De la traduction du roman 4 3 2 1 de Paul Auster

Je ne désespère pas. Les traducteurs français vont bien finir par saisir la langue du baseball et du sport nord-américain en général.

Paul Auster relate dans 4 3 2 1 la Série mondiale de baseball de 1954. Les Indiens de Cleveland ont fait la pluie et le beau temps dans la Ligue Américaine en réalisant 111 victoires et en perdant seulement 43 parties. Durant la saison régulière, les Giants de New-York ont quant à eux devancé par cinq parties les Dodgers de Brooklyn et le légendaire Jackie Robinson. Les Indiens de Cleveland sont les favoris pour remporter les grands honneurs.

Auster nous décrit de brillante façon «le sommet de la huitième manche» de la première partie de cette Série mondiale.  Willie Mays des Giants y exécute ce que d’aucuns ont nommé The Catch.

Traduction assez bien rendue par Gérard Meudal. De légers irritants :  «fly ball» traduit par «chandelle», de même que «on the base» traduit par « sur la base» plutôt que « que sur le coussin», et autres bidules, mais pour le reste, assez beau travail. Je ne vous mets pas l’original, faites-moi confiance:

Quatre manches consécutives sans que personne n’atteigne le marbre dans aucune des équipes et soudain au sommet de la huitième, les Indians eurent deux joueurs sur base et alors se dressa Vic Wertz, un batteur gaucher très puissant qui frappa une balle rapide lancée par le releveur des Giants, Don Liddle, et l’envoya voler dans le champ extérieur central si loin que Ferguson pensa qu’il allait à coup sûr réussir un coup de circuit mais il était encore novice à l’époque et ne savait pas que le Polo Grounds était un terrain à la configuration bizarre, avec le champ central le plus profond de tous les terrains de baseball – cent quarante-sept mètres du marbre jusqu’à la clôture –, de sorte que la chandelle extraordinaire de Wertz, qui lui aurait valu un coup de circuit n’importe où ailleurs, n’allait pas atteindre les gradins, mais ça n’en était pas moins un coup foudroyant, il était certain qu’il allait survoler le voltigeur de centre des Giants avant d’aller rebondir contre le mur, de quoi marquer un triple, voire un coup de circuit à l’intérieur du parc, ce qui aurait donné aux Indians au moins deux ou trois points supplémentaires, mais Ferguson assista alors à une chose qui défiait toute probabilité, une prouesse athlétique qui écrasait tous les exploits humains dont il avait pu être témoin dans sa courte vie car le jeune Willie Mays courut après la balle en tournant le dos au champ intérieur, il courut comme Ferguson n’avait jamais vu un homme courir, démarrant à la seconde même où la balle quittait la batte de Wertz, comme si le bruit de la balle contre le bois lui avait indiqué l’endroit exact où la balle allait atterrir, et Willie Mays ne regardait ni en l’air ni derrière lui en fonçant dans la même direction que la balle, connaissant la trajectoire de la balle sans même la voir, comme s’il avait des yeux derrière la tête, puis la balle atteignit son apogée et entama sa descente vers un point situé à cent trente mètres du marbre, et Willie Mays s’y trouvait, tendant le bras devant lui et la balle descendit au-dessus de son épaule gauche et vint atterrir dans le creux de son gant grand ouvert. Au moment où Mays rattrapa la balle. Cassie sauta du canapé et se mit à crier : Oh là là, oh là là, oh là là ! mais cette balle rattrapée n’était pas tout car à l’instant même où les hommes de la base avaient vu la balle quitter la batte de Wertz, ils s’étaient mis à courir, à courir avec la conviction qu’ils allaient marquer le point, qu’ils devaient obligatoirement marquer le point puisque aucun voltigeur de centre ne pouvait rattraper une telle balle et dès que Mays eut rattrapé la balle, il se retourna et la lança vers le champ intérieur, un tir long, impossible, qu’il expédia si fort qu’il en perdit sa casquette et tomba à la renverse après que la balle eut quitté sa main, et non seulement Wertz était hors-jeu mais le coureur principal fut empêché de marquer sur la balle au vol. Le score restait serré. (Je souligne)

Les amateurs de baseball et les fans de Wikipédia savent que Les Giants mirent fin  au match en 10e manche grâce au circuit de Dusty Rhodes. Les Giants gagnèrent les trois parties suivantes et furent couronnés champions.

C’est à la suite de la première partie que ça se gâte un peu pour le traducteur et son réviseur lorsqu’ils confondent une manche et une partie :

The Giants went on to sweep the Indians by winning the second, third and fourth games as well […]

Traduction :

Les Giants continuèrent à écraser les Indians en gagnant aussi la deuxième, la troisième et la quatrième manche, un retournement miraculeux […]

Fin du gossage de cure-dents.

Roman pachydermique passionnant, par ailleurs. Il vaut peut-être mieux le lire en anglais.

À suivre…

Références

Paul Auster, 4 3 2 1 , Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 2018, (version numérique)

Paul Auster, 4 3 2 1,  McClelland & Stewart, 2017 (version  numérique)

 

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
Ce contenu a été publié dans Recommandation de lecture, Traduction, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *