Profusion de zeugmes dans «Épinette» d’Isabelle Lapointe

epinette

L’autrice zeugme avec habileté et prodigalité. En voici un échantillon :

Je suis allée chercher quelques feuilles de laitue iceberg dans le fond du frigidaire. « Le p’tit va aimer ça. » Dedé m’a raconté comment il avait trouvé le lièvre dans un de ses collets posés la veille. « Rien qu’une patte d’en arrière de pognée. Pas blessé, rien. Un p’tit miraculé ». Il allait le dompter et le donner à la fille de sa blonde Carole, qui restait à deux maisons d’ici. De toute façon, sa Jackie avait déjà un siffleux. Et moi, j’avais déjà un chien, une perruche et une mère fâchée.

Mes parents, en revenant des commissions, l’avaient ramassée en pleurs sur le bord de la 138. Ils l’avaient amenée. L’avaient déposée dans la cuisine. Elle s’était affalée sur la chaise. Elle avait déversé son sac à tristesse sur la table et dans sa tasse de café un long bout avant que ma mère lui dise de rester avec nous autres, à maison, le temps d’aller mieux.

Fabienne avait l’humeur et la jupe légères. Cul au vent la plupart du temps. Pas étonnant quand ta jupe, on l’avait levée souvent sans ton consentement. Ça devenait banal, ordinaire. C’était de même que ça se passait. C’était la vie.

Jusque-là, elle avait été la blonde laide de mon grand-petit-oncle-cousin, un bonhomme qui ressemblait à mon grand-père et qui apparaissait une fois aux mille ans à la maison. Avec sa bouteille de dry gin pis sa bonhomie.

Quand Victor était là, ma mère ne parlait presque pas. Elle savait que ça ne faisait que jeter de l’huile à patates sur le feu. Pour fermer le sac de misère dont le contenu était sans fond, elle optait pour des méthodes douces. Elle sortait son micro, son clavier Casio et sa bonne humeur, celle qu’elle réservait pour ses vrais amis.

***

Lecteurs, lectrices, lecteurices, auteurs, autrices et auteurices de tous horizons, je vous souhaite de trouver refuge dans ce roman à l’oralité déjantée, tordante, tordue, irrésistible, zinzin, désembrayée, brindezingue, azimutée et autres épithètes du même tonneau.

Prochaine destination avec le FLC : la Côte-Nord de ce roman, sans hésiter.

Une recommandation de lecture de JimG, traducteur émérite à la retraite.

Voir aussi sur Épinette : hockey et rimettes.

Isabelle Lapointe, Épinette, La Mèche, 2025, 280 pages;

À propos de Luc Jodoin

Effleure la surface des choses. Intérêt pour la littérature, la langue, les arts visuels, la sociologie et les enjeux sociaux. Tendance woke. Préfère Madrid à Barcelone.
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