Quand les oies et les volailles prennent une brosse

brosse

À l’instar de l’Oreille tendue, je suis sensible aux petits hasards de la vie, aux accouplements littéraires surtout. Accords de proximité.

Dernier livre lu au Panama : un recueil de nouvelles de Richard Brautigan. Dans l’une d’elles, La vengeance de la pelouse (c’est aussi le titre du bouquin), Brautigan nous raconte que sa grand-mère avait un alambic avec lequel elle fabriquait du bourbon. Un de ses quatre, elle décide de jeter le vieux moût dans la cour près du poirier.  Son troupeau d’oies en fut ravi.

« Je suppose qu’elles [les oies] prirent en commun une décision fort agréable, car elles se mirent à manger le moût. Au fur et à mesure qu’elles en mangeaient, leurs yeux devenaient de plus en plus brillants, et leurs éloges du moût de plus en plus véhéments.

Au bout d’un moment, une des oies s’enfouit la tête dans le moût et oublia de se relever. Une autre caquetait comme un folle et essayait de se tenir debout sur patte en imitant une cigogne, à la manière de W.C. Fields. Elle demeura ainsi une minute environ avant de retomber sur les plumes de sa queue

Ma grand-mère les trouva toutes étendues autour du moût dans l’attitude même de leur chute […] p. 20

Montréal. Livre suivant. En guettant les ours : Mémoires d’un médecin de campagne des Laurentides, par Edmond Grignon, dit Vieux Doc.

Vieux Doc raconte que son père «tenait une auberge dans un gros village, situé au portique des Laurentides; vu ses aimables qualités, sa jovialité […] grâce aussi à ses talents de « violonneux » et à son bon whisky, la maison était très achalandée.

Le whisky surtout était fameux à cause d’un secret que possédait son père. Quand il recevait un tonneau de cent gallons, il y ajoutait quelques gallons d’eau (c’était dans le métier, et pour faire plaisir aux sociétés de tempérance), et puis il y ajoutait un plein sceau de belles cerises d’automne […]

Un beau jour d’été, il dit à son vieux serviteur Isaïe Piché que les gens du Cordon ont bien connu : « roule donc cette tonne qui est vide sous la remise au fond de la cour ». Isaïe roula la tonne, et la bonde s’étant arrachée, les cerises coulèrent dans la paille.

Les volailles qui s’étaient enfuies en poussant des cris de terreur, revinrent bientôt et se mirent à picorer les fruits succulents, gonflé d’alcool » p.18-19

Et elles furent toutes saoules…

Il y a aussi ce pauvre Rémi, dans le chapitre intitulé Le maringouinus magnus, qui essaie tant bien que mal de faire étalage de culture face aux notables. Petits ratés. Il confond «panorama» et «panama».

N’en jetons plus la cour est pleine.

Je prends mes fioles et mes sacs et je file au concert.

Références ;

Richard Brautigan, La vengeance de la pelouse (Nouvelles 1962-1970), Christian Bourgois éditeur, 10-18, 1983 (pour la traduction française), 212 p.

Edmond Grignon: En guettant les ours : Mémoires d’un médecin des Laurentides, Éditions Édouard Garand, Montréal, 1930, 238 p.

 

 

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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