Température et incipit : Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer (32)

Laferrière

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Bel incipit qui marie jazz et chaleur torride.

Pas croyable, ça fait la cinquième fois que Bouba met ce disque de Charlie Parker. C’est un fou de jazz, ce type, et c’est sa semaine Parker. La semaine d’avant, j’avais déjeuné, dîné, soupé Coltrane et là, maintenant, voici Parker.

Cette chambre n’a qu’une qualité, tu peux jouer du Parker ou même Miles Davis ou un coco plus bruyant encore comme Archie Shepp à trois heures du matin (avec des murs aussi minces que du papier fin) sans qu’aucun imbécile ne vienne te dire de baisser le son.

On crève, cet été, coincé comme on est entre la Fontaine de Johannie (un infect restaurant fréquenté par la petite pègre) et un minuscule bar-toplesss, au 3670 de la rue Saint-Denis, en face de la rue Cherrier. p. 11

Référence :

Danny Laferrière, Comment faire l’amour avec un Nègre sans se fatiguer, VLB éditeur, 1985, 153 p. (édition numérique ici)

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François Hébert : La langue inclusive (3)

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[Série : François Hébert, 1946-, critique littéraire au journal Le Devoir ]

Le débat sur la féminisation des titres et des professions ne datent pas d’hier. La longue durée du changement.

langue inclusive FB

—–

Dans cette édition du Devoir du 28 avril 1984 on pouvait aussi lire :

« Les enseignants s’oppossent [sic] aux compressions dans les universités » Plus ça change…  Les coquilles et les compressions.

« Le nouveau musée d’art contemporain, ou l’esthétique du centre commercial » Chantal Pontbriand, directrice de la revue d’art contemporain Parachute. Patience et longueur de temps…

Balance commerciale des États-Unis : 10,3 milliards. Le déficit atteignait les 566 milliards en 2017.

 

Référence :

François Hébert, Quant au e, euh … ,Le Devoir, 28 avril, 1984., p.27

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Accents circonflexes

circonflexe

À l’instar de l’Oreille tendue, je suis sensible aux petits hasards de la vie, aux accouplements littéraires surtout. Accords de proximité.

Je rame comme un galérien présentement dans le roman de Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux. Goncourt 2018. J’y reviendrai. J’y ai lu :

Tandis qu’il parlait et souriait, on aurait dit qu’une marionnettiste tirait des fils accrochés à sa figure, laquelle était prise de tressaillements circonflexes.  p. 170

Et sur Facebook, en sirotant ma première gorgée de café, le poète franco-ontarien Patrice Desbiens, outré, on le comprend, suite aux décisions de Doug Ford concernant la francophonie en Ontario, publie un extrait de son recueil Rouleaux de Printemps.

LE PRIX DU CAFÉ

Je suis certain que
la serveuse est
francophone.

Je devine son
accent
circonflexe.

Des écureuils sortent
de mes yeux
et sautent dans
le feuillage
de ses yeux.

Je lui parlerais
en français mais
le café est déjà
assez cher
comme ça.

(de Rouleaux de Printemps
Prise de Parole 1999)

Références :

Patrice Desbiens, Rouleaux de printemps, Prise de parole, 1999, 95 p.

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, Actes Sud, 426 p.

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Température et incipit : Le dernier chalet d’Yvon Rivard (31)

Yvon Rivard Le dernier chalet

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Je me suis réveillé à l’aube. Une pâle lumière séparait les jours de la nuit, la première neige tombée la veille s’était changée en pluie. J’ai pensé : heureusement que ce n’est pas lundi, car un lundi de pluie, qui plus est d’automne, ce n’est pas l’image que je veux garder du chalet, mais comme je savais qu’ici le temps, même l’été, peut changer d’un moment à l’autre (le fleuve ne se baigne jamais deux fois dans le même jour [1]), je trouvais que la pluie convenait bien à une scène de départ, d’adieu, que c’était une bonne idée, cette pluie qui bientôt allait briller, qu’il valait mieux partir d’un cliché que d’en finir, comme disait Hitchcock, p.7

[1] Paraphrasant Héraclite : « On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve ».

