Deux sœurs : fragments de clichés amoureux

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Tragédie.

Mathilde éprouve un amour fou pour son conjoint Étienne. Problèmes en vue. L’amour de jeunesse d’Étienne  – Iris – revient dans le décor après un séjour de cinq ans en Australie. Étienne va craquer, quitter Mathilde pour la belle fugitive. Mathilde va craquer elle-aussi : mélancolie, dénis, ressentiments, rêves perdus, jalousie, sentiment d’abandon, hallucination, dissociation. La dépression. L’abîme. Un passé douloureux à la clef qui n’aide pas les cœurs bafoués : son père et sa mère sont morts alors qu’elle avait 14 ans. Une figure classique dans ce genre de roman.

Arrêt de travail forcé. Forcée aussi de laisser son appartement. Elle ira vivre chez sa sœur Agathe et son tendre époux – Frédéric – dans le but de se refaire une beauté mentale. La belle affaire! Mathilde le trouve plutôt charmant le beau-frère, un peu assommant le bonheur de sa sœur.

Vous êtes au milieu du roman, vous avez déjà votre petite idée de la fin tragique du récit.

Le style?  À vous de juger. Extraits :

Ils avaient passé deux semaines en Croatie, dont quelques jours sur une île déserte. Au cœur de  ce paradis, ils avaient évoqué l’idée de se marier bientôt. Étienne se disait prêt à avoir des enfants. Tout était si beau et si puissant; on aurait dit que quelque chose d’éternel s’annonçait. [OMG] p. 9 de 215 (édition numérique).

Elle lui avait lancé un sourire qu’elle espérait solaire, mais il avait si vite tourné la tête. p. 10.

Il n’avait pas remarqué les pétales roses sur la table. p. 11.

Elle se souvenait l’avoir étudié [L’éducation sentimentale de Flaubert] au lycée, et cela avait changé sa vie : elle ne pourrait vivre désormais qu’en compagnie de la littérature. Ainsi été née sa vocation. p. 15.

Au  cœur de la vie qui s’effondre, tout demeure immuable, dans un ballet non soumis aux tragédies de chacun. p. 24.

[…] mais cette mascarade générale la propulserait dans l’évidence que nous sommes, quoi qu’il arrive, irrémédiablement seuls. p. 24.

Mais son visage semblait un royaume autonome et inondé [elle pleure], frappé par un déluge impossible à maîtriser.  p. 26

Chapitre 16 en entier : Si seulement sa mère était encore vivante, elle aurait pu pleurer dans ses bras. p. 30.

Pendant toute l’après-midi, Mathilde avait repensé à cette expression nager dans le bonheur. Que se passe-t-il quand on atteint le rivage. p. 40. On atteindra aussi le rivage de la jalousie. p. 190.

Mathilde mit toute son énergie amoureuse à chasser cette mélancolie, et à transformer le présent en un royaume interdit aux fantômes du passé. p. 48. Sachez  que le royaume peut aussi être autonome et inondé (p. 26 ), impossible à gouverner (p. 81 ), infernal (p.  100) et aux repères abolis (p.  164 ).

Le cœur de l’autre est un royaume impossible à gouverner. p. 81

La souffrance condamne à la lucidité. p. 192. 

Il n’y a finalement que deux camps. Les vainqueurs et les vaincus. p. 196. 

Para servir.

J’ai aussi publié un billet sur la mécanique textuelle bâclée du roman Le mystère Henri Pick. C’est par

David Foenkinos, Deux soeurs, Paris, Gallimard, coll. «Blanche», 2019, 178 p. (215 pages dans mon édition numérique)

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
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