Le coït

Chilida

Deux livres que j’ai lus cette semaine. Accouplements littéraires.

Une belle métaphore, c’est possible, par Kafka :

Là, s’en allaient des heures, des heures d’haleines communes, de battements de cœur communs, des heures durant lesquelles K. avait sans cesse le sentiment qu’il s’égarait, ou bien qu’il était plus loin dans le monde étranger qu’aucun être avant lui, dans un monde étranger où l’air même n’avait aucun élément de l’air natal, où l’on devait étouffer d’étrangeté et où l’on ne pouvait rien faire, au milieu de séductions insensées, que continuer à aller, que continuer à s’égarer. (Kafka, Le Château, traduit par Milan Kundera,  p. 125)

Autre genre de métaphore  :

Là, les deux amants s’ensevelirent dans l’océan de ces joies languides et perverses où l’esprit se mêle à la chair mystérieuse ! Ils épuisèrent la violence des désirs, les frémissements et les tendresses éperdues. Ils devinrent le battement de l’être l’un de l’autre. En eux, l’esprit pénétrait si bien le corps, que leurs formes leur semblaient intellectuelles, et que les baisers, mailles brûlantes, les enchaînaient dans une fusion idéale. Long éblouissement !  (Villiers de L’Isle-Adam)

« L’océan de ces joies languides et perverses» et «l’esprit pénétrait si bien le corps». Oh là là! Appelez les pompiers!

Un mot commun dans les deux extraits, un invariant anthropologique, dirait un sociologue bien connu, lors de ce genre de galipettes : battement.

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Références:

Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, « Véra »dans Nouvelles fantastiques du XIXe siècle, L’anthologiste, « Pause nouvelle classique » [édition numérique]

Milan Kundera : Les testaments trahis, Paris, Gallimard, 1993, 325 p.

Illustration :

Edouardo Chillida : Elogio del fuego, 1955

 

 

A propos Luc Jodoin

Bibliothécaire
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