Température et incipit : Ulysse de James Joyce [66]

Ce document a été créé et certifié chez IGS-CP, Charente (16)

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Célébrons d’humble façon le Bloomsday (16 juin).

En majesté, dodu, Buck Mulligan émergea de l’escalier, porteur d’un bol de mousse à raser sur lequel un miroir et un rasoir reposaient en croix. Tiède, l’air matinal soulevait doucement derrière l’homme une robe de chambre jaune dénouée à la taille.

Stately, plump Buck Mulligan came from the stairhead, bearing a bowl of lather on which a mirror and a razor lay crossed. A yellow dressinggown, ungirdled, was sustained gently behind him by the mild morning air. p. 3

Note :  Contrairement aux autres titres qui apparaissent dans ma collection «Température et incipit», je n’ai pas encore eu le plaisir et le courage de lire ce roman. Je vais bien y arriver un jour.

« La difficulté avec les romans anglais est d’arriver à la page 175, ensuite tout va bien. » 

Paul Claudel, Journal. Tome I, Gallimard, « coll. Bibliothèque de la Pléiade, 205 », 1968, p. 835.

En prime :

 

Références :

James Joyce,  Ulysse, Gallimard  & Atelier Panik éd. numérique, Folio classique, 2013 (1936). Trad. de l’anglais (Irlande) par Stuart Gilbert, Valery Larbaud, Auguste Morel, Jacques Aubert, Pascal Bataillard, Michel Cusin, Sylvie Doizelet, Patrick Drevet, Bernard Hœpffner, Tiphaine Samoyault et Marie-Danièle Vors. Édition publiée sous la direction de Jacques Aubert.

James Joyce,  Ulysse, London, Edition Minerva, 1992, (1936), 777 p.

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Les tourments de l’écrivain et du lecteur

Musso_vie est un roman

Dernier roman de Guillaume Musso. Je suis allé voir de quel bois il se chauffe.

Des extraits :

Un écrivain est tourmenté. Il est au bord de la dépression. Il a la fameuse angoisse de l’écran blanc. Il va consulter une psychiatre. Problème cerné en vingt minutes.

«En vingt minutes d’une conversation pas si désagréable, elle avait cerné mon problème : les assauts répétés de la fiction pour contaminer ma vie amoureuse et familiale. Quand vous passez l’essentiel de la journée à divaguer dans un monde imaginaire, il n’est parfois pas évident de faire le chemin dans l’autre sens. Et vous êtes saisi de vertige lorsque les frontières s’estompent.»

Sachez, lectrices et lecteurs, que

«Un roman réussi, c’est d’abord un roman qui rend heureux celui qui le lit.»

Sachez aussi que j’ai fait un effort louable pour lire la quasi moitié de ce best-seller. J’ai survécu à ceci :

«une intarissable source d’admiration, de réflexion et d’inspiration.»

«le fil ténu de l’espoir.»

«Son visage se fait moins précis, je ne retrouve plus ses mimiques exactes, l’intensité de son regard, les inflexions précises de sa voix.»

«Retenus en chignon par une large barrette ornée de perles, ses cheveux acajou brillent de mille reflets dans la lumière automnale.»

«La douleur, c’est le meilleur carburant de l’écrivain.» [Rilke!  Sors de ce corps.]

«Écrire un roman nécessite de descendre profondément en soi.»

«Je n’étais plus irriguée que par une douleur sans fin qui me brûlait les veines du matin au soir.»

«Une douleur fulgurante me déchira le cœur, comme si on venait d’y planter un pieu.»

«Je la réceptionnai dans mes bras et mon ventre se noua. Je respirai ses cheveux et la chaleur de son cou. Je m’enivrai de son odeur, de ses cascades de rires lorsque je l’embrassai.»

«Ces montagnes russes émotionnelles.»

«un abîme de tristesse.»

Un chiasme platonicien (le pharmakon), en prime.

