Température et incipit : Candide ou l’optimisme de Voltaire (22)

 

candide

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Il s’agit en fait de l’incipit du chapitre II.

Pour les « quelques les arpents de neige» qui ont fait couler beaucoup d’encre et chantonner plus d’un, c’est au chapitre XXIII. 

Candide, chassé du paradis terrestre, marcha longtemps sans savoir où, pleurant, levant les yeux au ciel, les tournant souvent vers le plus beau des châteaux qui renfermait la plus belle des baronnettes ; il se coucha sans souper au milieu des champs entre deux sillons ; la neige tombait à gros flocons.

François-Marie Arouet, dit Voltaire, Candide ou l’optimisme, Collection À tous les vents, Bibliothèque électronique du Québec. (édition originale : 1759)

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La dame aux camélias : notes pour un club de lecture familial

camélias

Mon fils lira La dame aux camélias dans le cadre de son cours de français, cet automne. L’occasion est favorable pour mettre en place un club de lecture familial. Je ne suis pas certain que ce livre soit un gage de réussite pour intéresser les jeunes à la lecture. Enfin, qui suis-je pour juger des objectifs pédagogiques de l’enseignante?

Alors, lisons gaiement, avec entrain, en famille et dans l’ordre, le pire, celui du désordre alphabétique :

Glossaire :

Amplification. Sois attentif aux cils de Marguerite (La dame aux camélias). Ses cils, ce sont de véritables ombrelles.  «Dans un ovale d’une grâce indescriptible, mettez des yeux noirs surmontés de sourcils d’un arc si pur qu’il semblait peint; voilez ces yeux de grands cils qui, lorsqu’ils s’abaissaient, jetaient de l’ombre sur la teinte rose des joues;»

Aptonymes. La personnage principal de La dame aux camélias se prénomme Marguerite. Le librettiste de l’opéra La Traviata a conservé l’esprit tout en la renommant Violetta.

Notons aussi que la conseillère en «affaires amoureuses» tant d’Armand que de Marguerite se prénomme Prudence.

Cloaque. «Littéraire. Foyer de corruption morale, lieu immonde.» Source (voir aussi Oxymore)

Couleur des yeux. Il importe de bien connaître la couleur des yeux de nos héroïnes romanesques. Marguerite avait les yeux noirs. J’ai abordé courtement la question ici.

Décès. On ne décède pas dans ce récit, on meurt : «quand je pense qu’elle a fait pour moi ce qu’une sœur n’eût pas fait, je ne me pardonne pas de l’avoir laissée mourir ainsi. Morte ! Morte ! En pensant à moi, en écrivant mon nom, pauvre chère Marguerite»

Diversité sociale. Armand Duval demande à son domestique d’aller porter une lettre à Marguerite.  «Faudra-t-il attendre une réponse? Me demanda Joseph (mon domestique s’appelait Joseph comme tous les domestiques» (voir aussi Échange épistolaire)

Échange épistolaire. Il n’y avait pas de poste rapide à l’époque. Quand l’enamouré voulait envoyer une lettre à l’être cher, il l’envoyait porter par son domestique, lequel faisait parfois le pied de grue en attente d’une réponse de la destinataire (voir aussi Diversité sociale).

Écriture inclusive. «Il était de bonne heure, et cependant il y avait déjà dans l’appartement des visiteurs et même des visiteuses» Ça s’arrête là toutefois, pour l’écriture inclusive.

Euphémisme. Le librettiste de La Traviata n’y va pas par quatre chemins : Violetta est une dévoyée. Dumas pèse ses mots et emploie des euphémismes pour décrire la dame gente et ses galantes pratiques : «liaisons éphémères», «femme entretenue»,  « pauvre fille », «courtisane», «Marguerite n’est pas une vertu» elle pratique les «amours mercenaires». Parfois, son vocabulaire est plus direct : c’est une «gaillarde», elle se livrait à la «prostitution» à des «orgies» et à «une débauche précoce».(voir aussi Lumières et morale)

Féminisme. Marguerite Gautier est une figure de proue du féminisme au XIXe siècle, au même titre qu’Emma Bovary.

Homonymie. Attention aux différentes significations des mots, sinon on pourrait accuser l’auteur d’écrire des grivoiseries : «c’est enfin un de ces grands seigneurs qui ne nous ouvrent qu’un côté de leur cœur, mais qui nous ouvrent les deux côtés de leur bourse.»

Imparfait du subjonctif. L’auteur le maîtrise parfaitement. Il en résulte parfois des effets comiques : «Que Dieu soit bon, s’il permettait que je vous revisse avant de mourir».

Initiales. Armand Duval et Alexandre Dumas.

Litote. «Elle a fait un peu la vie».

Lumières et morale. Le narrateur n’a que faire des théories de Voltaire. «C’est à ma génération que je m’adresse, à ceux pour qui les théories de M. de Voltaire n’existent heureusement plus, à ceux qui, comme moi, comprennent que l’humanité est depuis quinze ans dans un de ses plus audacieux élans. La science du bien et du mal est à jamais acquise ; la foi se reconstruit, le respect des choses saintes nous est rendu, et si le monde ne se fait pas tout à fait bon, il se fait du moins meilleur. Les efforts de tous les hommes intelligents tendent au même but, et toutes les grandes volontés s’attellent au même principe : soyons bons, soyons jeunes, soyons vrais ! Le mal n’est qu’une vanité, ayons l’orgueil du bien, et surtout ne désespérons pas. Ne méprisons pas la femme qui n’est ni mère, ni sœur, ni fille, ni épouse. Ne réduisons pas l’estime à la famille, l’indulgence à l’égoïsme. Puisque le ciel est plus en joie pour le repentir d’un pécheur que pour cent justes qui n’ont jamais péché, essayons de réjouir le ciel. Il peut nous le rendre avec usure. Laissons sur notre chemin l’aumône de notre pardon à ceux que les désirs terrestres ont perdus, que sauvera peut-être une espérance divine, et, comme disent les bonnes vieilles femmes quand elles  conseillent un remède de leur façon,  si cela ne fait pas de bien, cela ne peut pas faire de mal».

Maladie. Marguerite a des «affections de poitrine», elle est «poitrinaire», atteinte de «phtisie». Elle a la tuberculose. Cela se guérit  avec d’épuisantes «saignées».

Les personnages ne sont pas dépressifs. Ils ont «des fièvres cérébrales» ou ils éprouvent un débalancement de «l’affinité des fluides»

Manon Lescault. Armand offre ce livre à Marguerite. Une lecture attentive de ce roman de l’Abbé Prévost ne m’a toutefois pas permis de déterminer la couleur des yeux de Manon. (voir aussi Couleur des yeux)

Marathonien. Les amoureux vont se réfugier chez la veuve Arnould à Bougival pour s’éloigner de la vie tapageuse de Paris et soigner les maux «poitrinaires» de Marguerite. L’endroit se trouve à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Ils s’y rendent en calèche. « Une heure et demie après, nous étions chez la veuve Arnould ». Plus loin dans le récit Armand veut retrouver Marguerite qui a décidé de retourner à Paris. Il s’y dirige au pas de course, en pleine nuit : «Je mis deux heures pour arriver à la barrière de l’Étoile.» Hum! Pas mal. M’est avis que Dumas fils l’a échappé celle-là.

Métonymie. La main baladeuse pour les cheveux défaits et le corsage saccagé. «Ah çà ! que diable faites-vous là ? cria Prudence, que nous n’avions pas entendue venir, et qui apparaissait sur le seuil de la chambre avec ses cheveux à moitié défaits et sa robe ouverte. Je reconnaissais dans ce désordre la main de Gaston

Moyen de transport. «chaise de poste», «voiture», «voiture de rouliers», «calèche», toutes  hippomobiles, cela s’entend.

Oxymore. «La mort avait purifié l’air de ce cloaque splendide» (voir aussi Cloaque)

Préface. J’avais entre les mains la version numérique de la riche Bibliothèque électronique du Québec, établie à partir de l’édition Calman-Lévy de 1886. Le livre est préfacé par Jules Janin. Un écrivain de la fin du XIXe siècle à toutes fins pratiques disparu du paysage littéraire. Il fut, comme Balzac, saute-ruisseau, lit-on dans Wiktionnaire. Tous les métiers peuvent mener à l’écriture de romans.  Il fit son entrée à l’Académie française et occupa le fauteuil 28 laissé libre par Sainte-Beuve. Ce fauteuil est occupé depuis 2008 par Jean-Christophe Rufin. Ça en jette dans les salons littéraires, la connaissance de ces détails.

Conseil aux jeunes lecteurs : la préface de Janin est sans intérêt pour la poursuite de vos études.

Psittacisme. Les larmes et les pleurs (voir aussi Tristesse)

Résumé du récit. « La Dame aux camélias raconte l’amour d’un jeune bourgeois, Armand Duval, pour une courtisane, Marguerite Gautier, atteinte de tuberculose. Elle a pour habitude de porter à son buste des camélias de différentes couleurs (blancs quand elle est disponible pour ses amants, rouges quand elle est indisposée)1. La narration constitue un récit dans le récit, puisque Armand Duval raconte son aventure au narrateur initial du roman.

Dans le demi-monde parisien chic, où se côtoient riches amateurs et femmes légères, le jeune Armand Duval tombe amoureux de la jeune et belle Marguerite Gautier, une des reines de ce monde éphémère de la noce.

Armand, l’amant de Marguerite, obtient d’elle qu’elle renonce à sa vie tapageuse pour se retirer avec lui à la campagne non loin de Paris, car jaloux des nombreux hommes qui l’entretiennent. Mais la liaison est menacée par le père d’Armand, qui obtient de Marguerite qu’elle rompe avec son fils sous prétexte que son autre enfant, la jeune sœur d’Armand, doit épouser un homme de la bonne société. Jusqu’à la mort de Marguerite, Armand sera persuadé qu’elle l’a trahi avec un nouvel amant, et quitté volontairement. La mort pathétique de Marguerite, abandonnée et sans ressources, conclut l’histoire racontée par le pauvre Armand Duval lui-même. » Source : Wikipédia

Sagesse. Prudence Duvernoy, la voisine de Marguerite, conseillant Armand : « Supposez que Marguerite est mariée, et trompez le mari, voilà tout.». Facile!

Tôuttt est dans tôuttt (Raoul Duguay). Mais non! «Tout est dans peu».

Tristesse. Histoire d’amour contrarié. La mélancolie et la tristesse traversent tout le récit. Cela est bien marqué par la présence de 54 occurrences du mot «larme*» et de 35 occurrences du mot «pleur*».

Zeugme. «Plus tard, je compris cette admiration et cet étonnement, car, m’étant mis aussi à examiner, je reconnus aisément que j’étais dans l’appartement d’une femme entretenue. Or, s’il y a une chose que les femmes du monde désirent voir, et il y avait là des femmes du monde, c’est l’intérieur de ces femmes, dont les équipages éclaboussent chaque jour le leur, qui ont, comme elles et à côté d’elles, leur loge à l’Opéra et aux Italiens, et qui étalent, à Paris, l’insolente opulence de leur beauté, de leurs bijoux et de leurs scandales

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Référence :

Alexandre Dumas fils, La dame aux camélias. Bibliothèque électronique du Québec (édition originale : 1848).

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La traviata avec Le Marquis à l’Opéra de Montréal, 2012

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(Billet publié le 5 octobre 2012 pour le Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Je le récupère dans mes archives numériques. Incidemment, je relis La dame aux camélias)

Violetta è morto, finalmente. C’était couru d’avance. Le 22 septembre dernier [2012], j’ai entrepris une périlleuse cavale à l’Opéra de Montréal pour assister à la représentation de La traviata. « Amor, amor è palpito / Amour, amour, palpitation ». Beau moment de retrouvailles avec Le Marquis, un vieux pote décadent. « È strano ! È strano ! / Étrange ! Étrange ».

Nous étions juchés dans la dernière rangée du balcon avec nos jumelles pour ne rien rater de la jaquette et des plis de drap du lit de la Violetta agonisante. Belle soirée, on a rempli des tonneaux de larmes durant l’opéra et vider des hectolitres de vin blanc pendant les nombreux entractes. « Beviamo. Beviamo, Beviamo / Buvons, buvons, buvons ».

Mon coup de coeur, le deuxième acte, grandiose et intense, quand le père Germont vient convaincre la péronnelle de laisser son fils. Intensité du chant et du geste.

Le troisième acte, sublime : « Oh gioja ! / Oh joie ! », octave-t-elle bien haut à la toute fin, et elle s’écroule raide morte.

Bon, un peu sadique ma recommandation, vous avez peut-être raté l’opéra, mais vous pourrez vous rattraper en écoutant l’enregistrement sonore que je vous propose ici avec la Callas dans le rôle de Violetta. Au moment d’écrire ce texte, le document était en traitement [il a été mis à la disposition des usagers depuis]. Pressez-vous, réservez dans une bibliothèque près de chez vous. Vous pouvez le faire en ligne.

« Dammi tu forza, o cielo… / Donne-moi ta force, ô ciel ».

Références :

Giuseppe Verdi, La traviata, 6 mars 1853.

Libretto de Francesco Maria Piave.

Illustration: La traviata, Opéra de Glyndebourne, Londres.

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En prime sur Youtube, Maria Callas :

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Les oxymores et les paradoxes au quotidien

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(Les mises à jour de ce billet sont affichées selon le mode antéchronologique : du plus récent au plus ancien. Para servir)

[J’étends la figure de l’oxymore  à l’expression, à la phrase et au texte (voir ici).   J’y inclus aussi des expressions constituées de deux ou plusieurs substantifs contradictoires (Le présent goûte l’éternité), alors que l’oxymore simple est généralement construit autour de l’opposition entre un syntagme et une épithète ou d’un verbe et d’un adverbe. Ainsi définie, la figure de l’oxymore est voisine de celle du  paradoxe et du paradoxisme.

La peinture, la danse, la chanson, la politique et l’actualité passent aussi sous ma loupe.]

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5)

« Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie. » Fabrice Lucchini citant Paul Valéry, en entrevue avec Léa Salamé, écoutée le 14 octobre 2018.(https://www.youtube.com/watch?v=uLShRiPFHMU)

Récréation : écoute d’Arvo Pärt : Spiege im Spiegle / Miroir dans le miroir. 14 octobre 2018

Écoute de La Grande Librairie en reprise sur le Web. Le 13 octobre 2018 :

Christian Bobin : « La douceur c’est la vraie force» et «Les ténèbres lumineux»

Alexandre Julien : «On peut être dépendant et libre»

Olivier Niquet, dans son Bétisier, citant Maxime Bernier à La soirée est encore jeune : «Je peux être un populiste, mais qui fait du populisme intelligent». C’était aussi dans Le Devoir du 15 septembre 2018. Il a dans la suite dans les idées, monsieur Bernier.  En prime, Jeff Filion : «La dictature de la majorité». Le 13 octobre 2018.

Biz en entrevue avec Marc Cassivi dans la Presse du 13 octobre 2018 : «Mon problème, c’est que mon pays à moi, il englobe tout le monde, de Jeff Fillion à Jaggi Singh.»

Sur le climat : «L’art de manquer le bateau… et de faire naufrage». Titre d’un article d’Alexandre Shields dans le Devoir du 13 octobre 2018

Voir les paradoxes de Philippe Sollers ici.  Il y en a un joli tapon. Lu le 12 ocobre 2018

«ce qui n’existe pas existe». René Barjavel, La nuit des temps, Presses de la Cité,  1968, 2014 (édition numérique). Lu le 10 octobre 2018 (voir aussi : Barjavel visionnaire?)

 

4)

«C’est quelqu’un qui vivait la gravité des choses avec le maximum de légèreté» , Alexandre Jardin à propos de Jean D’Ormesson dans une entrevue à Plus on est de fou plus, plus on lit. (en reprise).  8 octobre 2018.

«Le bourgeois-bohème». La bohème, ce grand classique, Le 7 octobre 2018 à l’émisssion Dessine-moi un dimanche. Franco Nuovo s’entretient avec Anthony Glinoer, auteur de La Bohème : une figure de l’imaginaire sociale.

Lecture de Cendres bleues de Jean-Paul Daoust. Un texte oxymorique où le «douloureux» jouxte le «soyeux» : «J’ai été un enfant violé / Dans le plus beau des paysages / Dans le carré de sable prince oublié […] Pourtant j’aimais voir ce sexe content / Même si l’idée de l’amour m’était inconnue».  Lu le 6 octobre 2018.

«crime sympathique», Stéphan Bureau, aux Grands entretiens. Entrevue avec Charlotte Cardin. Ici Radio-Canada, Entendu le 6 octobre 2018.

Vœux d’anniversaire de Marie Désilets sur Facebook : «Bonne fête le bel Affreux», 3 octobre 2018.

«Le duo avec Vanessa Paradis, c’est sur l’usure, sur l’absence pendant la présence, tout ce qui se patine entre les êtres… « Tu me manques, pourtant tu es là” est une phrase dure.» GAËTAN ROUSSEL, CHRONIQUEUR DE TOUTES  CIRCULATIONS… Entretien avec Alain Brunet, La Presse+, 1er octobre 2018.

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3)

Habiter, chorégraphie de Katia-Marie Germain. Bel oxymore visuel. Vue à la Maison de la culture de la Petite-Patrie, le 27 septembre 2018. Dans le programme : «Dans une esthétique du clair-obscur se dévoile une série de mouvements et de gestes aussi habituels qu’étranges, rythmés par l’oscillation de la lumière qui plonge la salle dans l’obscurité.».

Neige noire d’Hubert Aquin, lu le 27 septembre 2018.

«Nous serons éphémères mais immenses» et «le présent goûte l’éternité». Catherine Dorion : Luttes fécondes : Libérer le désir et le politique. Lu le 24 septembre 2018.

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2)

»Une amitié polémique». François Ricard à propos de son amitié avec Yvon Rivard. Lu dans Le Devoir dans un article de Louis Cornellier portant  sur le dernier essai de François Ricard : La littérature malgré tout. 22 septembre 2018.

«Nos improbables existences». Mélanie Carpentier. Article portant sur la prochaine chorégraphie de Catherine Gaudet à l’Agora de la danse. Le Devoir, 22 septembre 2018.

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1)

« La CAQ propose le bénévolat forcé chez les jeunes » (Le Journal de Montréal, 8 novembre 2016). Cité par Léo-Paul Lauzon : La CAQ : un vrai danger public, Le Journal de Montréal, 19 septembre 2018.

«La révolution silencieuse» Film de Lars Kraume. Bande annonce visionnée au Cinéma Beaubien le 18 septembre 2018.

«La mort avait purifié l’air de ce cloaque splendide» Alexandre Dumas fils, La dame aux camélias. Lu le 18 septembre 2018.

«Je n’ai jamais ressenti grand-chose pour ma mère, si ce n’est une profonde compassion.» Adeline Dieudonné, La vraie vie, éd. Iconoclaste, 2018. Lu le 17 sept. 2018.

Moi, je suis très à l’aise avec l’idée d’être un « révolutionnaire à cravate. »
Léo Bureau-Blouin, La Presse + 16 septembre 2018.

Maxime Bernier nous propose le «populisme intelligent» Le Devoir, 15 septembre 2018.

«Une véritable révolution dans l’ordre» Louis Cornellier citant Daniel Johnson. Titre de l’essai de Jonathan Livernois consacré au duplessisme. Le Devoir, 15 septembre 2018.

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Illustration :

La Lamentation sur le corps du Christ mort de Dosso Dossi, décrit par Madeleine de Scudéry comme un clair-obscur [oxymore]. Wikipédia.

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Température et incipit : Underground Railroad (21)

Marguerite Bourgeoys

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Prix Pulitzer de la fiction, 2017

« La première fois que Caesar proposa à Cora de s’enfuir vers le Nord, elle dit non.

C’était sa grand-mère qui parlait à travers elle. La grand-mère de Cora n’avait jamais vu l’océan jusqu’à ce jour lumineux, dans le port de Ouidah, où l’eau l’avait éblouie après son séjour dans les cachots du fort. C’est là qu’ils avaient été parqués en attendant les navires. Des razzieurs dahoméens avaient d’abord kidnappé les hommes, puis étaient revenus au village à la lune suivante rafler les femmes et les enfants, qu’ils avaient fait marcher de force jusqu’à la mer, enchaînés deux par deux. En fixant le seuil noir, Ajarry crut qu’elle allait retrouver son père dans ce puits de ténèbres. Les survivants de son village lui expliquèrent que lorsque son père n’était plus parvenu à tenir le rythme, les marchands d’esclaves lui avaient défoncé la tête et avaient abandonné son corps sur le bord de la piste. Sa mère était morte bien des années plus tôt.»

Référence :

Colson Whitehead, Underground Railroad, Albin-Michel, 2017 (édition numérique)

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En amour? Pesez le pour et le contre dix-huit fois

4321 Paul Auster
L’art de l’énumération.

L’amour de Rose est mort à la guerre. Stanley lui fait une cour pressante. Que faire? Réfléchir. Peser le pour et le contre, dix-huit fois :

Premièrement : sachant que Stanley était homme de parole, elle répugnait à l’idée de ne plus jamais le revoir. Pour le pire comme le meilleur, il était devenu, après Nancy, son meilleur ami. Deuxièmement : elle avait déjà vingt et un ans, ce qui était encore assez jeune pour être considérée comme telle mais pas aussi jeune que la plupart des mariées de l’époque, il n’était pas inhabituel en effet que des jeunes filles enfilent leur robe de mariée à dix-huit ou dix-neuf ans, et la dernière chose que Rose souhaitait c’était bien de rester célibataire. Troisièmement : non, elle n’aimait pas Stanley, mais il était prouvé que tous les mariages d’amour ne donnaient pas des unions heureuses et d’après ce qu’elle avait lu quelque part les mariages arrangés qui étaient de règle dans les cultures étrangères traditionnelles n’étaient ni plus ni moins heureux que les mariages en Occident. Quatrièmement : non, elle n’aimait pas Stanley mais la vérité c’est qu’elle n’était capable d’aimer personne, pas de ce Grand Amour qu’elle avait éprouvé pour David, car le Grand Amour ne se présente qu’une seule fois dans une vie, elle allait donc devoir en rabattre sur son idéal si elle ne voulait passer seule le reste de ses jours. Cinquièmement : rien chez Stanley ne l’ennuyait ni ne la dégoûtait. L’idée de faire l’amour avec lui ne la rebutait pas. Sixièmement : il l’aimait à la folie et la traitait avec bonté et respect. Septièmement : lors d’une discussion qu’elle avait eue avec lui deux semaines auparavant sur le mariage, il lui avait dit que les femmes devraient avoir la liberté de poursuivre les buts qui les intéressaient, que leur vie ne devrait pas tourner exclusivement autour de leur mari. Voulait-il parler du travail ? avait-elle demandé. Oui, le travail, entre autres. Épouser Stanley ne l’obligerait donc pas à abandonner Schneiderman, elle pourrait garder son activité et continuer à apprendre le métier de photographie. Huitièmement : non, elle n’aimait pas Stanley. Neuvièmement : il y avait chez lui beaucoup de choses qu’elle admirait, c’était indiscutable que ses bons côtés dépassaient largement les moins bons mais pourquoi donc persistait-il à s’endormir au cinéma ? Était-il fatigué de ses longues heures de travail au magasin ou ces paupières tombantes ne suggéraient-elles pas une relation déficiente au monde des sentiments ? Dixièmement : Newark ! Est-ce qu’il serait possible d’y vivre ? Onzièmement : Newark était un vrai problème. Douzièmement : il était temps pour elle de quitter ses parents. Elle était trop âgée à présent pour vivre dans cet appartement et, autant elle était attachée à son père et à sa mère, autant elle les méprisait tous les deux pour leur hypocrisie – son père parce qu’il était un coureur de jupon impénitent, sa mère parce qu’elle feignait de ne rien voir. L’autre jour, par accident, alors qu’elle allait déjeuner à la cafétéria automatique près du studio de Schneiderman, elle avait aperçu son père marchant bras dessus bras dessous avec une femme qu’elle n’avait jamais vue auparavant, une femme qui avait quinze ou vingt ans de moins que lui, elle en avait éprouvé un tel dégoût et une telle colère qu’elle avait eu envie de courir jusqu’à son père et de lui flanquer son poing dans la figure. Treizièmement : en épousant Stanley, elle battrait enfin Mildred sur un point même s’il n’était pas évident que Mildred s’intéresse le moins du monde au mariage. Pour l’instant sa sœur semblait heureuse de passer d’une brève liaison à une autre. Tant mieux pour elle, mais Rose ne voyait pas l’intérêt de vivre ainsi. Quatorzièmement : Stanley gagnait pas mal d’argent et, au train où allaient les choses, il en gagnerait encore davantage à l’avenir. Il y avait quelque chose de réconfortant dans cette idée mais aussi d’angoissant. Pour gagner de l’argent il faut penser constamment à l’argent. Serait-il possible de vivre avec un homme dont la seule préoccupation serait son compte en banque ? Quinzièmement : Stanley pensait qu’elle était la plus belle femme de New York. Elle savait bien que ce n’était pas vrai mais était certaine que Stanley le pensait vraiment. Seizièmement : il n’y avait personne d’autre en vue. Même si Stanley ne pouvait pas être un nouveau David il était largement supérieur à la bande de pleurnichards que Nancy lui avait envoyés dans les pattes. Stanley au moins était un adulte. Stanley au moins ne se plaignait jamais. Dix-septièmement : Stanley était juif tout comme elle, un membre loyal de la tribu mais qui ne s’intéressait pas particulièrement à la pratique religieuse et ne jurait pas allégeance à Dieu, ce qui voudrait dire une vie débarrassée du rituel et de la superstition, avec simplement des cadeaux pour Hanoukkah, de la matza et les quatre questions une fois par an au printemps, la circoncision pour un garçon s’ils en avaient un mais pas de prières, pas de synagogue, pas besoin de faire semblant de croire à ce en quoi elle ne croyait pas, ce en quoi ils ne croyaient pas. Dix-huitièmement : non, elle n’aimait pas Stanley mais Stanley l’aimait. C’était peut-être assez pour se lancer, un premier pas. Et ensuite, qui sait ?

Elle l’épousa.

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Référence :

Paul Auster, 4 3 2 1 , Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 2018, (version numérique)

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La thématique de la femme qui fuit en littérature

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Source : Le Bernin, Apollon et Daphné, Galerie Borghèse, Rome

 

Convergence des lectures.  La thématique de la femme qui fuit est présente dans des livres que j’ai lus lors des derniers mois :

Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit, Éditions Marchand de feuilles, 2015,  378 p.

Annie Perreault, La femme de Valence, Alto, 2018, 211 p.

Colson Whitehead, Underground Railroad, Albin-Michel, 2017 (édition numérique)

Paul Auster, 4 3 2 1 , Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 2018, (édition numérique)

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Température et incipit : 4 3 2 1 de Paul Auster (20)

4321 Paul Auster

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

« Selon la légende familiale, le grand-père de Ferguson serait parti à pied de sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, il aurait fait route vers l’ouest jusqu’à Hambourg en passant par Varsovie et Berlin et il aurait acheté un billet sur un bateau baptisé l’Impératrice de Chine qui traversa l’Atlantique à travers de rudes tempêtes hivernales pour entrer dans le port de New York le premier jour du XXe siècle. Pendant qu’il attendait d’être interrogé par un agent du service d’immigration à Ellis Island, il engagea la conversation avec un compatriote juif russe.»

Pour les amateurs de baseball, voir ici,

Référence :

Paul Auster, 4 3 2 1 , Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 2018, (version numérique)

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De la traduction du roman 4 3 2 1 de Paul Auster

Je ne désespère pas. Les traducteurs français vont bien finir par saisir la langue du baseball et du sport nord-américain en général.

Paul Auster relate dans 4 3 2 1 la Série mondiale de baseball de 1954. Les Indiens de Cleveland ont fait la pluie et le beau temps dans la Ligue Américaine en réalisant 111 victoires et en perdant seulement 43 parties. Durant la saison régulière, les Giants de New-York ont quant à eux devancé par cinq parties les Dodgers de Brooklyn et le légendaire Jackie Robinson. Les Indiens de Cleveland sont les favoris pour remporter les grands honneurs. Continuer la lecture

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Température et incipit : Oscar de Profundis de Catherine Mavrikakis (19)

Oscar de Profondis

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

« Cette nuit-là, la Lune grosse, blafarde, s’était encore éloignée de la Terre. Son refroidissement s’était vraisemblablement accusé. Elle semblait grelotter dans le ciel éteint. Depuis des années, les planètes prenaient leurs distances. Dans leur course, elles accentuaient un écart de plus en plus évident, comme si l’ici-bas ne séduisait plus l’immensité cosmique. Les jeunes étoiles avaient disparu. En catimini, les astres foutaient le camp. Les corps célestes répugnaient à s’approcher de la vieille croûte terrestre. Au loin, ils formaient un nuage de poussière sculptées, vagues et fières. Seul le soleil venait encore flirter lourdement avec l’horizon, tout en le menaçant d’un viol prochain, terrible, et d’ardeurs infernales. »

Voir aussi l’article d’Alex Bellemare : Anthropo(climato)morphisme.

Référence :

Catherine Mavrikakis, Oscar de Profundis, Montréal, Héliotrope, 2016, p. 9-10.

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