Le poids de la métaphore à la bibliothèque

bobin balancoire

Cette semaine, je me pointe à ma bibliothèque de quartier cueillir mes réservations et télécharger la dernier numéro de l’Obs pour lire une entrevue avec Elena Ferrante. Je m’installe dans un fauteuil. Sur la table, tout à côté, un usager a abandonné un livre de Christian Bobin : Un bruit de balançoire.

Je l’ouvre au hasard, page 13. Je lis :

Chère Inconnue,

l’été est intolérant. Le soleil casse les vitres. La maison boîte. Les livres poussent partout, jusque dans les couloirs, comme des mendiants experts à trouver la meilleure place.

L’insoutenable poids de la métaphore, encore.

Autre essai, d’un coup de pouce, p.27. Je lis :

Monsieur le forestier,

les arbres, chose inhabituelle, se taisaient. Aucun bruit dans la forêt, sinon le poème inlassable d’un ruisseau, sa petite voix claire : « Je disparais quand j’apparais. »

Le livre me tombe des mains, s’écrase au sol.  Je prends mes cliques et mes claques et je quitte la bibliothèque.

Dehors, il fait un froid de canard. Je vous le dis, les pins palpitent.

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Référence :

Christian Bobin : Un bruit de balançoire, L’Iconoclaste, Paris, 2017, 97 p.

Nouvelle catégorie : Le poids de la métaphore

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Zaï Zaï Zaï Zaï

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Une BD : Zaï Zaï Zaï Zaï, de Fabcaro. Couronnée du Grand Prix de la Critique ACBD 2016 à Angoulême. Un petit côté Boris Vian. À pisser de rire.

Un auteur de BD se pointe à la caisse du supermarché pour payer ses victuailles. Manque de pot, il n’a pas sa carte de fidélité du magasin sur lui. N’a pas été foutu, le bêta, de la transférer de son pantalon sale à celui qu’il porte tout propret. Le drame. Roselyne, la commis de service, s’en remet au gardien de sécurité pour s’occuper de ce malfrat, lequel n’hésitera pas à se saisir d’un poireau pour opposer sa résistance (déplorable habitude des jeunes des quartiers sensibles, l’usage du poireau comme arme de destruction massive).

Il s’enfuit, évitant de justesse le roulé-boulé du garde-chiourme, avant que la Direction ne se pointe au comptoir. S’ensuivent différents tableaux pour nous faire part du traumatisme de Roselyne qui demande à être transférée au rayon de la poissonnerie, du narcissisme du gardien de sécurité, de la quête de la police (analyse ADN du poireau en cours).

Les médias vont s’en mêler, la rumeur gonfle, un complot de la juiverie internationale, encore. La Ministre de l’intérieur intervient à la télé (« ne pas céder à la psychose »). Insécurité croissante des voisins. Vous avez compris, tout le monde en prend pour son rhume dans cette BD désopilante. On finira par mettre le grappin sur le délinquant. Il le paiera cher, la punition sera terrible, loufoque, mais je ne divulgâche pas…

Fabcaro. Zaï Zaï Zaï Zaï : un road movie, Éditions 6 Pieds sous Terre, 2015, 72 pages.

Billet publié sur le Club des irrésistibles, le 6 juillet 2017

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Observatoire culturel : ce que j’ai lu en 2017

Tableau de bord en forme de graphique suivi de mes lectures préférées en 2017 par genre, en triolet et dans le désordre.

lus 2017 mensuel

Les montagnes russes, comme en 2016 : un peu de constance et de vacances ne nuiraient pas.

genres littéraires

Forte propension pour la lecture des ouvrages dit de fiction.

Format

Je préfère pourtant le format numérique. Léger problème encore avec l’offre numérique? Nette progression toutefois du numérique pour mes lectures en comparaison avec 2016. Aucune nostalgie du bon vieux papier.

Relire

On ne devrait lire que les livres qui méritent d’être relus. On le sait généralement trop tard.

Genre

La parité? Un seul non genré.

nationalité

La diversité culturelle? Tout Occident, presque.

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Mes lectures préférées en 2017 par genre, en triolet et dans le désordre :

Fiction adulte :

Éric Chevillard : Ronce-Rose;
Erri de Luca : La nature exposée;
Marie Darrieussecq : Notre vie dans les forêts.

