Sans sang d’Alessandro Baricco : amnésie partielle (11)

SansSang

Sans sang. Lecture recommandée par Marie-Anne Poggi du Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. J’avais déjà lu ce roman dès sa sortie en français, en 2003.  Récit bien enfoui dans les méandres de mes processeurs parallèles. Trou de mémoire. Un récit qui date d’à peine 13 ans. De l’inconvénient d’être vieux. Ça m’est revenu, en pièces détachées, dès la relecture de l’incipit du roman :

Dans la campagne, la vielle ferme de Mato Rujo demeurait aveugle, sculptée en noir contre la lumière du crépuscule. Seule tache dans le profil évidé de la plaine.

Les quatre hommes arrivèrent dans une vieille Mercedes. La route était sèche et creusée – pauvre route de campagne. De la ferme, Manuel Roca les vit.

Récit en deux parties. Essayons de faire remonter le tout à la surface.

Première partie, les quatre hommes à la Mercedes pénètrent dans la ferme et trucident Marto Rujo et son fils. C’est que, dit-on, Mato avait lui-même torturé le frère de Manuel durant la guerre. Vengeance. Que des méchants dans ce début de récit. Les 4 chenapans se battent pourtant pour un monde meilleur, il me semble. Par chance, le père, Mato, avait ordonné à sa jeune fille de s’enfouir dans le cageot à patates (?) dès l’arrivée des 4 hommes à  proximité de la fermette. L’un des malfrats, le plus jeune du groupe, la découvrira, mais ne la dénoncera pas, subjugué par la couleur (oublié) de ses yeux ou un truc du genre. Fin de la première partie, ils brûlent la cambuse et mettent les bouts vers de nouvelles aventures. Tristesse à peine voilée du plus jeune. Quand même, le lecteur peut respirer, la fillette a réussi à s’extraire de sa cachette avant d’être rôtie vive. Elle sera récupérée par un badaud qui passait par là bien campé sur le dos de sa rossinante.

Deuxième partie, il était une fois de nombreuses années plus tard. Baricco maîtrise très bien l’ellipse. Vous vous rappelez Soie? Hervé Joncour traversant, à l’intérieur d’un petit paragraphe, l’Europe et l’Asie à pied, à cheval, en Cadillac (oups, ça c’est du Plume Latraverse) pour aller quérir des larves de vers à soie au Japon. Bref, les protagonistes sont maintenant devenus vieux. La p’tite vieille après de longues années a fini par retrouver le jeune vieux (désolé, aucun souvenir de leurs prénoms). Il vend des billets de loterie dans un kiosque d’une ville quelconque. Il attendait sa venue depuis de nombreuses années. On apprendra l’histoire de la jeune devenue décatie. Comment elle a fini par faire la peau à trois des membres de la bande des quatre : l’un empoisonné, l’autre abattu d’une balle dans le dos, et le troisième… ne me rappelle plus. Vengeance. Reste le plus jeune devenu décrépi. Que lui arrivera-t-il? Je me souviens. Inoubliable. Il soigne ses chutes, Baricco. Vous l’avez lu, Sans sang? Vous vous souvenez?

P.-S. 1. Mon bon ami Jacques Charest m’écrivait dernièrement : Le 19 Frimaire CCXX, jour de la Sabine, Nicolas Dickner a écrit : «Les livres oubliés sont comme des vies antérieures»

P-S 2. Le Schtroumpf qui se fout de ma gueule sur la photo, c’est bien sûr pour souligner son 60e anniversaire.

P.-S. 3. L’Oeuvre commentée a aussi été rangée sous la catégorie «Température et incipit», d’où ce 11 incongru entre parenthèses apparaissant à la fin du titre de ce billet.

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Référence pour les intéressés :

Alessandro Barrico: Sans sang, Albin Michel, 2003, 113 p.

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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