Mon observatoire culturel 2016

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[Billet publié sur Facebook, le 4 janvier 2017. Je le rapatrie dans mes archives. Ça suffit le désordre et l’éparpillement. Pour consulter les commentaires de mes lecteurs, c’est ici.]

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Bilan lecture 2016. 71 livres lus. Manque de constance et de discipline du lecteur au vu de ses lectures mensuelles. Les montagnes russes du Parc Belmont. Constats : les vacances et la convalescence favorisent la lecture; rien lu en juin, je devais être occupé dans mes serres à bichonner mes jeunes pousses de salade iceberg. Veuillez toutefois noter que j’ai aussi lu tous les billets de Clément Laberge et de L’Oreille tendue, ainsi que tous les statuts FB de Marie Hélène : ça occupe son homme.

Distribution des grands prix du Haut-Rosemont :

Roman : Envoyée spéciale, de Jean Echenoz
Poésie : Ma tête est forte de celle qui danse, de Martine Audet
Documentaire : Le roi vient quand il veut, de Pierre Michon
Bande dessinée : La femme aux cartes postales, de Jean-Paul Eid et Claude Paiement
Jeunesse : L’arbragan, de Jacques Goldstyn

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Mon observatoire culturel 2019

observatoire 2019

Dans la simplicité volontaire et le pur désordre.

«Ouvrir son cœur» d’Alexie Morin (Le Quatarnier, 2018)

«La société des cendres» de Martine Audet (Éditions du Noroît, 2019)

«Cassandre» de Catherine Lalonde (Le Quartanier, 2019)

«Elle des chambres» de Laurence Veilleux (Poètes de brousse, 2019)

«Chienne» de Marie-Claire Lafontaine (Héliotrope, 2019)

Mes observatoires des années précédentes sont ici :

 2015, 20162017, 2018 (1), 2018 (2),

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Température et incipit : Notre-Dame de Paris de Victor Hugo [60]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Une tricherie pour terminer l’année.

Il s’agit de l’incipit du chapitre 1 du livre 7 de Notre-Dame de Paris : Du danger de confier son secret à une chèvre.

«Plusieurs semaines s’étaient écoulées.

On était aux premiers jours de mars. Le soleil, que Dubartas,  ce classique ancêtre de la périphrase, n’avait pas encore nommé le grand-duc des chandelles, n’en était pas moins joyeux et rayonnant pour cela. C’était une de ces journées de printemps qui ont tant de douceur et de beauté que tout Paris, répandu dans les places et les promenades, les fête comme des dimanches. Dans ces jours de clarté, de chaleur et de sérénité, il y a une certaine heure, surtout, où il faut aller admirer le portail de Notre-Dame. C’est le moment où le soleil, déjà incliné vers le couchant, regarde presque en face la cathédrale. Ses rayons, de plus en plus horizontaux, se retirent lentement du pavé de la place, et remontent le long de la façade à pic dont ils font saillir les mille rondes-bosses sur leur ombre, tandis que la grande rose centrale flamboie comme un œil de cyclope enflammé des réverbérations de la forge»

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, 1831. (édition numérique : BAnQ ou BM.)

Illustration : BnF – Gallica

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Température et incipit : Pereira prétend d’Antonio Tabucchi [59]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Pereira prétend avoir fait sa connaissance par un jour d’été. Une magnifique journée d’été, ensoleillée, venteuse, et Lisbonne qui étincelait. Il semble que Pereira se trouvait alors à la rédaction, il ne savait que faire, le directeur était en vacances, son souci consistait à devoir monter la page culturelle, parce que le Lisboa avait dorénavant une page culturelle, dont on lui avait confié la responsabilité. Et lui, Pereira, réfléchissait sur la mort. En ce beau jour d’été, avec la brise atlantique qui caressait la cime des arbres, avec le soleil qui resplendissait, et une ville qui scintillait, oui, qui scintillait littéralement sous sa fenêtre, et un ciel bleu, un ciel d’un bleu jamais vu, prétend Pereira, d’une netteté qui blessait presque les yeux, il se mit à songer à la mort. p. 7.