Album jeunesse :

Fanny Britt et Isabelle Arsenault : Louis parmi les spectres;
Jacques Goldstyn : Le prisonnier sans frontières;
Jacques Goldstyn : Azadah.

Bande dessinée :

Guy Delisle : S’enfuir : récit d’un otage;
Enki Bilal : Bug. 1;
Manu Larcenet : Le combat ordinaire : intégrale [relecture].

Poésie :

Martine Audet : Des voix stridentes ou rompues;
René Lapierre : Les adieux;
Maude Veilleux : Les choses de l’amour à marde.

Essai :

Anne-Marie Bégin-Beaudoin : La langue affranchie;
Anne Dufourmantelle : En cas d’amour : psychopathologie de la vie amoureuse;
Alex Gagnon : Nouvelles obscurités : lectures du contemporain.

OVNI :

Dérapages poétiques;
Jean-Philippe Toussaint : La mélancolie de Zidane;
Simon Brousseau : Synapses.

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Des blogues :

Le Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal [autopromotion];
Clément Laberge : Jeux de mots et d’images;
Benoît Melançon : L’Oreille tendue;
Marie D Martel : Bibliomancienne;
Andrée Martin : Le carnet Martin
Normand Cardella : The perfume chronicles.

Des lettres :

Philippe Didion : Les notules dominicales de culture domestique;
J. Charest : Cher J.

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La courte liste du Prix du club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal : lettre au Père Noël

Marie-Anne Poggi publiait dans son dernier billet la courte liste des romans en lice pour le Prix du Club des irrésistibles 2018 des Bibliothèques de Montréal. Le prix, qui fêtera son 10e anniversaire, sera décerné le 23 avril 2018 à la Bibliothèque Robert-Bourassa de l’arrondissement Outremont, dans de la  cadre de la Journée mondiale du livre et du droit d’auteur.

Les voici dans l’ordre de mes préférences (préféré n’est pas adoré).

Un court résumé suit entre parenthèses : la première chose qui me passe par la tête.

Foire d’empoigne à prévoir dans les bibliothèques ou sur la bibliothèque numérique pour mettre les mains sur ces opuscules (je vous oriente, tant bien que mal, dans les dédales des catalogues de Bibliothèques de Montréal).

Pensez aussi d’inscrire cette courte liste dans votre lettre au Père Noël. Faites vite les festivités approchent. Essayez le texto, vous allez doubler Poste Canada.

C’est aussi  disponible dans les librairies indépendantes du Québec.

Le-Plongeur-LarueLe Plongeur de Stéphane Larue (Le Quartanier, 2016)

(Roulette russe)
Bonne chance : 347 réservations en version papier.
4 exemplaires en version numérique.

 

La-nature-exposee-De-LucaLa Nature exposée d’Erri De Luca (Gallimard, 2016, 2017)

(Jésus, la bizoune à l’air).
Nombreux exemplaires papier, dont 5 sont pour l’heure (8h47, le 17 décembre 2017 ) disponibles.
Version numérique : 2 exemplaires disponibles.

 

Chanson-douce-SlimanChanson douce de Leïla Slimani (Gallimard, 2016)

(Fait divers romancé / Marie Higgins-Clark)
Nombreux exemplaires papier disponibles. 77 en circulation.
De nombreux exemplaires numériques disponibles

 

Etincell-PlomerÉtincelle de Michèle Plomer (Marchand de feuilles, 2016)

(La gazinière s’éclate)
Nombreux exemplaires papier, dont 5 sont pour l’heure  disponibles, (8h59, le 17 décembre 2017)
Version numérique inexistante

 

Le-Poids-de-la-neig1Le Poids de la neige de Christian Guay-Poliquin (La Peuplade, 2016)

(Le surpoids de la métaphore : auto-citation)
Bonne chance. Nombreux exemplaires papier : 137 réservations.
13 exemplaires numériques disponibles.

 

Para servir!

pere noel

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La tronche cubiste de Jean-Philippe Adamsberg et les effets intelligents

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L’homme aux cercles bleus de Fred Vargas. Je l’ai pêché dans une microbibliothèque à un jet de pierre de mon boulot. Fouillez-moi pourquoi, je dispose d’un exemplaire, lu au millénaire précédent, dans un des placards de ma modeste demeure.

Délire géométrique? J’ai lu dernièrement Le Cercle de Dave Eggers, vu The Square au Beaubien et relu La Place d’Annie Ernaux.

