Ah la vache ! La consécration du goleador

Boniperri
Les enfants des jours d’Edouardo Galieno est mon almanach du peuple.

Entrée du 12 juillet :

La consécration du goelador

En 1949, Gian Piero Boniperti fut le meilleur marqueur du championnat d’Italie et sa plus brillante étoile.
À ce qu’on dit, il était né à l’envers, avec un de ses pieds qui shootait et, de son berceau, il voyagea jusqu’à l’apothéose footballistique.
La Juventus le payait une vache par but marqué
Altri tempi

p. 222

Et comment! Ronaldo jouera pour la Juventus de Turin la saison prochaine et pourra compter sur un salaire annuel de 46 millions de dollars canadiens : joli cheptel.

Références :

Edouardo Galeano, Les enfants des  jours : un calendrier de l’histoire humaine, Lux, collection Orphée, 2012 pour l’original, 2015, 407 p.

Cristiano Ronaldo se joint à la Juventus de Turin

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Température et incipit : Qui a tué mon père (15) + court éditorial

qui a tué mon père

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Si ce texte était un texte de théâtre, c’est avec ces mots-là qu’il faudrait commencer : Un père et un fils sont à quelques mètres l’un de l’autre dans un grand espace, vaste et vide. Cet espace pourrait être un champ de blé, une usine désaffectée et déserte, le gymnase plastifié d’une école. Peut-être qu’il neige. Peut-être que la neige les recouvre petit à petit jusqu’à les faire disparaître. p. 9

Notes additionnelles :

Lecture recommandée. L’élite politique française s’en prend vraiment plein la tronche dans ce récit : Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel Macron. Ceci dit, pas question de fanfaronner, les habiletés politico-technocratiques de là-bas ont tout à fait été intégrées par nos élites d’ici. Cela a un nom : la mondialisation de la bêtise.

Dernière phrase du bouquin, du père à son fils :

Tu as raison, tu as raison, je crois qu’il faudrait une bonne révolution. p. 85

Référence :

Édouard Louis : Qui a tué mon père, Seuil, 2018, 85 p.

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Le poids de la métaphore chez François Godin dans Habiter est une blessure

Habiter est une blessure - Godin« Les draps survoltés éclatent sur nos dos / quand mon indiscipline tend ses voiles // je me détache au milieu de tes écorces / mes ravages chassent les nuances de muscles // sur la terre matelassée / une brume renverse mes tribus // l’écharpe et le gibier/charpentent l’intime »  tiré de Habiter est une blessure. Lézard amoureux.

Référence :

La Presse+, 8 juillet 2018

 

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Température et incipit : Le Neveu de Rameau (14)

Diderot-Le neveu de Rameau

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

«Qu’il fasse beau, qu’il fasse laid, c’est mon habitude d’aller sur les cinq heures du soir me promener au Palais-Royal»

Référence :

Diderot, le Neveu de Rameau, incipit, dans le Neveu de Rameau. Satires, contes et entretiens, édition établie et commentée par Jacques Chouillet et Anne-Marie Chouillet, Paris, Librairie générale française, coll. «Le livre de poche», no 5925, 1984, 414 p., p. 15). C’est L’oreille tendue qui me l’assure.

Photographie de mon exemplaire :

Curieuse idée : l’introduction et les notes en anglais au début de l’ouvrage. Il comporte aussi des notes en fin de volume,  en français. Je me souviens ne pas avoir pinaillé pour un modeste 2,95$

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Football et temps qui passe

jean-philippe-toussaint-football

C’est la coupe du monde de football. Difficile d’y échapper. Bon moment pour relire ce livre de Jean-Philippe Toussaint consacré à sa passion pour le football, mais surtout à la fuite du temps.

Il a du culot, Toussaint, dans l’incipit de son roman en nous invitant à l’oublier, à lire autre chose : Voici un livre qui ne plaira à personne, ni aux intellectuels, qui ne s’intéressent pas au football, ni aux amateurs de football, qui le trouveront trop intellectuel.

Je ne suis pas vraiment un grand amateur de soccer, mais je participe tous les quatre ans à cette Grande Messe Mondiale. Ils me perdent un peu avec la distribution des cartons multicolores, leurs corners, leurs reprises de volée, les avantages respectifs des différents systèmes de jeu (le 4-2-4, le 4-4-2 ou le catenaccio), leurs coups de tête et de boule. La puérilité du monde des adultes. Ils m’agacent énormément, les joueurs, avec leur comédie de la douleur. Mais j’aime regarder les matchs, avec mon copain français qui s’y connaît un tantinet et essaie tant bien que mal de m’expliquer les tenants et aboutissants de la joute. Pour moi, c’est tout simple, il faut juste cadrer le ballon entre les deux poteaux, mystifier le gardien adverse, et espérer que la France l’emporte, parce qu’au rugby – autre fierté nationale de l’Hexagone – ils sont nuls, les Français, et n’arrivent pas à pourrir la Nouvelle-Zélande, à embobiner leurs mythiques hakas.

Vous dire aussi mon profond respect pour le gardien de but au moment du penalty.

Je m’égare. À lire, aussi passionnant que son cycle sur Marie. Intéressante autobiographie qui tourne autour d’un ballon qui fait le tour du monde et de sa vie : il me fallait l’écrire, je ne voulais pas rompre le fil ténu qui me relie encore au monde.

Je fais mine d’écrire sur le football, mais j’écris, comme toujours sur le temps qui passe, sur le corps des femmes, sur l’art (Jeff Koons, Christo, Bacon), sur l’angoisse de la mort et sur l’écriture (voir l’irrésistible chapitre sur la coupe du monde  de 2014 : le combat entre le vice et la vertu).

Il doit être dans tous ses états et en Russie, Toussaint. La Belgique s’est qualifiée pour les quarts de finale et elle livrera bataille aux vilains Brésiliens, avec à leur tête Neymar, le dangereux comédien.

Pouvez-vous m’expliquer comment ils font les joueurs pour ne jamais être décoiffés après avoir tapé sur le ballon avec leur caboche? Brylcreem?

Références :

Jean-Philippe Toussaint: Football, Éditions de Minuit, 2015, (édition numérique)

Peter Handke : L’angoisse du gardien de but au moment du penalty, Folio Gallimard, 1972 (l’original allemand publié en 1970), 153 p.

 

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Température et incipit : L’angoisse du gardien de but au moment du penalty (13)

Handke

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Dans la foulée de La coupe du monde de football – 2018

Le monsieur Joseph Bloch, qui avait été un célèbre gardien de but, fut informé, quand il se présenta le matin à son travail, qu’il était congédié. Du moins Bloch interpréta-t-il ainsi le fait que seul le contremaître leva les yeux de son casse-croûte lorsqu’il ouvrit la porte de l’abri où les ouvriers faisaient la pause, et Bloch quitta le chantier. Dans la rue, il tendit le bras, mais jamais la voiture qui le dépassa – qu’il ait ou non tendu le bras pour appeler un taxi – n’avait été un taxi. Finalement Bloch entendit un coup de frein devant lui; il pivota : un taxi se trouvait maintenant derrière lui,  le chauffeur jurait; Bloch pivota de nouveau, monta en voiture et se fit conduire au marché couvert.

C’était une belle journée d’octobre.  p. 9

Référence :

Peter Handke : L’angoisse du gardien de but au moment du penalty, Folio, Gallimard, 1972 (l’original allemand a été publié en 1970), 153 p.

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Température et incipit : Bouvard et Pécuchet (12)

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert. p. 1

Via @benoitmelancon qui a reçu le ballon de @hlessard7

Note additionnelle : La 5e avenue (Rosemont, Montréal) était tout aussi déserte le 2 juillet 2018. Il faisait une chaleur de 35 degrés.

Référence :

Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet : oeuvre posthume, Paris, Alphonse Lemerre éditeur, 1881, 400 p. (voir la page de Gallica de la BNF)

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Quand La Queen des Queens, Marie-Médiatrice et #JeSoutiensBAnQ se paient ma gueule

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Montage de Lëa-Kim Chateauneuf

Soirée de fête bien animée et arrosée le 21 juin pour souligner mon départ (et celui de Richard Adam) des Bibliothèques de Montréal et mon envol vers de nouvelles aventures.

Louise Guillemette-Labory (La Queen des Queens), Marie Désilets (Marie-Médiatrice) et Lëa-Kim Chateauneuf (#JeSoutiensBAnq) se sont gentiment payées ma gueule.  Que dire? Merci!

Je retranscris le tout pour rassembler mes archives numériques, pour ceux qui ne pouvaient pas être présents et pour les malheureux, présents, mais qui n’ont rien entendu, le proprio du resto n’ayant même pas été foutu de mettre un mégaphone à notre disposition.

J’ajoute à la fin de ce billet la mienne d’allocution qui n’en finit plus. Jeff Macaron va râler.

Pour initiés, ce billet comporte son lot de petites «inside jokes»

Avis : je ne suis pas retraité!

La Queen des Queens (Louise Guillemette-Labory)

Luc fût mon premier choix au repêchage en 2002.  Luc est un séducteur-né qui peut vous embarquer dans des projets les plus fous et les plus ambitieux.  Vous dites oui, sans être trop certaine qu’il a raison et au final vous réalisez qu’il avait raison.

Intelligent sans être prétentieux, fier voire orgueilleux, un brin macho, fiable, anti-conformiste, drôle.  Nous avons vécu beaucoup de beaux moments ensemble et traversé plus aisément des moments difficiles parce qu’ensemble.  Me reviennent en mémoire les rencontres auxquelles nous avons participé que ce soit avec la direction des services informatiques où on m’a déjà avoué que Luc avait fait entrer l’innovation technologique à la Ville de Montréal, ou encore avec les différentes instances de grands projets, le comité exécutif, le MCC, et tous les gens de technologie.  Avec cette dernière espèce d’humanoIdes, je pouvais grâce à Luc paraître comprendre ce dont il était question.  Lors de ces représentations, Luc était toujours vêtu de son costume Dubuc à tel point qu’il a fini par devenir notre talisman.

Nous sortions toujours de ces rencontres en faisant un Hi Five un peu baveux mais aussi avec beaucoup de détermination Pour aller plus loin, la devise des bibliothèques de Montréal. Avec lui, tous les conflits pouvaient se régler en s’assoyant autour d’une table pour discuter.  

Luc, ta contribution au diagnostic, à l’établissement de normes pour les bibliothèques montréalaises puis québécoises, au plan de rattrapage, à l’établissement du RAC, au choix du système informatique (550 indicateurs … complètement débile) et à son implantation, au colloque des Bibliothèques 2.0, au RFID en passant par le site internet, les réseaux sociaux, le club de lecture en ligne, le concours Biblio-Clip, les Irrésistibles, et j’en passe.  Tout cela s’est toujours réalisé avec de hauts critères de qualité sans jamais de médiocrité. Comme disent les sportifs, dans mon livre à moi Luc tu es un Grand Montréalais !  Un bâtisseur du Montréal de la 4e révolution industrielle :  l’Intelligente et la branchée.  Maintenant amuse-toi en continuant à lire et à créer et si un peu de bénévolat t’intéresse, je te recrute encore une fois.

Marie-Médiatrice (Marie Désilets)

Comme vous le savez, au cours de sa carrière, Luc a mené à terme de nombreux projets alors je vous propose Luc en 4 «points de passage » :

  • Chargé de cours à l’EBSI

En 1990? 1991? Je tombe sur un chargé de cours à l’air cool, dangereusement ténébreux et définitivement allumé,  ça augurait comme une session de rêve, sauf que la bête s’est montrée excessivement exigeante et impitoyable dans ses corrections: J’ai dû investir très sérieusement… mais j’ai terminé avec un A et j’en suis « encore » fière!

  • Chef de section responsable du catalogage et de l’analyse documentaire :

-En congé de maternité, on m’appelle pour me dire que j’obtiens enfin un poste permanent de bibliothécaire à la Ville mais … au catalogage! (Infernum) moi qui aspire comme jeune professionnelle à œuvrer pour le développement social de la communauté et à faire de la médiation sur le terrain…  je serai empêtrée dans les cotes et les vedettes matières.

J’ai découvert que dans un univers à priori brun et extrêmement codé,  un patron à l’esprit libre peut innover, stimuler, que marginalité et performance ça peut cohabiter, même à la Ville!

-C’est aussi la première (et la seule fois/heureusement) où je l’ai vu s’asseoir sur la fée des étoiles à un party de Noel (Sylvie Jetté)

    • Chef de division à la planification et développement du réseau:

Sur Brennan, c’est pour Luc la période de l’élégance incarnée; qu’il porte un costard de Dubuc ou un costume traditionnel d’Afrique, le sifflotement de l’homme dans les corridors fait toujours son effet.

C’est l’époque où on l’entend répondre sa sempiternelle formule : « Il n’y a pas de problèmes, il n’y a que des solutions… » et que l’on peut lire, savamment  disposée dans son bureau, l’inscription  « Peut-être… »

Il assume alors souvent comme chef de division, avec flegme, le rôle de modérateur sur une Table de concertation des bibliothèques prise d’assaut par des points de vue discordants, et  « quelques » récriminations  des collègues  des arrondissements, résistant à l’emportement (la jambe croisée qui s’agite et espérant ardemment  la pause, la main prête à saisir la cigarette).  Sur cette Table Luc s’est  montré à la fois ouvert aux opinions divergentes, loyal envers sa Direction et fidèle à ses convictions profondes de démocratisation des services: quand même! Chapeau!

On l’a entendu dire à l’égard des bibliothèques :

Outremont et Montréal-Nord : Le même combat!

  • Enfin, Luc grand lecteur, animateur des réseaux sociaux

Intelligent et ratoureux, érudit, sensible comme irrévérencieux, grand charmeur et orgueilleux, Luc  se délecte des réseaux sociaux et il en use à bon escient pour partager allégrement ses découvertes littéraires  et pratiquer des joutes intellectuelles que je lui souhaite infinies…

Eh! Le bel Affreux, merci!  Tu vas nous manquer!

Marie Médiatrice XX

Lëa-Kim Chateauneuf (#JeSoutiensBAnQ)

Elle a réalisé le montage photo dans l’en-tête de ce billet. Me suis fendu la poire avec  :

  • Édition affranchie! Combien de livres seront lus d’ici fin 2018?
  • Après les postes d’autoprêt : La mise en place des postes d’autoflagellation débute.
  • Cinquième phase du projet RFID : Le personnel en bibliothèque sera enfin pucé en 2018.
  • Une autre de mes devises, en arrière-plan sur le tableau, une phrase de Pélo, avec une illustration de Pellan : «Je Préfère Passer Pour Fou Que De Passer Tout Droit»
  • Comment survivre à la gestion d’une équipe autonome. La plupart du temps.
  • Irrésistible envie de lire le contenu des articles de cette édition affranchie…

Longue allocution de l’Affreux(selon Marie-Médiatrice Désilets)

Je n’allais pas vous laisser sans vous faire mon petit laïus de remerciements. Je l’ai coiffé d’un titre mon mot d’adieu et d’au revoir : Mes mercis en forme de généalogie. Désolé, je ne l’ai pas appris par cœur, ni illustrer avec un Power Point.

Je n’ai pas que ça à faire, je ne travaille plus.

Je commence, ça ne sera pas trop long. Garçon! La tournée pour tout le monde SVP, c’est La Direction des bibliothèques qui régale, c’est une soirée de travail qui devrait durer un peu plus de deux heures.

Allez! Je me lance dans la généalogie des remerciements.

Je suis né un 3 octobre, au siècle précédent. Environ trente ans plus tard, je me pointais en culotte courte, rue Fullum, pour un entretien d’embauche. Un poste de préposé à la saisie au secteur de la reprographie du catalogue, pas encore automatisé, de La bibliothèque de Montréal. J’avais un certain culot, mais pas mon doigté sur les vieilles dactylos Underwood d’alors. J’ai quand même obtenu l’emploi. Je croyais y rester 3 mois et ensuite aller achever ma maîtrise en études littéraires. J’ai finalement fait un 360, un 360 mois bien garni au sein des Bibliothèques de Montréal. Merci Mireille Cliche de m’avoir fait confiance. Je dois dire que toi aussi tu as eu du culot. Ma mère disait, quant à elle, que tu avais eu du flair. Ah! les mères! Mireille ne peut pas être là ce soir. Elle est en vacances. Une autre retraitée fort occupée.

Et puis, il y a eu Nicole Maisonneuve qui m’a intégré comme aide-bibliothécaire à son équipe pour la conversion rétrospective des millions de fiches cartonnées des bibliothèques de Montréal. Merci, Nicole, tu m’as tout appris des bases de données et m’a presque fait trouver belles les notices en format Marc. Nicole, retraitée, j’ai dîné avec elle dernièrement. Ne pouvait pas être là ce soir, trop occupé. Une autre qui a eu l’impression de sortir de sa retraite en quittant la Ville.

J’ai finalement compris qu’il y avait un bel avenir devant moi au sein de La Bibliothèque de Montréal. Je me suis inscrit à la maîtrise en bibliothéconomie au Café Campus. Par pur opportunisme, j’ai fait mon stage au catalogue des bibliothèques de Montréal sous la coordination de Michel Ménard qui m’a presque fait adorer la classification Dewey et le répertoire de vedettes-matière de Laval. J’ai obtenu haut la main mon diplôme en même temps que ma maîtrise en études littéraires tout en continuant à bosser à temps partiel à la conversion rétrospective. L’année suivante, j’enseignais à l’EBSI. Le concept d’optimisation avait tout son sens à l’époque.

J’avais bien joué mes cartes, aussitôt mon diplôme obtenu,  je suis engagé pour une courte période au catalogue. Encore le Dewey et les vedettes-matière, mais je me consolais, je voyais passer des tas de bons livres que je m’empressais de lire la nuit venue pour mieux les indexer le lendemain. J’ai finalement de nouveau été rapatrié par Nicole Maisonneuve pour la coordination de la conversion des maudites fiches en carton.

Et un de ses quatre, Hélène Roussel m’offre un poste d’agent de système en remplacement de Pierre Roberge parti en congé de paternité. Plus tard, Hélène m’offrira le poste de chef de section du catalogue que j’occuperai durant quatre ans. Ça me collait vraiment aux fesses, ces maudites fiches. Par chance,  elles étaient devenues numériques. Merci Hélène de m’avoir fait confiance pour ces postes que je croyais improbables.

Je ferai durant cette période la connaissance de Jacques Aird, chef de division au traitement (il est là?). Un homme généreux. Il m’a fait appris trois choses fondamentales :

  • La présence d’une pizzeria pas piquée des hannetons sur la rue Dante et la bière italienne qu’on y servait.
  • Qu’une division, ça se gérait simplement : avec une calculette et une règle de trois. Les choses ont bien changé Jacques, le tableau de bord est maintenant de mise et la règle de trois a été détrônée par la règle du 1 sur 2, le poste est aboli.
  • Il m’a aussi appris que les dépassements de coûts en matière de paiement des heures auxiliaires, ce n’était pas tellement affolant. Il se trouvera toujours quelqu’un pour te couvrir, disait-il, brave homme. Je t’ai laissé un petit déficit Olivier Barrette, de même que ma calculette. J’espère que tu l’as gardé. À toi de gérer ça.

J’ai fait quatre ans au catalogue. Un jour Jacques Panneton, directeur de La bibliothèque de Montréal,  a eu la curieuse idée d’abolir le poste de chef de section du catalogue.  Ivan Filion, homme avisé, l’a recréé l’année dernière. Bref, je me suis retrouvé Gros-Jean comme devant. Fort heureusement, ma bonne étoile, Isabelle Assuncao, m’a embauché d’abord comme agent de systèmes (contractuel) et ensuite comme conseiller en ressources documentaires pour remplacer Miss Maisonneuve format Marc. Merci, Isabel, elle est au Portugal, encore?

Allez, allez, j’accélère. Garçon, une autre tournée, s’il vous plaît. Jacques Aird prend sa retraite. Jacques Panneton, homme de sagesse et avec un sens inouï de la parole juste et efficace, se pointe un jour à mon bureau et me lance : Le traitement documentaire, c’est à toi. Punto. Même par le temps de dire d’accord, il était déjà parti vaquer à ses affaires courantes! Merci Jacques! Même pas eu besoin de passer les tests à l’ÉNAP.

J’y resterai deux ans. C’était la belle époque. Ça fonctionnait bien alors le traitement documentaire. M’enfin, ça ne râlait pas trop, pas comme maintenant. Une belle équipe : Michel Claveau, Claire Lahaie, Renaud Arcand, Louise Deschènes, Michèle Ouellette et toujours Michel Ménard et son maudit Dewey. Merci équipe!

2002. Fusion municipale. De nombreux postes de chef de division sont créés au sein des bibliothèques de Montréal. Je décide d’aller à la pêche. Bon moment pour me pousser du traitement avant que le bordel pogne et que Magda ramène sa fraise. Je passerai des entrevues pour les deux postes à la Direction associée des bibliothèques ainsi qu’aux arrondissements de Rosemont et d’Anjou. Me suis complètement planté à Anjou. Question de l’intervieweur : Un conseiller municipal vous demande d’engager sa cousine à la Bibliothèque Jean-Corbeil. Qu’est-ce que vous lui dites? Court moment de réflexion et je lui dis: Hey Dude, est-ce que ça te tente de faire la Une du journal Le Flambeau. Recalé. Pas grave, c’était pour m’exercer, je savais que les dés étaient pipés d’avance, que Big, Ivan Filion, le futur époux de Marie-Médiatrice Désilets de Montréal-Nord étaient sur les rangs.

J’opte finalement pour la Planification et le développement du réseau.

Je fais à l’époque la connaissance avec deux femmes au tonus incroyable : Louise et Rachel.

Louise, la Queen des Queens, elle n’allait pas gérer avec une règle de trois et une calculatrice, mais avec sa grande gueule de vendeuse de balayeuse. On raconte même que sa voix a été créée tout juste avant le BIG BANG… et son grand rire quelques secondes après. Je disais que Louise n’utilisait pas de calculette, c’est faux elle l’a utilisé une fois, au chalet, dix secondes, pour évaluer le coût du plan de consolidation : 200 millions. Merci Louise, on a vraiment vécu l’Âge d’or des bibliothèques en ta compagnie. T’inquiète Ivan, ça va revenir, mais continue à t’entraîner pour garder la forme. Avec l’inflation, si on fait une règle de trois, tu auras sûrement besoin d’au moins 400 millions.

Rachel, qui a eu une idée lumineuse : Montréal : métropole culturelle. Toujours à la défense des bibliothèques dans les nombreux et importants postes qu’elle a occupés. Merci infiniment Rachel, on te pardonne la rédaction des nombreuses HOCATAFI (Hostie de calice de tabarnak de fiches) que tu nous as fait rédiger. J’ai toujours fait mienne la devise de Rachel : Tout seul ça va plus vite, ensemble on va plus loin, TABARNAK!

Arrive ensuite Jean-Robert Choquet. Le Collègue des collègues. Le père de la première politique culturelle. Un homme loyal et qui a toujours gardé son esprit critique et défendu la cause de la Culture. Anecdote. Pas certain si je l’ai rêvé ou si c’est vraiment arrivé. L’important ici c’est plus l’esprit que la lettre. Alors, début du programme RAC dont j’avais alors la responsabilité. Je lui demande. Comment on va financer ça? Ça va aller, j’ai eu un lunch avec un type du Ministère de la Culture. On a un 5 millions à la clef. Jean-Robert a toujours eu des lunchs productifs. Mon premier « moove » avec le magot : la rénovation du stationnement de la bibliothèque Jean-Corbeil… Le programme était promis à un bel avenir… Merci Jean-Robert. Pas certain qu’il est retraité celui-là. M’est avis qu’il a encore des lunchs productifs, même s’il s’est permis dernièrement une longue virée aux États-Unis pour visiter des stades de football!

Merci au Service des TI pour son soutien en matière de gestion de nos serveurs, des télécommunications et de la désuétude des postes informatiques. Pour le financement de nos grands projets : harmonisation et libre-service (Merci Marc Laurin pour le soutien)

Merci au Bureau de la Ville intelligente et numérique qui est devenu, j’ai appris, innovant. Merci pour Mtl-WIFi et les données ouvertes.

J’ai eu la chance de faire partie de différents conseils d’administration au cours de ma carrière à la Ville. C’était considéré comme salubre à l’époque. Lis avec moi de Laval. La Corporation des bibliothécaires, le merveilleux Bibliopresto. Merci.

Merci à la Grande Bibliothèque. Merci BANQ. J’ai toujours soutenu BANQ. #Je  SoutiensBANQ!

Merci EBSI, même si tu nous as chipée Marie D. Martel. Méfie-toi EBSI, ça va brasser! Merci Marie.

Merci à mes collègues du Service de la culture. Mais qu’est-ce qu’on s’amuse grâce à vous à Montréal quand on a des loisirs…

Merci aux arrondissements (chefs de division, chef de section, conseillers,  bibliothécaires et bibliotechniciennes) avec lesquels on a créé et modernisé un grand réseau de bibliothèques. Merci de vous décarcasser tous les jours, malgré la RFA(Réforme du financement des arrondissements) et le PQMO(Programme quinquennal de réduction de la main-d’oeuvre), pour continuer à améliorer l’offre de services aux citoyens. Le meilleur réseau de Bibliothèques au monde, c’est ce qu’avaient déclaré des étudiants d’une école secondaire allemande de Stuttgart dans une étude qui avait fait le tour du monde il y a quelques années.

Suzanne, Suzanne Laverdière, pas eu beaucoup le temps de la connaître. Elle travaille jour et nuit, et partant Ivan Filion itou. Suzanne : rigueur, rigueur, rigueur. D’une extraordinaire efficacité, elle a réglé le cas de la 2e politique culturelle en deux coups de cuiller à pot, elle a rajeuni son équipe en deux temps, trois mouvements. Tant et si bien que mon remplaçant, Olivier Barrette, devrait prendre sa retraite en 2045, et que Big, le tatoué, le p’tit jeune, Ivan Filion, le bourreau de travail, est maintenant devenu le vieillard des directeurs du Service. Merci Suzanne.

Merci aussi à Solidarnosc. Mes solidaires : Le comité de gestion de La Direction des bibliothèques (Alexandra, Nathalie Bellemare, Olivier, Richard, Amélie Lapointe et Harbec, Aude, Ivan, Mylène Bernard). Merci aussi à ceux qui sont passés, certains un peu trop vite et avec qui j’ai eu un immense plaisir à travailler : Michel Claveau, Sœur Teresa Khouzam (un exemple de bonté, elle m’appelait Téréseau), Normand Cardella (au Serivce des TI, maintenant) mon pote Roland Guérin, Louise Lapointe, Denis Vézina, France Tardif, Mélina Morin, Michèle Renaud, Nicole Mousseau, Dominique Gazo, Pamela Chavez, etc. Merci à tout le personnel de la direction des bibliothèques. Quant à la relève, continuez à innover, à créer des communautés (buzzword, me dit-on), à brasser la cage pour faire avancer la cause.

Un mot pour le millier d’aides-bibliothécaire et de secrétaires. Salut Jo. On les bouscule sans arrêt avec nos innovations et nos multiples projets, on les oublie aussi parfois. Salut à eux qui font que ça continue à rouler au jour le jour, à toujours aller plus loin, les bibliothèques. Merci du fond du cœur.

C’est presque fini. Sortez les mouchoirs. Merci à mon équipe de la planif. Maintenant, décimée pour aller surqualifier les équipes du RAC, des projets réseau, et du Service des TI. Vous avez accompli des projets majeurs. Je ne vais pas tous les énumérer, mais je rappellerai pour mémoire les principaux : le diagnostic des bibliothèques, la plan de consolidation des bibliothèques, les normes, les débuts du programme RAC, l’harmonisation des systèmes, l’harmonisation des politiques de prêt, la formation du personnel, la gestion des systèmes, la formation à l’expérience client, le Web, la Bibliothèque 2.0, l’implantation du libre-service, le Club des irrésistibles, la bibliothèque numérique, et j’en passe.

Salut GAGN! Je m’ennuie de vous, mais je me soigne.

C’est fini. Un dernier mot. Pour Ivan Filion, le Directeur des Bibliothèques de Montréal. Mon pote de la clope, mon tatoué, mon déluré, mon aidant naturel, mon confident de tous les jours. Un fin stratège, il ira loin, il remporte tous les pools de hockey. Merde pour la suite, Ivan.

Au revoir à toutes et à tous!

Vous aurez de mes nouvelles.

Garçon SVP!

 

 

 

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Journal d’un mardi : «speed writing»

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Statut publié sur Facebook, mardi dernier. Exercice de «speed writing» Je copie ici pour mes archives sans corriger coquillettes, ponctuation et pataquès.

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Journée de fou. Je vous raconte, télégraphique. Levé dès potron-minet. Cafés bien tassés. Lecture des journaux et épluchage des réseaux sociaux, voir ce qui branche Mireille Cliche, côté littérature marquante. J’apprends aussi que Publie.net nous propose un bouquin de Pierre Ménard qui devrait me réjouir : Comment écrire au quotidien? Il est marrant ce type. Me branche sur le site. Mais où est donc passée ma carte de crédit? J’y reviendrai. Je m’écris pour ne pas oublier. Vaisselle. Époussetage. Bichonnage de mes topinambours. Publication d’un billet sur mon blogue. Pas d’Antidote. Pas le temps. Devrais me méfier pourtant. Dix heures, y’a le pote français qui se pointe chez moi, pour regarder le match de foot. Autre expresso bien tassé. Un peu tôt pour le pastis. Match d’un ennui pas possible. La fille qui commente m’impressionne plutôt : une encyclopédie vivante. Mon pote, enseignant, me dit que c’est facile, elle a dû se faire des fiches en potassant Wikipédia. Elle sait tout de tout et ne cesse de dire eh bein, eh bein, eh bein! Elle a des envolées enivrantes du type : c’est zéro à zéro, un but marqué et l’égalité sera brisée. Ça finira nul. Bouh! C’est pô possible, s’écrie mon compagnon avec son accent du XVIe arrondissement de Paris. Mais la France se qualifie. Le pote retourne à ses affaires courantes de rénovation de son domaine privé public. M’enfile un gratin de courgettes avec une lichette de Liano, me poudre et m’asperge de mon eau de toilette préférée. Objectif : Le Musée des beaux-arts de Montréal, voir l’expo consacrée à Picasso et aux colonialistes, et si j’ai le temps, aller zieuter les œuvres monumentales de Jean-Michel Othoniel : «des tornades de perles en mouvement qui reflètent, avec élégance et spiritualité, les inquiétudes de l’artiste français, soucieux de l’état politique et environnemental de la planète», écrivait Éric Clément dans la Presse+ du matin. justement. Me trouve une bécane-BIXI et c’est parti. À peine huit kilomètres et je serai en mesure grâce à l’appli de mesurer le nombre de calories brûlées en route. Top, les perles d’Othoniel et les femmes nues debout de Pablo. M’est avis toutefois que Picasso a aussi été influencé par le peintre français Jean Fouquet, par La vierge et l’enfant entouré d’anges (1452-1458, par là). J’en devise avec un surveillant d’installation qui n’a pas d’avis sur la question, mais qui m’indique que je devrais porter mon petit sac à dos contre mon bedon. Je m’extraie du musée. Quête d’une autre bécane, question de brûler d’autres calories et de me diriger vers BAnQ. Je remonte St-Denis, à pied, pénètre dans un bar, question de me ressourcer avec une bonne pinte. Y’a un tas de mecs qui hurlent, encore le foot, l’Argentine est au bord du gouffre, match nul en perspective à moins qu’une équipe ne brise l’égalité. M’installe avec la foule bigarrée, même pas le temps d’être servi que le gars, argentin, patate le ballon entre les poteaux. Délire. Ils sont bons pour les huitièmes. J’enfile la blanche IPA, entre temps servie, vite fait et me pousse vers BAnQ emprunter un incontournable. Temps de réintégrer mes pénates. C’est fini pour le BIXI, sinon je vais finir en chicot. Allez, le métro et le bus. Relève des courriels chemin faisant. MBAM qui sait tout de ma vie m’invite à répondre à un sondage pour mesurer mon expérience de client. Pas le temps. Plus tard. Je plonge dans le dernier Ti-Teuf : À fond le slip, ramassé à BAnQ. Rate l’arrêt coin De Lorimier et me ramasse loin, loin, loin… Vous pensez qu’ils vont me la censurer mon illustration, les gardiens de la bonne conduite sur Facebook?