«J’ouvris l’ordinateur, lançai le traitement de texte sur une page vierge, regardai le curseur qui me narguait. Mieux valait le reconnaître, en quelques mois, j’avais perdu tout contrôle de ma vie. À moi d’essayer d’en reprendre les commandes. Mais était-ce possible en restant devant un écran ? Je pianotai sur les touches du clavier. J’aimais ce bruit doux et feutré. Le bruit d’un cours d’eau dont on ne savait jamais vers où il allait nous entraîner. Le mal et le remède. Le remède et le mal

Le cœur qui déraille comme une chaîne de vélo. Jolie métaphore !?!

«Pas une nuit où je ne me réveille en sursaut, trempée, suffoquant, avec le cœur qui tremble et déraille comme une chaîne de vélo.»

Une  métaphore maraîchère ?!?

«Je voudrais asperger tes seins de ma semence pour les voir bourgeonner.»

C’est un autre roman dans le roman.

«C’est la première fois que je me retrouve dans une de mes fictions. La situation est proche de la schizophrénie : une partie de moi est à Paris derrière son écran d’ordinateur, l’autre est ici, à New York, dans ce quartier que je ne connais pas et qui s’anime au fur et à mesure que, là-bas, l’autre moi tape sur les touches de son clavier.»

Voir aussi : Un cliché, une métaphore, un homonyme et un zeugme

Au suivant.

Para servir.

Guillaume Musso, La vie est un roman, Paris, Calman-Lévy, 2020. [édition numérique]

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Un cliché, une métaphore, un homonyme et un zeugme

Musso_vie est un roman

– Ici, j’ai l’impression d’être une vigie installée dans le poste d’observation d’un bateau pirate, d’où je peux voir arriver les orages, les tempêtes et les dépressions. C’est pratique pour une psychiatre.

Guillaume Musso, La vie est un roman, Paris, Calman-Lévy, 2020. [édition numérique]

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Température et incipit : Toutes les fois où je ne suis pas morte de Geneviève Lefebvre [65]

Toutes les fois où je ne suis pas morte

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

«Par un après-midi d’hiver, il est venu vers moi.»

Un roman farci de zeugmes amusants. J’en ai récolté quelques uns pour la besace de L’Oreille tendue.

Geneviève Lefebvre, Toutes les fois où je ne suis pas morte, Libre Expression, 2017, [édition numérique]

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Température et incipit : Un médecin de campagne de Franz Kafka [64]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

J’étais dans un grand embarras : il fallait que je parte pour un voyage urgent ; un patient gravement atteint m’attendait dans un village distant de dix lieues ; de fortes bourrasques de neige emplissaient le vaste espace entre lui et moi ; j’avais une voiture, légère et à roues hautes, tout à fait ce qui va bien pour nos routes ; emmitouflé dans ma pelisse, ma trousse à la main, je me tenais déjà fin prêt dans la cour ; mais le cheval, il manquait le cheval. Le mien avait crevé la nuit d’avant, exténué par les fatigues de cet hiver glacial ; ma bonne courait à présent le village pour emprunter un cheval ; mais c’était sans espoir, je le savais, et la neige s’entassait de plus en plus sur moi qui bougeais de moins en moins et restais planté là inutilement.

Franz Kafka: Dans la colonie pénitentiaire et autres nouvelles : Considération – Le Verdict – Dans la colonie pénitentiaire – Un médecin de campagne, Flammarion, 1991. [édition numérique].

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Métamorphoses

La Métamorphose de Kafka. Nous savons que Gregor Samsa se réveilla un bon matin transformé en une bête étrange. Qu’était-ce? Un insecte, un coléoptère, une cloporte, un cancrelat, un arthropode qui a la faculté de se métamorphoser? Une vermine?

Examinons l’incipit de la version originale :

Als Gregor Samsa eines Morgens aus unruhigen Träumen erwachte, fand er sich in seinem Bett zu einem ungeheueren Ungeziefer [vermine] verwandelt.

Le terme «vermine» est conservé dans la traduction d’Alexandre Vialatte

Un matin, au sortir d’un rêve agité, Grégoire Samsa s’éveilla transformé dans son lit en une véritable vermine

Bernard Lortholary opte quant à lui pour «insecte»

En se réveillant un matin après des rêves agités, Gregor Samsa se retrouva, dans son lit, métamorphosé en un monstrueux insecte»

Margarita Nelken fait le même choix pour la version espagnole.

Al despertar Gregorio Samsa una mañana, tras un sueño intranquilo, encontróse en su cama convertido en un monstruoso insecto. » (traduction espagnole de Margarita Nelken)

Pour Lortholary, le terme insecte est le plus approprié pour la description de la métamorphose de Gregor Samsa:

Insecte : équivalent de l’allemand Ungeziefer, qui se traduit littéralement par « vermine » (mais le terme de vermine, avec ses connotations de grouillement et de saleté, est ici impropre). S’il est assez difficile d’imaginer l’insecte dans lequel se métamorphose Gregor Samsa, la suite du texte montre qu’il s’agit d’un coléoptère (insecte à élytres cornés, antennes et mandibules) et, selon toute vraisemblance, d’un scarabée ou d’un bousier. [note 2 de l’édition numérique]

Ça se discute. Ce qu’en pense mon bon ami JimG de St-Athanase : «S’il l’avait voulu, Kafka aurait tout aussi bien pu écrire «ungeheueren Insekt». Telle n’était pas son intention. Il voulait faire plus glauque, j’imagine.»

Pour une approche visuelle incontournable de la question, il faut se rabattre sur l’adaptation créée en 2011 pour le Royal Opera House de Londres par Arthur Piata. Edgar Watson incarne de façon époustouflante un Gregor Samson métamorphosé en un monstrueux insecte. Les connotations de «grouillement et de saleté» s’y trouvent. Une véritable vermine.

À voir! [Jusqu’au 17 mai 2020]

httpss://www.youtube.com/watch?v=6H6KzBu4K68&feature=youtu.be&fbclid=IwAR16R_BCeuauwhgzD5v-BwEAVkd5nTx6ZPAe3SKzW5Y4olsVz4rtiEDxsnM

Références :

Franz Kafka, Die Verwandlung, The Projet Gutenberg EBook, 2011, d’après l’édition de Kuert Wolff Verlag,  Leipzig. 1917. (édition numérique)

Franz Kafka, La métamorphose, Gallimard, coll. Folio, traduction d’Alexandre Vialatte, 1955, 95 pages pour cette nouvelle.

Franz Kafka, La métamorphose, Flammarion, traduction de Bernard Lortholary, 2014. [édition numérique]

Franz Kafka, Metamorphosis, Mexique, Ediciones Ela, 1980, 95 p.

 

 

 

 

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Température et incipit : Beautés d’Anton Tchékhov [63]

Tchekhov

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Je n’ai pas pu assister à la représentation des Trois soeurs de Tchékhov, le 26 mars, au TNM, pour des raisons bien connues. J’ai fait contre mauvaise fortune bon cœur et je me suis rabattu sur ses nouvelles, en mode audio.

Je me rappelle qu’au temps où j’étais au lycée en cinquième ou  en sixième,  je me rendis un jour avec mon grand-père du village de Bolchoïkrépkoï [?] dans le province du Don à Rostov. C’était une journée d’août, torride, accablante, mortelle. La chaleur et le vent sec brûlant qui nous jetait au visage des nuages de poussières  nous collait les paupières, nous desséchait la gorge. On avait envie ni de  regarder, ni de parler, ni de penser; (de 0 à 43 secondes, transcription par votre humble serviteur)

Pour les amateurs de traduction, voici la version publiée par Gallimard en 1925 :

Encore lycéen de cinquième ou de sixième classe,  je me rendis, il me souvient, avec mon grand-père, du hameau de Bolchoïkrépkoï à Rostov-sur-le-Don. C’était une brûlante, accablante et ennuyeuse journée d’août. Le vent, sec et chaud, nous apportait des nuages de poussière. Les yeux se collaient. On avait la bouche sèche on ne voulait ni parler, ni regarder, ni penser ;

Références :

Anton Tchekhov, Beautés dans Nouvelles, [BAnQ – numérique], Gallimard audio, lu par Bernard Metraux, traduit du russe par Madeleine Durand et Edouard Parayre, 2019, Durée : 6 heures 22 minutes.