L’homme aux cercles bleus. C’est dans ce livre que naissent le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg et l’inspecteur Adrien Danglard. Deux personnages truculents.

J’avais complètement oublié l’intrigue et son dénouement (on s’en balance), mais j’avais un excellent souvenir de la pensée flottante et intuitive d’Adamsberg,  du petit penchant de Danglard pour le vin blanc et de son érudition (chose plutôt rare dans les commissariats). Continuer la lecture

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Le poids de la métaphore et de la comparaison

poids de la neige

Résumé : Dystopie molle, thriller psycho-social, huis-clos, hiver de force.

Lauréat d’une panoplie de prix:

Prix littéraire du gouverneur général;

Prix littéraire des collégiens (des collégien.n.e.s ?);

Prix littéraire France-Québec;

Prix Ringuet.

Lecteur, tu auras peut-être comme moi un léger agacement à la lecture de ce roman – somme toute bien mené, avec ses tensions dramatiques et tout – quand tu croiseras certaines figures de style un peu ampoulées. Usage un tantinet marqué par l’anthropomorphisme dans la construction de la métaphore et de la comparaison: des flammes à l’appétit insatiable que se tordent de rire; des fondations qui serrent les dents; des vagues qui entrent dans le port sur la pointe des pieds; l’hiver qui marche sur nos têtes; des flocons carnivores; une nuit affamée; des montagnes qui bombent le torse.

Exemples triés sur le volet :

Les arbres s’inclinent, ploient vers le sol, courbent l’échine. p. 11.

Les pièces transpiraient les tours d’horloge. p. 55.

[…] j’aperçois des flammes immenses. Elles avancent en se tordant de rire et dévorent la forêt avec un appétit insatiable. p. 80.

Pendant ce temps, dans le poêle, le bois vert siffle dans les flammes comme s’il pestait contre son destin. p. 84.

La véranda s’ajuste au froid. Le bois de la structure se raidit. Les fondations serrent les dents. p. 112.

Partout les gens se font réveiller par les caresses glaciales de l’hiver et se dépêchent de faire une première attisée. p. 112.

Dehors, le soleil frappe la neige à pleines mains. p. 131.

Des cristaux de neige longent la silhouette fuselée des arbres. p. 143.

La neige grimpe jusqu’au bas de ma fenêtre et se presse contre la vitre. p. 143.

Quelques flocons sont suspendus dans les airs, comme s’ils attendaient des renforts avant de se jeter sur nous. p. 146.

Les flocons couvrent déjà les traces d’une mince couche de silence. p. 167.

Elles [les gouttes tombant du plafond] fondent sur nous avec l’instinct des grands carnassiers qui ont dans leurs veines le souvenir immémorial de leurs ancêtres encerclant méthodiquement leurs proies avant de les dévorer.  p. 184.

Devant moi, je ne discerne que les premières marches de l’escalier qui s’enfonce dans cette gueule béante et sombre. p. 191.

De lourds nuages gris enveloppent le paysage. Ils survolent la forêt à basse altitude et caressent la cime des arbres en abandonnant quelques flocons. p. 194.

Au coin de ses yeux et sur son front, ses rides lui donnent un air de soleil couchant avant la tempête. p. 195.

C’était un matin tranquille, même les vagues entraient dans le port sur la pointe des pieds. p. 200.

Ses yeux s’ouvrent alors comme les tisons d’une forge sous les coups d’un soufflet. p. 202

On dirait que l’hiver marche sur nos têtes. p. 205.

On dirait que l’hiver s’amuse avec un squelette immolé qui n’a reçu aucune sépulture. p. 229.

Le froid me mord les doigts et essaie d’avaler mes mains. p. 240.

La nuit a faim. Et les flocons sont carnivores. p. 242.

Je m’adosse au cadre de porte et regarde la lumière se lover dans les bras noirs des arbres. p. 247.

Je reste là un bon moment, entre les caresses chaudes du jour et les mains glacées des courants d’air. p. 248.

Les montagnes bombent le torse et la neige est resplendissante. p. 252.

En approchant, j’observe le flanc des montagnes. Partout, on sent que les arbres veulent se débarrasser de la neige. p. 263.

Ça finit par être assez comique… Ce n’était sûrement pas le but de l’auteur.

