Elle avait dit

Canal Saint-Martin

 

Nous avions pris un dernier verre sur la terrasse d’un bistro tout près de la Gare de l’Est à Paris. Mai. Tu avais froid. Tu portais une longue pelisse de laine comme il s’en porte au Québec. Tu disais que le nord commence à Avignon. Tu habitais Madrid, parfois Marseille, dans les collines, dans les tourbillons du vent, le vent qui rend fou, disais-tu. Tu m’avais dit ton attachement pour le Portugal, pour sa langue, pour Lisbonne où tu avais vécu. Tu avais lu dans le texte Le livre de l’intranquillité de Pessoa. Le serveur nous pressait de dégager. Les sans-abris venaient faire provision de cigarettes à notre table. Tu avais finalement dit : « y’en n’a plus! ». Nous avions aussi évoqué l’écrivain italien le plus portugais : Antonio Tabucchi. J’avais dit Pereira prétend. Tu préférais Requiem : une hallucination, une biographie fictive de Tabucchi qui met en scène le fantôme de Fernando Pessoa, la gastronomie lusitanienne, les gitans, un raconteur d’histoire et la géographie de Lisbonne. Tu avais froid et tu l’avais cité, de mémoire : «On a toujours besoin d’une histoire, malgré les apparences, même si on n’en a pas envie».

Références :

Antonio Tabucchi, Requiem : une hallucination, Christian Bourgois, 1993, 185 p.

Antonio Tabucchi, Pereira prétend, Collection 10/18, 1998, 218 p.

 

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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