Température et incipit : «Un an» de Jean Echenoz [97]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Victoire, s’éveillant un matin de février sans rien se rappeler de la soirée puis découvrant Félix mort près d’elle dans leur lit, fit sa valise avant de passer à la banque et de prendre un taxi vers la gare Montparnasse.
Il faisait froid, l’air était pur, toutes les souillures blotties dans les encoignures, assez froid pour élargir les carrefours et paralyser les statues, le taxi déposa Victoire au bout de la rue de l’Arrivée.

Voir aussi un billet dans lequel il est démontré que Jean Echenoz est un véritable écrivain. C’est par là. Là-bas.

Bon dimanche!

Jean Echenoz, Un an, Éditions de Minuit, 1997. Édition numérique.

 

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Les mouches (et l’odeur des chiens) dans la littérature : «Un an» de Jean Echenoz [18]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

De retour de Madrid dans un Boeing 737 bringuebalant. Que faire pour chasser les craintes? Lire, bien sûr. Relire un véritable écrivain : Echenoz. J’ai ses œuvres complètes dans ma liseuse en cas d’urgence ou d’ennui.  Je choisis Un an. J’y trouve des mouches qui ne m’avaient pas piqué lors de la précédente lecture de ce roman.

Son itinéraire ne présenterait ainsi guère de cohérence, s’apparentant plutôt au trajet brisé d’une mouche enclose dans une chambre.

Mal éclairé mais déjà surchauffé, ce débit : le radiateur à gaz installé près du bar était poussé à fond, des toiles cirées rayées couvraient les tables, des rideaux raides pendaient aux fenêtres, une incomplète collection de bouteilles patientait derrière le bar au-dessus de six cartes postales jamais postées bien loin, punaisées puis conchiées par les mouches derrière un petit rang de trophées.

Je me rappelais cependant que ce véritable écrivain s’était vraiment surpassé avec ses variations autour de l’odeur, présente ou pas, du chien dans les voitures dans lesquelles montent Victoire lors de sa fugue sur le pouce. Je les remets.

Il y eut un prêtre au volant d’une R5 sans options, sans radio ni rien, réduite à sa fonction locomotrice : les sièges étaient raides et flottait une puissante odeur de chien bien qu’il n’y eût pas de chien.

Régnaient de suffocantes odeurs d’essence et de chien, mais cette fois avec un chien, calmement installé près de Victoire et qui lui adressait des regards polis et navrés comme pour se désolidariser, solliciter son indulgence rapport à la mauvaise tenue de ses maîtres.

Dans la 605 flottait une odeur de grésil et de cendre mais pas de chien bien qu’il y en eût un, couché sur un plaid à l’arrière.

Je note que David Turgeon avait eu une délicate pensée pour la race canine qui pue dans son roman L’inexistence :

le pelage lourd et puant d’un vieux chien mouillé qui traîne et qui claudique sur le terreau puant et poisseux d’une forêt interminablement étouffée par la brume froide et visqueuse…

Bon dimanche!

Jean Echenoz, Un an, Éditions de Minuit, 1997. Édition numérique.

David Turgeon, L’Inexistence. Roman, Montréal, Le Quartanier, «série QR», 156, 2021, 219 p. Édition numérique.

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Température et incipit : «Guerre» de Louis-Ferdinand Céline [96]

GUERRE - Inedit - Louis Ferdinand CELINE - 2022

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

J’ai bien dû rester là encore une partie de la nuit suivante. Toute l’oreille à gauche était collée par terre avec du sang, la bouche aussi. Entre les deux y avait un bruit immense. J’ai dormi dans ce bruit et puis il a plu, de pluie bien serrée. Kersuzon à côté était tout lourd tendu sous l’eau. J’ai remué un bras vers son corps. J’ai touché. L’autre je pouvais plus. Je ne savais pas où il était l’autre bras. Il était monté en l’air très haut, il tourbillonnait dans l’espace et puis il redescendait me tirer sur l’épaule, dans le cru de la viande. Ça me faisait gueuler un bon coup chaque fois et puis c’était pire. Après j’arrivais à faire moins de bruit, avec mon cri toujours, que l’horreur de boucan qui défonçait la tête, l’intérieur comme un train. Ça ne servait à rien de se révolter. C’est la première fois dans cette mélasse pleine d’obus qui passaient en sifflant que j’ai dormi, dans tout le bruit qu’on a voulu, sans tout à fait perdre conscience, c’est-à-dire dans l’horreur en somme. Sauf pendant les heures où on m’a opéré, j’ai plus jamais perdu tout à fait conscience. J’ai toujours dormi ainsi dans le bruit atroce depuis décembre 14. J’ai attrapé la guerre dans ma tête. Elle est enfermée dans ma tête.

Difficile à battre.

Louis-Ferdinand Céline, Guerre, édition établie par Pascal Fouché, avant-propos de François Gibault, Paris, Gallimard, 2022. Édition numérique.

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Température et incipit : Blizzard de Marie Vingtras [95]

Blizzard Vingtras

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Ce suspense psychologique a obtenu Le prix des libraires 2022 en France. La critique est élogieuse : un incontournable. Un autre!

Je dois devenir gâteux, mais j’ai trouvé ce roman farci d’invraisemblances, mais surtout d’incohérences. Un thriller reste un thriller.

Les 7 premiers chapitres comportent un incipit météorologique. Le premier chapitre :

Je l’ai perdu. J’ai lâché sa main pour refaire mes lacets et je l’ai perdu. Je sentais mon pied flotter dans ma chaussure, je n’allais pas tarder à déchausser et ce n’était pas le moment de tomber. Saleté de lacets. J’aurais pourtant juré que j’avais fait un double nœud avant de sortir. Si Benedict était là, il me dirait que je ne suis pas suffisamment attentive, il me signifierait encore que je ne fais pas les choses comme il faut, à sa manière. Il n’y a qu’une seule manière de faire, à l’entendre. C’est drôle. Des manières de faire, il y en a autant que d’individus sur terre, mais ça doit le rassurer de penser qu’il sait. Peu importe, j’ai lâché sa main combien de temps ? Une minute ? Peut-être deux ? Quand je me suis relevée, il n’était plus là. J’ai tendu les bras autour de moi pour essayer de le toucher,  je l’ai appelé,  j’ai crié autant que j’ai pu, mais seul le souffle du vent m’a répondu. J’avais déjà de la neige plein la bouche et la tête qui tournait.

Elle est, par ailleurs, une véritable écrivaine, on le découvrira ici.

Marie Vingtras, Blizzard, Éditions de l’Olivier, 2021. Édition numérique.

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Les mouches et la littérature : Blizzard de Marie Vingtras [17]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

Il n’est pas là. Je ne peux pas dire que je ne m’en doutais pas, mais j’avais tellement envie de croire qu’un enfant de dix ans arriverait à trouver son chemin dans la neige, le froid et le vent pour se traîner jusqu’ici et m’attendre bien sagement en lisant Sa Majesté des mouches.

Il a aussi été question du temps qu’il fait dans ce roman. C’est ici.

Il était aussi question de Sa majesté des mouches dans le premier billet de cette série sur les mouches et la littérature.  C’est par .

 Marie Vingtras, Blizzard, Éditions de l’Olivier, 2021. Édition numérique.

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Document 1

Repose en paix, François Blais.

[Billet soumis au Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal le 29 juillet 2021. Je l’archive dans mon bibliobabillard]

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Document 1 Blais

C’était dans la revue L’Inconvénient du printemps 2020 : la liste des 20 meilleurs romans québécois du nouveau siècle. Vous en avez sûrement lu quelques-uns. (voir le P.-S.)

Honte à moi, il y en a un qui était vraiment passé sous mon radar : Document 1. L’un des plus forts du lot.

C’est l’histoire de Jude et de Tess qui rêvent de faire un road trip à la Kerouac, mais ils sont paumés. Tess travaille dans un Subway et son copain, Jude, est sur le BS. Ils partent donc à la découverte de l’Amérique en googlant et en visitant familywatchdog.us qui leur indique les adresses de toutes les villes où des crimes sexuels ont été commis : BoringWhyClimax… Ils découvrent aussi d’autres noms saugrenus de ville en surfant sur le web : Nameless, notamment. Ça ne s’invente pas.

N’écoutant que leur courage, ils finiront par se décider à prendre la vraie route vers Bird-in-hand, en Pennsylvanie, berceau de la démocratie américaine. Mais ils sont paumés, disais-je, et ils devront trouver la modique somme d’environ 15 000$ pour l’achat de la bagnole et le financement de leurs frais de subsistance pendant leur équipée. Facile ! Ils font un brainstorming. Et si Tess devenait masseuse, en offrant des extras. Idée non retenue.

Mais c’est qu’entre-temps, Tess a fait la connaissance d’un écrivain qui vient manger au Subway tous les jours. Auteur d’une thèse de doctorat : Le Temps chez Paul Valéry : une poétique de la perception (« parlez-moi d’un homme qui s’attaque aux vrais problèmes ! », lit-on dans le texte). Il est aussi l’auteur de deux romans qui ont eu de bonnes critiques dans un canard local : 13 mécanique et La Mort du ptérodactyle. Deux œuvres qu’il offrira dédicacées à Tess. Elle les lira, n’y comprendra rien et louangera l’auteur pour la qualité de sa prose, car elle a bien compris qu’il en pince pour elle et ne voudrait pas le décevoir. Ça pourrait toujours servir.

Faque  facile, pour le brainstorming, on va mettre l’auteur à contribution. Et s’il acceptait de faire une demande de subventions au Conseil des arts du Canada pour la rédaction de son prochain roman, Jude et Tess pourraient empocher le magot et écrire eux-mêmes le roman et financer ainsi leur escapade aux States. Il accepte. Lui, il gagne bien sa vie en travaillant dans une shop de bateaux. C’est parfait comme ça. Le fric aussitôt empoché, ils se mettent à écrire leur roman en suivant les précieux conseils de Marc Fisher (Conseils pour être publiés) pour s’assurer de bien maîtriser l’arc dramatique… Délire.
C’est un livre dans un livre.

Suite du remue-méninges. Il faudrait absolument trouver un titre au livre en cours d’écriture. Word a la réponse : Document 1.

D’une fine ironie d’un bout à l’autre. Les éditeurs, les écrivains, les universitaires, les thésards, les critiques, le Conseil des arts du Canada et les conseillers en écriture passent un joli moment.

P.-S. Les 20 meilleurs romans québécois du nouveau siècle (par ordre de publication).
Combien en avez-vous lu ?

La plupart sont disponibles en version numérique. C’est par ici.

Suzanne Jacob : Rouge, mère et fils.
Nelly Arcan : Putain.
Michael Delisle : Dée.
Nicolas Dickner : Nikolski.
Yvon Rivard : Le Siècle de Jeanne.
Hervé Bouchard : Parents et amis sont invités à y assister.
Dominique Fortier : Du bon usage des étoiles.
Catherine Mavrikakis : Le Ciel de Bay City.
Julie Mazzieri : Le Discours sur la tombe de l’idiot.
Dany Laferrière : L’Énigme du retour.
Louis Hamelin : La Constellation du lynx.
Perrine Leblanc : L’Homme blanc.
Maxime Raymond Bock : Atavismes.
François Blais : Document 1.
Andrée A. Michaud : Bondrée.
Patrick Nicol : La Nageuse au début du lac.
Dominique Garand : Florence, reprise.
Éric Plamondon : 1984.
Marie-Claire Blais : Le cycle Soifs.

Blais, François. Document 1, Éditions L’Instant même, 2012, 179 pages. Édition numérique.

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Les mouches et la littérature : Lettres à Flaubert [16]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

Avec un zeugme, en prime.

Quand je dis “nous”, je désigne une cinquantaine d’enfants de paysans, aux yeux mangés par les mouches et les rêves.

via Benoit Melançon. Voir ici.

Fawzia Zouari, «Te souviens-tu de notre première rencontre ?», dans Yvan Leclerc (édit.), Lettres à Flaubert, Vincennes, Éditions Thierry Marchaisse, coll. «Lettres à…», 2017, p. 23-27, p. 23.

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Température et incipit : «Le cas Nelson Kerr» de John Grisham [94]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

JimG de St-Athanase a écrit : Grisham s’inscrit avec ce nouvel opus dans le panthéon des grands grâce à un incipit météorologique de presque 700 mots, suivi d’incessantes perturbations atmosphériques.

Ce monstrueux incipit couvre tout le premier chapitre  :

Leo naquit fin juillet dans les eaux tumultueuses de l’océan Atlantique, à environ trois cents kilomètres à l’ouest du Cap-Vert. Il fut aussitôt repéré par les satellites en orbite. Les météorologues lui donnèrent un nom, et le déclarèrent simple dépression tropicale. Mais, en quelques heures, il devint une tempête.

Pendant un mois, des vents secs avaient balayé le Sahara et avaient rencontré les fronts humides le long de l’équateur. La bataille avait formé des masses d’air tourbillonnantes qui s’étaient mises à progresser vers l’ouest à la recherche d’une terre. Quand Leo entreprit son voyage, trois tempêtes le précédaient – une procession funeste qui menaçait les Caraïbes. Les trois premières ont finalement suivi les routes prévues et ont déversé de fortes pluies sur les îles. Rien de plus.

Depuis le début, toutefois, Leo n’en faisait qu’à sa tête. Sa trajectoire était bien plus erratique et mortelle. Quand il rendrait son dernier souffle au-dessus du Middle-West, il aurait causé pour cinq milliards de dégâts et tué trente-cinq personnes.

Mais avant sa fin, il avait vite grimpé les échelons : dépression, tempête, cyclone… Une fois atteint la catégorie 3, avec des vents de deux cents kilomètres à l’heure, il frappa de plein fouet les îles Turques-et-Caïques, emporta quelques centaines de maisons et fit dix victimes. Il toucha Crooked Island au sud des Bahamas, obliqua à gauche en direction de Cuba, avant de s’attarder au sud de l’île d’Andros. Son œil s’effondra, et Leo perdit de sa vigueur. Il traversa Cuba cahin-caha, en simple dépression, produisant de fortes précipitations mais des vents modestes, vira au sud pour doucher la Jamaïque et les îles Caïmans, puis, en moins de douze heures, il se reconstitua un nouvel œil aux murs vertigineux et fonça au nord, vers les eaux chaudes et turquoise du golfe du Mexique. À en croire sa trajectoire, il filait en ligne droite sur Biloxi, destination classique des cyclones. Les météorologues avaient pourtant appris à se méfier. Leo était versatile et ne suivait aucun modèle.

Encore une fois, il grossit, prit de la vitesse et, en deux jours, il faisait la une des médias. À Las Vegas, les paris étaient ouverts quant à savoir quelle région il allait ravager. Des dizaines d’équipes de tournage se précipitèrent vers les zones à risque. De Galveston à Pensacola, toute la côte fut placée en état d’alerte. Les compagnies pétrolières s’empressèrent d’exfiltrer les dix mille ouvriers qui travaillaient sur les plateformes et d’augmenter le prix du baril (tous les prétextes sont bons), des plans d’évacuation furent lancés dans cinq États, les gouverneurs donnèrent des conférences de presse, des armadas de bateaux et d’avions se mirent à l’abri à l’intérieur des terres. Devenu un cyclone de catégorie 4, Leo fit des zigzags en remontant le golfe. Le choc promettait d’être terrible et dévastateur quand il toucherait terre.

Et contre toute attente, il faiblit à nouveau. À cinq cents kilomètres au sud de Mobile, il amorça un lent virage vers l’est et perdit grandement en vigueur. Pendant deux jours, il se traîna au large de Tampa, puis, soudain, se réveilla : de tempête, il redevint cyclone de catégorie 1. Pendant un temps, il progressa en ligne droite et son œil passa sur Saint Petersburg avec des vents à cent cinquante kilomètres à l’heure. Il y eut des inondations, des coupures d’électricité, des constructions branlantes furent couchées au sol, mais on ne déplora aucun mort. Leo suivit ensuite la I-4 en lâchant vingt-cinq centimètres d’eau sur Orlando, et vingt sur Daytona Beach avant de quitter la Floride, apaisé, en simple dépression tropicale.

Les météorologues, épuisés par les frasques de Leo, lui dirent adieu et lui souhaitèrent de se perdre dans l’océan comme le prévoyaient leurs modèles, là où il ne pourrait tourmenter que quelques cargos.

Seulement, Leo avait d’autres projets. À trois cents kilomètres à l’est de Saint Augustine, il obliqua au nord, retrouva sa vigueur et un œil tempétueux se forma en son centre pour la troisième fois. Les modélisations furent révisées et de nouvelles alertes furent lancées. Pendant quarante-huit heures, Leo remonta la côte, gagnant en puissance, comme s’il cherchait sa prochaine cible.

À lire?  Un thriller reste un thriller (JimG). Celui-ci est farci d’invraisemblances et  d’extravagances : c’est un thriller.

John Grisham, Le cas Nelson Kerr, JC Lattès, 2022, édition numérique.

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Les mouches et la littérature : quand JimG va à la chasse [8 à 15]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

Tel que lu précédemment, JimG de St-Athanase est féru de traduction et de poésie. C’était ici. Il aime aussi [nous] raconter des histoires : extrait.

Il pratique aussi de façon intensive la lecture et la chasse à la mouche.

À des fins d’avancement de la science des études littéraires, il m’a transmis un message relatif à ces mouches qui envahissent la littérature. Avec son autorisation, je l’archive ici :

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Le lecteur émérite en moi est plutôt hyperactif et il ne manque pas de chasser les mouches qu’il rencontre. En voici quelques-unes tirées de certains des trucs lus qui sont parus au cours du premier trimestre (présentés dans le plus complet désordre).

*

Louise Penny / Hillary Clinton – État de terreur

Un thriller reste un thriller. Sympathique inclusion dans cette intrigue internationale du petit village de Three Pine et de l’inspecteur-chef Armand Gamache.

Citation : «Des journalistes. Des mouches du coche qui ne parlent pas beaucoup, mais qui entendent tout.»

*

Dominique Fortier – Les ombres blanches

J’ai été bien avisé de respecter la promesse que je m’était faite de relire Les villes de papier (paru il y a quatre ans déjà) avant de me précipiter sur cet ouvrage tant attendu – ma mémoire avait besoin d’une réactualisation. Même plaisir quatre ans plus tard et même plaisir dans le nouvel opus. Je n’en dis pas plus.

Citations:

Je trouverais déplorable d’extraire de leur environnement contextuel plus vaste les expressions mouche à feupattes de mouche et oiseau-mouche. Je m’abstiens donc.

*

Michel Bussi – Nouvelle Babel

Nous sommes en 2097. Conformément à l’article 1 de la Constitution mondiale de 2058, les Sapiens vivent sur une seule Terre, forment un seul peuple et communiquent dans une seule langue. Aucune mouche à se mettre sous la dent dans ce monde aseptisé. Évidemment, l’unique Assemblée mondiale nous cache l’existence d’organisations identitaires passéistes confinées dans d’inaccessibles contrées, hermétiquement bloquées. Rigolo.

