
La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici
Il faisait une chaleur irrespirable dans l’étroite cuisine et les mouches agonisantes adhérant aux bandes ignobles du papier tue-mouches qui était suspendu au plafond ou à moitié engagées dans le fin treillis métallique de la moustiquaire tendue sur un châssis mobile devant la fenêtre susurraient, tandis que celles qui avaient échappé aux pièges s’abattaient par paquet sur la table, dévorantes, agaçantes, faisant l’amour bref, en piqué, s’envolaient étourdiment se faire prendre.
Un texte lu au siècle dernier. L’ignoble papier tue-mouches, alors objet de mon quotidien, et les mouches voraces, s’accouplant en plein vol, avaient échappé à mon attention.
Je n’ai pu résister à l’envie de relire le chapitre X, qui traite, entre autres sujets, du bombardement par les Anglais des villes allemandes, notamment de la destruction quasi complète de Hambourg. Ce chapitre évoque également les conditions de vie précaires des Français durant cette période, car le café, un jus, pouvait être frelaté.
La patronne servait le café, un ersatz de café, le café des Borgia comme j’appelais cette mixture à laquelle je ne goûtais pas, jamais, malgré l’insistance de la femme de Félicien qui était vexée et m’assurait chaque fois que son café était pur, sans chicorée, sans ingrédients, ni orge, ni glands, ni racine de chiendent, baies de sureau, graines de pavot, écorce de frêne, brou de noix, haricots d’acacia, et Dieu sait quoi encore et quelles autres herbettes, brindilles ou févettes que les gens allaient glaner dans les collines pour faire le jus.
Via Benoît Melançon qui en a fait une de ses lectures estivales.
Blaise Cendrars, Bourlinguer, Paris, Denoël, coll. «Le livre de poche», 437-438, 1966, 440 p. Édition originale : 1948.