
Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.
En fait, nous sommes en présence d’un rare triplé météorologique : titre, incipit et excipit.
Titre :
La pluie, avant qu’elle tombe.
Incipit :
Gill était dans le jardin quand le téléphone sonna. Elle ratissait les feuilles mortes en piles cuivrées que son mari jetait par pelletées dans le feu. C’étaitun dimanche après-midi de fin d’automne. Elle se précipita dans la cuisine en entendant la sonnerie stridente et sentit aussitôt la chaleur du dedans l’envelopper ; elle n’avait pas réalisé à quel point l’air était devenu glacial. Il allait sûrement geler cette nuit.
Excipit :
De nouveau le téléphone sonna. Elle regarda le numéro affiché : Catharine, cette fois. Gill attendit, encore quelques secondes, avant de décrocher, et dans cet instant qu’elle prolongeait elle sentit la révélation se dérober, s’évaporer, disparaître ; désespérée, elle vit cette promesse lui glisser à tout jamais entre les doigts. Avant même d’entendre les premiers mots sanglotants de sa fille, elle sut qu’il était trop tard. Le sens qu’elle
recherchait était perdu. Pire encore : il n’avait jamais existé. C’était impossible. Ce qu’elle espérait trouver n’était qu’une chimère, un rêve, une chose irréelle : comme la pluie avant qu’elle tombe.
Bingo!
Via mon pote Jacques Therrien, professeur émérite à la retraite. Collège Marie-Victorin. Département de Lettres, programme Arts et lettres, option média.
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