

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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