Références :

Yvon Rivard, Le dernier chalet, Léméac, 2018, 205 p.
Voir aussi l’entrevue qu’Yvon Rivard a accordée à Marie-Louise Arseneault à l’émission Plus on est de fous, plus on lit!, le 29 mars 2018.

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Leçon d’économie : « speed writing » (2)

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Statut publié sur Facebook, vendredi le 16 novembre. Exercice de «speed writing» Je copie ici pour mes archives sans corriger coquillettes, ponctuation et pataquès.

—————————

Un peu surpris par tout ce tohu-bohu autour de la consommation de la coke et du troisième lien dans notre belle capitale. Elle vise juste, Catherine Dorion. Je vais prendre un autre exemple. Mettons que vous êtes dans un party de Noël, que vous prenez une première O’keefe, une deuxième, une troisième… Le fun finit par pogner. Après trois caisses, c’est certain que le plaisir tend à diminuer (je pense que c’est l’économiste Adam Smith qui a affirmé ça) et vous risquez d’être dans un pitoyable état à tel point que vous ne ferez plus de liens pantoute. Faque (du coup, pour les Français) si vous avez des bons chums et de bonnes chumettes, ils / elles vont appeler Nez-Rouge pour vous ramener chez vous à Québec. Bein manque aussi que les valeureux volontaires au nez rouge voyant votre état de décrépitude refuseront de vous embarquer. Pas compliqué, vous allez dormir à Donnacona dans un motel miteux en essayant de démêler tous ces liens, mais il sera trop tard. Est-ce que c’est clair? On n’en veut pas de troisième lien. :-)

Para servir.

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François Hébert : la langue postillonne (2)

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[Série : François Hébert, 1946-, critique littéraire au journal Le Devoir ]

Leçon de linguistique, de physique et de pataphysique :

 

PS
NOUS LES MOUCHES. La linguistique, on le sait, c’est compliqué J’ai, moi, une théorie sur les mots beaucoup plus simple, inspirée non de Saussure mais d’un plus ancien linguiste, celui qui a fait les langues, oublié, et qui s’appelait lahvé Elohini. En résumé, ma théorie repose sur l’axiome suivant les mots viennent de nos bouches. Ce sont des postillons sonores. Comme les postillons que vous savez, certains mots sont pleins comme des gouttes d’eau, d’autres sont creux, ce sont des bulles. Ce n’est pas de la métaphysique, mais de la simple physique, sinon de la pataphysique. Tout à fait élémentaire, et qui explique, les mots étant de nature aqueuse, que Rabelais puisse parler de « paroles qui gèlent ». Par exemple, quand la bouillante Alice Parizeau parle, des critiques québécois par exemple, ses mots sont des postillons brûlants. Ébouillanter les critiques québécois en général, est-ce gentil pour des critiques québécois en particulier ? Que je l’aie été ou non, je me sens visé. Je me sens même atteint. Je le suis. Mes joues brûlent, il me vient des rougeurs, des éruptions cutanées, des plaques, des picotements ! Des critiques frustrés, comme elle dit. Il y en a.  Mais pourquoi ne les nomme-t-elle pas?  Moi, est-ce que je me gêne?  Je ne parle pas d’auteurs-frustrés-par-des-critiques. Je parle d’Alice Parizeau. Non, elle postillonne at large, tous azimuts, comme une grenade. Si j’étais caricaturiste, je lui dessinerais une bouche en forme de gicleur de bombe Raid. Tant d’insecticide pour une ou deux mouches, était-ce la peine? Nous les mouches, nous faisons ce que nous pouvons, sinon ce que nous devons F. H.

Le Devoir, 14 janvier 1984

Je n’ai pas retrouvé les « postillons brûlants » d’Alice Parizeau. Liberté? Lettres québécoises? La Presse? Radio? Télé? Non plus ceux de François Hébert qui se sentait visé par les propos de la « bouillante Alice Parizeau ».

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Sachez aussi que « L’URSS a violé plusieurs traités, accuse Washington », titrait Le Devoir, à la une de son édition du 14 janvier 1984.

Sachez que le Toronto Danse Theater sortait du placard. L’expression « sortir du placard » a pris un autre sens depuis.

Vous auriez pu faire l’acquisition d’un duplex rénové à Outremont pour la modique somme de 104 900$ (avec stationnement privé).

Source

Pour avoir accès à l’ensemble de la collection du Devoir, voir Revues et journaux québécois numérisés par BAnQ.

Besoin d’aide? C’est là.

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Une enfance à l’eau bénite

une enfance à l'eau bénite

Lors de son passage à La soirée est (encore) jeune, Denise Bombardier a déploré que son livre, Une enfance à l’eau bénite, «roman» publié en 1985, ait eu une mauvaise réception au Québec, alors qu’il avait été encensé en France, notamment par François Nourissier et Jean-François Revel.

Retournons en avril 1985, grâce aux bons soins de BAnQ, pour lire ce qu’en pensaient de bons critiques littéraires : François Hébert, Réginald Martel et l’ineffable Pierre Foglia.

Ces critiques ne croyaient pas que madame Bombardier se soit «emputassée» en publiant en France aux éditions du Seuil. Ils évaluaient le contenu de l’œuvre.

La critique de François Hébert est mi-figue, mi-raisin.

Pierre Foglia est tel qu’en lui-même : baveux et truculent. Il nous encourage à acquérir ce roman « amusant ». Il y va de diverses considérations sur l’instruction, la richesse et le talent.

Réginald Martel émet une critique sévère. La grâce de l’éreintement.

Extraits :

François Hébert.  À cette époque où l’hostie saignait… Le Devoir, 20 avril 1985.

Bon, laissons là les généralités et parlons du « roman » de Denise Bombardier, Une enfance à l’eau bénite, pour dire d’abord que ce n’est sûrement pas un roman. L’étiquette sera utile en France; d’ailleurs la narratrice paraît souvent s’adresser à un étranger plutôt qu’à nous : le Québec, dit-elle, « cette sorte d’Espagne nord-américaine » (p. 14) et « Maurice Richard, l’idole inégalée de notre sport national » (p. 145). Mais au Québec chacun connaît l’auteur, qui n’a pas besoin de la caution « roman » pour raconter sa vie. Remarquez que je ne sais pas s’il s’agit vraiment de la vie de l’auteur, que je ne connais pas personnellement; mais on sent, en lisant le livre, que la fiction entre pour peu dans  l’ensemble (à cet égard, La Détresse et l’Enchantement de Gabrielle Roy est mille fois plus romanesque, qui se donne néanmoins pour une autobiographie et non un roman… ).
[…]
J’ai été agréablement surpris. L’auteur est habile, qui sait nous raconter son Denise Bombardier: un réquisitoire qui aurait été plus propice dans les années 60.
[…]
Le livre est écrit de façon alerte; tantôt grave, tantôt truculent, il se lit vite et bien. Il touche parce qu’il vient du cœur d’une enfant toujours étonnée par ce qui l’entoure, timide un jour, audacieuse le lendemain, jamais sûre d’elle, inquiète et ouverte, en quête de son propre destin.

Pierre Foglia, Lectures parallèles, La Presse, 23 avril 1985

Tout le charme du roman de Mme Bombardier est là : il offre deux lectures parallèles. L’une scolaire, linéaire, et sans aucun intérêt. L’autre lecture, au corpus défendant de l’auteure, voyeuse, vicieuse, spectaculaire, pleine de bibites qui partent dans toutes les directions…
Je vous encourage à acheter ce livre amusant, ne serait-ce que pour encourager l’auteur à en écrire d’autres. Le risque est évidemment de la conforter dans sa croyance que bien parler c’est avoir de l’instruction, et avoir de l’instruction c’est devenir riche…
Mais au fond, ce n’est pas si faux. On a effectivement bien plus de chance de devenir riche avec de l’instruction qu’avec du talent.

Réginald Martel : Un cloaque dans le bénitier, La Presse, 20 avril 1985.

