Les oxymores et les paradoxes au quotidien

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[J’étends la figure de l’oxymore  à l’expression, à la phrase et au texte (voir ici).   J’y inclus aussi des expressions constituées de deux ou plusieurs substantifs contradictoires (Le présent goûte l’éternité), alors que l’oxymore simple est généralement construit autour de l’opposition entre un syntagme et une épithète ou d’un verbe et d’un adverbe. Ainsi définie, la figure de l’oxymore est voisine de celle du  paradoxe et du paradoxisme.

La peinture, la danse, la chanson, la politique et l’actualité passent aussi sous ma loupe.]

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11)

  • « Moins les gens ont d’idées à exprimer, plus ils parlent fort. » Fabrice Luchini citant François Mauriac sur Twitter, le 2 décembre 2018
  • « L’effroyable douceur d’appartenir ». Dernière phrase du roman de Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux. 30 novembre 2018
  • « Après tout, il vaut tout de même mieux que nous ne lisions que trois pages d’un livre de quatre cents pages mille fois plus à fond que le lecteur ordinaire, qui lit tout mais pas une seule page à fond.
    Il n’est pas nécessaire de lire tout Goethe, tout Kant, pas nécessaire non plus de lire tout Schopenhauer ; quelques pages de Werther, quelques pages des Affinités électives et pour finir nous en savons plus sur ces deux livres que si nous les avions lus d’un bout à l’autre. » Thomas Bernhard, Maîtres anciens. Cité par R. Roy sur la page Facebook de l’excellent Bruno Lalonde, libraire et grand lecteur.
  • « En effet, un zombie, dans cette mythologie consacrée de la crise, renvoie d’abord à un oxymore, à une opposition marquée entre la vie et la mort : le fait de revivre en dépit du néant agit comme un exorcisme de la fatalité ; la panique de la fin est sublimée dans une autre forme de vie, celle, mitoyenne et mécanique, du mort-vivant. » Alex Bellemare, Apocalypse et pratiques spatiales dans la science-fiction télévisée, 29 novembre 2018
  • « Curieux paradoxe du fondamentalisme de la laïcité.

On nous dit que l’école sert à « créer des citoyens » autonomes, libres de tout cadre idéologique et religieux afin de garantir la liberté de conscience.
Mais, cette idée de « créer des citoyens » n’est-elle pas elle-même une sorte d’encadrement de la conscience?
Rarement nous parlons de simplement éduquer à l’art de débattre des croyances et à l’exercice de la critique des idées, ce qui serait, somme toute, la forme la plus aboutie de la liberté de conscience ». Simon Jodoin, sur Facebook, le 27 novembre 2108.

  • «des fois le plus moderne c’est le rétro
    Et le plus pastoral c’est l’urbain
    On peut être sentimental sur un boulevard
    Et formel en campagne»
    Yves Boisvert, Gardez tout, Écrits des Forges, 1987. Relu le 26 novembre 2018.

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10)

    • « L’audace frileuse ». Titre de l’analyse de Denis Lessard du discours inaugural que prononcera François Legault à l’Assemblée Nationale, le 28 novembre 2018. La Presse+ 27 novembre 2018.
    • Projet Royalmount. « Les promoteurs prévoient peu d’impacts sur la circulation » La Presse+ 27 novembre 2018.
    • Conservation du patrimoine. Chambly. « La maison sera rebâtie selon les plans d’époque avec des matériaux modernes » Jean Roy, maire suppléant de la ville de Chambly. » La Presse+ 27 novembre 2018.
    • Le 26 novembre, sur Twitter :

Streliski patrimoine

  • « Éblouissant à force d’être terne, le maire Gérald Tremblay a laissé en héritage, au cœur de Montréal, la possibilité inédite pour les promoteurs d’écarteler plus que jamais le ciel à coup de béton armé » Jean-François Nadeau, dans une chronique, Cas d’école publié, dans Le Devoir du 26 novembre 2018.
  • « Il y a une force qui se dégage de la vulnérabilité et il faut la glorifier, la mettre davantage en avant » La chorégraphe Karine Ledoyen en entrevue avec Mélanie Carpentier. Le Devoir, 24 novembre.
  • Francophonie en Ontario. Ironie. Paradoxe. « Doug Ford, le rassembleur de la francophonie ». Titre d’un article de Guillaume Bourgault-Côté, Le Devoir, 24 novembre.

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9)

  • Doug Ford et Andrew Sheer : francophiles. Préoccupés! du 14 au 20 novembre.
  • « Faites semblant de pleurer, mes amis, puisque le Poète ne fait que semblant d’être mort» Cocteau, Le testament d’Orphée. Cité en première page du Devoir du 28 avril 1984. Consulté le 19 novembre 2018
  • « L’absolu n’est peut-être qu’une capacité à s’installer dans le provisoire … ». Michèle Mailhot, cité par François Hébert. Le Devoir, 28 avril 1984. Consulté le 19 novembre 2018.
  • « Parti québécois : appel à un virage à droite pour se recentrer » Le Devoir, 19 novembre 2019.
  • « Je suis tellement tanné de mourir que vous ne m’y prendrez plus ». Yves Boisvert (poète), cité par Dominic Tardif, Le Devoir du 18 novembre 2018.
  • « Après Outrenuit (Les Herbes rouges, 2014), explique Benoit Jutras, cet autoportrait fragmenté, je voulais sortir du je. Il est finalement resté, mais ce n’était pas le mien ». Jutras en entrevue avec Catherine Lalonde. Le  Devoir du 18 novembre 2018.
  • Paradoxe? Aveuglement volontaire? « Je pense que globalement on a gagné la campagne mais perdu l’élection ». Jean-François Lisée, 16 novembre 2018. « On peut toujours faire mieux », ajoutera-il par la suite, tout à coup frappé d’une illumination. Le Devoir du 17 novembre 2018.
  • « Le fleuve ne se baigne jamais dans le même jour » Yvon Rivard, Le dernier chalet. Relu le 14 novembre 2018.

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8)

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Cet entêtement du temps à être toujours là.
[…]
Des souvenirs qui épousent mon ombre débarquent du futur.
[…]
On s’approche pour jeter une poignée de terre sur mon cercueil.
[…]
Je parle trop fort. Ce ne sont pas mes mots.
[…]
Nous sommes beaucoup plus réels
qu’on ne l’imagine.
[…]
Il est vrai que nos yeux nous ont rendus aveugles.
[…]
Je me bats avec ma tête pour essayer de l’ôter.
[…]
Aujourd’hui c’est hier.
[…]
Cet enfant c’est mon père.
[…]
Le poète est une sombre bougie
qui illumine le rien
dans une infinité de corps allongés.

  • Un oubli. En exergue du roman de François Gravel : Comment je suis devenu un cannibale. «Il y a trois secrets pour écrire un bon roman. Personne ne les connaît.» Somerseth Maugham. Roman lu le 22 octobre 2018.

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7)

  • «Des souvenirs qui épousent mon ombre / débarquent du futur» et «Un baiser qu’on t’aurait donné sans t’embrasser». François Charron, L’herbe pousse et les dieux meurent vite : poésie, Herbes rouges, 2018, 160 p. Finaliste au Grand Prix du livre de Montréal 2018. Lu le 29 octobre 2108.
  • «Je me regarde regarder ce qui n’a jamais existé». Les fées ont soif, Théâtre du rideau vert, le 27 octobre 2018.
  • Album de Stéphanie Boulay. Extraits de la pièce Printemps : «On se tiendra debout / même en rampant […] Et nos coudes joueront / comme des caresses. [Note : ce n’est pas du hockey]. Le Devoir Magazine, p. 7, 27 octobre 2018.
  • Convergence des propos de Carole David avec l’exposition de Sophie Lanctôt (voir entrée suivante). «La poésie, pour moi, c’est une proposition que j’élabore dans le langage et qui permet de voir quelque chose d’invisible, quelque chose qu’on ne voyait pas avant». Carole David dans une entrevue avec Dominic Tardif, Le Devoir Magazine, p.28, 27 octobre 2018.
  • «Retracer l’invisible – Archives de l’image peinte». Exposition d’œuvres de Sophie Lanctôt à La Maison de la culture de Plateau Mont-Royal. Vu le 26 octobre 2018. (Voir aussi sur Youtube)
  • «J’ai bien peur d’être un roc un peu terne et de n’être devenue l’héroïne tragique de rien du tout».  «Se faire des bleus à force de n’être touchée nulle part». Catherine Voyer-Léger, Prendre corps, Chicoutimi, La Peuplade, coll. «Microrécits», 2018, s.p. Ill. Lu le 25 octobre 2018.
  • Paradoxe, ignorance ou dérapage poétique? «Le CO2 n’est PAS de la pollution. C’est ce qui sort de votre bouche quand vous respirez et ce qui nourrit les plantes.» Maxime Bernier. Dans la Presse du 24 octobre 2018.

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6)

  • Seul ensemble. «Une nouvelle création du Cirque Éloize basée sur l’œuvre musicale de Serge Fiori avec la complicité de Louis-Jean Cormier.». Tout le monde en parle, écoutée sur le Web le 22 octobre 2018.
  • Sachez chers lecteurs et chères lectrices que lors de La nuit des longs couteaux Jean Chrétien était couché avec Aline. Paradoxe? Tout le monde en parle, écoutée sur le Web le 22 octobre 2018.
    (Le webmestre de l’émission a un peu massacré le patronyme de Jean Chrétien lors de la création de l’url : httpss://ici.radio-canada.ca/tele/tout-le-monde-en-parle/site/segments/entrevue/91495/jean-chretier-politique-memoires-livre-histoires-anecdotes?isAutoPlay=1)
  • «La sérénité frénétique de Francis Bordeleau». Entrevue d’André Lavoie avec Francis Bordeleau. Le Devoir, 20 octobre 2018.
  • «Baudelaire […] prend la mesure littéraire du cannabis, cet “écran délicieux et redoutable”». Louis Hamelin, Le cannabis et la littérature. Le Devoir, 20 octobre 2018
  • «Ce roman est une prière que pourront murmurer toutes celles qui préfèrent l’embrasement vif à la combustion lente, la laideur esthétisée au lustre sinistre de la banalité.» Dominic Tardif, dans sa critique du livre de Catherine Lemieux, Une affection rare. Le Devoir, 20 octobre 2018.
  • «J’me remplis de mon propre vide». Imitation de Jean-François Bégin. À la semaine prochaine. 20 octobre 2018.
  • David Goudreault slammant «Libertés surveillées» de Gérald Godin. À la Maison de la culture de la Petite-Patrie, 18 octobre 2018. Un petit extrait :
  • Par les coquerelles de parlement
    les crosseurs d’élections
    les patineurs de fantaisie
    les tarzans du salut public
    j’ai mal à mon pays

[…]

par ces maudits tabarnaques
de cinciboires de cincrèmes
de jériboires d’hosties toastées
de sacraments d’étoles
de crucifix de calvaires
de trous-de-cul
j’ai mal à mon pays
jusqu’à la fin des temps

(Gérald Godin, Libertés surveillées, 1975)

  • «Liquidons monuments, trottoirs, portiques, gradins, enfonçons les rues et les places, relevons le niveau de la ville» Antonio Sant’Elia, Manifeste de l’architecture futuriste. Cité dans Le Devoir du 20 octobre 2018 par Caroline Montpetit dans un article consacré à L’œuvre Manifesto de Julian Rosefeldt, présenté au MAC de Montréal.
  • Kōans créés par un ami (J.C.). Reçus par courriel le 16 octobre suite à la publication de mon billet sur le dernier opus de Philippe Sollers

«Philippe Sollers, tout comme le bouddhisme, n’existe pas.»

«L’écrivaillon sans intention (et donc, susceptible de réussite) n’arrive jamais jusqu’au mot “Fin”» […] «Et il sera applaudi dans un assourdissant silence par une bande délurée de collégiennes manchotes»

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5)

  • « Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie. » Fabrice Lucchini citant Paul Valéry, en entrevue avec Léa Salamé, écoutée le 14 octobre 2018.(httpss://www.youtube.com/watch?v=uLShRiPFHMU)
  • Récréation : écoute d’Arvo Pärt : Spiege im Spiegle / Miroir dans le miroir. 14 octobre 2018

httpss://www.youtube.com/watch?v=FZe3mXlnfNc

Christian Bobin : « La douceur c’est la vraie force» et «Les ténèbres lumineux»

Alexandre Julien : «On peut être dépendant et libre»

  • Olivier Niquet, dans son Bétisier, citant Maxime Bernier à La soirée est encore jeune : «Je peux être un populiste, mais qui fait du populisme intelligent». C’était aussi dans Le Devoir du 15 septembre 2018. Il a dans la suite dans les idées, monsieur Bernier.  En prime, Jeff Filion : «La dictature de la majorité». Le 13 octobre 2018.
  • Biz en entrevue avec Marc Cassivi dans la Presse du 13 octobre 2018 : «Mon problème, c’est que mon pays à moi, il englobe tout le monde, de Jeff Fillion à Jaggi Singh.»
  • Sur le climat : «L’art de manquer le bateau… et de faire naufrage». Titre d’un article d’Alexandre Shields dans le Devoir du 13 octobre 2018
  • Voir les paradoxes de Philippe Sollers ici.  Il y en a un joli tapon. Lu le 12 octobre 2018
  • «[…] ce qui n’existe pas existe». René Barjavel, La nuit des temps, Presses de la Cité,  1968, 2014 (édition numérique). Lu le 10 octobre 2018 (voir aussi : Barjavel visionnaire?)

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4)

  • «C’est quelqu’un qui vivait la gravité des choses avec le maximum de légèreté» , Alexandre Jardin à propos de Jean D’Ormesson dans une entrevue à Plus on est de fou plus, plus on lit. (en reprise).  8 octobre 2018.
  • «Le bourgeois-bohème». La bohème, ce grand classique, Le 7 octobre 2018 à l’émisssion Dessine-moi un dimanche. Franco Nuovo s’entretient avec Anthony Glinoer, auteur de La Bohème : une figure de l’imaginaire sociale.
  • Lecture de Cendres bleues de Jean-Paul Daoust. Un texte oxymorique où le «douloureux» jouxte le «soyeux» : «J’ai été un enfant violé / Dans le plus beau des paysages / Dans le carré de sable prince oublié […] Pourtant j’aimais voir ce sexe content / Même si l’idée de l’amour m’était inconnue».  Lu le 6 octobre 2018. Voir aussi ici.
  • «[…] crime sympathique», Stéphan Bureau, aux Grands entretiens. Entrevue avec Charlotte Cardin. Ici Radio-Canada, Entendu le 6 octobre 2018.
  • Vœux d’anniversaire de Marie Désilets sur Facebook : «Bonne fête le bel Affreux», 3 octobre 2018.
  • «Le duo avec Vanessa Paradis, c’est sur l’usure, sur l’absence pendant la présence, tout ce qui se patine entre les êtres… « Tu me manques, pourtant tu es là” est une phrase dure.» GAËTAN ROUSSEL, CHRONIQUEUR DE TOUTES  CIRCULATIONS… Entretien avec Alain Brunet, La Presse+, 1er octobre 2018.

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3)

  • Habiter, chorégraphie de Katia-Marie Germain. Bel oxymore visuel. Vue à la Maison de la culture de la Petite-Patrie, le 27 septembre 2018. Dans le programme : «Dans une esthétique du clair-obscur se dévoile une série de mouvements et de gestes aussi habituels qu’étranges, rythmés par l’oscillation de la lumière qui plonge la salle dans l’obscurité.».
  • Neige noire d’Hubert Aquin, lu le 27 septembre 2018.
  • «Nous serons éphémères mais immenses» et «le présent goûte l’éternité». Catherine Dorion : Luttes fécondes : Libérer le désir et le politique. Lu le 24 septembre 2018.

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2)

  • «Une amitié polémique». François Ricard à propos de son amitié avec Yvon Rivard. Lu dans Le Devoir dans un article de Louis Cornellier portant  sur le dernier essai de François Ricard : La littérature malgré tout. 22 septembre 2018.
  • «Nos improbables existences». Mélanie Carpentier. Article portant sur la prochaine chorégraphie de Catherine Gaudet à l’Agora de la danse. Le Devoir, 22 septembre 2018.

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1)

  • « La CAQ propose le bénévolat forcé chez les jeunes » (Le Journal de Montréal, 8 novembre 2016). Cité par Léo-Paul Lauzon : La CAQ : un vrai danger public, Le Journal de Montréal, 19 septembre 2018.
  • «La révolution silencieuse» Film de Lars Kraume. Bande annonce visionnée au Cinéma Beaubien le 18 septembre 2018.
  • «La mort avait purifié l’air de ce cloaque splendide» Alexandre Dumas fils, La dame aux camélias. Lu le 18 septembre 2018.
  • «Je n’ai jamais ressenti grand-chose pour ma mère, si ce n’est une profonde compassion.» Adeline Dieudonné, La vraie vie, éd. Iconoclaste, 2018. Lu le 17 sept. 2018.
  • Moi, je suis très à l’aise avec l’idée d’être un « révolutionnaire à cravate. »
    Léo Bureau-Blouin, La Presse + 16 septembre 2018.
  • Maxime Bernier nous propose le «populisme intelligent» Le Devoir, 15 septembre 2018.
  • «Une véritable révolution dans l’ordre» Louis Cornellier citant Daniel Johnson. Titre de l’essai de Jonathan Livernois consacré au duplessisme. Le Devoir, 15 septembre 2018.

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Illustration de Maurice Cornelis Escher : Mains dessinant, 1948.

 

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Température et incipit : Underground Railroad (21)

Marguerite Bourgeoys

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Prix Pulitzer de la fiction, 2017

« La première fois que Caesar proposa à Cora de s’enfuir vers le Nord, elle dit non.

C’était sa grand-mère qui parlait à travers elle. La grand-mère de Cora n’avait jamais vu l’océan jusqu’à ce jour lumineux, dans le port de Ouidah, où l’eau l’avait éblouie après son séjour dans les cachots du fort. C’est là qu’ils avaient été parqués en attendant les navires. Des razzieurs dahoméens avaient d’abord kidnappé les hommes, puis étaient revenus au village à la lune suivante rafler les femmes et les enfants, qu’ils avaient fait marcher de force jusqu’à la mer, enchaînés deux par deux. En fixant le seuil noir, Ajarry crut qu’elle allait retrouver son père dans ce puits de ténèbres. Les survivants de son village lui expliquèrent que lorsque son père n’était plus parvenu à tenir le rythme, les marchands d’esclaves lui avaient défoncé la tête et avaient abandonné son corps sur le bord de la piste. Sa mère était morte bien des années plus tôt.»