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Petite notule, en prime, pour L’Oreille tendue :

Quand on tend l’oreille, on n’entend que les poutres qui craquent au-dessus de nos têtes. p. 48

Quand on me laissait enfin seul, je tendais l’oreille pour comprendre ce qui se passait dans la pièce adjacente. p. 28

Zeugme : Enfoncé dans mon lit,  je peste contre mon sort. J’aurais tellement aimé contribuer et abattre quelques arbres. Au lieu de cela,  je trépigne dans mon lit, coincé entre ma tête et mes attelles. p. 69

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Référence :

Christian Guay-Poliquin, Le poids de la neige, Éditions de la peuplade, 2016, 296 p.

 

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La littérature et les taxis

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À l’instar de l’Oreille tendue, je suis sensible aux petits hasards de la vie, aux accouplements littéraires surtout. Accords de proximité.

Ce matin, dans la Presse +, Chantal Guy se fendait d’une critique dithyrambique du roman de Christophe Bernard : La bête creuse. C’est ici. Je vais le lire.

Citation :

François, petit-fils de Monti, trimballant le manuscrit d’un grand roman, qui part de Montréal pour retourner en Gaspésie (en taxi !).

Hier, sur Facebook, je publiais une carabistouille dans laquelle il est aussi question d’une longue balade en taxi. Je la reproduis, ci-dessous, ma calembredaine :

vivre sa vie

Merdouille. Livre ramassé dans une microbibliothèque sur Beaubien. J’avais le goût de lire fou après m’être farci du Robbe-Grillet. Frédéric Dard : Refaire sa vie. Un beau voyage en taxi, en joyeuse compagnie, depuis le sud de l’Italie en direction de Paris. C’était bien parti sur les rives de l’Adriatique. J’arrive à la page 76… La prochaine, p. 141. Enfoiré! Recherche sur les sites des Bibliothèques de Montréal et de la Grande Bibliothèque pour poursuivre ma lecture : titre inexistant. La personne qui a fait don de cet opuscule a laissé son numéro de téléphone à la fin du volume. Je l’appelle pour l’engueuler? Bah! Vais aller faire un petit tour au Salon du livre de Montréal, des fois. On sait jamais.

Question qui me tarabuste : Vous en connaissez des livres où on se trimbale en taxi sur de longues distances?

De mémoire, de mon côté, sans trop réfléchir :

Raymond Queneau : Zazie dans le métro

Echenoz? Pas certain. Mais il aime les bagnoles…

Bon dimanche!

Mise à jour du 23-11-2017

Laureen Moock Colombani me suggère : « Taxi » de Khaled Al Khamissi

 

 

 

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« Où trouver les grands films de répertoire? » – À la bibliothèque

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Dans sa chronique du 9 novembre dernier, parue dans la Presse +, Marc-André Lussier se demandait «où trouver les grands films de répertoire?» Sa quête : «Nous avons choisi 10 longs métrages « de répertoire » qui, en leur temps, ont obtenu beaucoup de succès, pour savoir s’ils sont encore offerts au Québec sous une forme ou une autre».

Piètre résultat. Quasi néant, constate l’auteur. La forme, mais il fallait aussi explorer d’autres lieux : les bibliothèques.

Coup d’oeil sur le site des Bibliothèques de Montréal (BM) et de la Grande Bibliothèque (GB):

Les uns et les autres, de Claude Lelouch: 16 exemplaires (BM) et 1 exemplaire (GB).

Tout sur ma mère, Pedro Almodóvor: 16 exemplaires (BM) et 1 exemplaire (GB)

Les demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy: 14 exemplaires et 2 exemplaires (GB)

Que la fête commence, de Bertrand Tavernier: 10 exemplaires et 2 exemplaires (GB)

Jules et Jim, de François Truffaut: 22 exemplaires et 5 exemplaires (GB)

Cyrano de Bergerac, de Jean-Paul Rappeneau : 18 exemplaires et 2 exemplaires (GB)

OSS 117 – Rio ne répond plus, de Michel Hazanavicius : 20 exemplaires et 3 exemplaires (GB)

Indochine, de Régis Wargnier: 12 exemplaires (BM) et 4 exemplaires (GB)

Les bons débarras, de Francis Mankiewicz: 25 exemplaires et 13 exemplaires (GB)

Le tambour, de Volker Schlöndorff:  16 exemplaires (BM) 1 exemplaire (GB)

Plusieurs exemplaires disponibles, dans une bibliothèque près de chez vous.

