Lire Argus, d’une couverture à l’autre, sans omettre un caractère

Vous avez littéralement plongé dans Argus, la revue québécoise des professionnels de l’information. volume 40, no 1, printemps-été 2011 / poste publication 40021801.

Vous l’avez lu,  systématiquement. D’une couverture à l’autre. Aucun mot, aucun caractère, ne vous a échappé. À vous arracher les yeux. Vous avez aussi traqué du sens dans les pubs, les listes de prix,  la pagination, les notes infrapaginales, les adresses courriel, les liens URL (illisibles).

La revue Argus est publiée par la Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec. Corporation of Professional Librarians of Quebec (p.3)

La revue a 40 ans. Facture graphique renouvelée grâce aux bons soins de l’illustrateur Clément de Gallejac et de la graphiste Martine Maksud . Le numéro porte sur le futur et comporte 56 pages, si on inclut quatrième de couverture et son dos.

Loupe aidant vous découvrez. Les rédacteurs en chef (invariable) de la revue sont Marie D Martel et Vincent Audette-Chapdelaine. Le comité de rédaction est composé de 6 personnes : Claude Ayerdi, Julie J. Fortin, Marie D. Martel, Vincent Audette-Chapdelaine, Thierry Robert et Patrick M. Lozeau. Un bel équilibre : trois femmes, trois hommes. Insertion d’une initiale entre le prénom et le nom de trois des membres du comité (J, M, D).  J. B. Deschamps assure l’impression et Jean-François Similien (514-845-3327) a la responsabilité de la publicité. (p. 5).  Pierre Chaperon est au poste à la révision linguistique.

Typologie des collaborateurs au contenu :

Métiers :

  • Huit architécologues (si vous trouvez l’occurrence de ce mot dans la revue, vous ne gagnez rien, mais vous enrichissez votre vocabulaire)
  • Un philosophe, professeur titulaire à l’Université de Montréal, heureusement contaminé par l’esprit ludique qui traverse l’ensemble du numéro
  • Deux architectes californiens
  • Un illustrateur : Ramon Vitesse, au patronyme prédestiné pour cette revue portant sur le futur

Courriels :

  • Cinq collaborateurs utilisent Gmail comme logiciel de messagerie. Un sixième, Thierry Robert, l’utilise également, c’est connu. Attachement profond à son employeur? Il nous laisse le courriel portant la marque de la ville de Montréal. 😉
  • Les professeurs (2) s’associent à leurs universités.
  • Un Videotron et un Sympatico : pas de chicane.
  • Un Hotmail

La forme du contenu

  • Six extraits d’archives commentés, dont l’un ne porte pas de signature (La lecture au Québec de 1977 à 2011, p. 12).  Une réalisation du comité de rédaction?
  • Une entrevue en anglais avec Bret Walters et Duncan Young
  • Six articles de fond
  • Un billet recensant des citations de Quora à propos du futur des bibliothèques publiques
  • Un«comic strip» documentant les utopies du futur
  • Une recension de lecture
  • Une délirante ligne du temps, petit exercice de futurologie par l’équipe de rédaction (2012 à 2051, avec petits sauts aux trois ans). Deux exemples :

2024. La notion de document continue à s’étendre : certaines bibliothèques scandinaves prêtent du mobilier IKEA à leurs usagers.

2030. Inspirés de Renaud-Bray, les employés de Google Books mettent au point un algorithme pour définir les coups de coeur. Le même algorithme gratifie Twilight de la mention «Coup de coeur éternel»

La publicité

Neuf organismes se sont payé une pleine page de publicité, dans l’ordre de parution:

  • Bibliothèques et archives nationales (1-800 363 9028)
  • Regard, de la Société Grics (514 241 3730) ()
  • RVM : Répertoire de vedettes-matière de l’université Laval
  • La librairie Monet (514 347 4083)
  • BiblioMondo, une division de MondoIn (514 337 3000)  L’entreprise québécoise tente de percer le marché mondial. Nom des produits à saveur «universelle» : In NetMedia, In Shift, In Edition (sans accent).
  • ONF – NFB, son cinéclub
  • Archambault.ca (1 877 849 8589) . Attention nouveautés. Attention libraire, coquilles : «À surveillez (sic) bientôt LIVRES NUMÉRIQUES.»
  • OCLC qui propulse son WorldCat et qui plussoie à qui mieux mieux : «Vos utilisateurs trouveront beaucoup plus – plus de matériel, plus de format, plus d’options de socialisation, plus de langues (…) plus de connexions…
  • RabaisCampus.com. (1 800 265 0180) Service d’abonnement aux membres. Cette page m’a donné du mal, quelque 143 titres à lire, avec la durée, votre bas prix et le prix en kiosque. Divers calculs pour vérifier les économies… pouvant aller jusqu’à 89 % par rapport au prix en kiosque…

Deux organismes se sont payé une demi-page

  • Les Reliures Caron & Létourneau Ltée (1 800 686 2059) fait équipe avec Reliure Travaction (1 800 267 4991)
  • Les Solutions de rangement Prisma (1 888 248 4030)

Accroche-lecteur : des contenus

Tout le numéro est à lire, mais pour vous donner le goût d’y aller voir, je note:

l’avenir est imprédictible;  les prédictologues «en général, ne réussissent pas mieux, statistiquement, que si on avait fait les prédictions à partir des lancers d’une fléchette sur une cible par un chimpanzé»; face à la complexité du monde, mieux vaut le doute, l’attitude du renard plutôt que celle du hérisson… (Jean-Pierre Marquis, Que pouvons-nous vraiment prédire? p. 28)

que Mario Tessier a réalisé une riche recension des bibliothèques du futur dans la littérature de science-fiction. Les bons auteurs ont d’ailleurs une meilleure note que les chimpanzés en matière d’évaluation de tendances… Voir, entre autres nombreux exemples, le Personal Access Display Device de Star Treck et sa similitude avec nos tablettes numériques. (Les bibliothèques du futur en science-fiction., p. 40)

que vous pourriez devenir bibliothécaire de vous-même. Un article profondément original, fascinant et un tantinet perturbant. (Marie D Martel : L’hyperdocumentation et la mémoire qui fabrique le futur. p. 20)

Sinon, pour l’audace réflexive et l’humour, «La Ludification de l’univers, rien de moins» (p. 24), par Claude Ayerdi et Thierry Robert (en quête incessante et ludifiante de lecteurs) est déjà disponible sur Lucidité.

Félications aux rédacteurs en chef et à l’ensemble des collaborateurs.

«Le futur», un concept bien fouillé et jouissif.

La revue est brochée :) :

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Pastiche : Ilibrarian

Questions de référence :

5 steps to a successful … ?
3 Tips for … ?
40 cool ways for … ?
17 more ressources … ?
4 tips for effective …?
17 web ressources … ?
50 online tools … ?
5 tips for driving … ?
13 hot Facebook …?
44 usefull mobile apps … ?
5 things Google + … ?
5 big mistakes … ?
4 free tools … ?
38 new digital … ?
10 tools to improve … ?
8 ways to maximize … ?
6 daily habits … ?
15 beautiful and creative … ?
3 Cloud services … ?
Top 7 reasons … ?
6 ways to social … ?
5 things to teach … ?
6 successful Foursquare marketing … ?
5 things you need … ?
6 tools to simplify … ?
18 usability ressources … ?
39 google apps … ?
7 thnigs you should know … ?
5 TED talks librarians should watch … ?

About SEX…

Euh, le helpdesk est fermé

On trouvera, par ailleurs, l’excellent blogue de Ilibrarian ici

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Un polar


Je préférerais, ne pas. Bartleby

La thématique du déménagement bat son plein cet été sur le site web des BPM dans le cadre de l’animation sur les textes de la collection de l’éditeur numérique Publie.net. On a eu droit aux pérégrinations de Mahigan Lepage (Le silence des lichens), à Cartons de Christine Jeanney, voilà qu’on nous propose un double déménagement dans un polar de Didier Daeninckx : À louer sans commission.

Longtemps que je n’avais pas lu un polar. Plaisir renouvelé. Tout y est : troquet, flipper, tabac, bière pression, chien en rut, femme nue à la fenêtre, robe qui tombe, femme faire-valoir un peu nunuche (ça se met à brailler sans raison), chauffeur de taxi qui chante Claude François : J’y pense et puis j’oublie, des graffitis («LePen ce soir sur A4 : ses idées sont séropositives. Enfilez un préservatif sur votre télé !»),  de la conscience sociale, des entournures interculturelles (allez voir le coup des Auvergnats)…

À lire pour écouter les silences d’un vieux qui se fait virer salaud de son logement pour cause d’accumulation de paperasses dans son logis (depuis 1945 : hasard?)

«Ils sont tombés sur une annexe de la Bibliothèque nationale ! La cuisine, les chiottes, la pièce principale, tout était bourré jusqu’au plafond de journaux, de prospectus, de livres, de photos… Cinq ou six tonnes de documents. Il y avait même un grand carton rempli de tickets de métro, de bus… Les chic et choc qu’on connaît, mais également les anciens tickets détachables, ceux qui se vendaient en carnets de dix, et qui se dépliaient comme des accordéons. Le vieux conservait tout le papier qui lui passait entre les mains depuis 1945 : les étiquettes de camembert, les papiers d’emballage du boucher, les avis de passage du gaz et de l’électricité, les professions de foi des candidats aux élections. Tout !»

L’auteur aurait pu nous étirer la sauce, il y avait matière,  mais c’est parfait ainsi avec son petit lot de mystères non résolus. Pas une note de trop.

Me suis ensuite jeté sur Bartleby de Melville (nouvelle traduction chez Publie.net). Autres silences bruyants. Pour son humour, ses mystères et sa modernité (c’est quand même écrit en 1856)

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J’ai déménagé moi-aussi, avec vue côté jardin :



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Branle-bas de combat dans ma bibliothèque

Branle-bas de combat dans ma bibliothèque. Je déménage mes pénates dans une autre pièce question d’avoir vu côté jardin.

J’écoute les quatuors à corde de Shostakovitch en me demandant ce que je vais bien faire de mes collections de livres de Maurice Leblanc, Hugo, Kafka, Marivaux, Zweig, Tchekov, Camus, Proust (dans différentes collections), etc. – maintenant que tout cela est bien rangé numérique dans DropBox, lisible et lu avec le Ipad?

Je procrastine, mais je pense que je vais les conserver pour le simple plaisir de l’inutilité. Un petit pied de nez au temps qui va, un tantinet techno-utilitariste.

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Les choses : boîtes, cartons, malles et civilisation

1er juillet, ça bouge à Montréal. Des milliers de personnes déménagent leurs pénates, laissant derrière eux, sur les trottoirs, plus de 60 000 tonnes d’ordures, d’objets de pacotille et de meubles. Toutes choses du tran tran quotidien que recycleurs et revendeurs essaieront tant bien que mal de récupérer. Mais attention, invasion de punaises, matelas et sofas ne trouveront pas preneur. Fête du déménagement et du consumérisme.

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Petite pensée pour l’opuscule : What technology wants? De Kevin Kelly, ancien rédacteur en chef de la revue Wire, gourou et prophète des nouvelles technologies. Penseur du progrès, de son inéluctabilité. Quand le Verbe se fait technologie :

No longuer a noun, technology was becoming a force — a vital spirit that throws us forward or pushes against a thing. Not a thing but a verb.

Technophile un peu béat :

Technologies get better, cheaper, faster, lighter, easier, more common, and more powerful as we move into the future

Le monde file vers le bonheur, vers le futur, à moins que ce ne soit le futur qui se propulse vers nous. On n’y peut rien ou presque, sauf s’adapter. La civilisation est poussée vers le mieux-être par une force irréductible, le technium,  une espèce de moteur premier. En un mot, la technologie n’est pas ce que nous voulons,  elle s’auto-propulse, s’auto-produit. La technologie veut, elle désire, nous désire. Attention,  panier de crabes : aplatissement complet de la pensée du social et avènement définitif du « trend » technologique.

C’était déjà là, dans l’esprit hégélien ou dans les forces productives de Marx.  On atteint ici la fin de l’histoire, la fin des tensions,  la fin des médiations sociales. C’est là, punto.

We don’t have to do everything that the technium demands, but we can learn to work with this force rather than against it.

Et de nous démontrer statistique à l’appui, qu’en moyenne, l’homme vit mieux qu’il y a un siècle. Hum, la moyenne, en la matière, ne constitue pas la meilleure mesure de dispersion statistique. Plus d’un milliard de personnes sont sous-alimentées dans ce merveilleux XXIe siècle, (voir carte ici). Et « selon l’OMS, 3,4 millions de personnes décèdent chaque année de la pollution aquatique et que 2,6 milliards de personnes ne disposent pas de sanitaires » (voir ici).

Faim - Sahel

À lire  aussi : Ya basta de Thierry Crouzet, chez Publie.net

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Laissons là notre gourou, j’y reviendrai à la tombée des feuilles.

1er juillet, je file pour un petit tour dans les avenues de Rosemont. Direction la 3e , je sais que j’y croiserai un vieux copain qui est de service – avec son dix roues – pour le déménagement de son fils.  Déjà au loin, j’aperçois un bel édifice de boîtes bien empilées dans la remorque. Retrouvailles, bisous et tout, je tends la main, agrippe une boîte, une autre et une autre. C’est parti pour le grand déménagement 2.0 avec les braves qui ont été réunis pour l’opération.

Ça n’allait pas tarder. Muscles bien tendus, doigts en sang (les cartons tranchants) , sueur envahissante,  je m’absente – manie du massivement parallèle pour bien habiter le temps ou déficit d’attention. Cartons de Christine Jeanney – texte gai mouvement de la quotidienneté – s’insinue dans mes pensées surfant sur la vague des boîtes et des sacs fourre-tout de dernière minute qui virevoltent de main à main dans la chaîne des déménageurs volontaires. Ma pensée vagabonde,  délire structural. Ce sont toujours les mêmes cartons, les mêmes boîtes qu’on déménage : mêmes contenus, mêmes contenants, mêmes feutres, mêmes signalements, mêmes traces laissées derrière soi, mêmes promesses pour de nouveaux lieux. Même.

Lire  : Les choses, de Georges Perec et Le système des objets de Jean Baudrillard

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On ne fait pas ses cartons dans La recherche, on fait ses malles. Pour Combray, Balbec, Paris.

On déménage dans le chagrin, le mouvement lesté de nostalgie :

Le pépiement matinal des oiseaux semblait insipide à Françoise. Chaque parole des « bonnes » la faisait sursauter ; incommodée par tous leurs pas, elle s’interrogeait sur eux ; c’est que nous avions déménagé. Certes les domestiques ne remuaient pas moins, dans le « sixième » de notre ancienne demeure ; mais elle les connaissait ; elle avait fait de leurs allées et venues des choses amicales. Maintenant elle portait au silence même une attention douloureuse. Et comme notre nouveau quartier paraissait aussi calme que le boulevard sur lequel nous avions donné jusque-là était bruyant, la chanson (distincte de loin, quand elle est faible, comme un motif d’orchestre) d’un homme qui passait, faisait venir des larmes aux yeux de Françoise en exil. Aussi, si je m’étais moqué d’elle qui, navrée d’avoir eu à quitter un immeuble où l’on était « si bien estimé, de partout » et où elle avait fait ses malles en pleurant, selon les rites de Combray, et en déclarant supérieure à toutes les maisons possibles celle qui avait été la nôtre, en revanche, moi qui assimilais aussi difficilement les nouvelles choses que j’abandonnais aisément les anciennes, je me rapprochai de notre vieille servante quand je vis que l’installation dans une maison où elle n’avait pas reçu du concierge qui ne nous connaissait pas encore les marques de considération nécessaires à sa bonne nutrition morale, l’avait plongée dans un état voisin du dépérissement.

On fait ses malles, un peu lâche, quittant l’autre, en lui laissant le meilleur de soi-même

Lettre d’Albertine  :

Pardonnez-moi de ne pas avoir osé vous dire de vive voix les quelques mots qui vont suivre, mais je suis si lâche, j’ai toujours eu si peur devant vous, que, même en me forçant, je n’ai pas eu le courage de le faire. Voici ce que j’aurais dû vous dire. Entre nous, la vie est devenue impossible, vous avez d’ailleurs vu par votre algarade de l’autre soir qu’il y avait quelque chose de changé dans nos rapports. Ce qui a pu s’arranger cette nuit-là deviendrait irréparable dans quelques jours. Il vaut donc mieux, puisque nous avons eu la chance de nous réconcilier, nous quitter bons amis. C’est pourquoi, mon chéri, je vous envoie ce mot, et je vous prie d’être assez bon pour me pardonner si je vous fais un peu de chagrin, en pensant à l’immense que j’aurai. Mon cher grand, je ne veux pas devenir votre ennemie, il me sera déjà assez dur de vous devenir peu à peu, et bien vite, indifférente ; aussi ma décision étant irrévocable, avant de vous faire remettre cette lettre par Françoise, je lui aurai demandé mes malles. Adieu, je vous laisse le meilleur de moi-même.

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On pourra aussi lire de Proust, dans Publie.net : Journées de lecture

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Oreille tendue :  on ne fait pas ses cartons quand on déménage au Québec, on s’escrime avec ses boîtes. :)

et vraiment ça déménage dans ces trois textes de Mahigan Lepage : La science des lichens, Vers l’Ouest et Carnet du Népal

Écrit dans le cadre du projet de médiation numérique Déménagez vos cartons des Bibliothèques publiques de Montréal, Rosemont, canicule 2011.



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C’est dit, la terre est plate : La science des lichens de Mahigan Lepage, truculente

La tierra es redonda como una naranja.
Jose Arcadio Buendia dans Cent ans de solitude de Gabriel Garcia-Marquez

Appel du pied des Bibliothèques publiques de Montréal pour lire La science des lichens de Mahigan Lepage sur publie.net.  Ça,  ça se lit le temps d’un visionnement de Tout le monde en parle.  Et on y revient, à ces jeux dans l’espace, pour le plaisir de la répétition et de la différence. Envie parfois de me départir d’oeuvres éparses que je ne relirai pas. N’entreprend presque plus de livres qui ne méritent pas relecture. Me demande parfois pourquoi miens égarements dans le flux. Mais là vraiment,  je m’égare.

La science des lichens. Un texte plaisir qui moutonne en une seule phrase pour nous dire sourire en coin – bricolons vieux concepts – la vacuité du monde. Une vacuité truculente, sinon ça serait la poisse.

Texte soliloque. Lecteurs passagers du RER (le métro) vous êtes interpellés dès le début du texte par un québécois débarqué à Paris, tâté terrain, pour la rédaction d’une thèse de doctorat sur la biosurveillance lichonologique… Faut le faire! En échange de généreuses espèces boursières sonnantes et trébuchantes et pour éviter l’itinérance…

Je demande votre attention s’il vous plaît, on quitte Roissy et je suis fatigué, le soleil est haut dans le ciel, il est tard, c’est l’été ou presque, la chaleur va tomber, il faisait si chaud au Maroc, j’en reviens, comme vous peut-être, non sans doute pas, c’est que voilà, Paris m’épuisait, j’en pouvais plus, alors j’ai décidé d’aller au Maroc,

Parcours prétexte, jeux de miroir dans un métro rhizome qui mime le texte, pour nous dire que la terre est plate, que les petits bourgs du monde se ressemblent tous.  Sans aspérité. Exit l’exotisme. Un babil incessant lissant la planète. Voir aussi l’hilarante tentative du thésard de donner la parole aux lichens eux-mêmes (m.à.j. 1 juillet 2011)

il n’y a plus de différence, le Canada, Paris, le Maroc, Katmandu, Palaiseau, c’est toujours la même histoire, une histoire de trains et de voitures et de béton et de solitude, une histoire de bouches qui vous parlent et vous soûlent, j’en ai trop pris moi, je me suis assez fiait soûler moi, fini je me suis dit, maintenant c’est à moi de parler, le temps d’un trajet sur la ligne RER B, c’est quand même pas trop demander, votre attention le temps d’un trajet, c’est tout, pas une réponse, juste votre attention, le temps d’un trajet, de votre réponse de toute façon je saurais pas quoi faire,

Chassez l’ennui vous le retrouverez au bout de la rue, il n’y a plus de sorties possibles, sinon un regard ironique jeté sur le monde.

c’est un truc d’un vieux lichénologue, William Nylander qu’il s’appelait, il est mort en 1899, juste à temps pour éviter le XXe siècle

Un narrateur qui finira par se la fermer, comme une huître, pour éviter le pire et aller ailleurs.

Je vous invite à aller écouter cette voix, c’est bien résumé ici par ePagine :

Car ici (comme dans tout ce qu’il écrit d’ailleurs), c’est avant tout une voix qu’on entend – celles des grands. Qu’il soit question d’exotisme ou de lichénologie, de Descartes, de la langue française, de Paris-Plage, du Jardin des Plantes, d’ennui, de chaleur, de duperie, c’est la phrase qui prime, son souffle, son rythme, sa musique. Et celle-ci se déroule, vive, s’étend, malicieuse, prend son temps, mais sans jamais nous lâcher en route. Et moi je ne m’en lasse pas.

Pour l’ailleurs, il faut se pointer Vers l’Ouest, ça vaut le détour.

Vous ai-je dit que c’était disponible gratuitement pour les abonnés des Bibliothèques publiques de Montréal?



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Le format MARC : art extrême :)

Notice 1 de 1

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245 00 publie.net|h[ressource électronique] :$ble contemporain
s’écrit numérique.
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246 30 Contemporain s’écrit numérique
260    Saint-Cyr sur Loire, France : Publienet Eurl,|c2008-
300    Site Web
310    Mise à jour hebdomadaire
500    Titre de l’écran-titre (visionné le 24 octobre 2008)
500    « Fondé et proposé par tierslivre.net »
500    Coordonnateur éditeur: François Bon
506 1  Accès réservé aux abonnés du Réseau des bibliothèques
publiques de Montréal|5[QMBM]
516    Lecture directe en ligne par streaming et feuilletoir
520    « Lancé en janvier 2008, publie.net propose chaque semaine
de nouveaux récits, textes critiques ou poésie qui
témoignent de la vitalité de la création contemporaine…
Les textes proposés sont rassemblés par rubriques:
l’atelier des écrivains rassemble des inédits, des textes
devenus indisponibles, des chantiers de recherches
d’écrivains contemporains ;  voix critiques propose des
études sur des auteurs et des recherches théoriques ; zone
risque rassemble des inédits de jeunes écrivains, publiés
ou non, et des textes expérimentaux ; dans la rubrique
collections, des ensembles de poésie, des traductions, et
une suite de formes brèves (20 à 30 pages en général)
ouverte à toutes les recherches; domaine public: quelques
essentiels de la bibliothèque numérique.  »
598    Ressource Internet
650  6 Littérature francophone|vBases de données.
700 1  Bon, François,|d1953-
856 40 |uhttps://0-villedemontreal.publie.net.nelligan.ville.montreal.qc.ca/
|zAccès au site Web

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Les roses rosaçent avec Roland Giguère

et quelle couleur aura donc le court visage de l’été?
Roland Giguère

Les roses rosacent dans le jardin.  J’extraie Les armes blanches de ma bibliothèque, m’installe jardin, lecture haute fidélité de ce poème de Roland Giguère.  Odeurs et roulement de la matérialité des mots.

Rosace rosace les roses
roule mon cœur au flanc de la falaise
la plus dure paroi de la vie s’écroule
et du haut des minarets jaillissent
les cris blancs et aigus des sinistrés

du plus rouge au plus noir feu d’artifice
se ferment les plus beaux yeux du monde

rosace les roses les roses et les ronces
et mille et mille épines
dans la main où la perle se pose

une couronne d’épines où l’oiseau se repose
les ailes repliées sur le souvenir d’un nid bien fait

la douceur envolée n’a laissé derrière elle
qu’un long ruban de velours déchiré

rosace rosace les roses
les jours où le feu rampait sous la cendre
pour venir s’éteindre au pied du lit
offrant sa dernière étoile pour une lueur d’amour
le temps de s’étreindre
et la dernière chaleur déjà s’évanouissait
sous nos yeux inutiles

la nuit se raidissait dure jusqu’à l’aube

rosace les roses les roses et les ronces
le cœur bat comme une porte
que plus rien ne retient dans ses gonds
et passent librement tous les malheurs
connus et inconnus
ceux que l’on attendait plus
ceux que l’on avait oubliés reviennent
en paquets de petites aiguilles volantes
un court instant de bonheur égaré
des miettes de pain des oiseaux morts de faim
une fine neige comme un gant pour voiler la main
et le vent le vent fou le vent sans fin balaie
balaie tout sauf une mare de boue
qui toujours est là et nous dévisage

c’est la ruine la ruine à notre image

nous n’avons plus de ressemblance
qu’avec ces galets battus ces racines tordues
fracassées par une armée de vagues qui se ruent
la crête blanche et l’écume aux lèvres

rosace les ronces !

rosace les roses les roses et les ronces
les rouges et les noires les roses les roses
les roseaux les rameaux les ronces
les rameaux les roseaux les roses
sous les manteaux sous les marteaux sous les barreaux
l’eau bleue l’eau morte l’aurore et le sang des garrots

rosace les roses les roses et les ronces
et cent mille épines !

roule mon cœur dans la poussière de minerai
l’étain le cuivre l’acier l’amiante le mica
petits yeux de mica de l’amante d’acier trempé jusqu’à l’os
petits yeux de mica cristallisés dans une eau salée
de lame de fond et de larmes de feu
pour un simple regard humain trop humain

rosace les roses les roses et les ronces
il y avait sur cette terre tant de choses fragiles
tant de choses qu’il ne faillait pas briser
pour y croire et pour y boire
fontaine aussi pure aussi claire que l’eau
fontaine maintenant si noire que l’eau est absente

rosace les ronces
ce printemps de glace dans les artères
ce printemps n’en est pas un
et quelle couleur aura donc le court visage de l’été ?

(Roland Giguère, in Les armes blanches, 1954)

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La vie sexuelle des super-héros

Que loin de moi, ton coeur soit plein de ma présence,
Comme dans ton absence, ton aspect bien-aimé m’est présent en tout lieu.
André Chénier, ode à Fanny

Tiré de Diderot l’Épistolier, par Benoît Melançon



Vrombissement de la F1 sur la Ville, ce samedi : je fais la sourde oreille et me plonge absent du monde – côté jardin – dans la lecture du livre de Benoît Melançon, Sevigne@Internet, Remarques sur le courrier électronique et la lettre, 1996, suivies d’une postface inédite, Montréal, Numerik:)ivres et Del Busso éditeur, 2011.

