François Hébert : la langue postillonne (2)

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[Série : François Hébert, 1946-, critique littéraire au journal Le Devoir ]

Leçon de linguistique, de physique et de pataphysique :

 

PS
NOUS LES MOUCHES. La linguistique, on le sait, c’est compliqué J’ai, moi, une théorie sur les mots beaucoup plus simple, inspirée non de Saussure mais d’un plus ancien linguiste, celui qui a fait les langues, oublié, et qui s’appelait lahvé Elohini. En résumé, ma théorie repose sur l’axiome suivant les mots viennent de nos bouches. Ce sont des postillons sonores. Comme les postillons que vous savez, certains mots sont pleins comme des gouttes d’eau, d’autres sont creux, ce sont des bulles. Ce n’est pas de la métaphysique, mais de la simple physique, sinon de la pataphysique. Tout à fait élémentaire, et qui explique, les mots étant de nature aqueuse, que Rabelais puisse parler de « paroles qui gèlent ». Par exemple, quand la bouillante Alice Parizeau parle, des critiques québécois par exemple, ses mots sont des postillons brûlants. Ébouillanter les critiques québécois en général, est-ce gentil pour des critiques québécois en particulier ? Que je l’aie été ou non, je me sens visé. Je me sens même atteint. Je le suis. Mes joues brûlent, il me vient des rougeurs, des éruptions cutanées, des plaques, des picotements ! Des critiques frustrés, comme elle dit. Il y en a.  Mais pourquoi ne les nomme-t-elle pas?  Moi, est-ce que je me gêne?  Je ne parle pas d’auteurs-frustrés-par-des-critiques. Je parle d’Alice Parizeau. Non, elle postillonne at large, tous azimuts, comme une grenade. Si j’étais caricaturiste, je lui dessinerais une bouche en forme de gicleur de bombe Raid. Tant d’insecticide pour une ou deux mouches, était-ce la peine? Nous les mouches, nous faisons ce que nous pouvons, sinon ce que nous devons F. H.

Le Devoir, 14 janvier 1984

Je n’ai pas retrouvé les « postillons brûlants » d’Alice Parizeau. Liberté? Lettres québécoises? La Presse? Radio? Télé? Non plus ceux de François Hébert qui se sentait visé par les propos de la « bouillante Alice Parizeau ».

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Sachez aussi que « L’URSS a violé plusieurs traités, accuse Washington », titrait Le Devoir, à la une de son édition du 14 janvier 1984.

Sachez que le Toronto Danse Theater sortait du placard. L’expression « sortir du placard » a pris un autre sens depuis.

Vous auriez pu faire l’acquisition d’un duplex rénové à Outremont pour la modique somme de 104 900$ (avec stationnement privé).

Source

Pour avoir accès à l’ensemble de la collection du Devoir, voir Revues et journaux québécois numérisés par BAnQ.

Besoin d’aide? C’est là.

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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