Pour nous remettre de la fiesta endiablée qui a suivi nos épousailles, Dulcinée et moi avons décidé d’aller nous épivarder quatre jours durant dans les musées londoniens : le Courtauld, le Victoria and Albert Museum, la Tate Britain, la Tate Modern, la National Gallery, le British Museum et le MOCO.
Ce périple culturel, généreusement sponsorisé par la cellule londonienne du FLC, s’est déroulé sous l’œil attentif d’un chaperon de la dite cellule, qui nous a accompagnés tout au long de notre itinéraire… muséal. Épuisante et riche bourlingue. Vie de patachon.
Je mentionnais déjà, dans un billet précédent, mon enthousiasme pour le podcast diffusé sur France Culture, consacré à la représentation de la mouche dans la peinture : Faire mouche : une histoire animale de l’art
En déambulant dans l’immensité de la National Gallery de Londres, j’ai été frappé par une toile où une mouche, presque vivante, se pose sur la coiffe blanche d’une femme. Ce trompe-l’œil saisissant devient aussi l’allégorie de la décomposition : l’insecte, symbole de la fugacité, dialogue avec la pureté du tissu, comme pour rappeler l’inéluctable passage du temps.
Portrait of a women of the Hofer family, aux environs de 1470. Auteur inconnu.
Notre chaperon, dont la connaissance des mouches en peinture est peu fine, s’est empressé d’attirer notre attention sur un chef-d’œuvre de Lucas Cranach l’Ancien : Cupidon se plaignant à Vénus (1526-1527).

Ce ne sont pourtant pas des mouches qui tourmentent le pauvre Cupidon dans cette toile, mais bien des abeilles, des hyménoptères bien plus piquants que les diptères. Meilleure chance la prochaine fois.
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Je constitue ici une collection : celle des tableaux, éparpillés dans les archives de mon blogue, où la mouche a laissé son empreinte.
Il s’agit de ne pas trop se hâter pour tirer des conclusions sur le rôle symbolique de la mouche dans la peinture.
La mouche est plus souvent qu’autrement associée à la décomposition et à la mort, dans cette toile elle accompagne une résurrection :

Gabriel von Max, La Résurrection de la fille de Jaïre, aperçue au Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de l’exposition consacrée à la galeriste Berthe Weill.
La mouche dans cette toile de Pierre Gilou joue un rôle humoristique, ironique, quasi subversif.

Mona Lisa impudique de Pierre Gilou. Une exposition sur l’art du trompe-l’œil vue à Madrid au musée Thyssen-Bornemisza, le 1er avril 2022.
Rien n’est simple. Si on se tourne vers les travaux de Damien Hirst. Son Thousand Years (1990), nous présente la vie et la mort de mouches en direct. Il développe une esthétique de la décomposition qui tranche radicalement avec la pureté émanant de la toile de Gabriel von Max.
Herméneutique, à suivre.
Toute une virée à la british. Bon retour et merci pour le partage.
Merci.