Pimenter ses ébats sexuels, au passé simple et à l’imparfait du subjonctif

cataonie

Pendant tout le repas, je lui tins la main en lui susurrant des compliments excessifs, allant jusqu’au mensonge le plus éhonté quand je lui donnai à entendre qu’il se pouvait, somme toute, qu’elle ne fût point tout à fait bête. Ces tendres attentions, ainsi que la bouteille de bordeaux dont elle avait usé pour se rincer la dalle, firent en sorte qu’au sortir de la table elle manifesta le désir d’avoir des rapports sexuels. J’y consentis et nous nous déshabillâmes. Cependant, après quelques minutes d’intenses préliminaires, je constatai que j’avais du mal à trouver ma vigueur habituelle. Elle le remarqua également : « Mais, mon cher, vous ne bandez guère.

– En effet, ma mie, cela est fâcheux.

– Allons, ne vous en faites pas, vous banderez la prochaine fois. »

Cette prochaine fois survint aussi tôt que le lendemain, alors que madame D*** débarqua chez moi au début de l’après-midi, tenant un magazine féminin à la main. Je sus aussitôt que je passerais un sale quart d’heure. « En rentrant hier soir, j’ai téléphoné à quelques-unes de mes amies pour leur parler de votre défaillance. L’une d’elles, mademoiselle R***, que vous connaissez, m’a suggéré la lecture d’un article intitulé « Pimentez vos ébats », paru dans le dernier numéro de la Gazette féminine. Je dois admettre qu’il y a là-dedans quelques excellentes idées pour briser la routine. Que diriez-vous de faire un essai ? » Estimant qu’il serait peu diplomate de dire la vérité (« Je préférerais être envoyé aux galères, ma mie »), je lui affirmai que rien ne me ferait davantage plaisir que de copuler en obéissant aux directives de la Gazette féminine. « Je savais que cela vous enchanterait, monsieur. Bon voilà, comme premier conseil, la rédactrice de l’article suggère d’adopter quelque pratique sexuelle nouvelle. Naturellement, j’ai songé à cette nuit où, pris de boisson, vous fîtes mine, au moment de m’honorer, de vous tromper d’orifice. Je vous flanquai alors à la porte mais, les circonstances étant ce qu’elles sont, je crois qu’il ne serait point inconvenant que vous m’enculassiez. Qu’en pensez-vous ?

– Je suis à votre service, madame. »

À lire.

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Blais, François, Cataonie. Nouvelles, Québec, L’instant même, 2015, 117 p. (édition numérique)

 

A propos Luc Jodoin

Bibliothécaire
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