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Et si l’amour c’était aimer ?

fabcaro et si l'amour c'était aimerAprès Zaï, Zaï, Zaï, Zaï où il écorchait avec un humour tordu les travers de notre technocrate société de consommation et avec Carnet du Pérou. Sur la route de Cuzco où il s’amusait à déconstruire les poncifs du voyage et de l’exotisme, Fabcaro remet ça avec les affres de l’amour dans un titre résolument tautologique : Et si l’amour c’était aimer ?  

Bande dessinée ayant la facture des romans photos que mes tantes lisaient quand j’étais plus jeune. Plus kitsch que le kitsch, ce qui en fait un album complètement délirant. Absurde, dingue et extravagant.

Sandrine et Henri mènent une vie d’amour avec d’éternels émerveillements, car «il n’y a rien de plus merveilleux au monde que le concept de vie à deux… » Des conversations emballantes… Henri est de retour du travail :

Sandrine –  Ça va mon chéri? Tu as passé une bonne journée?

Henri – À un moment donné à la cafét’, Richard a confondu le sel et le poivre, du coup il a mis du poivre dans la paëlla….

Sandrine – Ah Ah Ah ! Mon chéri, la  vie avec toi est une suite de surprises renouvelées à chaque jour.

Hum.

Arrive un soir où les tourtereaux, dans un désir constant de renouvellement de leur couple, optent pour la livraison d’une macédoine pour le souper. Le livreur de Speed Macédoine arrive dare dare avec le produit. Coup de foudre immédiat de l’épouse pour le beau ténébreux. Sandrine est dans tous ses états, elle «sentit tous ses sens s’enflammer tel un incendie se propageant dans la forêt de tout son corps». Vous voyez le genre.  Je ne vous raconte pas les torrides et hilarants rêves érotiques de Sandrine. Elle n’en peut plus, la pauvre.  Tant et si bien que pour pouvoir contempler de nouveau le bel éphèbe, elle commandera de la macédoine tous les soirs durant un mois sous l’œil complaisant de son mari Henri, avec lequel tout se renouvelle sans cesse. Elle finira par passer au livreur un mot, gros comme un poster (à la face de son mari qui n’a rien remarqué), l’invitant à aller se balader au zoo. Balade inspirante, l’ensemble des animaux en profitent pour faire la bête à deux dos par un bel après-midi ensoleillé. Autre épisode décapant et obligatoire : le souper en tête en tête, les yeux dans les yeux de fureur amoureuse, – Fabcaro n’osera pas, mais oui – le bel Apollon interrompt subrepticement le repas pour aller faire caca. Romantisme  retourné. Les êtres adultérins finiront par être confondus… Je vous laisse découvrir la suite : «l’amour est une chose éphémère et imprévisible». À lire avec attention, vous serez déconcertés à toutes les pages par tant de joyeusetés désordonnées. Ne vous faites pas de mouron : tout est bien qui finit bien.

Interrogations existentielles subsidiaires :

  • Devrait-on toujours présenter sa carte de fidélité lors de la livraison d’un plat de macédoine?
  • La fidélité, est-ce si important, au fond?  p. ?

Référence :

Fabcaro : Et si l’amour c’était aimer? 6 Pieds sous terre éditions, 2017, 52 pages (n’ont pas pris la peine de les numéroter)

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