La dame aux camélias : notes pour un club de lecture familial

camélias

Mon fils lira La dame aux camélias dans le cadre de son cours de français, cet automne. L’occasion est favorable pour mettre en place un club de lecture familial. Je ne suis pas certain que ce livre soit un gage de réussite pour intéresser les jeunes à la lecture. Enfin, qui suis-je pour juger des objectifs pédagogiques de l’enseignante?

Alors, lisons gaiement, avec entrain, en famille et dans l’ordre, le pire, celui du désordre alphabétique :

Glossaire :

Amplification. Sois attentif aux cils de Marguerite (La dame aux camélias). Ses cils, ce sont de véritables ombrelles.  «Dans un ovale d’une grâce indescriptible, mettez des yeux noirs surmontés de sourcils d’un arc si pur qu’il semblait peint; voilez ces yeux de grands cils qui, lorsqu’ils s’abaissaient, jetaient de l’ombre sur la teinte rose des joues;»

Aptonymes. La personnage principal de La dame aux camélias se prénomme Marguerite. Le librettiste de l’opéra La Traviata a conservé l’esprit tout en la renommant Violetta.

Notons aussi que la conseillère en «affaires amoureuses» tant d’Armand que de Marguerite se prénomme Prudence.

Cloaque. «Littéraire. Foyer de corruption morale, lieu immonde.» Source (voir aussi Oxymore)

Couleur des yeux. Il importe de bien connaître la couleur des yeux de nos héroïnes romanesques. Marguerite avait les yeux noirs. J’ai abordé courtement la question ici.

Décès. On ne décède pas dans ce récit, on meurt : «quand je pense qu’elle a fait pour moi ce qu’une sœur n’eût pas fait, je ne me pardonne pas de l’avoir laissée mourir ainsi. Morte ! Morte ! En pensant à moi, en écrivant mon nom, pauvre chère Marguerite»

Diversité sociale. Armand Duval demande à son domestique d’aller porter une lettre à Marguerite.  «Faudra-t-il attendre une réponse? Me demanda Joseph (mon domestique s’appelait Joseph comme tous les domestiques» (voir aussi Échange épistolaire)

Échange épistolaire. Il n’y avait pas de poste rapide à l’époque. Quand l’enamouré voulait envoyer une lettre à l’être cher, il l’envoyait porter par son domestique, lequel faisait parfois le pied de grue en attente d’une réponse de la destinataire (voir aussi Diversité sociale).

Écriture inclusive. «Il était de bonne heure, et cependant il y avait déjà dans l’appartement des visiteurs et même des visiteuses» Ça s’arrête là toutefois, pour l’écriture inclusive.

Euphémisme. Le librettiste de La Traviata n’y va pas par quatre chemins : Violetta est une dévoyée. Dumas pèse ses mots et emploie des euphémismes pour décrire la dame gente et ses galantes pratiques : «liaisons éphémères», «femme entretenue»,  « pauvre fille », «courtisane», «Marguerite n’est pas une vertu» elle pratique les «amours mercenaires». Parfois, son vocabulaire est plus direct : c’est une «gaillarde», elle se livrait à la «prostitution» à des «orgies» et à «une débauche précoce».(voir aussi Lumières et morale)

Féminisme. Marguerite Gautier est une figure de proue du féminisme au XIXe siècle, au même titre qu’Emma Bovary.

Homonymie. Attention aux différentes significations des mots, sinon on pourrait accuser l’auteur d’écrire des grivoiseries : «c’est enfin un de ces grands seigneurs qui ne nous ouvrent qu’un côté de leur cœur, mais qui nous ouvrent les deux côtés de leur bourse.»

Imparfait du subjonctif. L’auteur le maîtrise parfaitement. Il en résulte parfois des effets comiques : «Que Dieu soit bon, s’il permettait que je vous revisse avant de mourir».

Initiales. Armand Duval et Alexandre Dumas.

Litote. «Elle a fait un peu la vie».

Lumières et morale. Le narrateur n’a que faire des théories de Voltaire. «C’est à ma génération que je m’adresse, à ceux pour qui les théories de M. de Voltaire n’existent heureusement plus, à ceux qui, comme moi, comprennent que l’humanité est depuis quinze ans dans un de ses plus audacieux élans. La science du bien et du mal est à jamais acquise ; la foi se reconstruit, le respect des choses saintes nous est rendu, et si le monde ne se fait pas tout à fait bon, il se fait du moins meilleur. Les efforts de tous les hommes intelligents tendent au même but, et toutes les grandes volontés s’attellent au même principe : soyons bons, soyons jeunes, soyons vrais ! Le mal n’est qu’une vanité, ayons l’orgueil du bien, et surtout ne désespérons pas. Ne méprisons pas la femme qui n’est ni mère, ni sœur, ni fille, ni épouse. Ne réduisons pas l’estime à la famille, l’indulgence à l’égoïsme. Puisque le ciel est plus en joie pour le repentir d’un pécheur que pour cent justes qui n’ont jamais péché, essayons de réjouir le ciel. Il peut nous le rendre avec usure. Laissons sur notre chemin l’aumône de notre pardon à ceux que les désirs terrestres ont perdus, que sauvera peut-être une espérance divine, et, comme disent les bonnes vieilles femmes quand elles  conseillent un remède de leur façon,  si cela ne fait pas de bien, cela ne peut pas faire de mal».