Référence :

Colson Whitehead, Underground Railroad, Albin-Michel, 2017 (édition numérique)

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En amour? Pesez le pour et le contre dix-huit fois

4321 Paul Auster
L’art de l’énumération.

L’amour de Rose est mort à la guerre. Stanley lui fait une cour pressante. Que faire? Réfléchir. Peser le pour et le contre, dix-huit fois :

Premièrement : sachant que Stanley était homme de parole, elle répugnait à l’idée de ne plus jamais le revoir. Pour le pire comme le meilleur, il était devenu, après Nancy, son meilleur ami. Deuxièmement : elle avait déjà vingt et un ans, ce qui était encore assez jeune pour être considérée comme telle mais pas aussi jeune que la plupart des mariées de l’époque, il n’était pas inhabituel en effet que des jeunes filles enfilent leur robe de mariée à dix-huit ou dix-neuf ans, et la dernière chose que Rose souhaitait c’était bien de rester célibataire. Troisièmement : non, elle n’aimait pas Stanley, mais il était prouvé que tous les mariages d’amour ne donnaient pas des unions heureuses et d’après ce qu’elle avait lu quelque part les mariages arrangés qui étaient de règle dans les cultures étrangères traditionnelles n’étaient ni plus ni moins heureux que les mariages en Occident. Quatrièmement : non, elle n’aimait pas Stanley mais la vérité c’est qu’elle n’était capable d’aimer personne, pas de ce Grand Amour qu’elle avait éprouvé pour David, car le Grand Amour ne se présente qu’une seule fois dans une vie, elle allait donc devoir en rabattre sur son idéal si elle ne voulait passer seule le reste de ses jours. Cinquièmement : rien chez Stanley ne l’ennuyait ni ne la dégoûtait. L’idée de faire l’amour avec lui ne la rebutait pas. Sixièmement : il l’aimait à la folie et la traitait avec bonté et respect. Septièmement : lors d’une discussion qu’elle avait eue avec lui deux semaines auparavant sur le mariage, il lui avait dit que les femmes devraient avoir la liberté de poursuivre les buts qui les intéressaient, que leur vie ne devrait pas tourner exclusivement autour de leur mari. Voulait-il parler du travail ? avait-elle demandé. Oui, le travail, entre autres. Épouser Stanley ne l’obligerait donc pas à abandonner Schneiderman, elle pourrait garder son activité et continuer à apprendre le métier de photographie. Huitièmement : non, elle n’aimait pas Stanley. Neuvièmement : il y avait chez lui beaucoup de choses qu’elle admirait, c’était indiscutable que ses bons côtés dépassaient largement les moins bons mais pourquoi donc persistait-il à s’endormir au cinéma ? Était-il fatigué de ses longues heures de travail au magasin ou ces paupières tombantes ne suggéraient-elles pas une relation déficiente au monde des sentiments ? Dixièmement : Newark ! Est-ce qu’il serait possible d’y vivre ? Onzièmement : Newark était un vrai problème. Douzièmement : il était temps pour elle de quitter ses parents. Elle était trop âgée à présent pour vivre dans cet appartement et, autant elle était attachée à son père et à sa mère, autant elle les méprisait tous les deux pour leur hypocrisie – son père parce qu’il était un coureur de jupon impénitent, sa mère parce qu’elle feignait de ne rien voir. L’autre jour, par accident, alors qu’elle allait déjeuner à la cafétéria automatique près du studio de Schneiderman, elle avait aperçu son père marchant bras dessus bras dessous avec une femme qu’elle n’avait jamais vue auparavant, une femme qui avait quinze ou vingt ans de moins que lui, elle en avait éprouvé un tel dégoût et une telle colère qu’elle avait eu envie de courir jusqu’à son père et de lui flanquer son poing dans la figure. Treizièmement : en épousant Stanley, elle battrait enfin Mildred sur un point même s’il n’était pas évident que Mildred s’intéresse le moins du monde au mariage. Pour l’instant sa sœur semblait heureuse de passer d’une brève liaison à une autre. Tant mieux pour elle, mais Rose ne voyait pas l’intérêt de vivre ainsi. Quatorzièmement : Stanley gagnait pas mal d’argent et, au train où allaient les choses, il en gagnerait encore davantage à l’avenir. Il y avait quelque chose de réconfortant dans cette idée mais aussi d’angoissant. Pour gagner de l’argent il faut penser constamment à l’argent. Serait-il possible de vivre avec un homme dont la seule préoccupation serait son compte en banque ? Quinzièmement : Stanley pensait qu’elle était la plus belle femme de New York. Elle savait bien que ce n’était pas vrai mais était certaine que Stanley le pensait vraiment. Seizièmement : il n’y avait personne d’autre en vue. Même si Stanley ne pouvait pas être un nouveau David il était largement supérieur à la bande de pleurnichards que Nancy lui avait envoyés dans les pattes. Stanley au moins était un adulte. Stanley au moins ne se plaignait jamais. Dix-septièmement : Stanley était juif tout comme elle, un membre loyal de la tribu mais qui ne s’intéressait pas particulièrement à la pratique religieuse et ne jurait pas allégeance à Dieu, ce qui voudrait dire une vie débarrassée du rituel et de la superstition, avec simplement des cadeaux pour Hanoukkah, de la matza et les quatre questions une fois par an au printemps, la circoncision pour un garçon s’ils en avaient un mais pas de prières, pas de synagogue, pas besoin de faire semblant de croire à ce en quoi elle ne croyait pas, ce en quoi ils ne croyaient pas. Dix-huitièmement : non, elle n’aimait pas Stanley mais Stanley l’aimait. C’était peut-être assez pour se lancer, un premier pas. Et ensuite, qui sait ?

Elle l’épousa.

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Référence :

Paul Auster, 4 3 2 1 , Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 2018, (version numérique)

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La thématique de la femme qui fuit en littérature

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Source : Le Bernin, Apollon et Daphné, Galerie Borghèse, Rome

 

Convergence des lectures.  La thématique de la femme qui fuit est présente dans des livres que j’ai lus lors des derniers mois :

Anaïs Barbeau-Lavalette, La femme qui fuit, Éditions Marchand de feuilles, 2015,  378 p.

Annie Perreault, La femme de Valence, Alto, 2018, 211 p.

Colson Whitehead, Underground Railroad, Albin-Michel, 2017 (édition numérique)

Paul Auster, 4 3 2 1 , Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 2018, (édition numérique)

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Température et incipit : 4 3 2 1 de Paul Auster (20)

4321 Paul Auster

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

« Selon la légende familiale, le grand-père de Ferguson serait parti à pied de sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, il aurait fait route vers l’ouest jusqu’à Hambourg en passant par Varsovie et Berlin et il aurait acheté un billet sur un bateau baptisé l’Impératrice de Chine qui traversa l’Atlantique à travers de rudes tempêtes hivernales pour entrer dans le port de New York le premier jour du XXe siècle. Pendant qu’il attendait d’être interrogé par un agent du service d’immigration à Ellis Island, il engagea la conversation avec un compatriote juif russe.»

Pour les amateurs de baseball, voir ici,

Référence :

Paul Auster, 4 3 2 1 , Actes Sud, traduit par Gérard Meudal, 2018, (version numérique)

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De la traduction du roman 4 3 2 1 de Paul Auster

 

Je ne désespère pas. Les traducteurs français vont bien finir par saisir la langue du baseball et du sport nord-américain en général.

Paul Auster relate dans 4 3 2 1 la Série mondiale de baseball de 1954. Les Indiens de Cleveland ont fait la pluie et le beau temps dans la Ligue Américaine en réalisant 111 victoires et en perdant seulement 43 parties. Durant la saison régulière, les Giants de New-York ont quant à eux devancé par cinq parties les Dodgers de Brooklyn et le légendaire Jackie Robinson. Les Indiens de Cleveland sont les favoris pour remporter les grands honneurs. Continuer la lecture

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Température et incipit : Oscar de Profundis de Catherine Mavrikakis (19)

Oscar de Profondis

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

« Cette nuit-là, la Lune grosse, blafarde, s’était encore éloignée de la Terre. Son refroidissement s’était vraisemblablement accusé. Elle semblait grelotter dans le ciel éteint. Depuis des années, les planètes prenaient leurs distances. Dans leur course, elles accentuaient un écart de plus en plus évident, comme si l’ici-bas ne séduisait plus l’immensité cosmique. Les jeunes étoiles avaient disparu. En catimini, les astres foutaient le camp. Les corps célestes répugnaient à s’approcher de la vieille croûte terrestre. Au loin, ils formaient un nuage de poussière sculptées, vagues et fières. Seul le soleil venait encore flirter lourdement avec l’horizon, tout en le menaçant d’un viol prochain, terrible, et d’ardeurs infernales. »

Voir aussi l’article d’Alex Bellemare : Anthropo(climato)morphisme.

Référence :

Catherine Mavrikakis, Oscar de Profundis, Montréal, Héliotrope, 2016, p. 9-10.

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L’art perdu de l’utilisation du point-virgule et de la subordonnée

 

un monde à portée de main

Une phrase joliment tournée.  Un seul point. 969 mots. Mort annoncée du point-virgule, disait-on? Mais non.