Anton Tchekhov, Beautés dans  La Steppe, Paris, Librairie Plon, traduit du russe par Denis Roche, 1925. (édition numérique)

 

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Température et incipit : Début et fin de la neige d’Yves Bonnefoy [62]

yves bonnefoy

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Première neige tôt ce matin. L’ocre, le vert
Se réfugient sous les arbres.

Seconde, vers midi. Ne demeure
De la couleur
Que les aiguilles de pins
Qui tombent elles aussi plus dru parfois que la neige.

Puis, vers le soir,
Le fléau de la lumière s’immobilise.
Les ombres et les rêves ont le même poids.

Un peu de vent
Écrit du bout du pied un mot hors du monde.

__________

Yves Bonnefoy, Début et fin de la neige, suivi de Là où retombe la flèche, Mercure de France, 1991, 64 p., p. 13

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Exercice de style. Surréaliste

autobus_queneau

«L’autobus arrive
Un zazou à chapeau monte
Un heurt il y a
Plus tard devant Saint-Lazare
Il est question d’un bouton»

Accroche-lecteur. Raymond Queneau, Exercices de style

.
Un récit raconté 99 fois de 99 manières par Queneau. Pastiché par des milliers d’écrivassiers et d’écoliers. J’en rajoute une couche. J’ai des loisirs.

______________________________

Il était midi. J’étais monté dans l’autobus de la ligne S qui allait me mener au resto L’Atmosphère, près du Canal Saint-Martin, non loin de la Gare de l’Est. L’autobus était bondé. J’aperçus un grand dada coiffé d’une tuque québécoise, celle avec un énorme pompon bleu blanc rouge. Tout à côté de lui se pressait lascive une élégante dame drapée d’un grand vêtement transparent. Il fallait vraiment être dur de la feuille pour ne pas l’entendre fredonner, à l’oreille de l’olibrius, un rap obscène new-yorkais qui avait l’heur de l’émoustiller au vu des trémoussements de son popotin. Soudain surgit son mat, inopinément, hors de son pantalon. Immense : un roc, un pic, un cap. Tant et si bien que les quidams ne pouvaient plus ni monter, ni descendre du bus. Un cacochyme, outré de tant de démesure et d’absence de compassion pour le bon peuple, finit par lui pilonner violemment le petit orteil du pied gauche. Le freluquet faillit se mettre en colère, mais il ne tarda pas à se dégonfler (disons) quand la belle l’agrippa fébrilement et l’entraîna avec un doigté approprié à l’arrière du bus où un banc s’était libéré.

Je les revis quelques heures plus tard devant la gare St-Lazare. Je m’approchai d’eux, tendis l’oreille. La dame lui dit : «mon bichounet, il faudrait vraiment consolider les boutons de ta braguette, et sans doute en rajouter un autre.»

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Pour lire Queneau et ses exercices de style en version numérique, c’est ici sur le site de BAnQ.

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Température et incipit : La peste d’Albert Camus [61]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

«Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran. De l’avis général, ils n’y étaient pas à leur place, sortant un peu de l’ordinaire. À première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu’une préfecture française de la côte algérienne.

La cité elle-même, on doit l’avouer, est laide. D’aspect tranquille, il faut quelque temps pour apercevoir ce qui la rend différente de tant d’autres villes commerçantes, sous toutes les latitudes. Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes ni froissements de feuilles, un lieu neutre pour tout dire ? Le changement des saisons ne s’y lit que dans le ciel. Le printemps s’annonce seulement par la qualité de l’air ou par les corbeilles de fleurs que des petits vendeurs ramènent des banlieues ; c’est un printemps qu’on vend sur les marchés. Pendant l’été, le soleil incendie les maisons trop sèches et couvre les murs d’une cendre grise ; on ne peut plus vivre alors que dans l’ombre des volets clos. En automne, c’est, au contraire, un déluge de boue. Les beaux jours viennent seulement en hiver.»

Camus, Albert, La peste, [BAnQ], Paris, Gallimard, 1947. (édition numérique).

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