
Un doublé.
Primo. Où il est question du chat de Schrödinger sans le nommer. L’art d’esquiver le poncif.
La traduction française suit.
El acto de traducir, que todos damos por supuesto, alberga aspectos misteriosos. En La invención de la soledad, Paul Auster reflexiona sobre esta experiencia casi mágica, este juego de espejos. Sus entresijos le intrigan porque, durante muchos años, el escritor se ha ganado la vida traduciendo los libros de otros escritores. Se ha sentado en su escritorio, ha leído un libro en francés y, a continuación, con esfuerzo, ha escrito el mismo libro en inglés. En realidad, es y no es el mismo libro, y por eso la tarea nunca ha dejado de asombrarle. Hay una fracción de segundo en la que toda traducción roza el vértigo, el inquietante encuentro cara a cara con el propio doble, el desconcierto cuántico de la superposición de estados. Auster se sienta ante su mesa para traducir el libro de otra persona y aunque solo haya una presencia en la habitación, en realidad hay dos. Auster se imagina a sí mismo como una especie de fantasma vivo de otra persona —muchas veces muerta—, que está y no está, y cuyo libro es y no es el que traduce en ese mismo instante. Entonces se dice a sí mismo que es posible estar solo y no estarlo en el mismo momento.
Irene Vallejo, El infinito en un junco : La invencion de los libros en el mundo antiguo.
Deuxio. La traduction française? En réalité, c’est et ce n’est pas le même livre […].
L’acte de traduire, que nous tenons pour acquis, recèle des aspects mystérieux. Dans L’Invention de la solitude, Paul Auster réfléchit à cette expérience presque magique, ce jeu de miroirs. Ses subtilités l’intriguent car, pendant des années, l’écrivain a gagné sa vie en traduisant les livres d’autres auteurs. Il s’est assis à son bureau, a lu un livre en français puis, avec des efforts, a écrit le même livre en anglais. En réalité, c’est et ce n’est pas le même livre, et pour cette raison la tâche n’a pas cessé de l’étonner. Il y a toujours une fraction de seconde où toute traduction confine au vertige, la rencontre inquiétante, face à face, avec son propre double, la stupeur quantique de la superposition d’états. Auster s’assoit à son bureau pour traduire le livre de quelqu’un d’autre et, bien qu’il y ait seulement une présence dans la pièce, en réalité il y en a deux. Auster s’imagine lui-même comme une sorte de fantôme vivant d’une personne – souvent morte – qui est et n’est pas là, dont le livre est et n’est pas celui qu’il traduit à cet instant. Alors il se dit à lui-même qu’il est possible au même moment d’être seul et de ne pas l’être.»
Irene Vallejo, L’infini dans un roseau : l’invention des livres dans l’Antiquité.