Modophobie

MIley Cyrus - malheureux du siècle

En plus de la peur distinctive que nous ressentons tous face au changement, la haine de l’époque et celle des réseaux sociaux en particulier se nourrissent d’un ressentiment à l’égard de toute démocratisation d’anciens privilèges (qu’ils nous concernent ou non)

Un des leitmotivs du discours modophobe est que notre époque ne réfléchit pas. Je lisais par exemple dans une lettre ouverte que les réseaux sociaux sont un «outil d’endormissement de jugement, voire d’aliénation» qui «annule souvent la transmission d’informations pertinentes». La population serait désinformée, voire crédule (perte d’influence des médias traditionnels, prépondérance des réseaux sociaux, faits «alternatifs», populisme, etc.); elle resterait en surface. C’est peut-être vrai, mais est-ce bien à cause des réseaux sociaux? Ils seraient donc des outils dont le fonctionnement même modifierait le comportement de leurs utilisateurs, comme des prothèses, sauf que plutôt que de le redresser, ils le tordraient?

Il me semble plutôt que ces fameux réseaux ne nous détournent pas des faits pour nous plonger dans l’enfer des opinions : ils nous donnent accès aux opinions que la multitude a toujours eues. Elles ne nous intéressent ni ne nous plaisent plus qu’avant, il est seulement plus difficile de les éviter. Avec ce point de départ, l’existence de nouveaux canaux d’expression ne peut pas sembler bénéfique. p.80

[…]

Par exemple, on a souvent le réflexe de croire qu’il existe un degré supérieur de réflexion (mots-clés: cœur, noyau, essence, fond) qui dépasse le simple répertoire et la nomenclature et dont on souhaite souvent le grand avènement salvateur. On dira donc avec beaucoup de conviction: «Il faut entamer une réflexion de fond sur tel sujet», mais sans jamais le faire, parce qu’on ne sait pas plus que les autres si cela peut être fait, ni comment. L’essence des réflexions de fond est de pouvoir être annoncées et souhaitées, mais jamais atteintes. La vraie cause de l’étroitesse de nombre de nos opinions, il me semble que ce n’est pas le climat intellectuel contemporain – ni même les réseaux sociaux -, ce sont plutôt les carences éternelles de la pensée humaine, qui doit souvent se contenter de nommer et de répertorier les choses. p. 81

À lire pour ceux qui pensent que c’était mieux avant, que le niveau baisse, que l’on dégénère et autres balivernes du même tonneau sur la jeunesse d’aujourd’hui et l’époque pourrie.

(L’auteur utilise le nouvel orthographe et envoie valser les accents circonflexes sur les i et les u : gout, dégout, paraitre, connaitre, etc.)

Référence :

Thomas O. St-Pierre, Miley Cyrus et les malheureux du siècle : Défense de notre époque et de sa jeunesse, Atelier 10, 2018, 105 p

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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