Antonio Tabucchi, Pereira prétend (Sostiene Pereira. Una testimonianza, Feltrinelli, 1994), Paris, Christian Bourgeois éditeur, «coll. 10/18, no 2920», 1995, 219 p.

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Température et incipit : Querelle de Roberval de Kevin Lambert [59]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Il s’agit de l’incipit du chapitre qui suit le prologue.

Les glaces s’éternisent sur le lac Saint-Jean, les chars passent vite sur la 169, le vent de décembre est pas d’adon, impitoyable, tu mettrais pas un chien dehors. Pourtant ils sont là. Les chiens errants, qui traînent sur le bord des routes, rendus furieux, qui brisent leurs chaînes, s’échappent des fermes lointaines; ils courent dans la campagne, çà et là, en proie à la folie. Et les grévistes, 7 h 30 le matin, le soleil à peine sorti pour venir crever le gris froid de l’hiver, pris entre la route régionale et la grille d’entrée, ils ont le lac dans les yeux, un feu qui brûle gêné dans une vieille tobe de sécheuse, et pas grand-chose d’autre. Il crépite et gigote un peu, le feu, il fait ce qu’il peut pour réchauffer le monde. C’est pas chaud, dit Judith en arrivant avec son plateau de cafés Tim Hortons, elle est arrêtée à Roberval. Un lait un sucre chaque, pas une température pour gosser après les petites cups ou les petits sachets: à moins trente-deux dehors – avec le vent –, t’enlèves pas tes mitaines, pis si elles ont un trou dedans, tu le sais en crisse.

Kevin Lambert, Querelle de Roberval. Fiction syndicale, Montréal, Héliotrope, 2018, 277 p.

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Tous les francophones ne parlent pas le même français

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Le dernier roman de Jean-Paul Dubois. Un cru honnête. Ceux qui comme moi ont lu ses romans précédents l’apprécieront. Sa lecture exige toutefois un amour inconditionnel de l’auteur. Si vous n’êtes pas prêts à lui pardonner l’utilisation de la parlure franchouillarde d’un personnage pur jus québécois, je vous conseille de passer votre tour.

Les aficionados des romans de Dubois souriront en relisant «ce qui revient toujours» dans ses textes. Les figures récurrentes : la hantise des arracheurs de dents, une tondeuse à gazon, les accidents de voiture et maritimes, un sympathique pitou, une morsure, un bricoleur, des amours contrariés, des personnes dépressives et névrosées, le personnage d’Anna, de même que celui de Paul, personnages principaux de nombreux de ses récits.

La composition d’ensemble. Récit alterné de la vie de Paul. Il est emprisonné dans un «condo» à la prison de Bordeaux, avec comme colocataire un Hells qui a un bagout franchouillard. L’autre volet, l’histoire des tribulations de sa famille franco-danoise. Petite tension dramatique pour nous maintenir agrippés au livre. Mais qu’a donc bien pu faire Paul pour se retrouver en prison?

Des personnages hauts en couleur. Horton, un Hells, qui a un «un pet au casque» et que j’ai fini par trouver plutôt marrant et sympathique, malgré l’extravagance de sa parlure. J’y reviens. Le père de Paul, danois, pasteur méthodiste, qui décide un jour de débarquer au Québec à Thedford Mines pour prêcher la bonne parole alors qu’il a perdu la foi. Son épouse, athée, férue de cinéma, elle exploite une salle, Le Spargo, dans laquelle elle projette des films de toutes sortes : Zabriskie Point, Théorème, Blow up, des Tarkovski… et un peu de porno, genre Gorge profonde. Il faut que ça roule cette boîte. Leblond, l’organiste du prêtre méthodiste qui pousse des airs de jazz, de blues et de swing pendant les offices religieux. Une Algonquine, son imaginaire, pilote d’un avion-taxi Beaver, épouse de Paul. Une savante petite chienne.