Consultez aussi le site de la Grand Bibliothèque, vous y trouverez une belle collection de films de répertoire, à regarder en ligne, de la société Criterion : «Fellini, Truffaut, Bergman, Kurosawa, Antonioni, Godard, Fassbinder, Tarkovsky, Wenders… Des centaines de classiques du cinéma international sont à votre portée. Les films sont présentés en langue originale avec sous-titres en anglais. The Criterion Collection fonctionne aussi très bien sur tablette et téléphone intelligent. Sous-titres en anglais seulement.»

Vous préférez les bons vieux DVD, une partie de la collection Criterion est disponible dans les Bibliothèques de Montréal (ici)

En prime :

Open culture : 1500 films gratuits, de tout. (ici)

Archive.org : 5000 films du domaine public, de tout (ici)

Ne me remerciez pas, j’ai piqué l’idée pour ce billet à Michel Ménard, bibliothécaire. Il alimente la Bête catalographique des Bibliothèques de Montréal. Un Géant. Fin connaisseur du format MARC, de la classification Dewey, des normes de catalogage RDA, du répertoire de vedettes-matière de l’Université Laval, de Vernor Vinge… et de Kafka.

Je m’étais aussi livré à ce petit jeu avec un article publié par Chantal Guy en 2011 : Vingt romans québécois à sauver de l’oubli. C’était ici : Un livre ne chasse pas l’autre… en bibliothèque

 

 

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La bête à sa mère : traité sur le bonheur

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Traité sur le bonheur. Dix-huit courts chapitres haletants, comme autant de petites bombes à retardement.
Têtes de chapitre : « La Résilience », « La Maturité », « La Capacité d’adaptation », « L’Altruisme », « La Patience », « La Bravoure », « La Persévérance », etc. Pourtant c’est le journal d’un poqué fini. Ça va mal tourner.
Il passe de mauvais moments avec les services sociaux, se faisant transférer de famille d’accueil en famille d’accueil.
Petits larcins, actes cruels contre les animaux (attention à vos chats), maisons dévalisées, fortes consommations d’amphétamines, cynisme généralisé et tout ça dans la joie, en se gâtant à répétition, de la main droite…
Il a de l’ambition, il sait qu’un jour il rejoindra les rangs du crime organisé. Il traîne sa fatigue, ses côtes cassées et son nez amoché à la recherche de sa mère qui l’a dans le passé abandonné aux services sociaux.
Vision manichéenne de séducteur et de petits bandits : « On ne se pointe pas chez les gens les mains vides. Il faut des fleurs ou une arme. C’est documenté. »
Il ne dédaigne pas les sites de rencontres, avec pour objectif ultime, l’hésitation tue, rencontrer l’âme soeur, lui « ouvrir le cœur et les cuisses au passage ». (l’auteur maîtrise parfaitement l’art du zeugme). Il fomente l’idée de « les inviter à prendre un verre et son pied ». Un menteur de première pour tenter de séduire la gent féminine ; il prétend, avec l’une d’elle – pas dupe – avoir inventé le terme LOL !
Il se démerde. Profite de l’instant présent. Il a compris : « On est fort des erreurs des autres. »
C’est superbement écrit. Ce n’est pas un traité de morale. La fille du Devoir, préposée à la critique littéraire, semble ne pas avoir compris…

—-
Goudreault, David. La bête à sa mère, Éditions Stanké, 2015, 231 pages.

Billet déjà paru sur le site du Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal, ici.

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«La chair» de Rosa Montero

la chair montero

L’histoire de Soledad. Commissaire culturelle. Elle trime fort pour la préparation d’une exposition sur les écrivains maudits : Philip Dick, Maupassant, Burroughs et autres joyeux fêlés.

