Un livre blanc, vierge, des mains d’Alice offert à tous ceux qui n’ont tout simplement pas la liberté de parole, d’écriture. Visitez Wikipédia.
Livre pour toutes les paroles étouffées, emprisonnées, tuées.
Pour l’expression d’un cri.
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Un livre blanc, vierge, des mains d’Alice offert à tous ceux qui n’ont tout simplement pas la liberté de parole, d’écriture. Visitez Wikipédia.
Livre pour toutes les paroles étouffées, emprisonnées, tuées.
Pour l’expression d’un cri.
Le roman de Mika Waltari, Sinouhé l’Égyptien, dont le récit se déroule 14 siècles avant
Jésus-Christ s’ouvre ainsi :
«Moi, Sinouhé, fils du Seigneur et de sa femme Kipa, j’ai écrit ce livre. Non pas pour louer les dieux du pays de Kémi, car je suis là des dieux. Non pas pour louer les pharaons, car je suis las de leurs actes. C’est pour moi seul que j’écris. Non pas pour flatter les dieux, non pas pour flatter les rois, ni par peur de l’avenir ni par espoir. Car durant ma vie j’ai subi tant d’épreuves et de pertes que la vaine crainte ne peut me tourmenter, et je suis là de l’espérance en l’immortalité, comme je suis là des dieux et des rois. C’est donc pour moi seul que j’écris, et sur ce, je crois différer de tous les écrivains passés ou futurs»
J’aime imaginer ce Sinouhé écrivant pour lui même sur Facebook et Twitter…
Maintenant que le pharaon est tombé, qu’adviendra-t-il des dieux et de l’armée?
À suivre, mais en attendant on peut lire :
Dans Libération : Égypte : l’armée suspend la Constitution et dissout le parlement
Martin Lessard ; Égypte: le rôle des médias sociaux dans la chute de Moubarak
Pierre Foglia : Vive Facebook!
Que voulez-vous que je dise de moi? Je ne sais rien de moi! Je ne sais même pas la date de ma mort. Jorge Luis Borges.
Ça causait branding de bibliothèque, cette semaine au boulot
Dans la foulée, un collègue nous a invité, dans le but de provoquer un tsunami d’idées, à nous livrer à un petit jeu. Le Jeu, il s’agissait de trier par ordre d’importance subjective et désordonnée (on se croirait dans un conte de Borgès) les petits pavés promotionnels qui tournoient dans le caroussel de la page d’accueil du site web des Bibliothèques publiques de Montréal. Afin de vous éviter de petits aller-retours d’ici à là, et pour vous garder bien captif dans ma boutique, je les ai rapatriés mêlés dans ce billet.
J’ai été d’une mauvaise foi désolante en refusant de me livrer à cet exercice en prétextant de ma propre subjectivité désordonnée. Refus de ma part de hiérarchiser ce qui est mosaïque. Ce carroussel est tranche diachronique, un moment. Un moment fort qui témoigne d’une chose : notre présence pour affirmer notre action par rapport à la persévérance scolaire, à ce qui joue socio-politiquement en Haiti, ça dit l’importance des mots partagés entre cultures distinctes, le plaisir de lire un bon polar, ça dit un mouvement de ludicité à Lachine, la beauté de Giselle, ça dit Aytiti cheri pi bon peyi pas ou nanpwen.
Ce sont toutes choses fortes que je ne peux me résoudre à hiérarchiser dans une folle course aux valeurs communicatives ou morales. Relativisme? Mais non, je suis, telle Bebette Bérubé, un absolutiste relativisant du plaisir de jouir, lire, voir, jouer et écouter. Peu m’en chaut, que ce soient avec les oraisons funèbres de Bossuet, un récit de Perrine Leblanc ou de Nicolas Dickner, un texte de Michel Butor, une toune de Vincent Vallières, des courriels tirés de l’oubli disant de noirs silences, des roses éternités, des êtres qui s(m)’abandonnent, de sublimes trahisons et des ficelles perdues. J’ai la face cachée du plaisir plein soleil. Bon, je m’éloigne un peu de ce qui constitue la promotion de services ponctuelle d’une bibliothèque qui dépasse, on s’en doute, ce qui se donne à lire, voir, jouer et écouter.
Allez, rendez-vous de l’autre côté des deux derniers pavés, pour la suite et la fin.
Ce que cette mosaïque raconte dans sa verte actualité c’est notre présence.
Ce que ça dit c’est que nous ne sommes plus image obsolète du passé. Les démons du passé s’éteignent assurément derrière nous.
Nous ne sommes même pas à construire la bibliothèque du futur…
Nous agissons et sommes là, maintenant essaimant nos parcours d’initiatives innovantes (fruit de notre veille et de notre présence en réseau) et consolidant/améliorant les pratiques qui nous ont constituées comme service public.
Nous sommes présents, partout, incontournables, dans tous les espaces : physiques, numériques et hors les murs. Toutes choses qui révolutionnent avec nous.
Trouvons la façon de le dire…
C’est le début d’un branding…. présence dans les espaces … auquel je réfléchis dans mes loisirs… mais c’est encore trop intello, mon truc…. peut-être dépassé.
M’enfin, la question est lancée.
Et peut-être que ce n’est pas si vital, le branding 
Vous aviez relu un livre de Georges Dor : D’aussi loin que l’amour nous vienne. Vous aviez trouvé le livre plat, niais. Vous observiez ce livre et il vous était venu l’idée d’en saisir l’entour, pour chasser l’ennui.
Un Livre prétexte marqué de traces sur un contenant – objet livre – témoin de la petite histoire des Bibliothèques publiques de Montréal, de la ville de Montréal et de la province de Québec. Vous le diriez, un jour.
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Plat recto et plat verso
Le livre a été édité en 1974 chez Leméac.
Premier entour de l’objet. Le livre a été relié par la compagnie Vianney Bélanger Inc. Bookbinding Montreal (voir le sceau de la firme sur la photo ci-dessous, coin supérieur droit). La reliure tout bougran (Ontarion Buckram velum) comporte un carton d’environ 80 mm d’épaisseur. Des feuilles de garde de type «plainfield offsett 160 M» ont été ajoutées Les plats recto et plats verso ont été collés et plastifiés sur le bougran. Le tout finement cousu, l’ouvrage a bien résisté à l’usure des mains et des yeux qui l’ont parcouru.
On reliait beaucoup à l’époque, pour conserver. Grand changement depuis, les nouveautés – bestsellers – acquises par les bibliothèques sont bien souvent préparées sommairement pour être mis, just in time, à sa grande satisfaction, à la disposition du public. On relie plus souvent a posteriori, maintenant, pour conserver… just in case.
La cote Dewey pour les romans a été abandonnée au courant des années 70 au profit d’un classement alphabétique (trois premières lettres de l’auteur : DOR). Souci de faciliter le butinage, les usagers aiment bien quand les auteurs sont regroupés ensemble sur les rayons. Ils s’y perdaient un peu avec l’architectonique universelle numérique du père Dewey. On vante maintenant de nouvelles classifications sacrifiant au merchandising; on fantasme les gestes de Markham, Darien et Richmond, les nouveaux phares de la modernité de ce siècle débutant.
La lettre C tout au dessus de la cote a pour but l’identification de la littérature canadienne. Confusion encore chez les usagers, qui cherchent parfois, exemple, Michel Tremblay sur les rayons à la lettre C… La bibliothèque a aussi apposé une fleur de lys dans la partie supérieure du dos du livre pour bien identifier qu’il s’agit de littérature québécoise et aussi pour un meilleur repérage visuel sur les rayons. Un truc maison, cette fleur de lys, fabriquée avec les moyens du bord, l’imprimante à marguerite, et qui connote le peu de ressources matérielles dont disposait la bibliothèque pour mettre en valeur ses collections.
Un code zébré (codabar) a été apposé sur le document. Il commence par 3 27777 – identifiant unique de la Bibliothèque de Montréal d’alors. Témoin de l’informatisation des bibliothèques de Montréal qui a pris son envol à la fin des 80 pour s’achever au milieu des années 90. On entreprend un petit périple RFID en 2011, on n’arrête pas le progrès.
Au dos du livre, partie inférieure, on distingue encore une marque, une tache. Petite gougoutte de liquide correcteur que l’on appliquait sur le livre pour obtenir un identifiant rapide sur les rayons des documents ayant passé par la moulinette de l’automatisation. Inconnu : combien de bouteilles de Liquid Paper® sont-elles requises pour le tatouage de 3 millions de documents?
L’ex-libris de la Bibliothèque de Montréal
Un ex-libris terne et austère a été apposé au contreplat recto du livre. Aucune idée de la date de création de cet ex-libris. Après 1938, certain, date de la création des armoiries officielles de la Ville de Montréal qui apparaissent dans le coin supérieur gauche de la page de garde. La mémoire vivante qui m’entoure m’assure que la vignette a fait son apparition dans les années 60. Rien de solidement prouvé, encore.