On voudrait croire que le livre de Mme Denise Bombardier est un roman, puisque l’éditeur a étalé le mot sur la couverture. On voudrait, mais rien à faire; car il manque bien des choses à ce récit trop linéaire, surtout cette inscription d’une distance critique qui réaliserait peut-être la synthèse optimale du réel et de la fiction. Les lecteurs de France seront peut-être les victimes, heureuses je le leur souhaite, de l’illusion romanesque, tant les événements racontés leur paraîtront excessifs; ceux d’ici, certainement pas.
[…]
Les qualités d’écriture, qui peuvent sauver bien des livres, sont ici totalement absentes. Ce n’est pas littéraire, point, car écrit, dirait-on, sans passion, comme une gageure, comme un pensum. Jamais la phrase ne s’envole, ne cherche à dire finement la nuance d’un sentiment, la transparence d’un regard, encore moins le doute de l’écrivain, qui est un état pourtant bien humain. Non, les mots s’ajoutent les uns aux autres, sans harmonie, sans style, et le lecteur doit subir des expressions fautives, des mots dont le choix trop approximatif n’a pas été corrigé; bref, l’art n’est pas au rendez-vous et on en vient à remarquer davantage la petite bête noire qu’un texte mieux inspiré effacerait tout de suite, par exemple ce mont Royal, seule butte de la ville et qui mériterait pour cela même qu’on écrivît son nom correctement, mais que Mme Bombardier appelle « Mont-Royal »; ou ailleurs, cette affirmation qui  «s’avérait fausse »; et ailleurs, encore, et encore…

«Denise, elle ne déçoit jamais», Jean-Philippe Wauthier, La Soirée est (encore) jeune, 11 novembre 2018.

Accessoirement, pour votre édification, Mathieu Bock-Côté a signé une critique dithyrambique des Mémoires de Denise Bombardier (Une vie sans peur et sans regret) dans Le Journal de Montréal :  Le chef d’oeuvre de Madame B.

Louche. Un doute m’étreint. J’attendrai d’autres avis.

[Mise à jour : 16-11-2018]

Merci à L’Oreille tendue qui m’a aiguillé vers la critique d’Éric Chevillard du roman, L’Anglais, de Denise Bombardier. Vous la trouverez dans l’édition du 17 mai 2012 du journal Le Monde.

Je ne vous mets que des extraits, car si vous êtes abonné.e.s au Journal Le Monde vous pourrez lire la chronique complète ici.

Pour les autres, dans un souci d’alphabétisation numérique, je vous invite à vous rabattre sur Eureka, disponible pour les abonné.e.s, dans la section numérique du site des Bibliothèques de Montréal. C’est par . Disponible aussi à BAnQ.

Je vous avertis. Ça fesse.

__________

Le feuilleton : dans le précipice

d’Éric Chevillard

Peut-être est-il bon de s’infliger parfois la lecture d’un mauvais livre. Par pénitence, pour se punir, pour se mortifier. Méritons-nous vraiment de ne fréquenter que des chefs-d’oeuvre, comme si le meilleur nous était dû, comme si notre infaillible noblesse nous dispensait de composer jamais avec la médiocrité ? Et si cette macération expiatoire sent un peu trop le couvent, alors ne pourrait-on aventurer que la lecture de mauvais livres est encore une fine stratégie de la jouissance tendue vers son acmé : le terme de la souffrance ? Ainsi nous apprécions mieux le sol ferme sous nos pieds après la pénible traversée du marais. Et notre appréhension des chefs-d’oeuvre auxquels nous retournerons ensuite sera plus nette puisque nous aurons parcouru la distance qui les sépare du magma élémentaire des mots inorganisés. Pour ces raisons, il me paraît donc sain de conserver un peu de curiosité pour les mauvais livres.

Il y a pourtant des limites à celle-ci comme à toute chose, et il faut avouer qu’avec L’Anglais, le nouveau roman de Denise Bombardier, nous sommes servis très au-delà de notre appétit. Le Québec ne produit pas que du sirop d’érable, des automnes flamboyants, des orignaux et des chanteuses affligées d’une inflammation pathologique des poumons. C’est une magnifique terre d’écrivains. Réjean Ducharme y vit caché, mais son oeuvre est un sommet aussi imposant que le mont d’Iberville (1 652 mètres). Et nous attendons en tremblant d’impatience et en rongeant nos doigts le prochain livre de Gaétan Soucy (comme il tarde !). Je pourrais citer d’autres noms, je le devrais – lejeune dramaturge Olivier Kemeid, par exemple, dont l’avenir nous reparlera -, ne serait-ce que pour repousser lemoment d’introduire Denise Bombardier, personnalité très en vue de la Belle Province, malheureusement moins discrète et plus prolifique que les auteurs de L’Avalée des avalés (Gallimard, 1966) et de La Petite Fille qui aimait trop les allumettes (Boréal, 1999). C’est une loi bien désolante : ceux que l’on aimerait voir triompher préfèrent raser les murs où les fâcheux épanouis s’affichent complaisamment.

L’Anglais nous est vendu comme un roman, mais ne nous laissons pas berner : c’est du vécu. Du vécu à la petite semaine, du vécu heure par heure, du vécu non cuvé : tout le morceau dans son jus.
[..]
 La littérature, il faut la comprendre, a choisi de ne pas s’en mêler. Par pudeur sans doute, la narratrice ne nous livre que ses initiales : D. B. Le lecteur se perd en conjectures (David Bowie ? Dino Buzzati ? Daniel Barenboïm ?). A en croire la quatrième de couverture, nous allons lire « un véritable conte de fées moderne qui prouve que le grand amour n’a pas d’âge ! » Et, en effet, la vulgarité du slogan rend assez bien compte de la chose.
[…]
On atermoie, on tergiverse, on se retrouve. On progresse ! Les amies de l’auteur sont invitées à évaluer le soupirant « sur une échelle de un à dix » et leurs retours sont élogieux. « Je me sens homme avec toi », déclare Philip, qui se décoince. Les corps enfin se rencontrent dans un « silence habité de draps froissés et de soupirs contenus » puis, plus profondément encore, tels deux calamars lascifs, dans des « abysses de plaisir » . C’est est trop : « Les mots, notre passion commune, nous faisaient défaut. Pour la première fois de ma vie, je vivais l’amour en silence. » Et sans doute eût-il été sage de persévérer dans ce non-dit et de laisser s’épanouir cet amour dans le secret des coeurs : il y avait là certainement un beau livre à ne pas écrire.

Références :

La critique complète de François Hébert est ici.
Celle de Pierre Foglia est par 
Celle de Réginald Martel est par ici.
Éric Chevillard, Le feuilleton : dans le précipice, Le Monde, 17 mai 2012, mis à jour le 18 mai 2012.

Denise Bombardier, Une enfance à l’eau bénite, Points, Seuil, 1990, c1985, 222 p.
Denise Bombardier, L’anglais (édition numérique), Laffont, 2012, 186 p.

Source :

Pour avoir accès à l’ensemble de la collection du Devoir et de La Presse, voir Revues et journaux québécois numérisés par BAnQ.

Besoin d’aide? C’est là.

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L’art de l’insulte chez Marie-Hélène Voyer

voyer_2018_expo_couv

 

Dans la yeule!

— Au village, tout le monde nous traite de farmeurs.
— Bondance ! Mautadite bonjour d’affaire ! Maudite Sainte-Face de bon yeu de Sorel ! Laisse-les dire. Laisse-les faire. Laisse-les braire ! C’est des fend-le-vent des farauds des vlimeux des bavasseux des caswell des flancs mous des branleux des bretteux des galeux des yeules molles des yeules sûres des chigneux des chiqueux d’guenille des baveux des morveux des senteux des rniffleux des focailleux des sans dessein des nu-bas des queues d’veaux des sottiseux des faces blêmes des faces de carême. Tu leu’ diras que t’es la fille à Belzébuth aux dents claires !
p. 63 sur 176

Je vous en mets un autre pour la route et le sourire :

Tu veux savoir
comment ça marche la vie la mort l’amour
pis toute la patente
mais ils n’en parlent jamais dans La terre de chez nous.
p. 13 sur 176

À lire!

Référence :

Voyer, Marie-Hélène, Expo habitat, Chicoutimi, La Peuplade, 2018, 157 p. (l’édition numérique en PDF comporte 176 p.)

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Température et incipit : temps de chien (30)

Yves Beachemin Charles le téméraire tome 1

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

 

Yves Beauchemin : Charles le téméraire : un temps de chien (pour l’édition numérique à BAnQ), tome 1, Fides, 2004, 684 p.