Mais elle a d’autres soucis qui la taraudent. Elle a atteint l’âge admirable : la soixantaine. L’âge des ratages, des ravages et de la rage au corps. Son amant, 40 ans, vient de la laisser pour se consacrer entièrement à sa femme et à un enfant à naître. Que faire ? Le rendre jaloux. Mettre la main sur un garçon plus jeune, plus beau, plus fou qui pourra l’accompagner un soir à l’opéra pour une représentation de Tristan et Iseult. Un soir où elle sait qu’elle croisera l’amant qui l’a éconduite. Facile. Il n’y a qu’à aller consulter le site AuPlaisirDesFemmes.com et faire son choix. Elle ne tardera pas à trouver un joli gigolo russe – Adam (joli pseudo, il a du culot) – qui acceptera de lui tenir le bras à l’opéra moyennant un léger supplément : 600 euros. Soirée parfaite, mission accomplie, malgré quelques ronflements du partenaire d’occasion durant la prestation, elle croise à la sortie de l’opéra le mufle – légèrement impressionné – qui l’a laissé tomber comme une vieille guenille. Mais ça ne va pas s’arrêter là. Il n’y aura pas de dernière fois… Mue par une irrésistible poussée libidinale, elle va passer la nuit avec le bel Adam d’Europe de l’Est et faire ce qui doit être fait, moyennant une facture assez salée : 1200 euros. Vous avez deviné la suite? Elle relancera le joli pur-sang sur Whatsapp pour s’assurer d’autres folles aventures et activités somptuaires. Mais qui est-il ce garçon? Que fait-il d’autre? Où va-t-il? À quoi aspire-t-il vraiment?

Un livre portant sur un sujet délicat : les affres du vieillissement et de la vie qui n’a de cesse de bouillonner en soi. Féministe. Écrit avec humour. Une petite citation plutôt truculente. Jugez par vous-même :

Une des choses les plus ridicules impliquées par l’âge est la quantité de trucs, de potions et d’appareils avec lesquels nous tentons de lutter contre la détérioration : le corps se remplit peu à peu d’infirmités et la vie de complications.

On voit ça clairement lors des voyages : quand on est jeune, on peut parcourir le monde avec juste une brosse à dents et une tenue de rechange, alors que, quand on s’enfonce dans l’âge mûr [admirable], on doit progressivement rajouter une infinité de choses dans la valise. Par exemple : des verres de contact, des liquides pour nettoyer les verres de contact, des lunettes de vue de rechange et autre paire de lunettes pour lire ;  des ampoules de sérum physiologique parce qu’on a toujours les yeux rouges ; un dentifrice spécial et collutoire contre la gingivite, plus du fil dentaire et de brossettes interdentaires, parce que les trois ou quatre implants qu’on a exigent alors des soins constants ; une crème contre le psoriasis ou contre la couperose ou contre les champignons ou contre l’eczéma ou contre n’importe quelle autre de ces calamités cutanées qui se développent toujours avec l’âge ; du shampoing spécial antipelliculaire, anti-cheveux gras, anti-cuir chevelu sec, anti-chute des cheveux ; une crème colorante parce que les cheveux blancs ont colonisé votre tête ; des ampoules contre l’alopécie ; des crèmes hydratantes, qu’on soit homme ou femme ; des crèmes nourrissantes, lissantes, raffermissantes, davantage pour ces dames ; mais aussi pour certains messieurs ; des lotions anti-taches ; une protection solaire écran total parce qu’on a déjà pris tout le soleil qu’on peut supporter en une vingtaine de vies ; des onguents anticellulite pour le corps, côté femme ; des tondeuses de poil de nez et d’oreilles, côté hommes ; des gouttières dentaires de nuit, parce que le stress fait grincer des dents ; des bandelettes nasales adhésives, gênantes et totalement inutiles, pour atténuer les ronflements ; des pilules de mélatonine, de l’Orfidal, du Valium ou tout autre médicament contre l’insomnie et l’anxiété ; avec un peu de malchance, une pommade anti-hémorroïdes pour ce qui va sans dire  et/ou des laxatifs contre la constipation tenace ; de la vitamine C pour tout ; de l’ibuprofène et du paracétamol pour la diversité interminable des troubles qui parasitent le corps ; de l’oméprazole pour les gastrites ; de l’Alka-Seltzer et encore plus d’oméprazole pour la gueule de bois, parce qu’on ne tient plus l’alcool ; des compléments au soja parce que la ménopause fait baisser les hormones ; avec un peu de malchance, les pilules du cholestérol, de la tension, de la prostate. Et ainsi de suite, en somme. De l’équipement lourd. p. 60-61

J’adore le «Par exemple» qui ouvre cette énumération non-exhaustive.

Vous partez en vacances? N’oubliez pas votre liseuse, vous pourrez ajuster la taille des caractères…

Référence :

Rosa Montero : La chair, Éditions Métailié, Paris, 2017, 191 p.

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