Maladie. Marguerite a des «affections de poitrine», elle est «poitrinaire», atteinte de «phtisie». Elle a la tuberculose. Cela se guérit  avec d’épuisantes «saignées».

Les personnages ne sont pas dépressifs. Ils ont «des fièvres cérébrales» ou ils éprouvent un débalancement de «l’affinité des fluides»

Manon Lescault. Armand offre ce livre à Marguerite. Une lecture attentive de ce roman de l’Abbé Prévost ne m’a toutefois pas permis de déterminer la couleur des yeux de Manon. (voir aussi Couleur des yeux)

Marathonien. Les amoureux vont se réfugier chez la veuve Arnould à Bougival pour s’éloigner de la vie tapageuse de Paris et soigner les maux «poitrinaires» de Marguerite. L’endroit se trouve à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Ils s’y rendent en calèche. « Une heure et demie après, nous étions chez la veuve Arnould ». Plus loin dans le récit Armand veut retrouver Marguerite qui a décidé de retourner à Paris. Il s’y dirige au pas de course, en pleine nuit : «Je mis deux heures pour arriver à la barrière de l’Étoile.» Hum! Pas mal. M’est avis que Dumas fils l’a échappé celle-là.

Métonymie. La main baladeuse pour les cheveux défaits et le corsage saccagé. «Ah çà ! que diable faites-vous là ? cria Prudence, que nous n’avions pas entendue venir, et qui apparaissait sur le seuil de la chambre avec ses cheveux à moitié défaits et sa robe ouverte. Je reconnaissais dans ce désordre la main de Gaston

Moyen de transport. «chaise de poste», «voiture», «voiture de rouliers», «calèche», toutes  hippomobiles, cela s’entend.

Oxymore. «La mort avait purifié l’air de ce cloaque splendide» (voir aussi Cloaque)

Préface. J’avais entre les mains la version numérique de la riche Bibliothèque électronique du Québec, établie à partir de l’édition Calman-Lévy de 1886. Le livre est préfacé par Jules Janin. Un écrivain de la fin du XIXe siècle à toutes fins pratiques disparu du paysage littéraire. Il fut, comme Balzac, saute-ruisseau, lit-on dans Wiktionnaire. Tous les métiers peuvent mener à l’écriture de romans.  Il fit son entrée à l’Académie française et occupa le fauteuil 28 laissé libre par Sainte-Beuve. Ce fauteuil est occupé depuis 2008 par Jean-Christophe Rufin. Ça en jette dans les salons littéraires, la connaissance de ces détails.

Conseil aux jeunes lecteurs : la préface de Janin est sans intérêt pour la poursuite de vos études.

Psittacisme. Les larmes et les pleurs (voir aussi Tristesse)

Résumé du récit. « La Dame aux camélias raconte l’amour d’un jeune bourgeois, Armand Duval, pour une courtisane, Marguerite Gautier, atteinte de tuberculose. Elle a pour habitude de porter à son buste des camélias de différentes couleurs (blancs quand elle est disponible pour ses amants, rouges quand elle est indisposée)1. La narration constitue un récit dans le récit, puisque Armand Duval raconte son aventure au narrateur initial du roman.

Dans le demi-monde parisien chic, où se côtoient riches amateurs et femmes légères, le jeune Armand Duval tombe amoureux de la jeune et belle Marguerite Gautier, une des reines de ce monde éphémère de la noce.

Armand, l’amant de Marguerite, obtient d’elle qu’elle renonce à sa vie tapageuse pour se retirer avec lui à la campagne non loin de Paris, car jaloux des nombreux hommes qui l’entretiennent. Mais la liaison est menacée par le père d’Armand, qui obtient de Marguerite qu’elle rompe avec son fils sous prétexte que son autre enfant, la jeune sœur d’Armand, doit épouser un homme de la bonne société. Jusqu’à la mort de Marguerite, Armand sera persuadé qu’elle l’a trahi avec un nouvel amant, et quitté volontairement. La mort pathétique de Marguerite, abandonnée et sans ressources, conclut l’histoire racontée par le pauvre Armand Duval lui-même. » Source : Wikipédia

Sagesse. Prudence Duvernoy, la voisine de Marguerite, conseillant Armand : « Supposez que Marguerite est mariée, et trompez le mari, voilà tout.». Facile!

Tôuttt est dans tôuttt (Raoul Duguay). Mais non! «Tout est dans peu».

Tristesse. Histoire d’amour contrarié. La mélancolie et la tristesse traversent tout le récit. Cela est bien marqué par la présence de 54 occurrences du mot «larme*» et de 35 occurrences du mot «pleur*».

Zeugme. «Plus tard, je compris cette admiration et cet étonnement, car, m’étant mis aussi à examiner, je reconnus aisément que j’étais dans l’appartement d’une femme entretenue. Or, s’il y a une chose que les femmes du monde désirent voir, et il y avait là des femmes du monde, c’est l’intérieur de ces femmes, dont les équipages éclaboussent chaque jour le leur, qui ont, comme elles et à côté d’elles, leur loge à l’Opéra et aux Italiens, et qui étalent, à Paris, l’insolente opulence de leur beauté, de leurs bijoux et de leurs scandales

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Référence :

Alexandre Dumas fils, La dame aux camélias. Bibliothèque électronique du Québec (édition originale : 1848).

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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