Gros plan sur le cinoche aux BM

Saviez-vous que le catalogue Nelligan des Bibliothèques de Montréal comportait plus de 26 000 titres de films?  Pour aller plus loin, de côté, enrobé de bulles multicolores et parfois pour jeter un regard salutaire derrière. Saviez-vous que vous pouvez connaître quotidiennement les nouveaux titres qui sont ajoutés aux collections? Facile, vous n’avez qu’à cliquer sur ce lien. Une mine d’or de DVD et de BLU-RAY. C’est accessible gratuitement. Je ne m’en prive pas pour revisiter mes classiques non disponibles chez le marchand locatif du coin.

J’ai emprunté dernièrement Blanc de la série Bleu, Blanc, Rouge de Krzysztof Kieslowski Mais qu’est-ce que je me suis amusé. Comédie dramatique, disent d’aucuns. Une comédie, tout simplement en ce qui me concerne. Une belle entreprise pour réinterroger les tics et les invariants du cinéma. Une maîtrise totale de l’ellipse cinématographique. Il ne nous prend pas pour des tarés, ce cinéaste. L’histoire : complètement disjonctée. Le film s’ouvre à la cour. Un type fait face à une demande de divorce de sa conjointe pour cause de mariage non consommé. Le pauvre homme, sa délicieuse conjointe est interprétée par Julie Delpy… Il se retrouve rapidement à la rue, sans le sou. Mais la bonne providence a tout prévu, alors qu’il fait la manche dans le métro (en jouant de la musique avec un peigne, faut le faire, mais il est coiffeur de métier), il est pour ainsi dire pris en main par un compatriote polonais… Valse des clichés, ils vident ensemble une bonne bouteille de vodka…. Le pote lui propose de l’aider à rentrer en Pologne en le glissant tout simplement dans sa valise (le type éconduit n’a évidemment plus de passeport). Arrivée en Pologne, la valise a disparu… Volé par des individus qui veulent profiter des nouvelles largesses du nouveau système capitaliste… Volée de bois de vert sur le museau du mari impuissant.  Et le reste à l’avenant, allez voir ou revoir…

Plein de petites touches de blanc, en prime, qu’on s’amuse à identifier tout au long du visionnement.

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Ponti, Bolt et Zotero : irrésistibles

Petit noton : Usain Bolt et sa bande de joyeux baladeurs jamaïcains viennent tout juste de fracasser le record  du monde au 4 x 100 mètre relais.

Ponti :

Battre des œufs en neige, ou en quoi que ce soit d’autre, est-il un crime plus grave que battre un record ?

* * *

Zigonnage et brettage ce samedi matin avec le logiciel Zotero.

Zotero est un logiciel de gestion de références gratuit, libre et open source qui s’inscrit dans la philosophie du Web 2.01. Il permet de gérer des données bibliographiques et des documents de recherche (tels que des fichiers PDFimages, etc.). Ses principaux atouts techniques reposent sur l’intégration au navigateur Web, la possibilité de synchronisation des données depuis plusieurs ordinateurs, la génération de citations (notes et bibliographies) dans un texte rédigé depuis les logiciels LibreOfficeMicrosoft WordNeoOfficeZoho et OpenOffice.org Writer grâce à l’installation d’un simple plug-in2. Le développement du logiciel est à l’initiative du Centre d’Histoire et des Nouveaux Médias (CHNM) de l’Université George Mason (GMU).

Source Wikipedia

Je me suis servi pour tester l’animal des recommandations de lecture que j’ai publiées depuis janvier 2012 sur Le Club des irrésistibles des bibliothèques de Montréal. Pour le Club, nul n’est prophète en son pays, c’est Lionel Dujol qui en a fait la meilleure description à la faveur d’un stage qu’il a effectué dans nos bibliothèques en décembre 2011. Vous pourrez lire son billet .