On remarquera le bilinguisme qui sera abandonné dès l’accession au pouvoir du Parti Québécois et de la promulgation de la loi 101 en 1977. On rappellera aux apôtres libertaires (ciel!, associé le mot liberté à ces engeances!) qui voudrait que cette loi soit abolie, qu’avant son application, 80 % des jeunes allophones allaient à l’école anglaise. Aujourd’hui, c’est autour de 22%. On parle français au Québec aujourd’hui et on le parlera encore longtemps.
L’inscription des accents sur les lettres majuscules ne fait pas encore partie des normes d’édition d’alors : BIBLIOTHEQUES DE MONTREAL.
Un no d’inventaire (973704) apparaît bien en vue; on le retrouvera aussi sur la fiche du lecteur, sur la fiche topographique (ancêtre papier de la géolocalisation) et sur la pochette du livre collée au dos de la quatrième de couverture.
Partie supérieure gauche, un chiffre (932) inscrit au crayon de plomb. Trace laissée par le relieur pour identifier et regrouper ses lots de documents à traiter?
Je reproduis tout dessous, pour une meilleure visibilité, les armoiries de la Ville de Montréal créés en 1938.
L’écu des armoiries est meublé des symboles végétaux des peuples « fondateurs » de la Ville de Montréal au XIXe siècle : français, anglais, écossais et irlandais. La croix chrétienne délimite chacun des cantons. Aucune trace des autochtones, bien sûr, ils n’ont pas leur place sur l’île. La devise, Concardia salus, «bien-être dans l’harmonie» ou «le salut par la concorde » est d’une belle ironie, tant Montréal s’est construit dans le déni de l’autre autochtone et l’expression trop souvent belliqueuse de deux solitudes : la française et l’anglaise
Pour le reste, les marques de notre profonde québécitude : la feuille d’érable rassemblant le tout et le vaillant et industrieux castor le bricoleur qui trône un peu ridicule au sommet de l’ensemble. Pour tout dire, il perdit , en 1938, son titre de symbole des canadiens français au profit du fleur de lys apparaissant dans l’un des cantons. Voir les premières armoiries de Montréal créées par son premier maire, Jacques Viger, au début des années 1830. Et si le coeur vous en dit, allez jeter un coup d’oeil sur la version numérisée de l‘album Viger, une autre production, parfois oubliée, des Bibliothèques publiques de Montréal. Mais ils en font des trucs, ces bibliothécaires!!!
La page-titre
«Je n’ai plus que quelques heures à vivre, et j’ai voulu partager ce temps précieux entre mes devoirs religieux et ceux dus à mes compatriotes. Pour eux je meurs sur le gibet de la mort infâme du meurtrier, pour eux je me sépare de mes jeunes enfants et de mon épouse sans autre appui, et pour eux je meurs en m’écriant :
Vive la liberté, vive l’indépendance!»
De Lorimier, 1838, Source

Le livre appartient à la bibliothèque La Petite-Patrie, mais c’est le sceau «Lorimier» qui apparaît sur la page titre du document. «Portant le nom de bibliothèque Lorimier a son ouverture le 30 mai 1949 c’est à la suite d’une rénovation en profondeur débutée en 1984 et terminée le 26 mai 1987 qu’elle voit la création de la maison de la culture La Petite-Patrie. (P.B.)» Journal de Rosemont. Pour Lorimier, patriotes des révoltes indépendantistes de 1837-1838, on pourra visionner l’excellent film d’un autre patriote, Pierre Falardeau : 15 février 1839
Le feuillet de circulation et la pochette de prêt du livre
Le feuillet de circulation est bilingue. Premier prêt effectué en nov 1974. Le second en novembre 1976. Deux ans d’attente sur les rayons. Le dernier prêt a été effectué en 2002. Silence jusqu’en 2007, date à laquelle on remplacera l’estampillage du feuillet du livre par un reçu imprimé. Longue marche de l’efficience. Silence complet entre janvier 2002 et 2007. Selon les données du système Millennium, deux prêts réalisés entre 2007 et aujourd’hui (dont le mien). Ce livre aura été empruntée 32 fois en 36 ans. Il a fait oeuvre utile et je lui souhaite longue vie dans cette bibliothèque.
La pochette de prêt, vide. Son numéro d’inventaire. Un petit crochet rouge. Signe que la bibliothèque a procédé au récolement (ça remonte, ces vieux mots) de sa collection et que pour chaque fiche topographique correspond un document physique dans la collection.
Et je pourrais écrire de longues pages pour décrire le travail de titan qui a été accompli par les bibliothécaires, les commis et les bibliotechniciens pour simplement effectuer un prêt à un usager. Pour constituer les catalogues sur fiche à l’auteur, au titre, aux sujets … Classer les fiches des nouveautés dans les différents catalogues. Dire le bonheur, et un peu la crainte, de tout ce personnel quand on a procédé à l’automatisation complète des activités de prêt et de renouvellement de documents et à la mise en place d’un catalogue en ligne…
Ce sont traces de livre, traces de vie.
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Merci aux mémoires vivantes de Michel Claveau, Johanne Prud’homme, Sylvain Galarneau, Lise Beauregard, Brigitte Raymond, Nicole Maisonneuve, Claire Lahaie, Michel Ménard, Guylaine Brisebois, Julie Fortin, Christian Labbé et Pierre Meunier.
Photos : Luc Jodoin
Images des armoiries de la Ville de Montréal : Wikipédia
Regardez-moi ce groupe de jeunes autistes, comme ils sont fiers, ces Sango Ku.
Le court récit d’une super méga intéraction sociale!
Ils bouffent du manga avec Olivier Hamel, bibliothécaire geek, totalement sauté, qui travaille à la commission scolaire Marguerite Bourgeois de Montréal.
Petites citations repiquées sur Facebook, juste pour vous dire ce que peut faire le livre, sa médiation et des intervenants déterminés et imaginatifs:
Olivier Hamel Oui, les profs sont hypers contents voire surpris d’entendre leurs élèves autistes parler autant, mais je reste perplexe. Selon Wiki (je ne suis pas spécialiste)
Olivier Hamel Le terme autisme tend a désigner aujourd’hui un trouble affectant la personne dans trois domaines principaux:
1. anomalies de la communication orale et/ou non verbale
2. anomalies des interactions sociales
3. centres d’intérêts restreints.
Olivier Hamel Bon : avec moi, les jeunes écoutent, parlent au max et vivent une super mega interaction sociale, mais, ils parlent principalement de leurs centres d’intérêts restreints (supers héros et mangas) qu’ils connaissent en réalité encore mieux que moi à plusieurs niveaux, donc je sais pas trop en fait…
Olivier Hamel Mais bon, ils passent du bon temps, les profs aussi et moi je rigole encore plus avec eux qu’avec les élèves « normaux » même si je me sens vraiment giga geek…
Olivier Hamel Mais, bibliothécaire autisme et geek sont en réalité presque des synonymes…
C’est vraiment top. Mon bibliothécaire de la semaine. Bravo Olivier! Je vous l’ai dit, il est sur FaceBook.
Les bibliothécaires, ça ratissent vraiment large!
Je rédige présentement un petit essai de sémiotique paratextuelle… Pour les fins de ma recherche, j’aurais besoin de connaître en quelle année la Bibliothèque Lorimier (Bibliothèques publiques de Montréal) a changé de nom pour Bibliothèque Petite-Patrie? Et si ça ce trouve, quelles sont les raisons qui ont présidé à cette décision?
J’ai bien picossé dans Google, mais c’est nul à chier, trop géolocalisé, ce truc. Trop en surface. Même pas foutu de percer le web profond. Et n’allez pas chercher dans Wikipédia, l’article est là, mais vide. Invitation à le compléter.
Vous dire aussi que le problème est probablement derrière le volant. Un cas patent de 18 pouces…
M’enfin, j’offre un verre à qui pourra m’aider à résoudre cet épineux problème.
Les français sont admis au concours, mais je ne régale pas pour les frais de transport.
N’ayez crainte, je ne verserai pas dans la nostalgie olfactive du livre papier, des fiches cartonnées de bibliothèques, de ma défunte Olivetti ou de l’encrier. Non je ne cracherai pas sur tous les bidules informatiques qui nous envahissent et que j’utilise, par ailleurs, avec grand plaisir et quelque étourderie.
Pas le lieu pour éreinter le Ipad, jouet bourgeois de salon par excellence, qui ne convient pas au tâcheron d’écriture bibliobloguant que je suis et pour qui la souris et le pad numérique sont, pour l’instant, les horizons indépassables de ce siècle débutant. J’exagère, encore.
Pour l’heure, mon notebook Acer Aspire one à 300$ me convient mieux et me permet de multiprocesser parallèle avec mon traitement de textes, mes encyclopédies, mon logiciel de traitement d’images Fotoflexer, les gazouillis qui rentrent, les clins d’oeil Facebook, le GoogleBurner qui flippent et le reste à mon plaisir.
Je m’arrête là, de crainte de me faire trucider sur la place virtuelle publique par l’intempestif chevalier de l’ère du tout numérique, Jean-François Gayrard, que je salue bien bas ici, ainsi que tous ces valeureux Quichotte (c’est un compliment) de la traversée du numérique : Marie D Martel, Martin Lessard, Lionel Dujol, François Bon, Vincent Audette-Chapdelaine, Louise Guillemette-Labory, Franck Queyroux, Denis Vézina, Clément Laberge et tous les autres.
Bon je m’éloigne, procrastine et tergiverse…
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Terminée, la lecture de Victor Barbeau : La tentation du passé. Prix littéraire France-Québec. Prix du jury, 1978. Styliste classique, sans ornement, efficace. Les Jésuites sont passés par là, mais c’est tout à fait jouissif…
Fine description du Montréal du début du XXe siècle avec ses rémouleurs, ses réparateurs de faïence, ses joueurs d’orgue de barbarie, ses boulangers et ses laitiers itinérants, ses allumeurs de réverbères, ses vendeurs de glace, ses échenilleurs, ses fiacres et ses tramways.
Une ville multiculturelle, Romanichels, Italiens, Chinois, Irlandais se sont établis, et égaient le tissu urbain. Une ville en fête, ce sont les années folles. Le Quartier latin s’anime, les étudiants font les quatre cents coups. Même les processions de la Fête-Dieu ont de légers accents déliquescents.
Le Ipad de l’époque fait son apparition : le premier phonographe électrique, dit Victrola orthophonique. C’est la fête des sens, Faust est évoqué, ça crépite, la science nous promet des jours heureux … :
Au sujet du phonographe : «afin de nous en donner un avant-goût, le professeur de physique, (…), transforma la scène de théâtre en un laboratoire faustien d’où, par la magie des instruments, fulguraient des éclaires crépitants, des lumières phosphorescentes et où se produisaient cent autres phénomènes aussi mystérieux pour nous qu’ils paraissaient faciles à la main savante qui les déclenchait
Lire Montréal, son quartier des spectacles d’alors, le Parc Sohmer, face au fleuve. On n’y a plus accès au fleuve maintenant, l’industrialisation a fait oeuvre civilisatrice. Redonner la fleuve aux Montréalais, c’est aujourd’hui devenu le fantasme de promoteurs de la fête sponsorisée et organisée.
Des idées pour ces promoteurs? La description de ce haut lieu de la basse ville, qui pouvait accueillir des milliers de personnes :
Comment définir un si haut lieu de l’histoire? Même s’il n’en a jamais porté le nom, c’était un café-concert. Situé rue Notre-Dame à l’angle de la rue Panet, il comprenait une longue terrasse en bordure du fleuve, une modeste ménagerie, un orgue mécanique blanc et or que l’on disait unique de son espèce, un bar et , dominant le tout de sa masse, un immense hangar, dirais-je faute de mieux, au toit arrondi selon que l’on devait en construire plus tard pour loger les dirigeables. Les deux côtés de la salle étaient ouverts et ne fermaient qu’en cas de pluie au moyen de toiles. D’un bout à l’autre, des milliers de chaises, non pas des fauteuils et, au fond, une scène assez vaste pour y faire évoluer un troupeau d’éléphants et sans autres ornements pour l’encadrer que de pans de murs couverts d’affiches publicitaires.
Les théâtres et les opéras font salle comble. Enchanté à la lecture de cet extrait, relatif à Sarah Bernhardt, de passage dans le Montréal d’avant la grande noirceur. Il en dit long sur la fierté toute masculine des montréalais et la pudibonderie des habitants de la ville de Québec 
Ainsi qu’on le chante dans la Tosca, le ciel était constellé d’étoiles, De la danse, la Pavlova, à la chansonnette, Yvette Guilbert, mais sans qu’aucune n’égalât jamais, en jours-lumière et en intensité, les feux de Sarah Bernahardt, superlativement dénommée la divine. Témoignage spontané et éloquent de l’admiration qu’on lui vouait, nos pères, dételèrent les chevaux de son carosse et la promenèrent à force de bras, rue Sherbrooke,aux vivats de la foule. De mémoire d’homme, la galanterie canadienne-française n’a rien inspiré de plus beau en Amérique du Nord. Quelle gifle à la ville de Québec qui l’avait honnie et couverte d’oeufs gâtés.
Des goujats, ces gens de la capitale nationale 
Pour la cause des femmes, ce n’était pas vraiment le grand chambardement, ces années folles. Jugez par vous-mêmes :
«les termes de grossesse, de femme enceinte n’étaient pas autorisés dans nos journaux. La formule de rigueur était « une femme dans un état intéressant »»
Même si «à l’âge de porter le béret, la vie ne se conjuguait pas seulement au masculin (…) Les jeunes filles ne buvaient pas d’alcool, d’apéritif, sauf sur une forme médicinale prescrite par la Faculté et elles ne fumaient pas. Elles s’habillaient au goût du jour, la taille finement corsetée, portaient des bas de fil, de coton ou de laine, des chaussures montantes et boutonnées. Au tennis, leur jupe descendait aux genoux; au bain, un ample costume enveloppait de la cheville au cou ne laissant à découvert, par crainte du soleil, que les avants-bras. Des souliers et un large bonnet complétaient leur mise réglementaire.
Par une heureuse coïncidence, l’esthétique s’accordait à la décence pour justifier cet accoutrement. Au respect de la secrète intimité du corps féminin s’alliait le légitime et constant souci de sa beauté. Or, être belle c’était alors en sa plus radieuse expression avoir la peau fine et blanche (…) de même qu’on laissait aux yeux leur éclat naturel, aux lèvres leur fraîcheur première, on s’employait donc, sans autre artifice qu’un soupcon de poudre, à conserver l’incarnat de son teint. p 59 et 60
On ne disait que les entours de la femme, ce qui la couvrait, la magnifiait. Voir cette formule toute métonymique pour la description de son corps et les tentatives gaillardes du séducteur mâle virevoltant «en coquetterie d’élégance» sur la piste de danse :
«il (Dugas) s’y montrait enjoué, guilleret, et, mieux que personne, savait tourner un madrigal autour d’une parure ou d’un robe. Dans cette veine de frivolité, il a écrit sur les chapeaux féminins des pages que lui auraient enviées Mallarmé au temps où sa plume servait, par métier, à l’illustration de l’élégance féminine»
Autre belle sublimation :
«Dugas aimait beaucoup les femmes ou, plutôt, la compagnie des femmes»
L’auteur Barbeau trahit lui-même son intériorisation du discours mâle de l’époque dans ce passage ou il passe au crible l’écrivain Jules Bois (ami de Huismans) :
Jules Bois avait atteint la renommée par une série de romans superlativement féministes, lointain annonciateurs du pansexualisme et prologomènes (sic) des libérations contemporaines…
À lire, en dépit du côté catho «éclairé» du maître, malgré des considérations oiseuses sur l’éloquence, son passage à la revue Le Matin, laquelle s’était donné comme objectif, début des années 20, de lutter contre l’incarnation du mal : le bolchévisme!
Cette feuille de chou deviendra «Le petit journal», cet hebdomadaire populaire québécois qui fera les délices de nos parents pendant une bonne cinquantaine d’années (1926-1978). La version numérique complète est disponible en ligne sur le site web de la BANQ. Riche.
Pour conclure, vous dire que l’on pouvait «l’emprunter» au restaurant – Au Vieux toit – de mon village natal. Je préférais quant à moi, subtiliser le dernier numéro du Penthouse et m’enfermer dans les cabinets pour contempler, un peu subjugué, les plus subtiles variations du teint incarnat des jeunes filles.
—–
Livre trouvé parmi 4 millions de documents en multisurfant dans le catalogue Nelligan des Bibliothèques publiques de Montréal, réservé en ligne, expédié depuis la bibliothèque d’Outremont et cueilli à la Bibliothèque Rosemont, tout près de mon humble demeure. Top!
Photo prise par l’auteur de ces lignes avec son Iphone.
Bebette Bérubé est de retour.
Dernier tour de piste. Je vous le donne en mille, elle ne se porte pas bien. Elle s’est pointée, l’innommable, la maladie de la mort. Bebette m’écrivait récemment, avec sa gouaille et ses contresens habituels :
«malgré toutes mes mises en garde, les interdits hérissés, le cancer n’a de cesse de faire de vilaines généralisations empiriques sur mon corps prêt à s’emballer … C’était couru d’avance, un vilain cancer qui s’installe à la pointe du désir, ça s’étend, nous prend et finit par nous enlever. Les cellules hitlériennes prolifèrent en moi tout droit vers mon coeur affolement, campagne de Russie et ghetto de Varsovie. Je n’ai plus d’ombre, que les os sur la peau. Je m’affaisse, m’étend et me distribue, à l’avenant.»
Ses médecins ne lui donnent pas plus de 2 mois. Elle ne verra pas le printemps. Elle me prie de vous transmettre ses cogi-agitations [sic] à propos du déficit de lecture chez les jeunes de 103 ans et moins. Son testament pour la lecture, si vous voulez mon avis. Le voici.
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Long time, mes amours de la batifole et de la bamboche techno …
Je m’étais un peu éclipsée depuis le dernier Congrès des milieux documentaires que j’ai suivi tant bien que mal sur le fil de paresse Twitter grâce aux bons soins de bibliothécaires proxénètes de l’interconnexion avec les clientèles empêchées.
Automne 2010, je me suis un peu empêtrée dans toutes sortes d’ennuis bureaucratiques avec mon centre d’accueil. Je vous épargne le récit de mes luttes de libération, de mes revendications et de mon aliénation. Aussi ennuyeux que la lecture du dernier rapport du commissionaire Bastarache de monsieur le premier ministre Charest ou encore du récit des confessions d’affaires sauvages de la duchesse du Carnaval de Montréal, Olga Losique.
Alors voilà, fin de la récréation mes angelots, faut que je vous raconte, j’ai eu la chance d’assister, en direct, depuis ma chambre, au Sommet de la lecture TD, les 20 et 21 janvier derniers.
Oh que cela m’a mis le cerveau à découverte. Allez, je partage mon plan d’action pour la rétropropulsion de la lecture et sa dissémination contaminante. C’est un peu le fruit blet de mon vécu dans le maquis de l’éducation publique.
J’utilise l’impératif, mais c’est pur effet de style, vous faites comme bon vous semble. Restez léger. Savez, la lecture, y’a pas de quoi se mettre la rate au court-bouillon. Il y a pire. Exemple, le brocoli bouilli trop cuit nappé de fromage cheddar marbré fondu.
Mon plan d’action : aux armes citoyens!
Envahissez les territoires. Que de terres abandonnées inoccupées jaillissent bibliothèques, médiathèques, phonothèques, bibliobus, maisons de la poésie, distributrices à polars, magasin général de la lecture, espaces de jeu et de feux. De bibliothèques en conserve, fracassez les murs. Faites-les lumière, transparence, illumination, éclat.
Cessez de seriner, haut-parleur, vos slogans moralisateurs. Du genre «qui lit, réussit» ou «savoir c’est pouvoir». la belle affaire, vous aviez envie de réussir à 8 ans ou à 13 ans, vous? C’était le cadet de vos soucis et la société post-mortelle s’en porte tant bien que mal, malgré l’avancée marquée du néo-libéralisme et les faibles capacités fictionnelles de notre premier ministre Harper et de son équivalent francais qui fait vraiment une fixation anale sur la Princesse de Clèves.
Enlevez-vous du ciboulot que les technos vont régler comme par magie le problème du déficit de lecture de la majorité parlementaire et sénatoriale de la population. Qu’il suffit de mettre une tablette numérique ou un mobile dans les mains des ados, pour qu’ils s’enfoncent béatement dans la lecture, tels des moutons de Panurge égarés dans une fable du Marquis de Sade. Mais que cela ne vous empêche pas d’embrasser à pleine bouche l’univers numérique. Que le virtuel pénètre le réel. Que vos invasions et médiations numériques soient des invites à des rencontres, partages, affrontements tangibles et coups sur la gueule.
Aux enseignants du primaire, puisez dans la littérature jeunesse québécoise qui compte bon nombre d’auteurs féconds et rigolos. Faites une petite virée du côté de Dominic et Compagnie, de la série À pas de loup, chez Erpi, Les petits rats de bibliothèque, La Courte échelle, etc. Z’en voulez d’autres, allez piquer une petite jasette avec votre bibliothécaire de quartier, elle a tout lu et déteste quand les livres dorment sur les rayons.
Offrez-leur les albums Coup de poing des bibliothèques agglomérées de Montréal.
Aux profs du secondaire, gardez donc pour vous vos exemplaires de Maria Chapdelaine et de Bonheur d’occasion. Vous encouragez une masse de jeunes à fuir la lecture pour le restant de leur existence qui pourrait être tristounette à moins que tout ce beau monde ne devienne plombier, peintre en bâtiment ou électricien affilié à la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ).
Laissez plutôt traîner, bien en vue, le Vendredi de Tournier, Le vicomte pourfendu et Le chevalier inexistant de Calvino, le Tobie Lolness de Thimothée de Fombelle, Vernes, Gaston Leblanc, Yves Beauchemin, Agota Kristof, Boris Vian, Hrabal, deux ou trois mangas éroticos-subversifs, la série BD Largo Winch … Proposez-leur des trucs tecktoniks, du spoken word (rap, dub, poetry slam), des magazines, des blogues, des documentaires sur l’accouplement des ornithorynques, etc.
À certains moments de la vie, Tintin et Bob Morane valent mieux que Meursault ou Merteuil (difficile à battre, toutefois), une bd pissante, mieux encore qu’une oeuvre immortelle qui vous tombe des mains, s’écrase au sol et y reste pour l’éternité d’un être.
Exhibez-vous en train de lire.
Débarassez-vous de vos livres. Abandonnez-les sur un banc de parc, dans le métro, au travail, dans une cour d’école, dans des lieux glauques et sordides. Faites en don à votre conseiller municipal, à votre député, votre commissaire… au flic qui vient de vous coller une contravention.
Partagez votre bibliothèque numérique.
Abandonnez vos timides stratégies de médiation, foncez vers l’autre, effronté. Essayez plutôt la séduction, l’esbrouffe, l’arnaque, la part maudite et la diffusion pyramidale dans un joyeux tintamare avec les parents, les enseignants, les éducateurs, les personnes seules, les exclus, les enfants et les chiens errants. Carnavalisez vos interventions.
Cessez de vous enfermer dans une vision utilitariste, managériale et créatrice d’emplois pour les seuls lecteurs (voir John Saul Ralston). Et surtout, soyez impitoyables avec ceux qui ont élevé au rang de hauts faits de la civilisation, la performance, la mesure, les tableaux de bord, le ROI (return on investment, yark), l’exactitude, Walmart, le gaz de schiste et la peur irrationnelle de rater le futur.
Une société sans projet, vide, oublieuse d’elle-même. Factice.
Le projet Lecture est Projet de société.
Allez, assez bretté, faut que je négocie encore un peu avec l’éternité.
J’allais oublié, écoutez/regardez attentivement un enfant vous lire le premier récit qu’il a pondu de sa main hésitante.
Bebette Bérubé

Je réponds à l’appel lancé par Bibliomancienne sur son blogue : Pourquoi ils/elles utilisent Facebook en 2011
Pas de grand questionnement existentiel autour de cette question. Facebook, un endroit, il y en a d’autres, que j’exploite à fond, pour exprimer la légèreté de la vie, mon plaisir et être témoin et acteur, parfois, d’un gai savoir partagé.
Je l’exprimais récemment dans un commentaire : pas question pour moi de gérer de multiples identités numériques sur Facebook. Je suis un, indissociable et totalement mêlé dans mes nombreux «mentir vrai». 
J’y suis pour les mêmes raisons que Marie, Lionel, Vincent et compagnie de joyeux lurons de la cause sociale du devenir de nos sociétés et aussi de nos joies… (voir les commentaires du blogue sus-mentionné)
Mais j’y suis aussi, en mes mots, – je ne serai pas exhaustif, ne le prenez par personnel – 
– pour le butinage numérique ou la cruze documentaire (serependity)
– pour les photos de Salwa, fière et battante, lors d’une manif de soutien à la Tunisie à Montréal
– pour les délicieux excès d’Olivier Hamel et de Mélodie Nelson
– pour une photo qui apparaît tout à trac et qui m’émeut, me transporte
– pour mieux comprendre la problématique des écrivains jeunesse avec Claude Champagne et Hélène Derome
– pour ceux qui s’indignent… il y a matière
– pour ne pas rater le dernier livre que je n’aurai pas le temps de lire avant le prochain millénaire
– pour avoir des nouvelles, des images, du soleil de Brest, Roman sur Isère, Saint-Raphael, Cuba, San Francisco, Madrid, Barcelone et Lévis…
– pour étirer la pipe des copains (et copines!?!) et ils me le rendent bien
– pour un neveu qui m’emmène en Argentine
– pour savoir comment ça se passe l’atelier d’alphabétisation technologique de Mimidou avec les communautés culturelles
– pour suivre les jeunes philosophes de l’université de Montréal qui tripent sur Rawls (je ne les comprends pas, mais je les admire, ils en causent sur FaceBook)
– parce que quand je ne sais pas (cas de figure fréquent), je le demande et on me répond rapidement
– pour ma joyeuse bande de collègues au boulot
– hé, pour avoir des nouvelles des jumeaux Labory-Ouellet
– pour rire
– pour rester en alerte
– créer et voir créer
– etc.
Pourquoi j’y suis?
Parce que vous y êtes!
Luc, on dit parfois l’affreux, mais je ne suis pas seul.