1995 par là.  L’auroute de l’information s’installe, la télématique nous interpelle dans notre rapport à l’espace et au temps.   Le courrier électronique va-t-il chasser la Lettre, se demande alors Melançon, Virilio en toile de fond? Tentative de l’épistologue pour s’approprier  les caractéristiques propres à ses deux médiums, saisir leur«poétique» ou leur littérarité.  Alors que le courriel est de l’ordre de l’instantanné et participe de la «froide comédie informatique» et de «la négation du temps intérieur» (Philippe Sollers),  la Lettre cultive le fétichisme et se joue de l’absence, du différé, de l’euphorie et la dysphorie pour la jouissance du plaisir d’écrire. La lettre se veut mise en scène baroque alors que le courrier électronique en son idéalité communicative se veut efficace, efficient, direct, sans fioriture, ni marque distinctive. Le courrier électronique comme simple prolongement du téléphone de Graham Bell (illustration ci-dessus, tiré de Wikipédia).

2011.  Postface. Rien de changer fondamentalement au vu des nouveaux modes de communication qui sont peu ou prou des extensions du courrier électronique : Twitter, les textos, FaceBook, le clavardage.  Accélération fulgurante toutefois de la spirale du temps et de l’aplatissement de l’espace.  Nous sommes mobiles et présents partout par la grâce de la virée vers le «cloud». Téléphones intelligents et tabletttes poussent lentement l’ordi vers la sortie, objet patrimonial en devenir.

Sevigne@Internet, à lire numérique.

——————

Pensées éparses :

* Reçu courriel de Bibliothèques publiques de Montréal m’avisant qu’objet livre – La vie sexuelle des super-héros – était disponible pour emprunt à la Bibliothèque de Rosemont. Mais qui m’a suggéré cette lecture? La déferlante, le flux, mais qui, de qui suis-je donc le destinataire?

* Curieuse invention que le courriel : ils rapprochent ceux qui sont loin et éloignent ceux qui sont près.

* Avec les flux d’infos déferlants : les «autorités» cognitives c’est bien, mais que dire des «autorités» affectives!

* Ils s’inventent déjà les fétichismes féconds du numérique, au quotidien, dans ces traces laissées sur la surface encore plate de la planète Web, dans ces messages qui ne s’adressent à personne et qui atteignent, jouissance,  leur destinataire.

* Le Grand Prix de la F1 est enfin terminé.

Publié dans Littérature, Société, Temps | Marqué avec | Laisser un commentaire

Et tout ça c’est du vent…

Claude Léveillée, 1932-2011

Allez, au revoir.

Frédéric

Je me fous du monde entier quand Frédéric
Me rappelle les amours de nos vingt ans,
Nos chagrins, notre chez-soi, sans oublier
Les copains des perrons aujourd’hui dispersés aux quatre vents,
On n’était pas des poètes, ni curés, ni malins,
Mais papa nous aimait bien,
Tu t’rappelles le dimanche,
Autour de la table, ça riait, discutait,
Pendant que maman nous servait. Mais après.

Après la vie t’a bouffé comme elle bouffe tout le monde
Aujourd’hui ou plus tard et moi j’ai suivi
Depuis l’temps qu’on rêvait de quitter les vieux meubles
Depuis l’temps qu’on rêvait de se retrouver enfin seul
T’as oublié Chopin, moi j’ai fait de mon mieux
Aujourd’hui tu bois du vin, ça fait plus sérieux
Le père prend des coups d’vieux, et tout ça fait des vieux

Après ce fut la fête, la plus belle des fêtes,
La fête des amants ne dura qu’un printemps,
Puis l’automne revint, cet automne de la vie.
Adieu bel arlequin, tu vois qu’on t’a menti :
Ecroulés les châteaux, adieu nos clairs de lune,
Après tout faut c’qui faut, il faut s’en tailler une.
Une vie sans argument. une vie de bon vivant.
LA la la. Tu te rappelles..Fréféric..Allez.. Au revoir

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