Alors Zotero, ça permet aussi de créer des webographies et de les partager sur le web. Ça donne ceci :

Suggestions de lecture – Luc Jodoin – pour le club des irrésistibles

En jouant sous la carlingue du bolide Zotero, j’ai retrouvé le billet soumis au Club concernant le livre de Ponti : Questions d’importance. Je le reproduis ci-dessous pour le ramener à la surface du web, lequel on en conviendra est un peu chrono-dégradable, et Ponti, ses questions, valent vraiment le détour, le retour, complètement fou :

* * *

Claude Ponti fait, depuis belle lurette, le bonheur des petits avec la colorée expressivité de ses dessins et sa déconstruction du monde et du langage. Je pense, de mémoire, à Blaise et le château d’Anne Hiversère (2008), à ses montres molles, à son Almanach Ouroulboulouck (2007).

Dans Questions d’importance, il nous livre son ontologie personnelle, ses questions sur l’être, le paraître et l’inattendu. C’est festif, pissant, rigolonicieux. Je vous donne des exemples triés sur le volet pour vous donner le goût d’aller lire.

Dans quelle caverne, le premier mythe de la caverne ? Qui fut la première personne appelée depuis l’entrée de la première grotte habitée pour lui rappeler de ne pas oublier d’acheter le journal ? Qui fut la première personne à recevoir une engueulade parce qu’elle n’avait pas fermé la porte de la grotte? Quand s’est posée pour la première fois la question primordiale de l’œuf et de la poule ? La peur viscérale, l’angoisse métaphysique, l’interrogation ontologique et la régression fœtale sont-elles indéfectiblement liées au concept de grotte ? […] Battre des œufs en neige, ou en quoi que ce soit d’autre, est-il un crime plus grave que battre un record ? […] Comment s’appelait la première personne dont on a tiré de la musique en taillant une flûte dans son tibia ? Qui a été le premier à être dernier ? Quelle a été la première nostalgie ressentie ? Comment s’est appelée la première odeur identifiée ? […] Quelle fut la première étoile contemplée ? Quels furent les sentiments de la première carotte arrachée ? […¸] Une peine infinie est-elle apte à l’éternité ? Qui a eu l’idée de pendre ? Qui a fabriqué la corde ?

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Fou,  je vous disais…

Ça bat tous les records olympiques en matière de questionnement existentiel.

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Le programme électoral de Bebette Bérubé : Vedgez citoyens!

Bebette Bérubé qui a l’art de négocier avec l’éternité prend encore du mieux. On l’avait dite mourante. Elle m’avait envoyé son testament. Puis, élections fédérales en cours, rémission, car soucieuse de botter les fesses à monsieur Harper, elle avait repris du service partisan et la rédaction de son roman Total Local. Elle revient encore, comme les films de Batman, pour faire la peau aux marchands de bonheur, me confie-t-elle.

Elle me prie de vous faire suivre ses impressions sur la campagne électorale provinciale en cours et de prendre bonne note – pour méditation – de son slogan électoral :

«Vedgez citoyens : couchés et en bonne compagnie!»

Bebette Bérubé, le parti gris

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Tu causes, tu causes, c’est tout ce que tu sais faire

Laverdure, le perroquet dans Zazie dans le métro

Ça fait tout un foin médiatique. Ça électionne, ça claquesonne, ça tribune et ça haut-parlotte jovialement au Québec en cette période de promesses électorales et autres vicelardises emmerdatoires.

J’avais un peu prévue le coup Touscaillon, question d’être bien préparée pour les débats télédiffusés et pour donner la réplique et la casserole à monsieur @DuchesneauLegault2.0 sur Twitter.

Faut sméfier!

C’est ainsi que, sans trop forcer et dans un souci éclectique perpétuel,  je vous ai mis le film Zazie dans le métro – un four burlesque – au bas de ce billet, je vous entretiendra sur les opuscule suivants :l Le droit à la paresse de Lafargue, L’éloge des frontières de Debray et Éloge de l’oisiveté de Russell ont atterri sur ma table de chevet d’hôpital grâce à la magie de la réservation en ligne, du butinage numérique déductif et du Bibliobus.

Confluence de l’éloge bien en vue dans deux titres. Proxénétisme de l’inaction dans le champ lexical (paresse et oisiveté). Volonté d’écrire court dans tous les titres avec une vision à longue portée, tout pour plaire à monsieur Legault, lequel, au demeurant, ne partage pourtant ni me lectures, ni mes convictions.

