Température et incipit : Un café avec Marie de Serge Bouchard [86]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fictions.

Nous sommes en après-midi et, déjà, la matinée me manque. Il est loin, mon premier café, elle est loin, ma tête neuve, et où sont passées mes idées claires ? Depuis le matin, j’ai vu à la fenêtre deux beaux oiseaux, monsieur et madame Cardinal, aller et venir à la mangeoire. Ma blonde et moi les avons salués. J’ai vu six vieux érables noirs aux troncs gelés et mouillés montant la garde dans le creux de l’hiver, comme des gardiens impassibles plantés pour toujours devant un temple à jamais disparu. Le jour sera gris, il neige un peu, mais en réalité il pleut. Nous prenons ce bon café, le premier du matin, nous établissons ensemble le plan de la journée, de la semaine. Voici l’avant-midi de tous les espoirs, le saint lundi de l’énergie. Marie mange des œufs à la coque avec des mouillettes. Nous voudrions tous les deux que ce moment dure, nous voudrions abolir le futur. J’écris, elle écrit, nous écrivons. Elle me parle du castor, elle me fait lire son texte sur la maternité, l’adoption et l’amour, je lui ferai lire mon texte pour la radio, comme chaque semaine, et nous allons ainsi du coq à l’âne dans une sorte de douce danse où deux esprits complices cherchent le bon mot, la bonne phrase, le bon sujet.

Serge Bouchard, Un café avec Marie, Boréal, collection papiers collés, 2021. [édition numérique]

A propos Luc Jodoin

Bibliothécaire
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