Les mouches dans «La cantatrice chauve» d’Eugène Ionesco [160 ]

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La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne […] Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

Les cacaoyers des cacaoyères donnent pas des cacahuètes, donnent du cacao ! Les cacaoyers des cacaoyères donnent pas des cacahuètes, donnent du cacao ! Les cacaoyers des cacaoyères donnent pas des cacahuètes, donnent du cacao.

Mme. SMITH

Les souris ont des sourcils, les sourcils n’ont pas de souris.

Mme. MARTIN

Touche pas ma babouche !

M. MARTIN

Bouge pas la babouche !

M. SMITH

Touche la mouche, mouche pas la touche.

Mme. MARTIN

La mouche bouge.

Mme. SMITH

Mouche ta bouche.

M. MARTIN

Mouche le chasse-mouche, mouche le chasse-mouche.

M. SMITH

Escarmoucheur escarmouche !

Mme. MARTIN

Scaramouche !

Mme. SMITH

Sainte-Nitouche !

M. MARTIN

T’en as une couche !

M. SMITH

Tu m’embouches.

Mme. MARTIN

Sainte Nitouche touche ma cartouche.

[…]

Tous ensembles, au comble de la fureur, hurlent les uns aux oreilles des autres. La lumière s’est éteinte. Dans l’obscurité on entend sur un rythme de plus en plus rapide :

TOUS ENSEMBLE

C’est pas par là, c’est par ici, c’est pas par là, c’est par ici, c’est pas par là, c’est par ici, c’est pas par là, c’est par ici, c’est pas par là, c’est par ici, c’est pas par là, c’est par ici  !

Les paroles cessent brusquement. De nouveau, lumière. M. et Mme MARTIN sont assis comme les SMITH au début de la pièce. La pièce recommence avec les MARTIN, qui disent exactement les répliques des SMITH dans la première scène, tandis que le rideau se ferme doucement. p. 54-56

***

Un sympathisant du Front de libération des chaises (FLC) a lu, dans le même volume, Les chaises. Il médite depuis sur cette réplique prophétique du personnage Le Vieux:

Pour empêcher l’exploitation de  l’homme par l’homme, il nous faut de l’argent, de l’argent, encore de l’argent. p. 164

***

Eugène Ionesco, Théâtre 1, «La cantatrice chauve : Anti-pièce», préface de Jacques Lemarchand, Gallimard, 1954, p. 18 à 56.

Eugène Ionesco, Théâtre 1, »Les chaises : Farce tragique», préface de Jacques Lemarchand, Gallimard, 1954, p. 18 à 180.

 

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Une pauvre mouche dans «Les grues volent vers le sud» [59]

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La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne […] Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

Je ferme la trappe de la cheminée et laisse mon regard balayer la pièce, tout en m’étirant le dos. Les murs en rondins sont assombris par la suie, et la lumière de septembre qui cherche à entrer par les deux petites fenêtres paraît comme filtrée. Une mouche se cogne obstinément contre une des vitres. Je roule un vieux journal et je vise. Elle tombe au premier coup. J’ouvre la fenêtre et je la jette dehors.

Les oiseaux tombent aussi du ciel dans ce roman de Liza Ridzén, Elle est en bonne compagnie avec Jean-Paul Dubois, Jocelyne Saucier, René Lapierre, Maurices Pons, Richard Desjardins, David Foster Wallace, William Shakespeare, Simon Brousseau et Richard Powers. (voir ici)

Je dors mieux sur la banquette de la cuisine. Mais plus personne ne prête attention à mes paroles rauques. Comme des oiseaux morts tombés du ciel, elles se fracassent à un endroit où personne ne va jamais.

Lisa Ridzén, Les grues volent vers le sud, La Peuplade, 2026, 432 p. [édition numérique]

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Le chat de Schrödinger et Jorge Luis Borges [5]

Borges et Cervantes

En réalité, c’est et ce n’est pas le même livre. (Irene Vallejo)

Il n’y a pas l’ombre d’un chat dans la nouvelle de Jorge Luis Borges, Pierre Ménard, auteur du Quichotte (1939).

Pierre Ménard entreprend de reproduire mot à mot le Don Quichotte de Cervantès.

Il ne voulait pas composer un autre Quichotte – ce qui est facile – mais le Quichotte. Inutile d’ajouter qu’il n’envisagea jamais une transcription mécanique de l’original ; il ne se proposait pas de le copier. Son admirable ambition était de reproduire quelques pages qui coïncideraient – mot à mot et ligne à ligne — avec celles de Miguel de Cervantès.

Les textes sont identiques, mais celui de Ménard est plus riche :

Le texte de Cervantès et celui de Ménard sont verbalement identiques, mais le second est presque infiniment plus riche. (Plus ambigu, diront ses détracteurs ; mais l’ambiguïté est une richesse.)

Comparer le Don Quichotte de Ménard à celui de Cervantès est une révélation. Celui-ci, par exemple, écrivit (Don Quichotte, première partie, chapitre IX) :

«… la vérité, dont la mère est l’histoire, émule du temps, dépôt des actions, témoin du passé, exemple et connaissance du présent, avertissement de l’avenir.»

Rédigée au XVIIe siècle, rédigée par le « génie ignorant » Cervantès, cette énumération est un pur éloge rhétorique de l’histoire. Ménard écrit en revanche :

«… la vérité, dont la mère est l’histoire, émule du temps, dépôt des actions, témoin du passé, exemple et connaissance du présent, avertissement de l’avenir.»

Il y a transposition d’états comme dans l’expérience de Schrödinger. Un texte n’a pas de valeur fixe. C’est le lecteur (ou l’observateur de la boîte) qui crée le sens.

***

Fascinant, ce Borges. Il anticipe les travaux de L’École de Constance en plaçant le lecteur au centre de la réception des textes.

Borges s’intéressait à la physique quantique, mais je ne saurais dire s’il connaissait l’expérience de Schrödinger.

On peut se procurer Borges y la física cuántica, d’Alberto Rojo pour la modique somme de 24 700 dollars.

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Le chat de Schrödinger et les anagrammes renversantes [4]

anagrammes renversantes

Présence discrète du minet de Schrödinger.

L’anagramme à la fin du texte comme superposition quantique du titre?

Un texte exhilarant.

Collisionneur d’électrons

Le vide des physiciens, loin d’être tout à fait vide, constitue une espèce de marigot quantique dans lequel pataugent toutes sortes de particules dépourvues de vitalité. Ces particules sont si avachies qu’on les qualifie de « virtuelles ». On les étudie à l’aide de collisionneurs d’électrons capables de leur fournir l’énergie qui leur manquait pour entrer de plain-pied dans l’existence. Longs de plusieurs kilomètres, ces appareils sophistiqués ont permis de faire des découvertes de taille dans le monde de l’infiniment petit. Il a été établi que les parties tête n’y sont pas aussi développées que les parties cul, que les champs quantiques ne sont pas cultivés et que l’ignorance est carrément encyclopédique dans la jungle des objets élémentaires : les quarks méprisent la littérature, les photons militent pour l’obscurantisme, les électrons font à tout bout de champ des fautes de syntaxe, les neutrinos ignorent la règle de trois, le boson de Higgs, le chat de Schrödinger, les moutons de Panurge et même

les crocodiles n’ont rien lu.

Étienne Klein et Jacques Perry-Salkow, Anagrammes renversantes ou Le sens caché du monde.

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La découpe du porc [2]

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«Un roman féministe explosif et jubilatoire où chaque page se dévore jusqu’au rebondissement final !» Quatrième de couverture sur Babelio.

La découpe et le désossement d’un porc  :

Achever la bête [un abuseur sexuel] pour alléger sa souffrance, même si bien méritée. Une bassine pour récupérer le sang. Casser la viande, s’atteler au désossage, retirer la tête, les viscères, vite émousser. Plateaux, seaux, tables de découpe en inox, contenants en plastique. Scies à os, haches de boucher, couteaux à désosser, couteaux à saigner, couteaux à trancher, couteaux à éplucher, fusil à aiguiser. Laisser la partie arrière suspendue au crochet de la salle à carcasses, amener la partie avant dans la salle de découpe. Anne encadrait de près Michèle. La scie dans une main, et avec l’autre, saisir l’épaule puis remonter jusqu’à cinq ou six côtes. Couper droit le long de l’os pour dégager le filet de la jambe et de la cuisse. Sur le plan de travail, suivre l’articulation de l’épaule, en passant avec un couteau flexible autour de l’omoplate et en tenant l’os avec la main.

[…]

Une fois l’épaule entièrement découpée, la désosser. Dégager la chair autour de la tête, puis avec un couteau désosseur faire levier en tenant la palette en dessous du jarret pour déboîter l’os et le casser. Redécouper en plusieurs morceaux, parer et éplucher. Stacey et Michèle étaient impressionnées par l’aisance et la grande maîtrise d’Anne

[…]

La colonne vertébrale et les intestins, faut les mettre aux MRS, précisait Anne. Stacey, peux-tu expliquer à Michèle ce que sont les MRS, leçon numéro 4 de notre CAP ?
– MRS, matériels à risque spécifiés, on doit jeter ces abats qui présentent un risque pour la santé dans un conteneur, sous peine d’infraction, mon capitaine ! récita Stacey, qui commençait à retrouver le sourire.

Un zeugme pour la détente ?

Elles se rhabillèrent, il commençait à faire froid. Stacey proposa à Anne de dîner au Bad Rock Café, une brasserie qu’elle connaissait bien, en noir et rouge, avec sa terrasse vue sur mer. Des habitués du coin, plutôt des jeunes, quelques touristes avec le guide sur la table, plutôt des vieux. Stacey claqua la bise à l’un des serveurs qui lui donna une bonne tape sur les fesses ainsi qu’une table sur la terrasse, leur apportant aussitôt deux pintes de bière.

On peut lire dans le billet précédent : «Il n’y avait pas de moment plus intime que celui de la découpe.»

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N.B. Cet billet a rejoint la catégorie « élagage ».

Lecture recommandée par Philippe Didion dans Notules dominicales du 5 juillet 2026.

Sophie Demange, Les bouchères, L’iconoclaste, 2025, 300 pages. [édition numérique]

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La découpe du porc [1]

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«Un roman féministe explosif et jubilatoire où chaque page se dévore jusqu’au rebondissement final !» Quatrième de couverture sur Babelio.

Sophie Demange a remporté le Prix René-Fallet 2026.

À Rouen, trois femmes relèvent un défi : ouvrir leur propre boucherie.

Admirez leur maîtrise de la découpe du porc, essentielle pour réaliser fromage de tête, saucissons, saucisses, pâtés et boudins. Pensées intimes.

Les filles étaient sur le porc. Six heures du matin, le jour se levait à peine, un cochon tout juste livré de 110 kilogrammes, une belle bête.
Anne s’occupait de scier la tête puis de la désosser, pendant que Stacey s’attelait à la découpe primaire, séparer le jambon, la poitrine et l’épaule. Après avoir retiré les oreilles pour un futur fromage de tête et ôté la cervelle pour la préparer en beignet, Anne s’attachait maintenant à contourner la cavité de l’œil avec des passages au couteau assez durs pour dégager ensuite la mâchoire et détacher les deux joues de l’animal. Feuille de boucher, couteau à trancher, couteau à désosser, Stacey passait d’un couteau à l’autre avec une impressionnante dextérité ; il s’agissait de faire attention à bien rester dans le gras pour ne pas abîmer la viande. Elles s’étaient ensuite réparti les morceaux. Elles avaient disposé devant elles les bacs à tri, le premier pour la viande bien rouge, pour faire le saucisson ; dans le deuxième bac, la viande fibreuse, pour les saucisses ; dans le troisième, les abats et toutes les viandes sanglantes pour les pâtés ; dans le quatrième, le gras mou, tiré de l’intérieur de la carcasse ; dans le cinquième, la couenne, la peau du cochon, pour les boudins. Dans le bruit des couteaux qui s’aiguisaient, Anne et Stacey laissaient leurs pensées divaguer. Il n’y avait pas de moment plus intime que celui de la découpe.

À suivre.

P.-S. René Fallet était un véritable écrivain.

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Lecture recommandée par Philippe Didion : Notules dominicales du 5 juillet 2026.

Sophie Demange, Les bouchères, L’iconoclaste, 2025, 300 pages. [édition numérique]

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Lectures estivales recommandées

Diseño sin título - 1Deux livres.

Résumons :

Deux oeuvres importantes qui questionnent la mémoire, les souvenirs fabriqués, les souvenirs embellis, l’oubli, l’amour, la littérature, le temps qui passe, la sénescence, le crépuscule des écrivains et la mort.

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Julian Barnes, Départ(s).

Siri Husdvedt, Ghost stories.

 

 

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Le chat de Schrödinger et d’Irene Vallejo [3]

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Un doublé.

Primo.  Où il est question du chat de Schrödinger sans le nommer. L’art d’esquiver le poncif.

La traduction française suit.

El acto de traducir, que todos damos por supuesto, alberga aspectos misteriosos. En La invención de la soledad, Paul Auster reflexiona sobre esta experiencia casi mágica, este juego de espejos. Sus entresijos le intrigan porque, durante muchos años, el escritor se ha ganado la vida traduciendo los libros de otros escritores. Se ha sentado en su escritorio, ha leído un libro en francés y, a continuación, con esfuerzo, ha escrito el mismo libro en inglés. En realidad, es y no es el mismo libro, y por eso la tarea nunca ha dejado de asombrarle. Hay una fracción de segundo en la que toda traducción roza el vértigo, el inquietante encuentro cara a cara con el propio doble, el desconcierto cuántico de la superposición de estados. Auster se sienta ante su mesa para traducir el libro de otra persona y aunque solo haya una presencia en la habitación, en realidad hay dos. Auster se imagina a sí mismo como una especie de fantasma vivo de otra persona —muchas veces muerta—, que está y no está, y cuyo libro es y no es el que traduce en ese mismo instante. Entonces se dice a sí mismo que es posible estar solo y no estarlo en el mismo momento.

Irene Vallejo, El infinito en un junco : La invencion de los libros en el mundo antiguo.

Deuxio. La traduction française?  En réalité, c’est et ce n’est pas le même livre […].

L’acte de traduire, que nous tenons pour acquis, recèle des aspects mystérieux. Dans L’Invention de la solitude, Paul Auster réfléchit à cette expérience presque magique, ce jeu de miroirs. Ses subtilités l’intriguent car, pendant des années, l’écrivain a gagné sa vie en traduisant les livres d’autres auteurs. Il s’est assis à son bureau, a lu un livre en français puis, avec des efforts, a écrit le même livre en anglais. En réalité, c’est et ce n’est pas le même livre, et pour cette raison la tâche n’a pas cessé de l’étonner. Il y a toujours une fraction de seconde où toute traduction confine au vertige, la rencontre inquiétante, face à face, avec son propre double, la stupeur quantique de la superposition d’états. Auster s’assoit à son bureau pour traduire le livre de quelqu’un d’autre et, bien qu’il y ait seulement une présence dans la pièce, en réalité il y en a deux. Auster s’imagine lui-même comme une sorte de fantôme vivant d’une personne – souvent morte – qui est et n’est pas là, dont le livre est et n’est pas celui qu’il traduit à cet instant. Alors il se dit à lui-même qu’il est possible au même moment d’être seul et de ne pas l’être.»

Irene Vallejo, L’infini dans un roseau : l’invention des livres dans l’Antiquité.

 

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Le chat de Shrödinger et de Jean-Philippe Toussaint [2]

Monsieur-Toussaint

 

Certains pensent [ici] que les écrivaines et écrivains, s’ils ignorent tout du paradoxe du chat de Schrödinger, n’hésitent pas à le métaphoriser avec audace.

Dans son roman Monsieur, Jean-Philippe Toussaint en offre une assez fine compréhension, sans le métaphoriser.

Manquait juste un approfondissement de la notion de décohérence.

Dans la voiture, tandis qu’ils remontaient vers Vence sur les routes mouillées, Monsieur, maussade, fouillant la boîte à gants devant lui à la recherche de quelque cigare, raconta à Louis l’expérience de Schrödinger, une expérience idéalisée, où l’on plaçait un chat dans une pièce fermée avec une fiole de cyanure et un atome potentiellement radioactif dans un détecteur, de façon que, si l’atome subissait une désintégration radioactive, le détecteur actionnerait un mécanisme qui briserait la fiole et tuerait le chat (les gens, tout de même). Mais ce n’était pas tout. Non. L’atome en question, ayant en fait une probabilité de cinquante chances sur cent de subir cette désintégration radioactive dans l’heure, la question était celle-ci : soixante minutes plus tard, le chat était-il mort ou vivant ? Il fallait bien qu’il fût l’un ou l’autre, non ? Regarde la route, quand même, dit Monsieur. Or, d’après l’interprétation de Copenhague, poursuivit-il, une fois l’heure passée, le chat était dans les limbes, avec cinquante chances sur cent d’être vivant et autant d’être mort. On pouvait toujours jeter un petit coup d’œil pour se rendre compte, tu me diras, le coup d’œil ne risquant pas de le tuer, ni de lui rendre la vie s’il était mort. Cependant, toujours selon l’interprétation de Copenhague, le simple fait de le regarder altérait de façon radicale la description mathématique de son état, le faisant passer de l’état de limbes à un nouvel état, où il était soit positivement en vie, soit positivement mort, c’était selon.

Tout était selon.

Ce roman m’avait plu. Voir ici.

Jean-Philippe Toussaint, Monsieur, Paris, Éditions de Minuit, 1986, 120 p, (édition numérique).

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La chaise de Jonas Dorléon

Orélien

Est-ce possible que ce personnage de roman ait été influencé par la sagesse de Martin St-Louis, entraîneur du club de hockey les Canadiens de Montréal?

Je suis Jonas Dorléon et je suis vivant. Pour l’instant. C’est déjà beaucoup. Je suis Jonas Dorléon et j’ai fui un pays où je n’avais plus de place pour arriver dans un pays où personne ne m’attendait. Pour moi, une chaise s’est libérée. Elle était bancale, oui. Un peu poussiéreuse, mais je m’y suis assis. Et maintenant, j’essaie de ne pas la perdre.

Dans un billet précédent, j’avais rapporté les propos de St-Louis sur l’importance d’aller chercher la bonne chaise pour s’y asseoir :

 Je pense que les gars sont plus proches de la chaise qui nous aident à continuer d’avancer, tout en sachant que certains joueurs sont capables de jouer dans une autre chaise. C’est de ne pas nécessairement d’adorer la chaise que tu es dedans, mais de t’asseoir dedans, tout en essayant d’essayer d’aller chercher la chaise que tu aimes plus.

Il a aussi été question de ce roman ici.

Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir, Éditions du Boréal, 2026, 270 p.

 

 

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