Température et incipit : Le chien jaune de Simenon (16)

Le-chien-jaune

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Vendredi 7 novembre. Concarneau est désert. L’horloge lumineuse de la vieille ville, qu’on aperçoit au-dessus des remparts, marque onze heures moins cinq. C’est le plein de la marée et une tempête du sud-ouest fait s’entrechoquer les barques dans le port. Le vent s’engouffre dans les rues, où l’on voit parfois des bouts de papier filer à toute allure au ras du sol.

La temps qu’il fait traverse d’ailleurs l’ensemble du récit : tempêtes, pluies incessantes, boue, bourrasques, vent, nuages lourds et lourds nuages. Les personnages pataugent dans la gadoue, au sens propre et figuré, sauf Maigret, bien sûr.

Ce n’est qu’au moment où Maigret va dénouer l’affaire que l’horizon se fait plus vaste, que le ciel s’éclaircit enfin sur Concarneau.

Habile construction.

D’ailleurs, sans qu’on eût pu dire pourquoi, la détente était générale. Cela tenait peut-être au temps qui, tout à coup s’était mis au beau. Le ciel semblait avoir été lavé tout fraîchement. Il était bleu, d’un bleu un peu pâle mais vibrant où scintillaient de légères nuées. Du fait, l’horizon était plus vaste, comme si on eût creusé la calotte céleste. La mer, toute plate, scintillait, plantée de petites voiles qui avaient l’air de drapeaux épinglés sur une carte d’état-major. Or, il ne faut qu’un rayon de soleil pour transformer Concarneau, car alors les murailles de la vieille ville, lugubres sous la pluie, deviennent d’un blanc joyeux, éclatant.

Référence :

Georges Simenon, Le chien jaune, Le livre de poche, 1931 (pour l’édition originale) – (édition numérique)

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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