La langue

On connaît l’affaire Lambert,  la «réécriture» de son roman Querelle de Roberval afin qu’il soit lisible pour les Français. Fort heureusement, il a convaincu son éditeur de maintenir à l’identique ses dialogues.

Dans le roman de Jean-Paul Dubois, ça prenait une bonne dose d’incrédulité pour avaler, sans parfois s’étouffer, les propos de Horton dans une histoire qui se déroule en grande partie au Québec.

Chipotons. Deux poids, deux mesures?

Malgré tout, j’en recommande la lecture pour son côté truculent mêlé de tragique.

Je vous préviens toutefois. Préparez-vous à vivre dangereusement des moments d’apnée littéraire.

P.-S. Dans une entrevue dans la Presse + ce matin, il avoue que l’emploi de l’argot parisien était en effet ridicule : Je ne savais pas quoi faire autrement. C’est une erreur, j’ai été lâche. En France, ça passe très bien, mais pour vous j’avais conscience dès le début que ce serait ridicule. Et ce l’est. Vous avez entièrement raison. C’est une erreur, mais je ne sais pas comment faire autrement sans être moi-même ridicule, comme les Français qui singent l’accent québécois. Je ne me sentais pas capable de faire quelque chose qui ne soit pas parfait dans l’argot québécois.

Hum! Je ne suis pas écrivain, mais les Français ne doivent pas tous habiter sur le Plateau. Il doit bien y en avoir qui sont débarqués au Québec de longue date, qui ont conservé leur argot, qui se sont convertis à la religion des Hells Angels et qui ont un «condo» à la prison de Bordeaux.  Capilotractée, mon entourloupette?

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Vocabulaire et expressions employées par Horton :

Putain, je parle, et à chaque fois je déborde.

Calcif.

Je l’avais payée une blinde cette putain de céramique [une couronne dentaire].

La dernière fois ce con s’est pointé chez le juge avec des pompes à glands et des socquettes de cheerleader.

Je vais le dégager ce mec, je le sens pas. Non ce qu’il me faut à moi, c’est une brutasse, un avocat genre mafieux qui rien qu’en rentrant dans la pièce foute le doute au juge.

Non, mais comment y se la joue le mec. C’est chaud, putain, c’est vraiment chaud.

T’as vu ce qui s’est passé hier à New York et aussi dans d’autres villes dans le monde? 3000 types ont enlevé leur falzar en même temps, tu le crois ça? C’était paraît-il la fête du « No Pants Day ». […] T’imagines un gardien qui se pointe au condo en string et qui te gueule : « Hansen au parloir! Ou alors le juge au tribunal, qui te colle vingt piges en caleçons».

« S’ils lui collent tout ça les toubibs, c’est qu’ils savent qu’il a un pet au casque ».

Il a une tête à clouer les pattes des chats.

Il est d’où ton père déjà? Du Danemark? Putain ça peut pas mieux tomber. Tu sais contre qui ils ont joué leur premier match officiel, Les Danois, en 1949? Et tu as une idée du score? 49 grains à 0. [match de hockey]

La crosse [pour le bâton de hockey : on se croirait dans une traduction française d’un roman de Philip Roth].

La semaine dernière on a tous chopé la fouiste, toute la taule d’un coup, à se vider du matin au soir les uns devant les autres et à croquer de l’Immodium par poignées.

Je vais en démouler un vite fait [il va faire caca, devant son colocataire].

Voir aussi :

Température et incipit : Tous les hommes n’habitent pas le même monde de Jean-Paul Dubois.

Confier son avenir politique à trois points-virgules.

Mise à jour du 20 octobre 2019:

Pour compléter le tableau, des zeugmes que j’avais refilés à L’Oreille tendue :

«L’Excelsior était à l’image de sa piscine. C’était un immeuble fragile, fantasque aussi, joueur, primesautier. Été comme hiver, il fallait toujours garder un œil sur lui. Sinon, profitant de la moindre inattention, il risquait de me fausser compagnie. Charge à moi de le ramener ensuite à la raison et à la maison. Il en allait alors de L’Excelsior comme du dentifrice, prompt à gicler hors de son tube, moins fervent pour y retourner.»

