Température et incipit : Bataille de chats. Madrid 1936 de Mendoza (54)

Bataille de chats, Mendoza

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

4 mars 1936

Chère Catherine, Peu après avoir traversé la frontière et m’être libéré des fastidieuses formalités de la douane, je me suis endormi, bercé par les cahots du train, car j’avais passé une nuit d’insomnie, harcelé par l’accumulation des problèmes, des péripéties et des affres dues à notre tumultueuse relation. Par la fenêtre du wagon, je voyais seulement l’obscurité nocturne et mon reflet dans la vitre : l’image d’un homme tourmenté par l’inquiétude. L’aube n’a pas apporté le soulagement qui accompagne souvent l’annonce d’un jour nouveau. Le ciel restait voilé et la pâleur d’un soleil blafard rendait plus désolés encore le paysage extérieur et le paysage de mes propres pensées. C’est dans ces conditions, au bord des larmes, que j’ai fini par m’endormir. Quand j’ai ouvert les yeux, tout avait changé. Le soleil brillait, radieux dans un ciel sans limites, d’un bleu intense, à peine altéré par quelques petits nuages d’une blancheur éblouissante. Le train parcourait le plateau désertique de la Castille. Enfin l’Espagne!

Edouardo Mendoza, Bataille de chats. Madrid 1936, traduit de l’espagnol par François Maspéro, Éditions du Seuil, 2012. (édition numérique)

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
Ce contenu a été publié dans Recommandation de lecture, Température et incipit, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *