Irrésistible rencontre

Grande fête le 18 avril, de 10 h à 12 h, à la Bibliothèque Robert-Bourassa d’Outremont pour la remise annuelle du prix 2011 du club de lecture Les Irrésistibles animé pas Marie-Anne Poggi (voir ici aussi).

Je ne raterai pas ça.

On dévoilera le coup de coeur 2011 des membres du Club parmi les cinq titres qui ont été le plus souvent suggérés en 2010.

La littérature québécoise a eu la cote en 2010 : 3 titres sur 5 suggérés.

Quelle est votre livre préféré parmi ceux en lice?

Je suis, pour ma part, un fou fini de la plume dépouillée et sensible de Jacques Poulin :)

Ru
Kim Thúy
(Libre Expression, 2009)
L’énigme du retour
Dany Laferrière
(Boréal, 2009)
Le violoncelliste de Sarajevo
Steven Galloway
(JC Lattès, 2008, 2009)
eve-de-castro
La traduction est une histoire d’amour
Jacques Poulin
(Actes Sud, Leméac, 2006)
Cet homme-là
Eve de Castro
(Robert Laffont, 2010).
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Carnet de campagne : danse en ligne

Les citoyens canadiens iront aux urnes le 2 mai prochain pour la 41e élection fédérale.  Je suis la parade démocratique de près sur le fil de presse Twitter (hashtag #danseenligne et #fed2011), dans les journaux et sur Facebook.  Raterai monsieur Layton dimanche soir à Tout le monde en parle. Mieux à faire, y’a un pote médiateur-cinoche qui m’a prêté Leaving Las Vegas, une film de 1995, qui raconte la saga d’un type qui décide d’en finir, de drink himself to death, avec Nicolas Cage.

Suspense, assisterons-nous au point d’orgue de la révolution conservatrice?  Ne désespérons pas, le 2 mai devrait nous apporter le printemps et la lumière.

Je note, pour mémoire, dans ce carnet, des trucs qui circulent dans mon réseau et des statuts que j’ai publiés sur Facebook au courant de la dernière semaine. On y va selon la logique de publication d’un blogue, le nouveau pousse l’ancien.

2 avril

Twitter : @pmharper @GillesDuceppe @jacklayton_npd @M_Ignatieff @elizbethmay La culture comme propulseur du dév. économique. Vous en pensez-quoi?

Note : petite coquille pour Madame May. Sans réelles conséquences, c’était un peu une bouteille à la mer ce post Twitter.

2 avril

Viens de dire j’aime aux pages FB de Ignatieff, May, Duceppe et Layton question de ne rien rater de cette campagne électorale. Je n’ai pas trouvé celle du premier ministre, mais le moteur de recherche de FB me propose ceci. Bon. Je me précipite sur Twitter pour la suite…

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=XL68FSbM1JU[/youtube]

31 mars

Bien content que monsieur Bernier ait suivi les conseils d’un beauceron qui lui disait qu’une pancarte c’est de la pollution visuelle. Sage décision. Sa tronche sur un poteau aurait laissé une empreinte écologique incommensurable :)

31  mars

Je ne donnerai pas mon opinion, mais je partage les valeurs de madame David! :)

Voir ici pour les valeurs de madame David

30 mars

M’est avis que Jean-Guy Dagenais, député conservateur dans St-Hyacinthe, est une joyeuse girouette. Défenseur du registre des armes à feu alors qu’il était président de l’association des policiers du Québec, il affirme maintenant pouvoir affirmer ses vraies valeurs (contre le registre) au côté de monsieur Harper. Quand la fonction fait l’homme et le défait. Ciel!

30 mars (sur le mur de Gabriel Boisclair)

Le mépris de la démocratie en une minute.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=3WfBaFrRF9w[/youtube]

30 mars

Interculturalisme. Je cite Mimi Mimidou de Communautique : Moment émouvant de la journée: une de mes participantes libanaise, qui vient tout juste d’obtenir sa citoyenneté canadienne (elle peut donc voter pour la première fois), m’a dit qu’elle allait voter pour le Bloc Québécois !.

30 mars

Ciel ! Larry Smith !$#@!& – » le français : un combat du passé ». M’est avis que le mec devrait retourner jouer au ballon avec Les Zalouettes !

29 mars

Ciel ! M’est avis que le Parti libéral du Canada aura bientôt besoin d’aidants naturels et d’un peu de compassion sociale…

Note

Je garde à l’esprit que la plateforme politique du parti Rhinocéros fondé par Jacques Ferron n’a, à ce jour, pas été dépassée. Voir ici

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Bleu, au coton

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Réalisez votre PowerPoint en dix minutes et sans Microsoft

On me demandait récemment de présenter les projets 2011 de mon équipe de la planif et du développement à l’équipe des Programmes et services aux arrondissemments d’Ivan Filion des BPM.

J’ai réalisé mon PowerPoint 10 minutes avant la rencontre et on m’accordait un autre 10 minutes pour balancer mon baratin :

Recette :

Ingrédients :

  • Une grande feuille 11  par 17 (rien à faire pour la menuiserie et le papier, je résiste encore au système métrique)
  • Des crayons (osez sobrement la couleur)
  • Des projets (j’en ai quelques uns et je les ai bien en tête – voir ici)
  • Un ou deux concepts visuels (ici l’incontournable triangle de la médiation, la boîte à Bono – pas le chanteur- et le soleil au bout du tunnel). Il faut suggérer l’innovention [sic] et non l’injonction interlocutoire innovante. Des petits traits hachurés sur chaque côté du carré viennent suggérer qu’on pense en dehors de la boîte.
  • Facultatif : des lunettes d’approche numérique pour les participants non-voyants.
  • Facultatif : un scanner, un Ipad, Keynote et un projecteur de poche en vente dans tous les Future Shop, mais n’y allez pas aujourd’hui, il y a foule gigantesque et gigotante pour mettre la main sur nouveau Ipou2.  Il faut noter que l’ensemble du dispositif est coûteux et pas très gazelle pour la mise en marche.

Étapes :

  • Le message principal, ce qui vous motive, vous fait jubiler, doit être bien en vue, en haut à gauche (selon les théoriciens du web-scopique (eye tracking)). Pour des présentations ne comportant pas trop de trucs multimédias, les gens lisent de gauche à droite et sont plutôt distraits d’attention pour tout ce qui tend vers le Nord-Est et le Sud-Est. Le message bien en vue : Accessibilité. Les yeux se déplacent vers le sommet du Triangle pour bien nommer et asseoir la stratégie, la rencontre – médiation – entre la bibliothèque et les usagers ainsi que vice-versa. Vous remarquerez que la partie sud-est est vide. Dernière apparition côté est : les données ouvertes, bien éclairées par le Soleil souriant, un must.
  • Insérez dans la boîte les projets identifiés en début d’année. Dans notre cas précis, on trouvera plein centre le projet mobilisateur : Millennium. On achève l’intégration des 4 dernières bibliothèques fin juin. Sur la même ligne, le lancement prochain de Bibliojeunes, les programmes de médiation et la planification web 2011 en vue de la refonte complète du portail web en 2012 (incluant un portail pour les petits et les ados presque hors-champ à gauche du support?).  etc.
  • Inscrivez à l’extérieur de la boîte, et de préférence dans le triangle mobilisateur de la médiation,  les projets qui se sont littéralement et joyeusement jetés sur vous – la pensée créative – au cours du premier trimestre et que vous ne pouvez feindre d’ignorer, au risque de passer pour le tir-au-flanc de service : développer des applications pour les téléphones brillants (smartphones); exhiber des données ouvertes pour favoriser l’innovation socio-économique citoyenne; proposer le prêt de livres numériques; développer le prêt de Jeux qui mènent une lutte sans merci pour rendre l’Homme plus intelligent et le Jeune persévérant côté scolaire et mature psycho-socialement.
  • Le reste à l’avenant, je suis certain que vous avez bien saisi.

Avantages du PowerPoint papier pour l’avènement de l’ascension numérique :

  • On peut inscrire dare-dare,  sur le support,  les éléments oubliés qui nous sont signalés par l’auditoire : ici, le projet de libre service (RFID) et l’importance de la valeur sociale des bibliothèques; cocher à droite chacun des éléments au fur et à mesure qu’ils sont traités.
  • On dispose d’une feuille de route robuste et mobile jusqu’à la fin de l’année. On peut, mais il y a un léger supplément,  lié le tout avec une ficelle Ical pour la gestion de l’agenda.

La prochaine fois, je vous fais le coup du carré sémiotique de Greimas. :)

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Gros plan numérique : un jeu

Surpeuplement. Panoplie d’objets du quotidien en lien avec le renouveau numérique.

Trouvez les intrus!

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Ossements retournés à la poussière

J’ai toujours pensé que l’art n’était rien si finalement il ne faisait pas de bien,
s’il n’aidait pas.
Albert Camus, Carnets III

M’arrache, malaise et étourdissement – les yeux innondés par une pollution d’images – à la Série Apocalypse, la deuxième guerre mondiale.

Tentative pour s‘extraire de ces hurlements qui font trembler la terre (Louise Dupré).

La littérature a su dire le prolongement de cette douleur, ce basculement du monde, ce mal, ces ossements retournés à la poussière. Je pense à Levi, Némirovsky, Semprun, Perec, Tabucchi,  ainsi que Courtemanche et Perrine Leblanc,  sous d’autres cieux, le même…

Louise Dupré, ils me percent ces cris, ces regards crucifiés (Francis Bacon) dans un texte poésie parfait : Plus haut que les flammes. Un texte cri pour s’extraire du présent.  Rouge horrifié comme le bruit des biberons éclatés sous les bottes. Mais peut-on revenir de ce voyage? Apprendre à placer Auschwitz ou Birkenau dans un vers?

Existe-t-elle cette syntaxe pour parler doux?

Un enfant dansant dans ses bras?

Tout lire, relire, s’en saisir, car il faut des mots à mourir de plaisir.

Extraits :

______________________________________________

Ton poème a surgi
de l’enfer

un matin où les mots t’avaient trouvée
inerte
au milieu d’une phrase

un enfer d’images
fouillant la poussière
des fourneaux

et les âmes
sans recours
réfugiées sous ton crâne

c’était après ce voyage
dont tu étais revenue

les yeux brûlés vifs
de n’avoir rien vu

rien
sinon des restes

comme on le dit
d’une urne
qu’on expose

le temps de se receuillir
devant quelques pelletées de terre

car la vie reprend
même sur des sols inhabitables

la vie est la vie

et l’on apprend à placer
Auschwitz ou Birkenau
dans un vers

comme un souffle
insupportable

il ne faut pas que le désepoir
agrandisse les trous
de ton coeur

tu n’es pas seule

à côté de toi
il y a un enfant

qui parfois pleure
de toutes ses larmes

et tu veux le voir
rire
de toutes ses larmes

il faut des rires
pour entreprendre le matin

et tu refais ta joie
telle une gymnastique

en levant la main
vers les branches d’un érable
derrière la fenêtre

(…)

et tu le regardes caresser
un troupeau de nuages
dans un livre en coton

en pensant aux minuscules vêtements
des enfants d’Auschwitz

(…)

certains matins tu laisses
l’enfant
à ses feux de paille

et tu pars
seule

chercher l’erreur
dans les apocalypses
de Francis Bacon

(…)

Et tu veux apprendre
à danser

sur la corde calcinée
des mots

te voici pur vouloir
pur dessein, détermination
violente

lancée
comme une flèche

ou un amour
trop vaste pour toi

te voici prête
à danser
par-delà ta peur

La poésie qui fait du bien, qui aide à vivre.

Lire et relire,  car il faut des mots à mourir de plaisir

 

Louise Dupré, Plus haut que les flammes, Éditions du Noroît, 2010, 106 p.

Three Studies for a Crucifixion, March 1962. Oil with sand on canvas, three panels, 78 x 57 inches (198.1 x 144.8 cm) each. Solomon R. Guggenheim Museum, New York,  Guggenheim

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Le mal

Je relis l’enfant poète Rimbaud, la guerre, les morts, le mal.

Je pense à la Lybie, la folie Kadhafi, ses crachats rouges.

Le mal

Tandis que les crachats rouges de la mitraille
Sifflent tout le jour par l’infini du ciel bleu;
Qu’écarlates ouverts, près du Roi qui les raille,
Croulent les bataillons en masse dans le feu;

Tandis qu’une folie épouvantable, broie
Et fait de cent milliers d’hommes un tas fumant;
— Pauvres morts ! dans l’été, dans l’herbe, dans ta joie
Nature! ô toi qui fit ces hommes saintement! …–

Il est un Dieu, qui rit aux nappes damassées
Des autels, à l’encens, aux grands calices d’or ;
Qui dans le bercement des hosannah s’endort,

Et se réveille, quand des mères, ramassées
Dans l’angoisse, et pleurant sous leurs vieux bonnets noirs,
Lui donnent un gros sou lié dans leur mouchoir !

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La présence pure

Il y a toujours plus de carton, de papier, de colle que de mots dans les livres de Bobin. Faudrait le convertir au numérique dans un esprit doucement durable.

Grande gêne à juste le citer, tellement il fait court.

Je viens d’achever La présence pure.

Un regard sur un père atteint de la maladie d’Alzheimer, le monde qui l’entoure et un arbre à la fenêtre.

Je cite le philosophe, pour simple mémoire :

Le grand malheur de croire que l’on sait quelque chose

et ce vécu, cruel, mais tellement réel :

Assis pendant des heures dans le couloir de la maison de long séjour, ils attendent la mort et l’heure du repas.

le vrai :

Ils aiment toucher les mains qu’on leur tend, les garder longtemps dans leur main à eux, et les serrer. Ce langage là est sans défaut.

et froidement :

La vérité est ce qui brûle. La vérité est moins dans la parole que dans les yeux, les mains et le silence.  La vérité ce sont des yeux et des mains qui brûlent en silence.

Christian Bobin : La présence pure, Le temps qu’il fait, 1999.


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Le froid

Tiroir no 24Aurores.  Il fait froid, ça glisse tout du long, s’imprègne, s’incruste en mon corps assujetti.  Fin craquèlement de la peau.

J’achève tout juste le dernier roman de Michael Delisle : Tiroir no 24 que m’a suggéré Marie-Anne Poggi, la muse du club de lecture Les irrésistibles.

Ils ont vraiment le chic, les auteurs québécois ces derniers temps pour nous ciseler des histoires implacables, sans flafla, ni florilège,  jouant du froid et du feu. Je pense aussi à Perrine Leblanc,  auteure de L’homme blanc.

Le tiroir no 24, court récit. Pour revoir l’expo 67,  la modernité bulldozer, en marche, imparable.  Je ne vous raconte pas, allez y poser les yeux

Un poète minimaliste de la narrativité, ce Delisle.

———————————

Et si ça vous chante, à ne pas manquer à la bibliothèque Le Plateau Mont-Royal, une rencontre avec Perrine Leblanc qui sera interviewée par mon sympathique collègue et ami Normand Biron

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Avoir le trou du cul en d’sous du bras

J’ai une grande affection pour les expressions truculentes…  pour la langue, la nôtre qui survit, son histoire.

Des expressions colorées que je tiens depuis des lustres de mon ami Réjean Boisjoli, meilleur joueur de cuiller des Laurentides et encyclopédie vivante des chansons à répondre québécoises:

Avoir le trou du cul en d’sous du bras : être fatigué, las.
Avoir le cordon du cœur qui traîne dans la marde : être sans cœur, lâche, paresseux.
Avoir la queue de chemise à l’équerre : être pressé, très occupé, agité. (Avoir de la broue dans le toupet)

J’ai terminé, il y a une quinzaine, la lecture d’un livre de Victor Barbeau écrit en 1939 : Le ramage de mon pays : le français tel qu’on le parle au Canada. Ça traînait dans ma boutique numérique, je partage.

Plaisir garanti cet opuscule, pour mesurer la distance parcourue entre alors et maintenant. La petite histoire de la survie de la langue française.  Un véritable anthropologue, ce Barbeau. Voir mon compte-rendu de son «La tentation du passé». Décidément, je vais devoir me farcir l’Œuvre complète.

Barbeau témoigne de sa passion pour notre langue. Son regard n’a rien d’élitiste, (il admirait Céline :) ). Tant s’en faut, on sent chez lui une grande affection pour le parler paysan:

Issu de dialectes et même de patois, le fond primitif, celui qu’ont fort heureusement conservé les paysans, la plus grande partie de nos paysans, est authentiquement, savoureusement, pittoresquement français.

Ses flèches les plus acerbes portent plutôt vers le parler populaire, véritable refuge de solécismes et barbarismes :

estropié dans son vocabulaire, perverti dans sa syntaxe, vicié dans sa prononciation, n’est que du jargon, du patois dans l’acception péjorative du terme. Les quelques mots centaines de mots de français qu’il contient sont métissés de tant de mots anglais qu’ils ont perdu presque toute consonnance, toute apparence françaises.

État de la langue qui témoigne d’une seconde conquête,  plus pernicieuse encore,  par les Anglais,  du Canada.  Je me permets de citer longuement :

Fors notre langue et notre foi, les Anglais nous ont tout pris. C’était leur droit. Ils ont pris le sol, ils ont pris le commerce, l’industrie, la finance, tout ce qu’il y avait à prendre. Ils sont devenus nos maîtres, nos seigneurs, C’était encore leur droit. Régnant sur tout, ils ont partout, sans violence et sans heurts (hum, note du blogueur). Les formes politiques, ils les ont importées d’Angleterre. Les affaires, ils les ont montées avec leurs capitaux et leurs techniciens. Ainsi de suite. Il en est résulté que, n’ayant rien ou presque rien créé par nous-mêmes, nous avons dû pour vivre nous mettre à leur service, sous leur dépendance. Si bien que c’est d’eux que nous avons appris le vocabulaire de toutes les occupations qu’ils nous ont ouvertes, à l’exception de l’agriculture, de quelques métiers des professions libérales. Ils étaient les patrons, les contremaîtres; nous étions les manoeuvres. Ils étaient compétents en leur art; nous en ignorions de A è Z. Vous étonnez-vous après cela que le lexique des chemins de fer, des tramways, de l’électricité, du téléphone, de la navigation à vapeur, de la construction mécanique, des textiles, de la Bourse, de l’assurrance, du pétrole, de l’automobile, des mines, de la serrurerie, de la plomberie, du chauffage, etc, etc, soit aux quatre cinquièemes anglais? Il était impossible qu’il ne le fût pas puisque toutes ces entreprises appartenaient et appartiennent à des Anglais, étaient et sont dirigées par des Anglais et que, dans chacune, l’anglais était et est la langue officielle, la langue courante, celle dont on se sert pour désigner, qualifier, exprimer tout. Un «wrench», un «washer», un «label», du «tape», «overhaler», un «pedler», «canceler», un «screen», un «reel» un «sprinkler» et les milliers et les milliers de mots qu’ont relevés Buies, Rinfret (…) Ce sont, avant tout,  les témoins irrécusables de notre misère économique. Notre langue ne fait que refléter notre condition sociale (p. 100-101)

Approche sociale de la linguistique, Barbeau a bien saisi que l’appauvrissement de notre langue est alors le reflet de notre infériorité économique, de la domination des puissants (anglais) et de l’abandon par nos élites de l’éducation publique. Nous sommes en 1939, signes avant-coureur de la révolution tranquile des années 60 et de la montée du mouvement nationaliste dans les années 70.

Je laisse là ces considérations socio-historiques pour mesurer de façon très impressionniste, personnelle, l’évolution de la langue québécoise depuis 1939.

Le langage populaire français :

Barbeau dresse une liste d’une centaine de mots peu ou prou partagés par le parler populaire de France (il ne précise pas la région) et celui parlé au Québec, alors.

Des mots ou expressions qui sont, il me semble, disparus du parler québécois depuis 1939 :

artisse : artiste;
berouette (j’ai connu barouette) : brouette;
canepin : calepin;
couper la chique : faire taire;
dame : épouse;
demoiselle : fille;
comme de juste : comme de raison;
foire : collique;
huitre : crachat;
ouverrier : ouvrier (on dit travailleur);
pipitre : pupitre;
sercher : chercher. (utilisé par Denis Vézina, toutefois)

Des mots ou expressions qui sont toujours vivants et ont gardé leurs forces d’expression tant dans le langage parlé qu’en littérature

aria : embarras;
bedon : ventre;
binette : tête, visage;
caboche : tête;
chatouille : chatouillement;
cornichon : imbécile;
coton, filer un mauvais : avoir des ennuis;
coude, lever le : trop boire;
cruche : stupide;
décoller : s’en aller;
ennuyer, s’ : souffrir de l’absence de;
fêlé : un peu fou;
itou : aussi;
numéro : original;
patate : pomme de terre;
trimballer : transporter.

Un mot du langage populaire qui s’est pour ainsi dire affranchi :

dentition : denture (qui n’est plus utilisé)

Les canadianismes

L’auteur a procédé a une cueillette des mots les plus pittoresques dont il se fait un ardent défenseur.

Des disparus ou rarement utilisés ? :

prendre la quille de l’air : laisser quelqu’un en plan;
avoir l’air Anglais : avoir l’air excentrique;
barlinguer, se : se promener; (je vais l’utiliser celui-là, il sonne bien)
bassette : petite femme;
belette, perdre la: rougir;
beigne, que le diable me pête un : que le diable m’emporte;
bizouc : niais;
blé d’Inde, pousser un : piquer, blesser;
boues, les chiens vont manger de la : le temps se refroidit; (pas mal, aussi)
carotter : battre;
chambre d’élevage : chambre à coucher; (hum)
chnailler : déguerpir;
clavigraphe : dactylotype; (le bien connu ancêtre de l’Ipad II)
saucisson en corbillard : hot-dog;
débiffé : débraillé;
dérhumer : guérir d’un rhume;
fiferlot, être en : être fâché; (On me dit que mon collègue Pierre Chaperon, l’était aujourd’hui)
jambes, se garrocher les:  aller vite;
mange-chrétien : exploiteur;
pajette : braguette;
se planter : y mettre du sien;
raisin : chique de tabac;
tapassier : bruyant.
canelle : bobine de fil (un souvenir de ma mère)

Le mot apichimon (bricole) a attiré mon attention. Il tire son origine du contact des français avec le peuple amérindien. Il a perdu sa signification d’origine : équipement d’hiver (peau d’ours, de loup marin, raquettes, mitaines, etc.).

Il a pris de nombreuses acceptions dans le langage acadien :

s. m. 1° Morceau de linge ou de peau que l’on met sur le cou du bœuf pour le garantir contre le joug ou dont on se sert en guise de selle. 2° Méchant lit, grabat. 3° Pain bouilli au lait. 4° Personne ou chose laide. Ex.: Quel apichimon d’enfant ! = quel enfant laid, mal bâti. mal habillé ! 5° Habit mal taillé. 6° Fanfreluche ridicule. 7° Toute chose dont on ignore le nom.¬ Can. – Ce mot est d’usage restreint, et particulier au parler acadien. Source

Autre canadianisme surprenant : parler joual : parler avec affectation et recherche. Cette expression prendra une acception complètement inverse dans les années 60 et 70 au Québec. Voir ici

Les anglicismes

Les mots non déguisés. Plusieurs ont disparu :
autoist : automobiliste;
burlap : bougran;
call-down : semonce;
dive : boîte de nuit;
ditch : coup (donner un coup);
pushing : entregent;
rooster : fanfaron;
stag : mâle (elle est gréyée d’un beau stag);
tray : plateau.

Des indécrottables, on les retrouve encore tant dans la littérature, à la radio que dans la langue de tous les jours : pool (pour billard à blouses),  fun,  feeling, mean; tune(air), wise.

Des mots déguisés qui ont la vie dure, heureusement.

bâdrer (to bother) : importuner;
bommer (to bum) : paresser, vagabonder;
coquerelle (cock-roach) : cafard;
drabe (drab) : beige;
lâcher lousse (let loose) : laisser;
ouaguine (wagon) : voiture;
paqueté (packed) : ivre;
sloche (slush) : neige fondante;
trôle (troll) cuiller (pour la pêche)

Des mots déguisés qui ont disparu :
allouance : allocation;
besteux : ami de coeur (les plus jeunes disent ma best pour ma meilleure amie);
bonnecher : bondir;
bréde : lacet;
casse : étui (à cigarettes);
cobette : buffet, armoire;
crâder : doubler une voiture;
doude : élégant;
élapsé : échu;
pigrerie : porcherie;
spane : couple (y font un beau spane);
squineux : mesquin.

À suivre, j’ai réservé le livre que Barbeau a écrit en 1963 : Le français du Canada

À cause, j’écris des billets pareils?

Allez, assez bretté, je publie!

Photographie prise par Réjean Boisjoli : son schack (pas sa cabane au Canada). On n’aperçoit pas les bécosses (ce ne sont pas des latrines) à droite dans le bois (c’est la forêt). Fort tonifiante les bécosses par moins 20.


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