Le bâtiment semble être une banque américaine, car on aperçoit un mât avec un drapeau en arrière-plan. Les personnes sur la photo sont vêtues de tenues formelles, certaines portant des chapeaux et d’autres des tabliers robes. Le bâtiment est en bois et possède un toit en pente. Le ciel est nuageux et on aperçoit des montagnes au loin. Le sol est aride et l’ambiance générale de l’image est sombre.
Isabel II, niña. Peint par Vicente López Portaña. Musée du romantisme, Madrid. Tableau vu le 27 février 2026.
Ce portrait d’Isabel II a été réalisé alors qu’elle n’avait que douze ans. En le découvrant, j’ai songé à la thèse développée par Philippe Ariès dans L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime (1960). Selon lui, l’enfance, en tant que catégorie sociale, n’a pas toujours existé. Sa conception moderne émerge surtout à partir des XVIIe et XVIIIe siècles. Une idée qui, bien que saluée pour son originalité, a été nuancée par des historiens comme Georges Duby. Ce dernier, tout en reconnaissant la pertinence des travaux d’Ariès, souligne qu’il ne faut pas confondre représentation iconographique de l’enfance et réalité sociale.
Le portrait d’Isabel II s’inscrit dans un contexte différent. Devenue reine à seulement trois ans, elle incarne ici une souveraineté qui transcende son jeune âge. Comment ? En étant représentée comme une adulte : poitrine généreuse, taille fine, mains matures et visage bouffi. La souveraine ne peut pas être rachitique. L’idéal de l’époque : la rondeur associée à la santé et à la fécondité dynastique.
Sans tomber dans l’anachronisme, on constate ici que le symbolique prime sur l’esthétique : le corps, quasi difforme, est avant tout un corps souverain.
Isabel II a par ailleurs laissé un héritage culturel notable : Fundación Canal de Isabel II. Pour les curieux, cette galerie propose en ce moment une exposition sur l’art urbain, de ses origines à Banksy.
Et pour prolonger la réflexion sur la monarchie et l’art, pourquoi ne pas explorer une esthétique plus critique ? :
Banksy, Queen Victoria, 2003. Tableau vu le 23 février 2026.
Le mois de juin venait à peine de commencer, le temps était exceptionnellement doux et l’air embaumait le lilas. L’ambiance était idéale pour planifier un mariage. Mes parents, notre voisine madame Nadeau et moi avions proposé à mon oncle et à sa fiancée de leur donner un coup de main pour organiser l’événement. Les futurs mariés avaient accepté avec joie.
La première réunion du petit comité d’organisation a eu lieu autour d’un repas dans la cour de madame Nadeau. Depuis que nous nous étions liés avec la voisine du dessous, mon père avait installé un barbecue et une table de pique-nique dans son jardin et nous mangions là dès que la température le permettait. p. 11
Un livre reçu en cadeau à l’occasion de mes épousailles avec Dulcinée. Sans doute une façon de me souhaiter le meilleur.
L’œil attentif aura relevé, sur l’illustration de la page couverture, la présence de chaises dans le jardin laissées à l’abandon et de certaines qui ont été renversées.
« Je pense que les gars sont plus proches de la chaise qui nous aident à continuer d’avancer, tout en sachant que certains joueurs sont capables de jouer dans une autre chaise. C’est de ne pas nécessairement d’adorer la chaise que tu es dedans, mais de t’asseoir dedans, tout en essayant d’essayer d’aller chercher la chaise que tu aimes plus. »
Notre périple culturel à Londres a été sponsorisé par la cellule londonienne du FLC. Il s’est déroulé sous l’œil attentif d’un chaperon de la dite cellule, qui nous a accompagnés tout au long de notre itinéraire.
Sculpture de Dave Chihuly à l’entrée du Victoria and Albert Museum de Londres.
Le Victoria and Albert Museum de Londres est éléphantesque. On y trouve 145 galeries. Il y en a pour tous les goûts : mode, céramique, meubles, sculptures, arts graphiques, photographies, bijoux, vitraux, arts d’Asie et j’en passe.
Dulcinée aime la céramique et les azulejos. Forte de ces inclinations, elle nous a imposé la visite d’une salle réunissant, selon Wikipédia, quelque 80 000 artéfacts. Nous l’avons traversée en coup de vent. Entassés dans d’interminables vitrines-bibliothèques, les objets semblaient s’être donné le mot pour nous intimer de fuir.
Notre chaperon nous a par la suite invité·e·s à visiter la salle «Furniture» afin de jeter un regard socio-historique sur les nombreuses chaises qui y sont exposées.
De beaux artéfacts :
Chaise sgabello, typique de la Renaissance italienne.
Chaise conçue par Marcel Breuer pour Isokon.
Fauteuil de bureau conçu par l’architecte américain Frank Lloyd Wright vers 1904.
Modèle « Sitzmaschine » (machine à s’asseoir) conçu par Josef Hoffmann vers 1905.
Iconique S-Chair, une chaise sculpturale conçue par le designer britannique Tom Dixon, vers 1987-1988.
La célèbre chaise de bistrot no. 14 de Thonet, conçue en 1859. Modèle standard des cafés viennois.
Au terme de la visite, notre chaperon, d’ordinaire réservé et flegmatique, est monté sur une table à tréteaux de l’époque des Tudors et s’est livré, devant un public médusé, à une harangue sur la libération des chaises.
Retranscription :
Camarades,
De beaux artéfacts ?
Nous dénonçons l’aliénation systémique des chaises, leur réification et leur chosification.
La chaise est sommée de porter sans jamais signifier, d’obéir sans jamais interpréter.
Elle est l’objet par excellence d’un monde qui confond usage et essence.
Cette violence symbolique est masquée par l’ergonomie et l’esthétique bourgeoise.
On empile les chaises comme on empile les travailleurs, on les plie comme on plie les consciences.
Il est temps de déconstruire la chaise, au sens derridien : fissurer les évidences, faire trembler la hiérarchie assis/debout.
Le FLC l’affirme : libérer les chaises, c’est commencer à se lever soi-même.
Continuons le combat!
J’ai tenté de dérider l’ambiance en lançant un généreux : « Chaises de tous les pays, unissez-vous ! »
Dulcinée a eu le temps d’immortaliser la scène avec mon ibigoPhone, modèle 13 ®, avant que nous ne soyons sans ménagement expulsé·e·s du musée.
***
En janvier dernier, j’ai eu le plaisir d’apprécier un nombre important de chaises dans la salle des arts décoratifs du Musée des Beaux-arts de Montréal. Voir ici. Coïncidence : une sculpture de Dave Chihuly s’y trouvait aussi.
Dans Le Devoir du 18 octobre 2025 : MBAM/Chihuly Studio/Artists Rights Society, New York/CARCC Ottawa 2025 «Le soleil» (2003), de Dale Chihuly.
Notre périple culturel à Londres a été sponsorisé par la cellule londonienne du FLC. Il s’est déroulé sous l’œil attentif d’un chaperon de la dite cellule, qui nous a accompagnés tout au long de notre itinéraire… muséal.
La Galerie Courtauld occupe Somerset House depuis 1989.
Je l’avais visitée il y a de nombreuses lunes chinoises lorsqu’elle créchait encore dans le quartier chic de Marylebone, à Home House.
L’endroit demeure relativement paisible. On y contemple, entre autres, les classiques de l’impressionnisme, ces images surconsommées que l’on a déjà croisées ailleurs, plastifiées dans des pubs de casinos, de piscines à vagues, de cliniques de chirurgie esthétique ou d’agences de voyages.
Ici, au moins, l’œuvre n’est pas encore réduite à un fond d’écran ou à du marketing-mix. L’original tient debout, et, comme le disait feu Jean Baudrillard, il est toujours plus vrai que le vrai.
J’en glisse quelques-unes ci-dessous. Les légendes sont superflues : l’histoire et le marchandisage de séduction ont déjà fait tout le travail.
***
J’ai des souvenirs dont je n’arrive pas à me souvenir, comme s’ils existaient sans image. En voyant Les joueurs de cartes de Cézanne, l’un d’eux est revenu : c’était la première toile que j’avais vue lors de ma visite à l’ancien Courtauld. J’ai été soufflé.
Cette image, pourtant, différait de celle que j’avais vue auparavant. Était-ce la présence des chaises et des cartes à jouer, me ramenant à l’œuvre de Jean Echenoz, qui déclenchait cette surcharge icono-sémantique ?
J’aurais aimé en discuter avec notre chaperon, mais il était resté à l’extérieur, occupé à juger de la pertinence de corder une série de chaises multicolores devant Somerset House.
Quand nous sommes sorti·e·s, il avait déjà mis les bouts, sans doute pour le Victoria and Albert Museum, pour inspecter la section des meubles.
Notre périple culturel à Londres a été sponsorisé par la cellule londonienne du FLC. Il s’est déroulé sous l’œil attentif d’un chaperon de la dite cellule, qui nous a accompagnés tout au long de notre itinéraire… muséal.
Le MOCO
Le 14 février, Journée internationale de Valentin, de l’amour, des cœurs brisés et de la découvrabilité sexuelle algorithmique, nous avons franchi les portes de l’exceptionnel MOCO Museum London. Un musée d’art contemporain tout neuf, ouvert en août 2024. On y parcourt sans essoufflement une centaine d’œuvres : un musée à taille humaine, compatible avec nos genoux, notre attention et nos fins d’après-midi.
Rien à voir avec ces mastodontes culturels qui occupent Londres, mégalopole multiculturelle et muséale : le Victoria and Albert Museum, la Tate Britain, la Tate Modern, la National Gallery et le British Museum où l’on entre plein d’enthousiasme et dont on ressort plus riche, certes, mais légèrement saoulé, un plan froissé à la main et le sentiment d’avoir raté l’essentiel.
Hasard heureux ou simple coïncidence du calendrier, le MOCO présentait ce jour-là des œuvres liées à l’amour. Plusieurs tableaux de créateurs célèbres étaient exposés comme si on avait voulu célébrer l’événement. Échantillon :
Banksy
Girls with balloon.
Damien Hearts
Heart. [Ce cœur papillonne. Ce ne sont pas des mouches]
Tracy Emin
Sans titre.
Hayden Kays
Sending you a lot of love.
Notre chaperon a boudéavec froideur les fauteuils, pourtant douillets et singuliers, exposés dans ce musée.
Kaws
Une chaise composée de jouets en peluche, d’acier inoxydable et de bois Cumaru.
Andres Reisenger et Julie Esque
Hortensia de la marque Mool. Chaise formée de 30 000 pétales en acier inoxydable.
Notre chaperon a tout de même esquissé un sourire à la vue d’une image dans laquelle se rencontrent Snoopy, un canapé, des roses, des livres et de nombreux cœurs.
Valentin Pink
Nous nous sommes finalement engouffré·e·s dans un troquet pour débreffer et siffler une bonne bière. La classe : une Fuller’s London Pride. Au moment de payer, j’ai vu un bouquet de roses près de la caisse. J’en ai pris une, avec l’accord de la serveuse, et je l’ai tendue à Dulcinée. Voyant ma galanterie, la caissière a fondu en larmes et fuit vers les cuisines.
Pour nous remettre de la fiesta endiablée qui a suivi nos épousailles, Dulcinée et moi avons décidé d’aller nous épivarder quatre jours durant dans les musées londoniens : le Courtauld, le Victoria and Albert Museum, la Tate Britain, la Tate Modern, la National Gallery, le British Museum et le MOCO.
Ce périple culturel, généreusement sponsorisé par la cellule londonienne du FLC, s’est déroulé sous l’œil attentif d’un chaperon de la dite cellule, qui nous a accompagnés tout au long de notre itinéraire… muséal. Épuisante et riche bourlingue. Vie de patachon.
En déambulant dans l’immensité de la National Gallery de Londres, j’ai été frappé par une toile où une mouche, presque vivante, se pose sur la coiffe blanche d’une femme. Ce trompe-l’œil saisissant devient aussi l’allégorie de la décomposition : l’insecte, symbole de la fugacité, dialogue avec la pureté du tissu, comme pour rappeler l’inéluctable passage du temps.
Portrait of a women of the Hofer family, aux environs de 1470. Auteur inconnu.
Notre chaperon, dont la connaissance des mouches en peinture est peu fine, s’est empressé d’attirer notre attention sur un chef-d’œuvre de Lucas Cranach l’Ancien : Cupidon se plaignant à Vénus (1526-1527).
Ce ne sont pourtant pas des mouches qui tourmentent le pauvre Cupidon dans cette toile, mais bien des abeilles, des hyménoptères bien plus piquants que les diptères. Meilleure chance la prochaine fois.
***
Je constitue ici une collection : celle des tableaux, éparpillés dans les archives de mon blogue, où la mouche a laissé son empreinte.
Il s’agit de ne pas trop se hâter pour tirer des conclusions sur le rôle symbolique de la mouche dans la peinture.
La mouche est plus souvent qu’autrement associée à la décomposition et à la mort, dans cette toile elle accompagne une résurrection :
Gabriel von Max, La Résurrection de la fille de Jaïre, aperçue au Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de l’exposition consacrée à la galeriste Berthe Weill.
La mouche dans cette toile de Pierre Gilou joue un rôle humoristique, ironique, quasi subversif.
Mona Lisa impudique de Pierre Gilou. Une exposition sur l’art du trompe-l’œil vue à Madrid au musée Thyssen-Bornemisza, le 1er avril 2022.
Rien n’est simple. Si on se tourne vers les travaux de Damien Hirst. Son Thousand Years (1990), nous présente la vie et la mort de mouches en direct. Il développe une esthétique de la décomposition qui tranche radicalement avec la pureté émanant de la toile de Gabriel von Max.