La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne […] Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici
Des mouches à merde! J’adore cette expression pour parler des gendarmes. En français québécois, on dit des bœufs. Ces grosses bêtes qui, une fois en uniforme, se transforment en mouches à marde. C’est ce qu’affirment les honnêtes gens.
Quand on est sortis de chez Brocq j’ai vu ma mère, debout devant sa maison, les deux mains sur les hanches, dans son tablier, qui regardait vers la route, en bas.
Nous on ne voyait rien.
Elle a appelé ma sœur : « Rentre dedans ! » Et Louise a lâché son grillage, s’en est revenu à la cuisine. Alors le chien s’est remis à brailler, avec un silence entre chacun de ses aboiements rauques.
Arrivés dans la cour on a regardé la route encore, et on a vu la voiture bleu foncé qui s’en venait par ici, avec cette manière qu’ils ont de rouler moins vite que les honnêtes gens.
« C’est pour nous, a dit ma mère. Faut bien que vous m’ameniez des misères encore…
— Des mouches à merde… j’ai répondu. Parce que les gendarmes on les aimait pas trop.
La petite voiture bleue a commencé de monter et a piqué droit sur notre maison, a tourné dans la cour ; on les attendait venir.
« Juste pour un contrôle, madame Buzon. »
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François Bon, Le crime de Buzon, Éditions de Minuit, 1986.
