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Coïncidence quantique? Au cours du mois de mai, j’ai lu trois livres dans lesquels il était question du chat de Schrödinger.
Assistons-nous à la naissance d’un cliché littéraire?
Je dois d’abord préciser que, selon mes informateurs, les autrices et auteurs qui utilisent la métaphore du chat de Schrödinger ignorent souvent de quoi ils parlent. Mes conseillers en physique quantique ont sans doute raison, mais est-ce vraiment le rôle des écrivains de tout savoir sur le boson de Higgs, la théorie des cordes, la mécanique ondulatoire et les moutons de Panurge?
Le roman et la poésie n’ont pas pour vocation d’expliquer ou de clarifier des concepts comme la décohérence en physique quantique. La plupart des écrivains n’y connaissent probablement rien et c’est normal.
Le paradoxe du chat de Schrödinger (mort et vivant) est une image suffisamment forte pour inspirer la littérature, pour métaphoriser l’effroi, le mal-être, la disjonction, les états mentaux juxtaposés contradictoires et j’en passe.
Ma cueillette du mois de mai :
Julie Gillet, Faire feu, 2026. (voir aussi)
je suis terrifiée par l’inachèvement
je laisse le lait chauffer monter déborder
je réponds à moitié aux messages
j’efface avant le point final
je fais semblant d’oublier les rendez-vous
parfois je m’assois dans les escaliers
je deviens ce moment suspendu
où rien n’a encore basculé
des ouragans frappent mes fenêtres
je suis le chat de Schrödinger
à la fois morte et vivante
ॐॐॐ
Avec le chat, mais sans Schrödinger :
Asma Mhalla, Cyberpunk, 2025
Les années 20 du XXIe siècle torpillent notre rapport au temps, le démultiplient aussi, de même que dans la réalité de la physique quantique, le chat que je ne vois pas est à la fois mort et vivant. Comment en sommes-nous arrivés là?
ॐॐॐ
Avec Schrödinger, mais sans le chat :
Siri Hustvedt, Ghost stories, 2026
Des physiciens qui se sont accoutumés aux dimensions « fantasmagoriques » de la mécanique quantique sont aussi déconcertés par le problème de la conscience. Dans un entretien accordé à l’Observer, paru le 11 janvier 1931, Erwin Schrödinger déclarait : « La conscience ne peut être décrite en termes physiques. » Dans un entretien vidéo que j’ai découvert sur le blog The Curious Wavefunction, le physicien Edward Witten disait ne pas croire que le problème de la conscience pourrait être résolu par la physique.
Aucune discipline n’a pu le résoudre.
Entre 2016 et 2026, j’ai lu 16 livres de ma bibliothèque numérique où figure l’expression «chat de Schrödinger». Rien ne justifie, pour l’instant, d’en faire un cliché insupportable.
À suivre.
En attendant, on peut rire de ce chaton avec Nicolas Guay dans L’insoutenable gravité de l’être (ou ne pas être), 2015.
Il raconta sa fameuse blague mêlant chat de Schrödinger et théorie des cordes. Toute la tablée s’esclaffa avec lui, à tout hasard.
et
Au troisième « Dessine-moi un mouton », j’ai crayonné une boîte en lui expliquant l’expérience de Schrödinger. Il s’est enfui en pleurant.
« Dessine-moi un bouton », répéta-t-il. J’ai fait une boîte avec des trous. « Dans la boîte, il y a un bouton. Vas te moucher, maintenant. »