«Dans cette église vide, quand LeBlond s’asseyait à sa table de travail, quand ses doigts convoquaient tous les diables du jazz, du blues et du swing, la vieille barque se soulevait soudain, les cieux viraient au bleu, le bonheur s’engouffrait dans les nefs et les tympans, Jésus rentrait dans sa tombe, et Gerard, le prélat de Sherbrooke, régnait en unique maître au plus haut des cieux.»

«Le 24 avril de cette année-là, en fin de matinée, victime du mauvais goût de la mode, mais aussi de son âge et surtout du réajustement brutal du prix du pétrole, la dernière DS sortit des usines Citroën du quai de Javel.»

«J’aime la géographie des voyages, celle que l’on traverse à pied, à hauteur d’homme, instruit par les déclivités, la fatigue des jambes et le caprice des cieux. Beaucoup moins celle des livres enluminés de graphes et de data. Mon séjour au campus se résuma donc en une suite de va-et-vient désinvoltes, de contrôles de méconnaissances, de séances de polycopiés entrecoupées d’interminables journées de cinéma qui, le soir venu, me rendaient aux miens illuminé mais fourbu.»

«J’ignore tout de l’homme qui, à ma suite, a repris cette charge et accepté de vivre dans les viscères de cette résidence. Ni à quoi ressemblent aujourd’hui les entrailles de L’Excelsior. Je sais seulement que ce petit monde imaginatif de soixante-huit unités, capable de produire une infinie combinaison de pannes, de soucis et d’énigmes à résoudre, me manque énormément.»

Référence :

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Éditions de l’Olivier, 2019. (édition numérique)

 

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Température et incipit : Tous les hommes n’habitent pas le même monde de Jean-Paul Dubois [58]

dubois jp hommes

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Il neige depuis une semaine. Près de la fenêtre je regarde la nuit et j’écoute le froid. Ici il fait du bruit. Un bruit particulier, déplaisant, donnant à croire que le bâtiment, pris dans un étau de glace, émet une plainte angoissante comme s’il souffrait et craquait sous l’effet de la rétraction. À cette heure, la prison est endormie. Au bout d’un certain temps, quand on s’est accoutumé à son métabolisme, on peut l’entendre respirer dans le noir comme un animal endormi, tousser parfois, et même déglutir.

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Éditions de l’Olivier, 2019. (édition numérique)

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Confier son avenir politique à trois points-virgules

dubois jp hommes

Période trouble de notre histoire racontée avec humour par Jean-Paul Dubois dans son dernier roman : le référendum de 1979 sur le projet de souveraineté-association avec le reste du Canada.

Le contexte :

Le Québec avait engagé un processus référendaire en vue d’obtenir son indépendance, de donner son congé à Ottawa, de tirer sa révérence à Londres, et de vivre entre les siens le reste de son âge. Soigneusement empaquetée et enrubannée par le politicien René Lévesque et le Parti Québécois, la question référendaire relative à l’indépendance de la province fut déposée au pied du sapin fédéral le 20 décembre 1979 mais aussi dans les pattes du gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, qui, bien que québécois lui-même, s’opposait farouchement à cette idée de divorce camouflé en « souveraineté-association ». En tout cas, chacun connaissait désormais le mode d’emploi d’un avenir qu’il aurait à choisir en se déterminant à partir d’un texte élaboré au Parti Québécois par de sacrés jésuites, dont l’un fut d’ailleurs plus tard soupçonné d’être une taupe de l’État fédéral.

La question :

«Le Gouvernement du Québec a fait connaître sa proposition d’en arriver, avec le reste du Canada, à une nouvelle entente fondée sur le principe de l’égalité des peuples ; cette entente permettrait au Québec d’acquérir le pouvoir exclusif de faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses relations extérieures, ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de maintenir avec le Canada une association économique comportant l’utilisation de la même monnaie;  aucun changement de statut politique résultant de ces négociations ne sera réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre référendum ; en conséquence, accordez-vous au Gouvernement du Québec le mandat de négocier l’entente proposée entre le Québec et le Canada ? »

Le regard psycho-socio-linguistique :

Même la maison DuLaurier aurait refusé de construire quoi que ce soit à partir d’un plan aussi maladroit quand, de surcroît, l’architecte de cet empilement, au comble de son impéritie, fait, en un seul texte et à trois reprises, usage du point-virgule, ponctuation de l’embarras et du doute, révélatrice d’un esprit timoré hésitant entre la tentation d’en terminer une bonne fois pour toutes ou de continuer la phrase pour voir jusqu’où elle nous mène.

Confier son avenir à trois points-virgules, le résultat :

Le mardi 20 mai 1980, après une rude campagne qui alla même jusqu’à instaurer des lignes de démarcation à l’intérieur des familles, le peuple du Québec mit 2 187 991 fois le bulletin intitulé « Non merci ! » dans les urnes et rejeta à 59,56 % l’idée de confier son avenir à trois points-virgules.

Jean-Paul Dubois, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Éditions de l’Olivier, 2019. (édition numérique)

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Vers Juan Miró, en char

Miro Québec en char

[Speed writing, revu et corrigé. publié sur FB, le 4 septembre. Je le récupère dans mes archives.]

Un petit aller-retour Montréal-Québec aujourd’hui, en solo et en char. Très instructif. J’ai attrapé sur le pouce plein de trucs intéressants, d’autres moins : à l’école,  les cours d’éducation à la sexualité et au plaisir (ça manque un peu, je pense), tout sur Sesame Street, la manœuvre d’Heimlich, les dérapages pas poétiques pantoute de Maxime Bermier, le retour de Manu Chao, l’envie d’aller voir Il pleut des oiseaux, le succès du 12 août pour la littérature québécoise, les films d’horreur à ne pas voir, tout sur les digues, un orage pas possible, des hosties de klaxons, des gros monstres de camions qui me collaient au train, un sens unique, une affiche m’indiquant la mauvaise direction pour me rendre à  Madrid (!),  un arrêt chez McDonald pour faire pipi. Dites-moi, Rebecca Mackonnen, elle est sympa, elle a une culture cinématographique étendue, elle connaît tous les noms des perchistes, des maquilleurs et des acteurs de second rôle des films produits aux États-Unis au cours des vingt dernières années, mais il m’a semblé qu’elle faisait beaucoup de name dropping. 

J’ai aussi vu lentement l’exposition de Miró. Fabuleux. 
Vendredi, je vais chez le dentiste.
Hier, j’étais à Ottawa (Gauguin).
Semaine chargée.
Doux Jésus, ne pas oublier d’aller ramasser les jeunes demain au camping!

P.-S. Pour une appréciation plus détaillée de l’exposition de Miró, lire le beau texte d’Isabelle Larrivée. , sa virée, plus écolo, en autobus.

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Température et incipit : La position du tireur couché de Jean-Patrick Manchette [57]

Manchette

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

C’était l’hiver et il faisait nuit. Arrivant directement de l’Arctique, un vent glacé s’engouffrait dans la mer d’Irlande, balayait Liverpool, filait à travers la plaine du Cheshire (où les chats couchaient frileusement les oreilles en l’entendant ronfler dans la cheminée) et, par-delà la glace baissée, venait frapper les yeux de l’homme assis dans le petit fourgon Bedford. L’homme ne cillait pas.

Ce qu’en pense Philippe Didion dans ses Notules dominicales du 18 août 2019 : magistral.

«On est ici dans un roman d’action et de comportement (behavioriste, en bon français) d’où toute psychologie est exclue. Action, vitesse, détachement du narrateur, ingéniosité de la construction en boucle, c’est magistral.»

Jean-Patrick Manchette, La position du tireur couché , Gallimard, coll. Série noire n° 1856, 1981; 192 p.

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