Température et incipit dans les romans (1-2)

temperature_livre_Côté

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Ah bon!

C’était une journée d’avril froide et claire. Les horloges sonnaient treize heures. Winston Smith, le menton rentré dans le cou, s’efforçait d’éviter le vent mauvais. Il passa rapidement la porte vitrée du bloc des « Maisons de la Victoire », pas assez rapidement cependant pour empêcher que s’engouffre en même temps que lui un tourbillon de poussière et de sable.

 Georges Orwell, 1984, Gallimard, Folio, 2015, version numérique, (édition originale 1949)

Et en prime :

Chaude, pensaient les Parisiens. L’air du printemps. C’était la nuit en guerre, l’alerte. Mais la nuit s’efface, la guerre est loin. Ceux qui ne dormaient pas, les malades au fond de leur lit, les mères dont les fils étaient au front, les femmes amoureuses aux yeux fanés par les larmes entendaient le premier souffle de la sirène. Ce n’était encore qu’une aspiration semblable au soupir qui sort d’une poitrine oppressée. Quelques instants s’écouleraient avant que le ciel tout entier s’emplît de clameurs. Elles arrivaient de loin, du fond de l’horizon, sans hâte, aurait-on dit ! Les dormeurs rêvaient de la mer qui pousse devant elle ses vagues et ses galets, de la tempête qui secoue la forêt en mars, d’un troupeau de bœufs qui court en ébranlant le sol de ses sabots, jusqu’à ce qu’enfin le sommeil cédât et que l’homme murmurât, en ouvrant à peine les yeux.

– C’est l’alerte

Irène Némirovsky, Suite française. [Paris] : Gallimard, 2006, c2004. 573 p. (version numérique)

À suivre.

Merci à Serge Côté pour l’illustration.

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
Ce contenu a été publié dans Incipit et littérature, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

2 réponses à Température et incipit dans les romans (1-2)

  1. Ma favorite : «Winter came in like an anarchist with a bomb» (Ed McBain, The Pusher, 1956).

  2. Celui-ci est pas mal aussi : «Qu’il fasse beau, qu’il fasse laid, c’est mon habitude d’aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais Royal» (Diderot, le Neveu de Rameau).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *