Incipit météo : «Ajisaï» d’Aki Shimazaki [141]

9782330206703_large

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Sébastien Dulude, auteur de Amiante et ancien éditeur chez La Mèche, a partagé sur un réseau social son avis sur le roman «Ajisaï» d’Aki Shimazaki : « Ce roman extraordinaire de la plus grande écrivaine québécoise actuelle. Finement ficelé, sensuel, tout en musique. Ajisaï (Hortensia) donne envie d’aimer et d’écrire, avec passion. »

J’estime ses propos exagérés. La plus grande? Je reconnais que l’œuvre est bien ficelée, épurée, sobre et sensuelle. N’ayant pas lu ses vingt romans précédents divisés en quatre pentalogies, je préfère toutefois réserver mon jugement pour une comparaison plus éclairée avec les écrivaines québécoises du moment.

Un résumé? Allez lire le commentaire de Marie-Anne Poggi du Club des irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. C’est par là.

L’incipit :

Le cours terminé, nous sortons de l’amphithéâtre insonorisé. Dans le couloir, on s’étonne de voir par les fenêtres une pluie torrentielle. Les rafales de vent agitent violemment les arbres. Les coups de tonnerre se succèdent. Soudain, un éclair fend le ciel et la foudre tombe tout près dans un fracas assourdissant.

De nombreux chapitres s’ouvrent sur une description météorologique. Elle n’a pas lésiné sur le temps qu’il fait, Aki Shimazaki, malgré les conseils d’Elmore Leonard :

La saison des pluies débute dans une semaine. Je réinstalle le déshumidificateur et le ventilateur.

J’entends un léger bruit de pluie et tends l’oreille quelques instants. Je revois Saya les larmes aux yeux. 

La pluie qui avait commencé hier soir a cessé tôt ce matin. Il fait humide mais pas trop chaud.

Les nuages s’étant dissipés, le soleil apparaît derrière la tour de Tokyo. Je prends le train de cinq heures pour revenir à Kamakura.

Nous sommes jeudi. Il pleut. Je n’ai pas de cours ce matin à cause de l’absence du professeur, blessé hier dans un accident de voiture. Je prends mon petit-déjeuner lentement.

On est samedi. Hier, j’ai terminé mes examens de fin de premier semestre. J’ai dormi jusqu’à dix heures ce matin. Reposé, je profite d’un petit-déjeuner tardif. Cet après-midi, j’ai rendez-vous avec monsieur Oda. On annonce un temps ensoleillé toute la journée. J’irai à vélo. Il me faudra vingt minutes environ.

Il fait beau. Je sors de mon studio avec une tasse de café. Un soleil doux d’automne éclaire le jardin. Il vente légèrement. Installé dans le fauteuil en bois, je regarde la plate-bande d’hortensias tout desséchés.

Je viens de terminer un déjeuner tardif dans le pavillon. Le temps est ensoleillé. Après mon café, j’irai me promener sur la plage.

Sumiko se tient debout dans le noir avec une petite valise. La neige poudreuse tombe tranquillement. Elle me salue joyeusement.

J’entre dans la librairie U. Ce soir, je donne une séance de dédicaces.
Monsieur et madame U. me félicitent pour la parution de mon premier roman. Alors que nous bavardons, une pluie torrentielle s’abat sur la rue, suivie de bourrasques. Il tonne bruyamment. Un employé se précipite pour fermer la porte latérale.

Aki Shimazaki, Ajisaï, Actes Sud, 2025, 165 p. [Édition numérique]

 

 

À propos de Luc Jodoin

Effleure la surface des choses. Intérêt pour la littérature, la langue, les arts visuels, la sociologie et les enjeux sociaux. Tendance woke. Préfère Madrid à Barcelone.
Ce contenu a été publié dans Recommandation de lecture, Style, Température et incipit, avec comme mot(s)-clef(s) , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Incipit météo : «Ajisaï» d’Aki Shimazaki [141]

  1. Marie-Anne+Poggi dit :

    Merci d’avoir pensé aux Irrésistibles comme toujours. Très apprécié !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *