Confier son avenir politique à trois points-virgules

dubois jp hommes

Période trouble de notre histoire racontée avec humour par Jean-Paul Dubois dans son dernier roman : le référendum de 1979 sur le projet de souveraineté-association avec le reste du Canada.

Le contexte :

Le Québec avait engagé un processus référendaire en vue d’obtenir son indépendance, de donner son congé à Ottawa, de tirer sa révérence à Londres, et de vivre entre les siens le reste de son âge. Soigneusement empaquetée et enrubannée par le politicien René Lévesque et le Parti Québécois, la question référendaire relative à l’indépendance de la province fut déposée au pied du sapin fédéral le 20 décembre 1979 mais aussi dans les pattes du gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, qui, bien que québécois lui-même, s’opposait farouchement à cette idée de divorce camouflé en « souveraineté-association ». En tout cas, chacun connaissait désormais le mode d’emploi d’un avenir qu’il aurait à choisir en se déterminant à partir d’un texte élaboré au Parti Québécois par de sacrés jésuites, dont l’un fut d’ailleurs plus tard soupçonné d’être une taupe de l’État fédéral.

La question :

«Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie;  aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Le regard psycho-socio-linguistique :

Même la maison DuLaurier aurait refusé de construire quoi que ce soit à partir d’un plan aussi maladroit quand, de surcroît, l’architecte de cet empilement, au comble de son impéritie, fait, en un seul texte et à trois reprises, usage du point-virgule, ponctuation de l’embarras et du doute, révélatrice d’un esprit timoré hésitant entre la tentation d’en terminer une bonne fois pour toutes ou de continuer la phrase pour voir jusqu’où elle nous mène.

Confier son avenir à trois points-virgules, le résultat :

Le mardi 20 mai 1980, après une rude campagne qui alla même jusqu’à instaurer des lignes de démarcation à l’intérieur des familles, le peuple du Québec mit 2 187 991 fois le bulletin intitulé « Non merci ! » dans les urnes et rejeta à 59,56 % l’idée de confier son avenir à trois points-virgules.

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Éditions de l’Olivier, 2019. (édition numérique)

À propos de Luc Jodoin

Bibliothécaire
Ce contenu a été publié dans Citations, Recommandation de lecture, avec comme mot(s)-clé(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *