La tentation du passé et le sublime teint incarnat des jeunes filles

N’ayez crainte,  je ne verserai pas dans la nostalgie olfactive du livre papier, des fiches cartonnées de bibliothèques, de ma défunte Olivetti ou de l’encrier. Non je ne cracherai pas sur tous les bidules informatiques qui nous envahissent et que j’utilise, par ailleurs,  avec grand plaisir et quelque étourderie.

Pas le lieu pour éreinter le Ipad, jouet bourgeois de salon par excellence, qui ne convient pas au tâcheron d’écriture bibliobloguant que je suis et pour qui la souris et le pad numérique sont, pour l’instant, les horizons indépassables de ce siècle débutant. J’exagère, encore.

Pour l’heure, mon notebook Acer Aspire one à 300$ me convient mieux et me permet de multiprocesser parallèle avec mon traitement de textes, mes encyclopédies, mon logiciel de traitement d’images Fotoflexer, les gazouillis qui rentrent, les clins d’oeil Facebook, le GoogleBurner qui flippent et le reste à mon plaisir.

Je m’arrête là, de crainte de me faire trucider sur la place virtuelle publique par l’intempestif chevalier de l’ère du tout numérique, Jean-François Gayrard, que je salue bien bas ici,  ainsi que tous ces valeureux Quichotte (c’est un compliment) de la traversée du numérique : Marie D MartelMartin Lessard, Lionel Dujol, François Bon, Vincent Audette-Chapdelaine, Louise Guillemette-LaboryFranck Queyroux, Denis VézinaClément Laberge et tous les autres.

Bon je m’éloigne, procrastine et tergiverse…

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Terminée,  la lecture de  Victor Barbeau : La tentation du passé. Prix littéraire France-Québec. Prix du jury, 1978.  Styliste classique, sans ornement, efficace. Les Jésuites sont passés par là, mais c’est tout à fait jouissif…

Fine description du Montréal du début du XXe siècle avec ses rémouleurs, ses réparateurs de faïence, ses joueurs d’orgue de barbarie, ses boulangers et ses laitiers itinérants, ses allumeurs de réverbères, ses vendeurs de glace,  ses échenilleurs,  ses fiacres  et ses tramways.

Une ville multiculturelle, Romanichels, Italiens, Chinois, Irlandais se sont établis, et égaient le tissu urbain. Une ville en fête, ce sont les années folles. Le Quartier latin s’anime, les étudiants font les quatre cents coups. Même les processions de la Fête-Dieu ont de légers accents déliquescents.

Le Ipad de l’époque fait son apparition : le premier phonographe électrique, dit Victrola orthophonique.  C’est la fête des sens,  Faust est évoqué,  ça crépite,  la science nous promet des jours heureux …  :

Au sujet du phonographe : «afin de nous en donner un avant-goût, le professeur de physique, (…),  transforma la scène de théâtre en un laboratoire faustien d’où, par la magie des instruments, fulguraient des éclaires crépitants, des lumières phosphorescentes et où se produisaient cent autres phénomènes aussi mystérieux pour nous qu’ils paraissaient faciles à la main savante qui les déclenchait

Lire Montréal,  son quartier des spectacles d’alors, le Parc Sohmer,  face au fleuve. On n’y a plus accès au fleuve maintenant, l’industrialisation a fait oeuvre civilisatrice. Redonner la fleuve aux Montréalais, c’est aujourd’hui devenu le fantasme de promoteurs de la fête sponsorisée et organisée.

Des idées pour ces promoteurs? La description de ce haut lieu de la basse ville, qui pouvait accueillir des milliers de personnes :

Comment définir un si haut lieu de l’histoire? Même s’il n’en a jamais porté le nom, c’était un café-concert. Situé rue Notre-Dame à l’angle de la rue Panet, il comprenait une longue terrasse en bordure du fleuve, une modeste ménagerie, un orgue mécanique blanc et or que l’on disait unique de son espèce, un bar et , dominant le tout de sa masse,  un immense hangar, dirais-je faute de mieux, au toit arrondi selon que l’on devait en construire plus tard pour loger les dirigeables. Les deux côtés de la salle étaient ouverts et ne fermaient qu’en cas de pluie au moyen de toiles. D’un bout à l’autre, des milliers de chaises, non pas des fauteuils et, au fond, une scène assez vaste pour y faire évoluer un troupeau d’éléphants et sans autres ornements pour l’encadrer que de pans de murs couverts d’affiches publicitaires.

Les théâtres et les opéras font salle comble.  Enchanté à la lecture de cet extrait, relatif à Sarah Bernhardt, de passage dans le Montréal d’avant la grande noirceur. Il en dit long sur la fierté toute masculine des montréalais et la pudibonderie des habitants de la ville de Québec :)

Ainsi qu’on le chante dans la Tosca, le ciel était constellé d’étoiles,  De la danse, la Pavlova, à la chansonnette, Yvette Guilbert,  mais sans qu’aucune n’égalât jamais, en jours-lumière et en intensité, les feux de Sarah Bernahardt, superlativement dénommée la divine. Témoignage spontané et éloquent de l’admiration qu’on lui vouait, nos pères, dételèrent les chevaux de son carosse et la promenèrent à force de bras, rue Sherbrooke,aux vivats de la foule. De mémoire d’homme, la galanterie canadienne-française n’a rien inspiré de plus beau en Amérique du Nord. Quelle gifle à la ville de Québec qui l’avait honnie et couverte d’oeufs gâtés.

Des goujats, ces gens de la capitale nationale :)

Pour la cause des femmes, ce n’était pas vraiment le grand chambardement, ces années folles.  Jugez par vous-mêmes :

«les termes de grossesse, de femme enceinte n’étaient pas autorisés dans nos journaux. La formule de rigueur était « une femme dans un état intéressant »»

Même si «à l’âge de porter le béret, la vie ne se conjuguait pas seulement au masculin (…) Les jeunes filles ne buvaient pas d’alcool, d’apéritif,  sauf sur une forme médicinale prescrite par la Faculté et elles ne fumaient pas. Elles s’habillaient au goût du jour, la taille finement corsetée, portaient des bas de fil, de coton ou de laine, des chaussures montantes et boutonnées. Au tennis, leur jupe descendait aux genoux; au bain, un ample costume enveloppait de la cheville au cou ne laissant à découvert, par crainte du soleil, que les avants-bras. Des souliers et un large bonnet complétaient leur mise réglementaire.

Par une heureuse coïncidence, l’esthétique s’accordait à la décence pour justifier cet accoutrement. Au respect de la secrète intimité du corps féminin s’alliait le légitime et constant souci de sa beauté. Or, être belle c’était alors en sa plus radieuse expression avoir la peau fine et blanche (…) de même qu’on laissait aux yeux leur éclat naturel, aux lèvres leur fraîcheur première, on s’employait donc, sans autre artifice qu’un soupcon de poudre, à conserver l’incarnat de son teint.  p 59 et 60

On ne disait que les entours de la femme, ce qui la couvrait, la magnifiait. Voir cette formule toute métonymique pour la description de son corps et les tentatives gaillardes du séducteur mâle virevoltant «en coquetterie d’élégance» sur la piste de danse :

«il (Dugas) s’y montrait enjoué, guilleret, et, mieux que personne, savait tourner un madrigal autour d’une parure ou d’un robe. Dans cette veine de frivolité, il a écrit sur les chapeaux féminins des pages que lui auraient enviées Mallarmé au temps où sa plume servait, par métier, à l’illustration de l’élégance féminine»

Autre belle sublimation :

«Dugas aimait beaucoup les femmes ou, plutôt, la compagnie des femmes»

L’auteur Barbeau trahit lui-même son intériorisation du discours mâle de l’époque  dans ce passage ou il passe au crible l’écrivain Jules Bois (ami de Huismans) :

Jules Bois avait atteint la renommée par une série de romans superlativement féministes, lointain annonciateurs du pansexualisme et prologomènes (sic) des libérations contemporaines…

À lire, en dépit du côté catho «éclairé» du maître,  malgré des considérations oiseuses sur l’éloquence, son passage à la revue Le Matin, laquelle s’était donné comme objectif, début des années 20,  de lutter contre l’incarnation du mal : le bolchévisme!

Cette feuille de chou deviendra «Le petit journal», cet hebdomadaire populaire québécois qui fera les délices de nos parents pendant une bonne cinquantaine d’années (1926-1978). La version numérique complète est disponible en ligne sur le site web de la BANQ.  Riche.

Pour conclure, vous dire que l’on pouvait «l’emprunter» au restaurant – Au Vieux toit – de mon village natal.  Je préférais quant à moi, subtiliser le dernier numéro du Penthouse et m’enfermer dans les cabinets pour contempler, un peu subjugué, les plus subtiles variations du teint incarnat des jeunes filles.

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Livre trouvé parmi 4 millions de documents en multisurfant dans le catalogue Nelligan des Bibliothèques publiques de Montréal, réservé en ligne, expédié depuis la bibliothèque d’Outremont et cueilli à la Bibliothèque Rosemont, tout près de mon humble demeure. Top!

Photo prise par l’auteur de ces lignes avec son Iphone.

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‎[Sotie] Le testament de Bebette Bérubé : le projet Lecture

Bebette Bérubé est de retour.

Dernier tour de piste. Je vous le donne en mille, elle ne se porte pas bien.  Elle s’est pointée, l’innommable, la maladie de la mort.  Bebette m’écrivait récemment, avec sa gouaille et ses contresens habituels :

«malgré toutes mes mises en garde, les interdits hérissés, le cancer n’a de cesse de faire de vilaines généralisations empiriques sur mon corps prêt à s’emballer … C’était couru d’avance, un vilain cancer qui s’installe à la pointe du désir, ça s’étend, nous prend et finit par nous enlever. Les cellules hitlériennes prolifèrent en moi tout droit vers mon coeur affolement, campagne de Russie et ghetto de Varsovie. Je n’ai plus d’ombre, que les os sur la peau.   Je m’affaisse, m’étend et me distribue, à l’avenant.»

Ses médecins ne lui donnent pas plus de 2 mois. Elle ne verra pas le printemps.  Elle me prie de vous transmettre ses cogi-agitations [sic] à propos du déficit de lecture chez les jeunes de 103 ans et moins. Son testament pour la lecture, si vous voulez mon avis.  Le voici.

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Long time, mes amours de la batifole et de la bamboche techno …

Je m’étais un peu éclipsée depuis le dernier Congrès des milieux documentaires que j’ai suivi tant bien que mal sur le fil de paresse Twitter grâce aux bons soins de bibliothécaires proxénètes de l’interconnexion avec les clientèles empêchées.

Automne 2010,  je me suis un peu empêtrée dans toutes sortes d’ennuis bureaucratiques avec mon centre d’accueil. Je vous épargne le récit de mes luttes de libération,  de mes revendications et de mon aliénation.  Aussi ennuyeux que la lecture du dernier rapport du commissionaire Bastarache de monsieur le premier ministre Charest ou encore du récit des confessions d’affaires sauvages de la duchesse du Carnaval de Montréal, Olga Losique.

Alors voilà, fin de la récréation mes angelots, faut que je vous raconte, j’ai eu la chance d’assister, en direct, depuis ma chambre, au Sommet de la lecture TD, les 20 et 21 janvier derniers.

Oh que cela m’a mis le cerveau à découverte. Allez, je partage mon plan d’action pour la rétropropulsion de la lecture et sa dissémination contaminante. C’est un peu le fruit blet de mon vécu dans le maquis de l’éducation publique.

J’utilise l’impératif,  mais c’est pur effet de style, vous faites comme bon vous semble. Restez léger.  Savez,  la lecture, y’a pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon. Il y a pire. Exemple, le brocoli bouilli trop cuit nappé de fromage cheddar marbré fondu.

Mon plan d’action : aux armes citoyens!

Envahissez les territoires. Que de terres abandonnées inoccupées jaillissent bibliothèques, médiathèques, phonothèques, bibliobus, maisons de la poésie, distributrices à polars, magasin général de la lecture, espaces de jeu et de feux.  De bibliothèques en conserve, fracassez les murs. Faites-les lumière, transparence, illumination, éclat.

Cessez de seriner, haut-parleur, vos slogans moralisateurs. Du genre «qui lit, réussit» ou «savoir c’est pouvoir». la belle affaire, vous aviez envie de réussir à 8 ans ou à 13 ans, vous? C’était le cadet de vos soucis et la société post-mortelle s’en porte tant bien que mal, malgré l’avancée marquée du néo-libéralisme et les faibles capacités fictionnelles de notre premier ministre Harper et de son équivalent francais qui fait vraiment une fixation anale sur la Princesse de Clèves.

Enlevez-vous du ciboulot que les technos vont régler comme par magie le problème du déficit de lecture de la majorité parlementaire et sénatoriale de la population. Qu’il suffit de mettre une tablette numérique ou un mobile dans les mains des ados, pour qu’ils s’enfoncent béatement dans la lecture, tels des moutons de Panurge égarés dans une fable du Marquis de Sade. Mais que cela ne vous empêche pas d’embrasser à pleine bouche l’univers numérique. Que le virtuel pénètre le réel. Que vos invasions et médiations numériques soient des invites à des rencontres, partages, affrontements tangibles et coups sur la gueule.

Aux enseignants du primaire, puisez dans la littérature jeunesse québécoise qui compte bon nombre d’auteurs féconds et rigolos. Faites une petite virée du côté de Dominic et Compagnie, de la série À pas de loup,  chez ErpiLes petits rats de bibliothèque, La Courte échelle, etc.  Z’en voulez d’autres,  allez piquer une petite jasette avec votre bibliothécaire de quartier, elle a tout lu et déteste quand les livres dorment sur les rayons.

Offrez-leur les albums Coup de poing des bibliothèques agglomérées de Montréal.

Aux profs du secondaire,  gardez donc pour vous vos exemplaires de Maria Chapdelaine et de Bonheur d’occasion. Vous encouragez une masse de jeunes à fuir la lecture pour le restant de leur existence qui pourrait être tristounette à moins que tout ce beau monde ne devienne plombier, peintre en bâtiment ou électricien affilié à la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ).

Laissez plutôt traîner, bien en vue, le Vendredi de Tournier, Le vicomte pourfendu et Le chevalier inexistant de Calvino,  le Tobie Lolness de Thimothée de Fombelle, Vernes, Gaston Leblanc, Yves Beauchemin,  Agota Kristof,  Boris Vian, Hrabal, deux ou trois mangas éroticos-subversifs, la série BD Largo Winch … Proposez-leur des trucs tecktoniks, du spoken word (rap, dub, poetry slam),  des magazines, des blogues, des documentaires sur l’accouplement des ornithorynques, etc.

À certains moments de la vie, Tintin et Bob Morane valent mieux que Meursault ou Merteuil (difficile à battre, toutefois), une bd pissante, mieux encore qu’une oeuvre immortelle qui vous tombe des mains, s’écrase au sol et y reste pour l’éternité d’un être.

Exhibez-vous en train de lire.

Débarassez-vous de vos livres. Abandonnez-les sur un banc de parc, dans le métro, au travail, dans une cour d’école, dans des lieux glauques et sordides. Faites en don à votre conseiller municipal, à votre député, votre commissaire…  au flic qui vient de vous coller une contravention.

Partagez votre bibliothèque numérique.

Abandonnez vos timides stratégies de médiation, foncez vers l’autre, effronté. Essayez plutôt la séduction, l’esbrouffe, l’arnaque, la part maudite et la diffusion pyramidale dans un joyeux tintamare avec les parents, les enseignants, les éducateurs, les personnes seules, les exclus, les enfants et les chiens errants. Carnavalisez vos interventions.

Cessez de vous enfermer dans une vision utilitariste, managériale et créatrice d’emplois pour les seuls lecteurs (voir John Saul Ralston). Et surtout, soyez impitoyables avec ceux qui ont élevé au rang de hauts faits de la civilisation, la performance, la mesure, les tableaux de bord, le ROI (return on investment, yark), l’exactitude, Walmart, le gaz de schiste et la peur irrationnelle de rater le futur.

Une société sans projet, vide, oublieuse d’elle-même. Factice.

Le projet Lecture est Projet de société.

Allez, assez bretté, faut que je négocie encore un peu avec l’éternité.

J’allais oublié, écoutez/regardez attentivement un enfant vous lire le premier récit qu’il a pondu de sa main hésitante.

Bebette Bérubé


 

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Être sur Facebook


Je réponds à l’appel lancé par Bibliomancienne sur son blogue : Pourquoi ils/elles utilisent Facebook en 2011

Pas de grand questionnement existentiel autour de cette question. Facebook, un endroit,  il y en a d’autres, que j’exploite à fond, pour exprimer la légèreté de la vie, mon plaisir et être témoin et acteur, parfois, d’un gai savoir partagé.

Je l’exprimais récemment dans un commentaire : pas question pour moi de gérer de multiples identités numériques sur Facebook. Je suis un, indissociable et totalement mêlé dans mes nombreux «mentir vrai». :)

J’y suis pour les mêmes raisons que Marie, Lionel, Vincent et compagnie de joyeux lurons de la cause sociale du devenir de nos sociétés et aussi de nos joies… (voir les commentaires du blogue sus-mentionné)

Mais j’y suis aussi,  en mes mots, – je ne serai pas exhaustif, ne le prenez par personnel – :)

– pour le butinage numérique ou la cruze documentaire (serependity)
– pour les photos de Salwa, fière et battante, lors d’une manif de soutien à la Tunisie à Montréal
– pour les délicieux excès d’Olivier Hamel et de Mélodie Nelson
– pour une photo qui apparaît tout à trac et qui m’émeut, me transporte
– pour mieux comprendre la problématique des écrivains jeunesse avec Claude Champagne et Hélène Derome
– pour ceux qui s’indignent… il y a matière
– pour ne pas rater le dernier livre que je n’aurai pas le temps de lire avant le prochain millénaire
– pour avoir des nouvelles, des images, du soleil de Brest, Roman sur Isère, Saint-Raphael, Cuba, San Francisco, Madrid, Barcelone et Lévis…
– pour étirer la pipe des copains (et copines!?!) et ils me le rendent bien
– pour un neveu qui m’emmène en Argentine
– pour savoir comment ça se passe l’atelier d’alphabétisation technologique de Mimidou avec les communautés culturelles
– pour suivre les jeunes philosophes de l’université de Montréal qui tripent sur Rawls (je ne les comprends pas, mais je les admire, ils en causent sur FaceBook)
– parce que quand je ne sais pas (cas de figure fréquent), je le demande et on me répond rapidement
– pour ma joyeuse bande de collègues au boulot
– hé, pour avoir des nouvelles des jumeaux Labory-Ouellet
– pour rire
– pour rester en alerte
– créer et voir créer
– etc.

Pourquoi j’y suis?

Parce que vous y êtes!

Luc, on dit parfois l’affreux, mais je ne suis pas seul.

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Comment peinturer un mur avec son Iphone.

Les détaillants l’ont bien compris, s’ils veulent recruter ou fidéliser leurs benêts de clients,  ils doivent investir dans de fines applications pour les appareils mobiles.

Richard Crone, un peu culotté et sûrement bien cravaté,  président de Crone consulting, affirme avec tact et philosophie :

«Le téléphone intelligent devient un nouvel outil de vente. Et ce qui est génial  pour les détaillants, c’est que ce sont les clients qui ont payé pour cet outil»  (Journal des Affaires, 15  janvier, p11).

Encore floué.

J’ai installé l’application de la chaîne Home Depot Canada sur mon IPhone.

J’ai été attiré par la section boîte à outils, laquelle je pensais allait me permettre d’actualiser mon plein potentiel de bricoleur du dimanche qui est pour l’instant, je vous l’avoue, à l’état pré-socratique.

On y apprend tout sorte de trucs indispensables sur cette application : installation d’un gradateur, installation d’un ventilateur de plafond, installation d’une toilette, … et surtout comment peinturer un mur.

C’est cette dernière rubrique qui m’a interpellée et que j’ai explorée à fond. Il faut sérier les problèmes dans cette foutue d’existence et procéder lentement et méthodiquement, sinon c’est la déprime manuelle. On y apprend, je cite :

Ajouter de la couleur à vos murs peut changer énormément l’allure de votre maison…

Ah bon!

Suit une invitation à visionner une petite vidéo pour devenir un véritable Bougereau de la peinture en bâtiment. Clic.  Affichage : «Pas de vidéo. Nous sommes désolés, mais il n’y a pas de vidéo pour ce projet»

Pas de chance, j’ai beau être maître en sciences de l’information,  mais c’est très mal parti pour mon édification morale. Tout n’est pas perdu, on me suggère les outils requis pour réussir l’opération et les prix associés dans l’écran suivant:

Outils :

Pinceaux : 15,00$
Rouleaux à peinture : 9,97$
Flacon pulvérisateur : aucun prix suggéré
Tige de rallonge : 11,99$
Pot de peinture de cinq gallons avec bac pour rouleau (je souligne) : aucun prix suggéré
Petit pot de peinture (pour transvider par douce petites doses la peinture du gros 5 gallons, je suppose) : (aucun prix suggéré)
Masque de protection contre les vaporisations de peinture au latex : aucun prix suggéré
Toile de protection : 38,96$
Chiffons : 19,98$
Échelle (si nécessaire) – c’est le détaillant qui précise, si nécessaire : 269,00$ pour une 12 pieds. (on n’est pas passé au métrique?)
Verres protecteurs : 24,99$ pour 12 paires, équipés pour la vie…
Couteaux à mastic : aucun prix suggéré

Et on n’est pas au bout de nos peines,  certains matériaux sont aussi requis pour l’exécution de la tâche :

Matériaux :

Couche d’apprêt et bouche-pores : aucun prix suggéré
Composé à joints : aucun prix suggéré : 8,97$
Matériaux pour réparer les murs : aucun prix suggéré
Ruban bleu pour peintres : 18,98$
Papier sablé, grain abrasif 120 : aucun prix suggéré
Peinture au latex de qualité supérieure (encore, mais qu’est-ce que je fais avec mon cinq gallons?) : aucun prix suggéré

Pour un grand total de 497,84$, si l’échelle est requise. Toutefois la peinture n’est pas incluse!

Bref, vous avez compris, l’outil n’est pas tout à fait au point… et le truc marketing est un peu markedingue.

Mais je ne vous abandonnerai pas là sans vous conseiller des oeuvres littéraires qui feront de vous de vrais maîtres bricoleur.

Ken Follet : Les piliers de la terre.
Vous y apprendrez comment construire une cathédrale. Toutefois il est préférable d’être nombreux et de disposer de temps libres.

Jean-Paul Dubois : Vous plaisanter monsieur Tanner.
Comment rénover la maison familiale. Les bibliothécaires vont apprécier, le personnage principal est documentariste. Pissant le truc, en passant.

Henri David Thoreau : Walden ou la vie dans les bois.
Pour les français qui rêvent de venir bâtir leurs cabanes au Canada, aux pieds des chutes Niagara.

Jacques Ferron : Le Saint-Élias,
Pour apprendre à construire un trois-mâts.

Yves Beauchemin : Le matou.
Pour la construction d’un voilier. Ne pas commettre la même erreur que Florent Boissonneault, le protagoniste principal, qui avait bricolé son bateau dans son sous-sol. Résultat des courses : impossible de le sortir de là une fois l’oeuvre achevée.

Vous en conaissez d’autres romans qui ont pour thématique le bricolage ou la construction?

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Relire Mireille Cliche sur la jetée de la nuit

M’est revenue comblé, dans le foulée du grand rangement évoqué dans un billet précédent, la trace poétique de ma collègue et amie, Mireille Cliche .

J’ai relu un foudroiement, des cratères, de riches ruines, la poésie qui aide à vivre :

«L’onde et la foudre»
«Jours de cratère» – Prix Octave Crémazie, 1991
«La pierre dorée des ruines»

Je partage des extraits qui témoignent de la «force radioscopique de la poésie, de petits trésors ordinaires et de l’or que l’on trouve toujours dans les pierres»

Allez-y voir et lire :

Dans La pierre dorée des ruines, j’ai relu, ce texte lumineux, pour sa fille, universel

Aux portes du monde, p 44-45

Tu marches dans tes propres pas
vers la maison de l’être
et tu es déjà
touchée appropriée requise
l’univers sans arrêt réclame

fuis les châteaux ordonnés
où s’abritent des princesses chagrines
ne dépose pas tes trésors
sur des seuils où ils sèchent
mords d’abord questionne ensuite
avant que la peur ne te fasse
carnassière

ne sois ni plus petite
ni plus grande que toi-même
le sang bat dans tes mains
plante-les
si l’amour vient range-toi
laisse passer
s’il revient plonge
et mets-le dans ta poche

il y a des baleines
du granit et de l’eau
des étincelles à certains doigts
du givre sur d’autres
chaque jour choisit ton camp
quitte-le aussitôt

Ma sentinelle dans les nuits d’argile
Le bout de l’univers
est à longueur de bras
il n’y a de gouffre
plus profond que toi
petits soldats aux portes du monde

Dans l’Onde et la foudre, pour ces ossements en or massif et ce verre, édifice de feu …

Silence gris, p. 48-49

J’ai cessé d’écrire en coup de poings
quand j’ai vu en demi-teintes
les gris de ton silence
Des portes cachées s’ouvrent
quand tu en as trop dit
quand tu tiens ma tête et que je crois
que tu vas te dissoudre
quand je ne sais si tu as fui
ou tu fuira

J’étais de verre. Je suis un édifice
de feu.

Je voudrais t’effacer
de ma liste d’impossibles
t’étendre comme une peau
entre côtes et bassin
Je voudrais toucher
le bois des maisons défaites
que tu racontes de mémoire
ton regard épuisé
sur la ligne du couchant
L’amour dérape et ne laisse
que des ossements en or massif.

Dans Jours de cratère, p. 12, pour les percées véloces de l’oeil

le jour s’est éteint
tavelé du noir des officines
oh choses rongées par le bruit
vents de couleur
percées véloces de l’oeil qu’on appelle à soi
pour servir de couvertures
et dormir plus loin
d’un long sommeil qui nous porte debout
jusqu’au bout de nos routes

Dans La pierre dorée des ruines, une véritable ontopoésie musicale rapaillée

Héritage, p 49-51

Sur les cendres de qui allons-nous
anonymes mentons dressés
vers quelle intense fragilité
dans les débris des choses
créatures à l’abandon
d’un dieu épuisé

vers qui marchons-nous
quelle salive amoureuse
pour abreuver notre soif
quel impossible don
à nos chevilles l’écho tenace
de la multitude
les objets dont le néant déborde

je voudrais que les morts se lèvent
déclinent noms et formes
qui laissent comme un algorithme
chacun seul face à l’histoire

mais sortez donc du silence
squatters du déminage
et mesurez la force
d’une seule parole exacte

Tirez votre goupille en entrant
n’explosez pas dans mon salon
mes planchers sont trop blancs
les couleurs en cocktail
nous voleraient jusqu’à la vue
les images nous absorbent
comme un buvard

il se fait tard au bout du monde
nous n’en finissons plus
de perdre et l’amour a compté
jusqu’au terme de sa patience

les choses nous ont achetés
puis revendus
nous vivons les mains vides
le coeur plus encore
entichés de séduction
encéphalogrammes plats
sans savoir à qui donner
moelle et os quand il arrive
que nous ayons des surplus

De bistrot en supermarché
le rien glisse à la surface du rien
et déferle dans écho
jusqu’à emplir nos côtes

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Allez-y.

Silence…

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La photo a été prise avec un Blackberry, par Luc Jodoin

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L’autoroute de l’information, les refoulements d’égout et la carte de l’empire

Octobre 2010 : refoulement d’égoût.  J’essaie de sauver in extremis les centaines de bouquins qui s’empilent au sous-sol. Rangement pêle-mêle dans des cartons de ma petite histoire du monde tel que je l’ai parcourue, vue, lue, annotée, partagée.

Janvier 2011 : reconstruction. On sort les livres des ténèbres. L’opération sera longue. Jeu du souvenir. Relecture transversale. Un livre, une personne. Un roman, un lieu. Une revue, un geste.

Je relis de grands passages du numéro «Multimedia et communication à usage humain : vers une maîtrise sociale des autoroutes de l’information» paru dans la revue Transversale Science / Culture, mai 1996.

On y retrouve de nombreux textes officiels et déclarations  qui ont mis l’internet sur la map (c’était bien avant Google)  et popularisés la notion d’autoroute de l’information : Gore, Infrastructure nationale d’information, 1993; Le Livre blanc de la commission européenne : croissance, compétitivité, emploi : les défis et les pistes pour entrer dans le XXIe siècle, déc. 1993.  Pas d’hier qu’on nous casse les oreilles avec ce foutu XXIe siècle qui n’a de cesse de vouloir nous rattraper.

Pour ceux que la chose intéresse, le texte complet du no de la revue est maintenant disponible sur le Net.

https://www.eclm.fr/fileadmin/administration/pdf_livre/210.pdf

Je vous cite des extraits d’une des allocutions de Gore, c’était en 1993 – à vous de juger des promesses :

Les promesses de la NII (National Information Infrastructure) :

«Imaginez un appareil qui serait à la fois PC, caméra vidéo, télévision et téléphone. De n’importe où , à n’importe quelle heure, vous pourriez voir vos enfants et leur parler, vous repasser votre dernier match, feuilleter les plus récentes acquisitions de la bibliothèque, acheter épicerie, meubles, vêtements – tout ce dont vous avez besoin – à des prix imbattables. Imaginez comme la vie changerait si :

«on pouvait avoir accès de partout aux trésors de l’art, aux chefs-d’oeuvre de la littérature, aux dernières découvertes de la science. De partout et pas seulement dans les institutions importantes, les bibliothèques ou les musées des grandes villes.

(…)

«on pouvait aller vivre partiquement n’importe où, sans renoncer pour autant à trouver un emploi utile et intéressant « le «télétravail» permettrait de se connecter à son bureau via une autoroute électronique au lieu de faire la navette en voiture, train ou autobus;

(…)

«on pouvait voir les films les plus récents,  jouer aux jeux vidéo les plus excitants,  faire ses courses ou ses opérations bancaires, le tout à l’heure que l’on veut et confortablement installé chez soi

«il était possible de s’adresser à l’Administration et aux services publics (directement ou par l’intermédiaire d’établissements locaux, comme les bibliothèques) pour s’informer, demander et recevoir des allocations par voie électronique, ou joindre facilement tel ou tel fonctionnaire.

«les administrations, services publics et instances gouvernementales, entreprises et autres entité organisés pouvaient correspondre par voie électronique – ce qui ferait moins de paperasse et améliorerait la qualité des services.

et dans le même carton,  j’ai trouvé, de ses hasards qui sont toujours objectifs :

La promesse de l’aube, Romain Gary

Matière à rire, Raymond Devos.

Le mythe de la cité idéale, Roger Mucchieli

La sociologie de l’espérance, Henri Desroches

Le livre du rire et de l’oubli, Milan Kundera

L’ivre livre : Marcel Moreau (oh que je vais le relire… )

et un intrus : L’encyclopédie de la cuisine végétarienne

Je les ai rangés ensemble sur une tablette avec La carte et le territoire (pas le livre, mais mon IPAD  qui donne accès à la carte qui s’est superposée au territoire : le Net!).

Pour la plogue dans le titre du billet : La carte de l’empire, c’est une fable de Borgès,  une métaphore de ce qui advient?

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Bebette Bérubé contrainte à suivre le congrès des milieux documentaires 2010 sur Twitter :(

Il neige. La saison entre les murs se déploie lentement.  J’aime la dimension scopique du moment : les couleurs de l’automne tentant tant(1) bien que mal de résister au débordement blanc.

C’est du dedans, dans l’hospice,  que la plupart des vieilles coquefredouilles embéguinées de mon espèce vont continuer à participer au débat social pour ne pas que nous advienne la révolution conservatrice.

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Le Congrès des milieux documentaire qui ne manque pas d’imagination, après avoir investit fièrement le numérique en 2009,  se penche maintenant sur les potentialités des partenariats. Madame la présidente Beaudry de la Corporation résume très bien l’enjeu pour ce nouveau BiblioCamp qui promet :

Le thème du Congrès, « Imaginer de nouveaux partenariats », se veut une invitation à répondre auxnombreuses questions posées par la récente transformation des outils, des usages de même que des missions des institutions et services documentaires. Quelles sont les meilleures alliances à créer pour répondre aux exigences de nos usagers et de nos clients ? De quelles façons les partenariats peuventilscontribuer à l’amélioration de nos services et répondre aux besoins et aux attentes des utilisateurs etdes créateurs de documents imprimés ou numériques ? Quels partenariats amènent les bibliothèques, lescentres d’archives et de documentation à se positionner de façon incontournable sur les multiples parcoursde recherche d’information propres à la culture numérique ?

Je ne pourrai malheureusement pas y assister. Je n’épiloguerai pas sur les raisons de mon absence, mais disons que je suivrai le tout via le satellite hashtag #docu2010 directement sur Twitter.

Une suggestion aux organisateurs. Il serait intéressant de diffuser en direct sur Webcampvidéo les conférences d’ouverture de chacune des journées.

J’aurais bien aimé voir la tronche en mouvement de monsieur Patrick Bazin qui nous entretiendra sur l’extension du domaine de la lutte.  Raterai aussi in vitro le petit laius de l’ingénieur de livres Jon Orwant de Google Books.  Il ne paie vraiment pas de mine le type sur sa photo dans le programme du congrès, mais je suis certaine que son propos sur l’art de tartiner le savoir en comblera une panoplie de nonante.

Petite plogue pour ceux et celles qui ont la forme et le loisir documentaire libre , il ne faut pas rater les deux Adonis, Cusson et Robert, qui animeront une soirée LudoBiblio (gaming documentaire turbulent) au sein même du Palais des Congrès.  C’est le mercredi 3 novembre, de 19h30 à 21h30, salle 510 A. Ça promet d’être libre et époustouflant.

Je vous reviens au courant de la semaine.

Bonne semaine!

Bebette Bérubé

(1) Tentant tant bien que mal (tantantan),  en souvenir d’Alphonse Allais qui avait produit un merveilleux : ils ont tendu tout à l’heure, leur leurre. (leurleurleur)

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Du bonheur 2.0 : Lankome et Coke veillent au grain.

Deux heures dans l’antichambre du travailleur social du centre d’accueil ce vendredi dans l’attente d’une rencontre pour négocier des meilleures conditions de vie pour le bon peuple vieillissant.

J’ai fait contre mauvaise fortune bon coeur et me suis farci 2 ou 3 Reader Digest, le numéro spécial de la revue Châtelaine (pour ses 50 ans) que j’ai feuilletée comme monsieur Foglia de la CyberPresse. Il n’a pas beaucoup aimé, le monsieur. Je vous donne le lien de sa chronique dans la quelle il s’irrite un peu des quelque 180 pages de markedingue consacrées au bonheur qui pourrait advenir grâce à différents produits éradicateurs de ridelles, inhibiteurs de glycation, amplificateurs de cils et fomenteur de peau resubstancée.

J’ai aussi été intrigué par une entrevue qu’a accordé le Journal les Affaires à Jonathan Mildenhall, sympathique vice-président mondial de la stratégie publicitaire et créative de Coke :

L’essence de coke, c’est le bonheur

Culotté le titre? Un peu mon neveu! Je vous cite un petit bout de l’entrevue :

D.B. – Nike se réinvente en développant des produits, alors que Coke vend toujours le même produit. Comment rester dans le coup ?

J.M. – Nous réinventons constamment la conversation avec nos consommateurs. Par exemple, à l’ère de Facebook, YouTube et Twitter, la nouvelle définition du bonheur passe par le partage. Nous voulons partager ce que nous connaissons et ce que nous découvrons. Les 14 millions de fans Facebook de Coca-Cola, quant à eux, partagent leur définition du bonheur. Coke est devenu le fil par lequel les citoyens de tous les pays du monde peuvent faire connaître ce qui les rend heureux.

Tout les buzz word y sont : Twitter, Facebook, partage, conversation, bonheur. Ne manque que la ‘conversation’ qu’on retrouve plus loin dans l’entrevue. Quatorze millions de fans partageant sur ce qui les rend heureux !!! Ciel!

et celle-ci,  de citation :

D.B. – Comment les médias sociaux modifient-ils votre stratégie ?

J.M. – Notre marque ne nous appartient plus, elle est désormais entre les mains des consommateurs. Jadis, Coke créait elle-même les cas de réussite entourant sa marque. Aujourd’hui, la plupart de celles-ci émanent des consommateurs. Notre rôle consiste à leur fournir les bons outils pour qu’ils puissent créer.

Une seule question, si ces marques nous appartiennent, si nous créons la réussite, si nous les enrichissons, j’aimerais bien savoir quand je vais recevoir ma ristourne? Faut parfois faire le plein de bon vin!

Je vous donne quand même le lien Wikipedia vers le bonheur

et ceci, pour les paresseux :

Étymologiquement, vient de l’expression « bon urû ».

Eür est issu du latin augurium qui signifie « accroissement accordé par les dieux à une entreprise ». (je mets le gras)

Futée,  l’entreprise Coke.

Bon dimanche!

Bebette

Ce billet n’est pas sponsorisé par Coke.

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Bebette Bérubé fait du bungee avec Hubert Guillaud et Dominique Cardon (troisième partie)

Tuquedenne ricana diabolicoseptiquement. Comme les galets lui faisaient mal aux fesses, il interrompit ses réflexions et se leva.

Raymond Queneau, Les derniers jours.


«Lire, c’est aller à la rencontre d’une chose qui va exister.»

Italo Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur

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Autre nuit d’insomnie.  J’enrage et arrive tout de même à me dulcifier. Je vais finir par avoir la forme complète aérobic et pro-adaptée pour courir les raves nocturnes du Montréal en lumière et autres folichonneries situationnistes qui ont été fort bien décrites par Raoul Vanegheim dans son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations

Grande perturbation dans une nuit semi-éveillée autour de ces calembredaines qui agitent notre société en mal de devenir social numérique.  J’ai été obsédé toute la nuit déclinante par l’exercice de rentre-dedans rhétorique auquel se sont livrés Marsan-Lessard et que j’ai effeuillé dans mon billet précédent.

Vacuité d’une vaine veille qui m’a éloigné de l’objectif que je m’étais fixé dans une antépulnitième bafouille de vous entretenir des tenants et aboutissants du bungee dans une société atteinte d’anévrisme numérique.

Il faut réagir dare-dare dans cette société des vertigineux flux de l’information, si on veut être pris au sérieux du just in time, comme disent les gestionnaires technocrates…   en goguette, fort heureusement et que le grand bien leur fasse, car ils font vraiment un boulot dindonisant(néologisme inventé par Saint-Pol Roux qui avait pratiqué intensivement Chateaubriand, in Les reposoirs de la procession.)

Le cul débordé de nouilles, qu’est-ce que je trouve ce matin dans mon Google Biper? Une excellente référence de l’excellent Bibliobsession de Paris (excellent)  : eLabz. Un laboratoire pour étudier le piratage des livres numériques. Laquelle étude, au demeurant fort méthodologique, va me permettre de faire des liens fallacieux, mais toutefois émotifs avec l’objet cité en rubrique de ce billet.

Mais d’abord, Cardon énonce avec force tact, modération et démonstration que la révolution numérique actuelle a des racines profondes dans le mouvement hippie (évoquée aussi par Marsan) dans lequel j’ai un peu mariné. Je cite un peu longuement, mais avec discernement :

  • … les différents milieux qui ont donné naissance à internet avaient les mains dans des problèmes militaires, académiques ou techniques, mais la tête dans la contre-culture des années 70. Or il y avait deux courants différents dans les mouvements de jeunesse californiens : la branche contestatrice voulait changer la politique (elle manifestait contre la guerre au Vietnam, pour le droit des noirs et des femmes) ; l’autre branche pensait qu’on ne pouvait pas changer le système politique sans commencer par se changer soi-même en pratiquant d’autres formes de vie, ce qui donnera lieu à la vague des communautés hippies. Leur idée était de refaire société localement, de façon expérimentale, parce que si des individus aliénés en venaient à prendre le pouvoir, ils ne pourraient jamais installer qu’un autre système aliénant. Pour eux, l’émancipation passait d’abord par un projet personnel de transformation de soi : avec la drogue qui permet d’élargir son champ de conscience, avec les spiritualités Indiennes qui invitent à faire cosmos avec le monde et aussi, souligne Turner, avec les technologies. Car c’est paradoxalement dans l’univers hippie de la contre-culture américaine que la présence des technos a été la plus forte, à l’image des globes géodésiques de Buckminster Fuller qu’ils construisaient sur leurs campements. Contre les gros ordinateurs de la technoscience, ils se sont emparés de l’ordinateur personnel comme d’un cachet de LSD : un adjuvant technologique qui peut aider à se changer et, ce faisant, à changer le monde.
  • … Lorsque les communautés hippies se sont délitées au début des années 70, le nouvel espace qui s’ouvrait avec la mise en réseau des ordinateurs a servi d’utopie de substitution. Pour les pionniers, Steward Brand et ceux de The Well, il s’agissait bien d’un nouvel exil : expérimenter en ligne des formes de vie qui avaient échoué dans le monde réel, se retirer du monde pour en faire un meilleur. Cette culture de l’exil a toujours été déterminante dans l’histoire de l’internet : on ne change pas ou on ne s’attaque pas au système politique central, on le déplace, on fait exemple ailleurs, on expérimente plutôt que de chercher à prendre le pouvoir.

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(chronique d’un billet mal fagoté, je n’ai pas encore réussi à faire le lien entre l’image à la une de ce billet et mon propos, mais j’y arriverai bien un de ces jours,  à la mémoire d’Italo Calvino qui avait bien réfléchi à toutes ses choses par un nuit d’hiver un voyageur)

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Je suis une fan contrite de Habbie Hoffman qui est l’alpha et l’oméga du mouvement hippie et l’inspiration souterraine non assumée des ténors du web social : partage, collaboration, interaction. Cardon l’a bien saisi.

Il faut lire la Somme selon Hoffman : «Steel this book». Une version piratée volée à Library of Congress est disponible sur le web. Je vous refile le lien, mais ça reste entre nous, c’est hadopi illégal. Lisez ce livre, vous en apprendrez beaucoup sur la longue durée, sur l’art de faire pousser du pot compassionnel, l’utilisation d’armes de destruction inoffensives, comment passer des vacances pique-assiettes à Las Vegas,  comment profiter de la vente des amis de la bibliothèque publique, comment obtenir des entrées gratuites pour le théâtre, etc.

La suite suivra, mais je fais le pari de feuilletonner ce billet au vu de la foule en délire qui me harcèle sur les réseaux sociaux de publier au quotidien.

Juste dire avant de m’amorpher, la conclusion – je vends le punch, au risque de perdre des lecteurs –  de cette série de billets devrait être contorsionnée ainsi :

Faudra s’y faire, le Web, c’est un outil, un pinceau. Rien de moins et un peu plus. On y grifonne parfois des trucs picassogéniaux, parfois des croutes fumantes et nauséabondes. Mais c’est ouvert à tous, accessible à tous, comme pour les services de santé, si on a les moyens ou une bibliothèque publique à proximité. Ça ne changera pas le monde le Web, c’est d’ailleurs une pénible tâche,  changer le monde. On n’a pas tous nos temps libres pour s’y consacrer au monde meilleur, depuis l’avènement du web social qui nous happe et nous consterne parfois.

Pour le reste, mon crédo de vieille folle qui a vécu – fi de toute pensée grognon –   pensons lestement et en superficie(ici loge la profondeur, c’est du Schopenhaueur)  et agissons à l’avenant pour un avenir en durable, en relecture et en français.

Bebette Bérubé

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Bebette Bérubé fait du bungee avec Hubert Guillaud et Dominique Cardon (Deuxième partie)

L’usage d’une certaine distorsion permet d’atteindre la vérité
Flannery O’Connor

Je vous avais promis de rebondir tel un bungee sur une entrevue de Hubert Guillaud (vraiment beau mec) avec Dominique Cardon, sociologue de la société branchée : «Dominique Cardon : Pourquoi l’internet n’a-t-il pas changé la politique?». Un texte fascinant à mettre en perspective avec la bafouille souffre-malheur que monsieur Marsan a publié dans Le Devoir de samedi dernier : «Frank Zappa et l’utopie Internet : They’re only in it for the money». À lire aussi la réaction plus virevoltante qu’à son habitude du tendre et rassembleur monsieur Martin Zéro Seconde qui ne machouille pas ses épithètes dans un billet qui sent bon : e-médiocrité et élitisme. Et si vous n’êtes pas trop empêtrés dans vos flux Twitter, prenez le temps de lire le commentaire de Marsan qui s’aventure sur le site Zéro seconde avec politesse et délicatesse dans l’affirmation de nombreuses négations.

Vous dire que mes neurones rouspètent un peu au frette devant tant d’étalage de profondeurs considérables …  Je tente toutefois une hypothèse fondatrice : de tous temps, la niaiserie a côtoyé la hauteur, le bon peuple dans sa profonde ironie ne s’est jamais laissé berner par les sondeurs, le beau obligatoire et les fabricants d’opinions(Johnny Baudrillard, L’étrange symbolique et la mort, opcit),  alors que ces idiots de puissants… lisent le Journal de Montréal et MacClean. Vous dire aussi que je drague sur Internet et que ça ne m’a jamais empêcher de m’élever, monsieur Marsan.

Je m’égare encore et m’éloigne de mon spasme originel : l’entrevue d’Hubert avec le sociologue Cardon.

Je vous reviens là-dessus.  Suis vraiment vannée.

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