Du même auteur, paru au début de mars, j’ai aussi lu La fabrique du supense (encore des «writing advices») – d’un ennui consommé – mais contenant tout de même une mouche.

Citation : «Le rire et la peur sont deux émotions qui cohabitent difficilement. La peur, le frisson, pour fonctionner dans un thriller, imposent le premier degré. L’humour, la punch line qui fait mouche, le comique de situation relèvent du second degré.»

*

John Grisham – La cas Nelson Kerr

Un thriller reste un thriller. Grisham s’inscrit avec ce nouvel opus dans le panthéon des grands grâce à un incipit météorologique de presque 700 mots, suivi d’incessantes perturbations atmosphériques. On était habitué avec lui à des avocasseries, nous sommes plutôt cette fois-ci dans les milieux littéraires. Deux mouches qui ne méritent pas d’être citées.

*

Joël Dicker – L’Affaire Alaska Sanders

Un thriller reste un thriller, mais dans celui-ci on est ravi de retrouver Marcus Goldstein (alias l’écrivain) et Perry Gahalowood (alias le sergent), de même que Harry Quebert (de l’affaire du même nom).

Citations : «mais surtout, nous avons retrouvé dans ses narines et ses oreilles des larves de mouches endémiques du lac Skotam.» On trouve aussi moult mouches au chapitre 17, consacré à une partie de pêche à la mouche (c’est de la triche!).

*

Tonino Benacquista – Porca Miseria

Une mouche là-dedans? Poser la question c’est y répondre. Dès qu’il est question d’écriture manuscrite, on débouche inéluctablement sur des pattes de mouche. Saga familiale sur trois générations en seulement 200 pages. Simplicité et concision. Cool.

*

Jón Kalman Stefánsson – Ton absence n’est que ténèbres

Il n’avait pas besoin d’inscrire cinq fois le mot mouche dans son roman fleuve pour être confirmé en tant que véritable écrivain. Il lui suffit de faire l’éloge du lombric, lequel reflète la pensée divine – peut-on en dire autant des muscidés?

Saga familiale sur cinq générations en (seulement?) 600 pages. Immersion totale.

*

Niviaq Korneliussen – La vallée des fleurs

Citation : «C’était long à nettoyer, il y avait des pattes de mouches sous mes ongles, les grandes mouches grasses s’accrochaient à ma peau comme du goudron. En été, il y en avait des centaines sur le côté ensoleillé de la maison d’aanaa. Elles se tenaient immobiles et bourdonnaient. Ça faisait clic quand je les écrasais.»

Voilà qui dit tout…

 

 

 

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Les mouches et la littérature : un poème d’Emily Dickinson [7]

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[La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici.]

JimG de St-Athanase me signale qu’une mouche vole dans le poème numéro 465 d’Emily Dickinson.

I heard a Fly buzz – when I died –
The Stillness in the room
Was like the Stillness in the Air –
Between the Heaves of Storm –

Ce bon JimG me propose sa «petite trad» :

En mourant – j’entendis une Mouche voler –
La quiétude de la chambre
Était telle celle de l’air –
Entre les Ressacs de l’Orage –

Le poème complet est ici. Vous y trouverez aussi les traductions de la concurrence commerciale, m’écrit JimG.

Les cinq personnes qui ont traduit ce poème ont respecté le redoublement du mot «Stillness». Les unes optant pour le «silence» (3), les autres pour le «calme» (2).

Les puristes vont râler. JimG a osé une jolie pirouette en éradiquant l’un des «Stillness». Un rien l’amuse.  Je me réjouis de l’audace de l’allitération en «el» dans le troisième vers de ce quatrain pour évoquer la «quiétude». Un son liquide qui contraste avec les Ressacs de l’orage du vers suivant.

Mon avis : en trad, trop de déférence paralyse.

Note : Le poème a été écrit en 1862. Cahier 26.

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