Ma série «Empathie»

empathie

J’ai enfin visionné l’étonnante série Empathie. Je suis sûrement le dernier Québécois à m’y être mis, tant la série a soulevé un enthousiasme unanime. Son autrice, Florence Longpré, a fait l’année 2025, selon Marie-Louise Arsenault. Entrevue.

La principale force de cette série tient dans le personnage de Florence  : une femme fêlée de l’intérieur mais qui oppose au monde une rigueur glaciale. À la tête d’une équipe dans un institut psychiatrique, elle exerce son autorité avec un flegme et une précision clinique.

Un casting solide, enrichi par la diversité culturelle.

De bons acteurs. Le duo Florence / Mortimer est irrésistible. Monsieur Dallaire l’est tout autant.

Richesse et couleur des dialogues.

Un regard empathique sur les problèmes de santé mentale.

L’humour et la tendresse côtoient l’horreur.

Presque sans pathos.

J’ai de toutes petites réserves :

Présence marquée de la figure de l’enfermement :

      • Bébé Florence, retrouvée dans une poubelle.
      • La mère de Mortimer, reléguée au sous-sol. [surréaliste]
      • Monsieur Costco, volontairement muré dans sa chambre.
      • La blonde de Florence, enfermée dans la cuisine, s’étouffe en engloutissant du pop-corn rose tandis que la porte patio refuse obstinément de s’ouvrir.
      • La réceptionniste, prisonnière de sa cage vitrée à l’accueil de l’institut.
      • Les bénéficiaires emprisonnés dans l’institut et dans leur tête.
      • Florence et Mortimer dialoguant dans une voiture.
      • Florence prisonnière de ses cauchemars et de ses traumatismes.
      • Le patient Michel Vanier enfouit diverses substances dans ses bobettes.

Prévisibilité narrative :

    • Le retournement du rêve. Un procédé cinématographique éculé. On nous l’a déjà servi cent fois.
    • Florence finira par craquer pour Mortimer et vice versa.
    • Costco sortira de sa chambre pour aller à la rencontre de Dallaire, c’était couru d’avance.
    • Le criminologue français, un tantinet chiant, finira par montrer l’étendue de son empathie.

C’était divertissant.

J’ai découvert une nouvelle expression : «se manger la sacoche».

 

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Incipit météo musical et de Noël [150]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

I’ll be home for Christmas
You can plan on me
Please have snow and mistletoe
And presents on the tree

Quelle version préférez-vous?

Celle de Bing Crosby :

Ou celle d’Elvis Presley :

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Incipit météo : Les mots d’EllA, la punkette [149]

oiseau migrateur

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Salut à toi, oiseau migrateur égaré! Que diantre es-tu venu faire dans cette frisquette contrée revêtu d’un plumage estival? As-tu oublié la parade nuptiale qui t’attend dans pas long dans la lointaine et clémente Ibérie? ♫ Fais du feu dans la cheminée… ♫ tu repars bientôt! ♪ Dans le ciel, tu retourneras. ♬ Tel est ton destin! ♪

L’illustration est une gracieuseté de l’enfin cognitif ChatGPT.

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Incipit météo : «Feeling good» par Nina Simone [148]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

Birds flying high, you know how I feel
Sun in the sky, you know how I feel
Breeze driftin’ on by, you know how I feel
It’s a new dawn
It’s a new day
It’s a new life for me, yeah
It’s a new dawn
It’s a new day
It’s a new life for me, ooh
And I’m feeling good

 

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Incipit météo : La petite fille aux allumettes [147]

La petite fille aux allumettes

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Il faisait affreusement froid. La neige tombait et l’obscurité du soir commençait à s’épaissir. C’était aussi le tout dernier soir de l’année, le réveillon du Nouvel An. Dans ce froid et dans cette obscurité, une petite fille pauvre arpentait la rue, tête nue, pieds nus.

Retranscription du texte lu par Brigitte Fossey lors de l’émission La Grande Librairie du 17 décembre 2025. Traduction de Jean-Baptiste Coursaud.

———————–

Andersen, Hans Christian. La petite fille aux allumettes. Traduit du danois par Jean-Baptiste Coursaud. Illustrations de Benjamin Lacombe. Paris : Albin Michel Jeunesse, 2025.

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Incipit météo : «Journal d’un prisonnier» de Nicolas Sarkozy [146]

Journal d'un prisonnier, Sarkozy

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Un point pour Elmore Leonard. Cet incipit est raté. Il ne m’a donné aucune envie de sonder plus avant la profondeur de la naïveté de cet auteur tombé du mauvais côté de l’histoire par un matin ensoleillé.  Ma curiosité intellectuelle a des limites.

J’ai pu feuilleter les premières lignes de cet ouvrage grâce aux bons soins de Numilog.

Je me suis levé très tôt ce mardi 21 octobre 2025. C’était le jour de mon incarcération. Jamais je n’aurais imaginé franchir les murs d’une prison. Ce n’était même pas envisageable. Je ne suis pas un homme violent, ni un agresseur. J’ai toujours payé mes impôts de façon scrupuleuse. Je n’ai jamais conçu ni envisagé quelque montage que ce soit. J’ai été durant vingt années le maire d’une grande ville, Neuilly-sur-Seine, sans que jamais un appel d’offres ou une procédure quelconque ait fait l’objet de la moindre remarque ou du plus petit incident. Que pouvait-il bien m’arriver ? À moins de faire preuve d’une imagination débridée ou de nourrir une paranoïa caricaturale, rien. C’étaient bien ma conviction et mon état d’esprit. La suite démontrera l’étendue de mon erreur.
Et pourtant, en ce matin ensoleillé, alors que je traversais Paris vers la prison de la Santé, je devais bien convenir que l’impensable était arrivé ! Qu’est-ce qui avait pu me faire tomber du mauvais côté de l’histoire ? Qu’avais-je fait pour mériter un tel traitement ? Quels crimes avais-je pu commettre? Je dois reconnaître aujourd’hui la profondeur de ma naïveté.

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Les chaises de Pablo Reinoso

2

La chaise est le premier objet de design de l’humanité. Pablo Reinoso.

Le 7 décembre, Madrid s’est transformée en un parcours du combattant. Trois jours de congé pour les Espagnols, et tous ont décidé que le centre-ville de Madrid était le lieu idéal pour tester leur patience. Circuler relevait de l’exploit olympique, et la station de métro Puerta del Sol a été fermée, apparemment pour éviter que la ville entière ne se précipite chez Doña Manolita, temple sacré de la loterie de Noël, réputé porter chance pour rafler la cagnotte.

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La Puerta del Sol.

Nous nous sommes donc replié·es sur la rue Montalbán, où se niche le Musée national des arts décoratifs. Une retraite stratégique et finalement très heureuse. Là, nous avons pu admirer les sculptures ingénieuses de Pablo Reinoso, dans une exposition intitulée La vida se mueve.

Quant au membre de la cellule madrilène du FLC qui nous accompagnait, il n’a pu retenir un soupir navré devant le sort réservé à certaines chaises. Il faut dire qu’être cloué au mur ou suspendu au plafond n’est pas exactement le destin rêvé pour un siège. De plus, les frisettes des chaises spaghetti n’ont guère suscité son enthousiasme

Mélanges. À vous de juger.

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Banc frisé dans la série Silla spaghetti / Banc spaghetti.

6

Titre non identifié.

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Chaise spaghetti.

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Chaise Thonet.

5

Chaise poilue.

2,1

Laocoon, dans la série Chaise spaghetti.

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Chaise Thonet en spirale.

4

Cadre débordant.

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Symétrie synchronique / Synchronie symétrique

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Le 29 novembre. Visite de l’exposition consacrée à Juan Uslé au musée Reina Sofia, à Madrid. Une quête d’épuration de la représentation en explorant la verticalité et l’horizontalité.

1

Soñé que revelabas / Un rêve que tu révélais

3

Mi-Mon (Miró vs Mondrian)

Le 30 novembre. Il y avait deux expositions au musée Thyssen-Bornemisza, à Madrid : l’une portant sur les résonances entre les œuvres de Pollock et de Warhol, l’autre sur des correspondances similaires entre Picasso et Klee. J’en ai profité pour aller revoir, une fois de plus, quelques pièces de la collection permanente. 

C’est là que je suis tombé, par hasard, sur une des toiles de Piet Mondrian qui dû a inspiré Juan Uslé.

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New York City, 3

Le 3 décembre. Je bouquine dans les Mémoires inédits d’un ami. L’un des chapitres porte sur Piet Mondrian, et j’y retrouve l’une de ses toiles.

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Mise à jour du 5 décembre.

J’ai poursuivi la lecture des Mémoires d’un ami. Dans l’un des chapitres, l’auteur décrit son attachement à une toile de Juan Miró : 3. Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots.

La boucle du synchronisme et de la symétrie se referme ici : Mondrian et Miró entrent en dialogue dans le tableau de Juan Uslé, Mi-Mon (Miró vs Mondrian), où leurs langages plastiques respectifs se répondent.

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3. Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots.

Mise à jour du 7 décembre.

Visite du Musée national des arts décoratifs de Madrid. Pablo Reinoso mêle un peu les cartes de la symétrie, mais il épouse le mouvement de certaines toiles de Miró. Exposition  intitulée La vida se mueve.

2,1

10_Lacoonte, 2014.

Mise à jour du 8 décembre. Passage au CaixaForum de Madrid, à l’occasion de deux expositions.

Desenfocado (défocalisé)

À l’instar de Juan Uslé, Gerhard Richter explore les figures de l’horizontalité

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Lumière.

Henri Matisse

Il mise sur une composition verticale qui structure et dynamise la figure.

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Tête blanche et rose.

Frantz Kupka.

À la verticale.

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Plans verticaux I.

Mise à jour du 9 décembre. Leica, Un siècle de photographie. Centre culturel Fernán Gómez à Madrid.

Luca Lucatelli.

Perspective géométrique avec point de fuite.

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Future Studies.

P.-S. Figure géométrique dansante :

29 novembre, en soirée. Avec des ami·es islamo-gauchistes et deux réfugiés, nous sommes allé·es voir une performance de danse de la compagnie franco-sénégalaise Amala Dianor.

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Dub

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Infimes variations météorologiques avec mouches intégrées » [146] et [51]

Oreille absolue

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

Autour du bourg il y a la nuit. Au centre, la mairie. Un bâtiment modeste aux justes proportions, dont les fenêtres découpent des carrés orange dans la nuit indigo. Quelques décorations de Noël, loupiotes entrelacées dans les branches des micocouliers, oursons translucides éclairés de l’intérieur et lutins au bonnet rouge clignotant, ponctuent l’obscurité. Un chien aboie, puis deux. Un troisième répond. Et le silence se referme sur eux. La température baisse d’un degré. On passe sous zéro. L’herbe des talus s’enrobe de givre, les brins se raidissent en émettant de minuscules craquements. Les insectes enterrés perçoivent le carillon des tiges que le gel fige au dessus d’eux.

Les quatre chapitres suivants, que j’ai placés en annexe, présentent à peu près le même incipit météorologique. Il faut bien tendre l’oreille pour saisir les différences entre chacun d’eux. Le lecteur lambda n’y verra que du feu, car il a tendance à surfer sur les passages où se trouvent des descriptions météorologiques. Elmore Leonore n’aurait pas tout à fait tort quant à l’utilisation des incipit météo.

J’y ai vu un entraînant motif, un refrain, pour ce récit qui se veut une variation musicale.

Quatre incipit reprennent également, comme un motif récurrent, la présence de mouches insensibles au froid.

Le livre regorge de répétitions.

Au début de chacun des cinq chapitres, trois personnages, toujours différents et jamais revus par la suite, frôlent la mort sans jamais y sombrer.

La trame musicale de ce récit intègre aussi une légère variation sur même le thème du chat Valentin. Le passage revient quasi à l’identique à 6 reprises : le premier au présent et les 5 autres à l’imparfait.

Valentin, le chat que la rêveuse secrétaire de mairie Mariette Legarni a baptisé ainsi pour se porter chance en amour, mord bravement la patte qu’il s’est coincée dans un piège à renard et dont il faudra bien qu’il s’ampute, avec patience, sans dégoût, buvant à mesure le sang qui s’en écoule et n’établissant pas de lien entre la douleur qui le fait trembler d’un bout à l’autre de l’échine et les coups de dents qu’il inflige à sa chair.

Valentin, le chat que la rêveuse secrétaire de mairie Mariette Legarni avait baptisé ainsi pour se porter chance en amour, mordait bravement la patte qu’il s’était coincée dans un piège à renard et dont il faudrait bien qu’il s’ampute, avec patience, sans dégoût, buvant à mesure le sang qui s’en écoulait et n’établissant pas de lien entre la douleur qui le faisait trembler d’un bout à l’autre de l’échine et les coups de dents qu’il infligeait à sa chair.

Sur le thème de la croissance de la lune. Le passage revient quasi à l’identique à 5 reprises : le premier au présent et les 4 autres à l’imparfait.

La lune ne décroît pas », dit Dodelin le fossoyeur à Taffanel le terrassier. Et Taffanel répond : « Non, elle décroît pas, elle croît. En tout cas, qu’est-ce qu’elle est grosse.»

« La lune ne décroît pas », disait Dodelin le fossoyeur à Taffanel le terrassier. Et Taffanel répondait : « Non, elle décroît pas, elle croît. En tout cas, qu’est-ce qu’elle est grosse. »

ॐॐॐ

Aucune surprise : elle tend l’oreille.

Annexe

Chapitre 2

C’est un hiver où rien ni personne ne doit mourir. Les rosiers continuent de porter des fleurs, plus chétives qu’au printemps, moins parfumées qu’en été, aux pétales décolorés presque transparents. Les framboisiers laissent pendre leurs petits visages rouges, comme honteux, sous les feuilles recourbées. Les oiseaux poussent leurs cris vigoureux au cœur de la nuit sans craindre les éperviers, pas plus que les martres ou les chats. Les mouches, gorgées de la canicule passée, poursuivent leur vol paresseux, insensibles au froid qui crispe pourtant la rosée du matin. (88 mots)

Chapitre 3

C’est un hiver où rien ni personne ne doit mourir. Les rosiers continuent de porter des fleurs, plus chétives qu’au printemps, moins parfumées qu’en été, aux pétales décolorés presque transparents. Les framboisiers laissent pendre leurs petits visages rouges, comme honteux, sous les feuilles recourbées. Les oiseaux poussent leurs cris vigoureux au cœur de la nuit sans craindre les éperviers, pas plus que les martres ou les chats. Les mouches, gorgées de la canicule passée, poursuivent leur vol paresseux, insensibles au froid qui crispe pourtant la rosée du matin. (88 mots)

Chapitre 4

C’était un hiver lumineux et sec où rien ne semblait vouloir mourir. Les rosiers continuaient de porter des fleurs, plus chétives qu’au printemps, moins parfumées qu’en été, aux pétales décolorés presque transparents. Les framboisiers laissaient pendre à leurs sommets recourbés d’étranges têtes rouges qui paraissaient presque honteuses lorsque le dernier éclat du soleil allait les dénicher sous les feuilles. Les oiseaux lançaient leurs cris au cœur de la nuit sans craindre les éperviers, pas plus que les martres. Les mouches, gorgées de la canicule passée, poursuivaient leur vol, insensibles au froid qui crispait pourtant la rosée du matin. (98 mots)

Chapitre 5

C’était un hiver lumineux et sec où rien ne semblait vouloir mourir. Les rosiers continuaient de porter des fleurs, plus chétives qu’au printemps, moins parfumées qu’en été, aux pétales décolorés presque transparents. Les framboisiers laissaient pendre à leurs sommets recourbés d’étranges têtes rouges qui paraissaient confuses lorsque le dernier éclat du soleil allait les dénicher sous les feuilles. Les oiseaux lançaient leurs cris au cœur de la nuit sans craindre les éperviers, pas plus que les martres. Les mouches, gorgées de la canicule passée, poursuivaient leur vol, insensibles au froid qui crispait pourtant la rosée du matin. (97 mots)

ॐॐॐ

Agnès Desarthe,  L’oreille absolue, Éditions de l’Olivier, 2025, 144 p.

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Incipit météo : «Paris en vrac» de Michel Tremblay [145]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Michel Tremblay, tel qu’en lui-même : truculent. Comme Carrère dans Kolkhoze, il nombarde, mais avec autodérision et humour. À lire.

Au milieu du Pont-Neuf, je descends le long escalier de pierre qui mène au Vert-Galant, mon endroit favori dans tout Paris. Je tire la petite barrière peinte en vert et je pénètre dans le parc triangulaire posé au mitan de la Seine, à l’extrémité ouest de l’île de la Cité. Il a été inondé il y a quelques mois, pendant les grandes crues du printemps, mais il n’y paraît plus. On a tout nettoyé, tout ratissé, on a repeint les bancs et on dirait qu’il ne s’est jamais rien passé là de bien dramatique depuis l’exécution de Jacques de Molay. En quelle année au fait ? Quatorze cents quelque chose ? Treize cents quelque chose ? J’irai consulter la plaque au bout de l’île tout à l’heure. Ce serait plutôt dans les treize cents… le dernier des Templiers…

C’est une magnifique journée de printemps, le soleil joue à travers les branches des arbres déjà feuillues et il ne fait pas trop chaud.

Michel Tremblay, Paris en vrac, Leméac. 136 pages, 2025

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