Procédé littéraire. Est-ce une hyperhypotaxe? Insérez des subordonnées en trop grand nombre, selon Dupriez, Gradus, p. 239.  Une synchise? Un brouillage syntaxique? Non, mais il faut brouter la phrase.

Lisez l’amont et l’aval de cette citation. Fort roman en trompe-l’œil et en couleurs rares:  rouge des Flandres, fromage de cochon, Dauphine jaune poussin, Aronde vert, cuisse de nymphe émue, nacarat, baise-moi-ma-mignonne, pomélo, vert d’après l’ondée et bien d’autres.

Jonas craque une allumette, son visage faseye une fraction de seconde à la lueur de la flamme, sa peau prend l’aspect du cuivre, et dans l’instant Paula est à Moscou, la voix rauque, revenue dans les grands studios de Mosfilm où elle a passé trois mois, l’automne, mais au lieu d’impressions panoramiques et de narration vague, au lieu d’un témoignage chronologique, elle commence par décrire le salon d’Anna Karénine qu’il avait fallu finir de peindre à la bougie, une panne d’électricité ayant plongé les décors dans le noir la veille du premier jour du tournage ; elle démarre lentement, comme si la parole accompagnait la vision en traduction simultanée, comme si le langage permettait de voir, et fait apparaître les lieux, les corniches et les portes, les boiseries, la forme des lambris et le dessin des plinthes, la finesse des stucs, et dès lors le traitement si particulier des ombres qu’il fallait étirer sur les murs ; elle décline avec exactitude la gamme de couleurs, le vert céladon, le bleu pâle, l’or et le blanc de Chine, peu à peu s’emballe, front haut et joues enflammées, et lance le récit de cette nuit de peinture, de cette folle charrette, détaille avec précision les producteurs survoltés en doudoune noire et sneakers Yeezy chauffant les peintres dans un russe qui charriait des clous et des caresses, rappelant qu’aucun retard ne serait toléré, aucun, mais laissant entrevoir des primes possibles, et Paula comprenant soudain qu’elle allait devoir travailler toute la nuit et s’affolant de le faire dans la pénombre, sûre que les teintes ne pourraient être justes et que les raccords seraient visibles une fois sous les spots, c’était de la folie – elle se frappe la tempe de l’index tandis que Jonas et Kate l’écoutent et se taisent, reconnaissant là une folie désirable, de celle qu’ils s’enorgueillissent eux aussi de posséder – ; puis elle déplie encore, raconte sa stupéfaction de voir débarquer dans la soirée une poignée d’étudiants, des élèves des Beaux-Arts que le chef déco avait embauchés en renfort, des volontaires talentueux et dans la dèche, certes, mais bien partis pour tout pour tout saloper, du coup cette nuit-là c’est elle qui avait préparé leurs palettes, agenouillée sur le sol plastifié, procédant à la lumière d’une lampe d’iPhone que l’un d’entre eux dirigeait sur les tubes de couleurs qu’elle mélangeait en proportion, après quoi elle avait assigné à chacun une parcelle du décor et montré quel rendu obtenir, allant de l’un à l’autre pour affiner une touche, creuser une ombre, glacer un blanc, ses déplacements à la fois précis et furtifs comme si son corps galvanisé la portait d’instinct vers celui ou celle qui hésitait, qui dérivait, de sorte que vers minuit chacun était à son poste et peignait en silence, concentré, l’atmosphère du plateau était aussi tendue qu’un trampoline, ferlée, irréelle, les visages mouvants éclairés par les chandelles, les regards miroitants, les prunelles d’un noir de Mars, on entendait seulement le frottement des pinceaux sur les panneaux de bois, les chuintements des semelles sur la bâche qui recouvrait le sol, les souffles de toutes sortes y compris celui d’un chien torpide roulé en boule au milieu du bordel, un éclat de voix jailli d’on ne savait où, une exclamation – бля смотри, смотри здесь как красиво, putain regarde, regarde-moi ça comme c’est beau –, et si l’on tendait l’oreille, on percevait la frappe d’un rap russe diffusé en sourdine ; le studio bruissait, empli de pures présences humaines, et jusqu’à l’aube la tension demeura palpable, Paula travailla sans fatigue, plus la nuit avançait et plus ses gestes étaient déliés, plus ils étaient libres, plus ils étaient sûrs ; et puis vers six heures du matin les électriciens firent leur entrée, solennels, apportant les groupes électrogènes qu’ils étaient partis collecter dans Moscou, quelqu’un cria fiat lux ! d’une voix de ténor et tout se ralluma, des spots puissants projetèrent une lueur très blanche sur le plateau et le grand salon d’Anna Karénine apparut dans la lumière argentée d’un matin d’hiver : il était là, il existait ; les hautes fenêtres étaient couvertes de givre et la rue enneigée, mais à l’intérieur il faisait chaud, on était bien, une flambée majestueuse crépitait dans l’âtre et l’odeur du café dans la pièce, d’ailleurs les producteurs étaient de retour, douchés, rasés, tout sourire, ils ouvraient des bouteilles de vodka et des boîtes en carton où s’empilaient des blinis tièdes saupoudrés de cannelle et de cardamome, distribuaient du cash aux étudiants en leur empoignant la nuque avec une connivence virile de parrains de mafia, ou gueulait en anglais sur des messageries qui vibraient à Los Angeles, Londres ou Berlin ; la pression chutait mais la fièvre, elle, ne passait pas, chacun regardait autour de lui en clignant des yeux, ébloui par les milliards de photons qui formaient maintenant la texture de l’air, étonné de ce qu’il avait accompli, un peu sonné quand même, Paula d’instinct se tourna vers les raccords délicats, anxieuse du résultat, mais non, c’était bon, les couleurs étaient bonnes, alors il y eut des cris, des claques paume contre paume, des étreintes et quelques larmes de fatigue, certains s’allongèrent par terre les bras en croix alors que d’autres esquissèrent des pas de danse, Paula embrassa un peu longuement l’un des extras, celui-là aux yeux sombres et de fort gabarit, passa une main sous son pull et sur sa peau bouillante, s’attarda dans sa bouche tandis que les portables recommençaient à sonner, que chacun ramassait ses affaires, fermait son manteau, enroulait son écharpe, enfilait ses gants ou sortait sa clope, le monde au-dehors se réactivait, mais quelque part sur cette planète, dans l’un des grands studios de Mosfilm, on attendait Anna à présent, Anna les yeux noirs, Anna folle amoureuse, oui, tout était prêt, le cinéma pouvait venir maintenant, et avec lui la vie.

Références :

Bernard Dupriez, Gradus. Les procédés littéraires (Dictionnaire), 10/18, 1980. 542 p.

Maylis de Kerangal, Un monde à portée de main, Gallimard, Collection Verticales, 2018 (édition numérique)

 

 

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Elle avait dit

Canal Saint-Martin

 

Nous avions pris un dernier verre sur la terrasse d’un bistro tout près de la Gare de l’Est à Paris. Mai. Tu avais froid. Tu portais une longue pelisse de laine comme il s’en porte au Québec. Tu disais que le nord commence à Avignon. Tu habitais Madrid, parfois Marseille, dans les collines, dans les tourbillons du vent, le vent qui rend fou, disais-tu. Tu m’avais dit ton attachement pour le Portugal, pour sa langue, pour Lisbonne où tu avais vécu. Tu avais lu dans le texte Le livre de l’intranquillité de Pessoa. Le serveur nous pressait de dégager. Les sans-abris venaient faire provision de cigarettes à notre table. Tu avais finalement dit : « y’en n’a plus! ». Nous avions aussi évoqué l’écrivain italien le plus portugais : Antonio Tabucchi. J’avais dit Pereira prétend. Tu préférais Requiem : une hallucination, une biographie fictive de Tabucchi qui met en scène le fantôme de Fernando Pessoa, la gastronomie lusitanienne, les gitans, un raconteur d’histoire et la géographie de Lisbonne. Tu avais froid et tu l’avais cité, de mémoire : «On a toujours besoin d’une histoire, malgré les apparences, même si on n’en a pas envie».

Références :

Antonio Tabucchi, Requiem : une hallucination, Christian Bourgois, 1993, 185 p.

Antonio Tabucchi, Pereira prétend, Collection 10/18, 1998, 218 p.

 

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Température et incipit : 1st to die de James Patterson (18)

1st to die

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

C’est le cadet des soucis de James Patterson les règles d’écriture d’Elmore Leonard. Des romans, il en vend des millions peu importe l’incipit.

On dit aussi qu’il peut compter sur la contribution d’une armée d’écrivaillons pour scribouiller ses récits. Lire ici. Le dernier a avoir mis la main à la pâte pour la rédaction de son dernier récit est le président Bill Clinton : The president is missing.

À signaler, un bon gars:  il poursuit un combat en faveur de la lecture ; il a envoyé ses propres livres à des écoles ou à des soldats américains en poste à l’étranger. En 2014, il a fait don d’un million de dollars à des libraires indépendants et 1,75 million à des bibliothèques scolaires1. Source Wikipédia

L’incipit météorologique :

It is an unusually warm night in July, but I’m shivering badly as I stand on the substantial gray stone terrace outside my apartment. I’m looking out over glorious San Francisco and I have my service revolver pressed against the side of my temple. p.3

Référence :

James Patterson, 1st to die, Warner Vision Books, 2002, 462 p.

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