Les yeux d’Elsa

Elsa MarsotLes yeux d’Elsa et de P.K.

Avalanche ces derniers temps sur Facebook. Une chaîne de recommandation de lectures, du genre :

Littérature en dix temps :
Affichez la couverture d’un livre qui vous a marqué à jamais. Un titre différent à chaque jour pendant dix jours (ou plus…). Nominez quelqu’un et ajoutez-y une citation, si cela vous plaît.

Me suis fait attraper au lasso par Elsa Marsot.

Ma réponse sur FB :

Oh! Elsa, avec ma vie de patachon, je ne suis pas certain que je serai en mesure de me livrer à cet exercice de chaîne de lecture. Te promets toutefois prochainement une entrée sur mon blogue avec pour titre : Les yeux d’Elsa. Exercice cruel quand même, il y a tellement de livres qui m’ont jeté à terre. Je prends bonne note des tiennes de recommandations et j’attends, paresseux, avec impatience celles de Mireille Cliche.

Je ne vous mets pas d’images, c’est trop lourd. Ni de citations, non plus, trop de troubles, et d’ailleurs les bons livres je les prête et ils ne reviennent jamais. Je ne relance personne, ma pile de livres à lire est assez haute ainsi.

Constats:

  • Pas beaucoup d’auteures dans ma liste. Bein, moi c’est plus dans la vraie vie qu’elles me chavirent, les filles.
  • Je suis certain que j’en oublie et que ma vie est tout de même plus palpitante que cette liste.

Ma liste provisoire, car l’avenir dure longtemps, disaient Marcel Lajeunesse et Louis Althusser :

J’ai numéroté, mais c’est pur hasard, enfin au fil du clavier.

  1. Joseph Delteil : Oeuvres
  2. Primo Levi : Si c’est un homme
  3. Gustave Flaubert : Madame Bovary
  4. Madame de La Fayette : La Princesse de Clèves
  5. Dino Buzzati : Le désert des Tartares
  6. Georges Perec : W ou le souvenir d’enfance à égalité avec La vie mode d’emploi, et puis tout Perec.
  7. Martin Amis : Dans la maison des rencontres
  8. Louise Dupré : Plus haut que les flammes
  9. Baudelaire : Les fleurs du mal
  10. Richard Powers : Le temps où nous chantions
  11. Fidèle à mon habitude, je vais tricher, plusieurs onzièmes : tout Echenoz!

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LES YEUX D’ELSA

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire
J’ai vu tous les soleils y venir se mirer
S’y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire

À l’ombre des oiseaux c’est l’océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L’été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n’est jamais bleu comme il l’est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L’iris troué de moire plus bleue d’être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant, ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d’un firmament pour des millions d’astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L’enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent–ils des éclairs dans cette lavande ou
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d’août

J’ai retiré ce radium de la pechblende
Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au–dessus de la mer
Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa

Aragon, Les yeux d’Elsa, sur le Web et dans toutes les bonnes bibliothèques.
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À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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