Un doublé pour Beauchemin, il insère des éléments météorologiques dans le titre et dans l’incipit de son roman.

Après s’être longuement fait prier, Charles montra son crâne visqueux entre les cuisses de sa mère tordue de douleur. Une méchante petite pluie barbouillait de gris les rues de Montréal, où filaient des autobus bondés de passagers mouillés et mal réveillés. p.9

Note: il fait aussi un temps de chien dans l’incipit du récit de Neil Gaiman :  Le dogue noir. Voir ici.

Pauvre bête : l’ami de l’homme.

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François Hébert : iconoclaste (1)

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[Série : François Hébert, 1946-, critique littéraire au journal Le Devoir ]

Le 29 octobre 1983, Le Devoir accueillait dans ses pages le professeur et écrivain François Hébert à titre de chroniqueur littéraire.

Belle période de la critique littéraire. Il ne s’est pas fait d’amis parmi de nombreux écrivains québécois, mais il a égayé mes samedis matins, rendu un peu moins pénibles mes lendemains de veille parfois un peu trop arrosés sur l’avenue du Parc.

Le style «brodequin» l’agaçait un tantinet. J’y reviendrai.

Il faisait la paire, la pluie et le beau temps avec Robert Lévesque, autre plume assassine et «iconoclaste».

Un extrait de sa première chronique ? Il évaluait les qualités d’un roman de Claude Jasmin : Deux Mâts, une galère :

J’ai lu de mauvais livres, mais je crois bien que celui-ci est le
pire : sans structure, sans contenu, sans intérêt. […] Le livre est un torchon, n’insistons pas. 23 octobre 1984

C’était parti, avec fougue. Dur métier, celui de chroniqueur littéraire.

Il avait ses préférés : Jacques Poulin, Gabrielle Roy, Renée Lapierre, Monique Proulx et bien d’autres.  À suivre, dans un autre épisode.

Ses post-scriptum étaient la plupart du temps truculents et sans complexes :

PS
L’ICONOCLASTE.

SELON Jean-Charles Falardeau,  je suis « l’iconoclaste de service » des lettres québécoises.

Ma franchise étonne, désarme. Je suis à la fois brave et cave. C’est que je n’aime pas, aveuglément, les veaux d’or. J’en casse. Je suis Jean Casse, comme il y a eu Jean Narrache.

Hélas, au lieu que le veau tombe de son piédestal, on me hisse sur le mien ! J’en arrache.

À cet égard, mon curriculum vitae est étoffé. Pour la petite histoire, sachez que j’ai déjà été dénoncé comme « pitre » par un secrétaire de l’Union des écrivains québécois; traité de «criticaturiste » par l’autre secrétaire; de « nono » dans un roman; de « plumitif », de « parisien » et de « maurrassien », et de « rat de papier », de « macho » et j’en passe, par Jean-Pierre Faye (de France !); de « misogyne » par le chroniqueur littéraire de La Presse et de « professeur » ( ! ) par un autre chroniqueur; d’« idiot » par un poète et d’auteur qui n’a « rien à dire » par un autre membre du politburo de L’UNEQ (qui, en ce cas, me fait penser au Comité de salut public de Wajda dans son Danton).

Ils vont me rendre célèbre !

26 novembre 1983.

Il ne méprisait pas la littérature québécoise, il aimait la littérature (je le cite de mémoire).

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En prime, sachez que Guy Lafleur a accroché ses patins en 1984. [Il les chaussera de nouveau plus tard avec les Rangers de New-York (1988-1989) et avec Les Nordiques de Québec (1989-1991)]

Sachez aussi que Tintin et Ray Charles ont fait leur entrée dans Le Petit Larousse cette même année. Il était temps.

Que Kafka aurait eu cent ans en 1984 s’il n’était pas mort trop tôt, en 1924, d’une tuberculose.

Sources :

Pour la critique complète du bouquin de Jasmin, c’est ici
Le post-scriptum, c’est par .

Pour avoir accès à l’ensemble de la collection du Devoir, voir Revues et journaux québécois numérisés par BAnQ

Besoin d’aide? C’est. Démerdez-vous.

Crédit photo : Wikipédia.

P.-S. Bouteille à la mer : Véronique Gagnon : te souviens-tu?

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