Voyons voir ce bon Russell, il reprend là où nous avait laissé Paul Lafargue (il méprisait un peu le bon peuple, quand même, le Paulot) en stigmatisant la bêtise, la surconsommation et la folie du travail :

si le salarié ordinaire travaillait quatre heures par jour, il y aurait assez de tout pour tout le monde, et pas de chômage (en supposant qu’on ait recours à un minimum d’organisation rationnelle). Bertrand Russell

… et si on travaillait quatre heures par jour, 44 semaines l’an, à tous les quatre ans?

Meuh non, que nous proposent les partis politiques : 200 000 emplois temps plein (Parti libéral), 166 000 emplois dans le Plan vert (Québec solidaire), un Plan Nord (PL), du forage en Gaspésie (Parti québécois), des étudiants soumis sur les bancs d’école (Coalition avenir Québec, PL), sanctions contre les profs qui ne veulent pas enseigner pendant la grève étudiante (CAQ), vaste chantier de travaux sylvicoles (PQ), conciliation famille-travail (CAQ, PQ, QS), et le pire, faire le grand ménage (TOUS).

Essoufflant!

Vous allez en suer un coup…

Non mais, nos angelots, ils n’ont rien saisi aux grandes tendances de l’histoire universelle, ont raté le cours sur Hégueule, n’ont pas lu Les Vagues de Toffler et de Virginia Woolf,  jeté à la poubelle leurs exemplaires de Finnegans Wake, ni visionné Mélancholia de Van Lars Trier?

Zéro de conduite!

Bon, faut l’avouer, monsieur Legault fait triste bonne figure avec son idée d’abolir les commissions scolaires, les agences de la santé et 7 000 postes à Hydro-Québec.

Pas bête, la guêpe, hein. Joli croque-en-jambe au PL et à QS qui veulent créer tout un tapon d’emplois. Un grand total de 360 000, s’ils unissent leurs efforts, mais je n’y crois pas trop. C’est peine perdue, voir dans Zazie, Queneau qui était tout un visionnaire et avait prévu la panacée numérique et la société du savoir automatisée :

D’ailleurs, dit Gabriel, dans vingt ans, y’aura plus d’institutrices : elles seront remplacées par le cinéma, la tévé, l’électronique, des trucs comme ça. c’était aussi écrit dans le journal l’autre jour. N’est-ce pas Marceline? 1959

Et la suivante, fort à propos, en cette période d’élection et de guerres perpétuelles (faut quand même pas se laisser distraire, même si on est bien armé et sans registre des armes à feu). En tout cas, le pote Russell, il aurait été d’accord avec Queneau, plutôt que de penser aux «éconocroques» mieux vaut attraper son litron et l’écluser bien sec en charmante compagnie :

L’une des choses les plus banales que l’on puisse faire des ses économies, c’est de les prêter à l’état. Étant donné que le gros des dépenses publiques de la plupart des états civilisés est consacré soit au remboursement des dettes causées par des guerres antérieures, soit à la préparation de guerres à venir, celui qui prête son argent à l’État se met dans une situation.  similaire à celle des vilains personnages qui, dans les pièces de Shakespeare, engagent des assassins. en fin de compte, le produit de son économie sert à accroître les forces armées de l’État auquel il prête ses épargnes. De toute évidence, il vaudrait mieux qu’il dépense son pécule, quitte à le jouer ou à le boire… Bertrand Russell.

Rien à signaler du côté du laïus de Debray (on ne gagne pas à tous les coups au jeu du butinage numérique) sinon qu’il dit des trucs vraiment bizarres à propos de la technique en associant l’unicode à l’hubris grec…  «Faut pas egzagérer», n’est-ce pas Zazie?

Pas la force de transcrire, je vous transnumérise, mais n’oubliez pas d’aller voter :

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[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=ZEbav4v1MI8[/youtube]

Décsolé. Le film n’est plus disponible sur Youtube. [16 mai 2024]

Bebette Bérubé, retraitée

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Les Olympiques sur W : dystopie perecquienne

Les récits dystopiques ont la cote ces temps-ci : Hunger Games, Total recall, Farenheit 451. Mais c’est quand même Perec qui a le mieux décrit le meilleur des mondes dans son récit autobiographique W ou le souvenir d’enfance en imaginant une société – W – totalement organisée et hiérarchisée autour du sport et de l’idéal olympique. Belle métaphore pour se rappeler l’holocauste. À lire!

Lecture de circonstance pendant les Olympiques de Londres.

Je note, pour mémoire.

L’Athlète W n’a guère de pouvoirs sur sa vie. Il n’a rien à attendre du temps qui passe. Ni l’alternance jours et des nuits ni le rythme des saisons ne lui seront d’aucun secours. p. 215

Courir, Courir sur les cendres, courir dans les marais, courir dans la boue. courir sauter, lancer le poids. Ramper. S’accroupir, se relever, s’accroupir. Très vite, de plus en plus vite. Courir en rond, se jeter à terre, ramper, se relever, courir. Rester debout, au garde-à-vous, des heures, des jours, des jours et des nuits. à plat ventre! Debout! Habillez-vous! Déshabillez-vous! Courez! Saute«! Rampez! À genoux! p. 216

Il y a deux mondes, celui des Maîtres et celui des esclaves. Les Maîtres sont inaccessibles et les esclaves s’entre-déchirent. Mais même cela, l’Athlète W ne le sait pas. Il préfère croire à son Étoile. Il attend que la chance lui sourie. Un jour, les Dieux seront avec lui, il sortira le bon numéro, il sera celui que le hasard élira pour amener jusqu’au brûloir central la Flamme olympique, ce qui, lui donnant le grade de Photophore officiel, le dispensera à jamais de toute corvée, lui assurera, en principe, une protection permanente. Et il semble bien que toute son énergie soit consacrée à cette seule attente, à ce seul espoir d’un miracle misérable qui lui permettra d’échapper aux coups, au fouet à l’humiliation, à la peur. L’un des traits ultimes de la société W est que l’on y interroge sans cesse le destin : avec de la mie de pain longtemps pétrie, Les sportifs se fabriquent des osselets, des petits dés. Ils interprètent le passage des oiseaux, la forme des nuages, des flaques, la chute des feuilles. Ils collectionnent des talismans : une pointe de la chaussure d’un Champion olympique, un ongle de pendu. Des jeux de cartes ou de tarot circulent dans les chambrées : la chance décide du partage des paillasses, des rations et des corvées. Tout un système de paris clandestins, que l’Administration contrôle en sous-main par l’intermédiaire de ses petits officiels, accompagne les compétitions.  216-217

Il faut voir…

Il faut les voir, ces Athlètes qui, avec leurs tenues rayées, ressemblent à des caricatures de sportifs 1900, s’élancer coudes au corps, pour un sprint grotesque Il faut voir ces lanceurs dont les poids sont des boulets, ces sauteurs aux chevilles entravées, ces sauteurs en longueur qui retombent lourdement dans une fosse emplie de purin. Il faut voir ces lutteurs enduits de goudron et de plume, il faut voir ces coureurs de fond sautillant à cloche-pied ou à quatre pattes, il faut voir ses rescapés de marathon, éclopés, transis, trottinant entre deux haies serrées de Juges de touche armées de verges et de gourdins. Il faut les voir ces athlètes squelettiques, au visage terreux, à l’échine courbée, ces crânes chauves et luisants, ces yeux plein de panique, ces palies purulentes, toutes ces marques administrées chaque heure, chaque jour, chaque seconde, d’un écrasement conscient, organisé, hiérarchisé, il faut voir fonctionner cette machine énorme dont chaque rouage participe, avec une efficacité implacable, à l’anéantissement systématique des hommes, pour ne plus trouver surprenante la médiocrité des performances enregistrées : les 100 mètres se court en 23″4, le 200 mètres en 51″, le meilleur sauteur n’a jamais jamais dépassé 1,30m. pp 217-218

Celui qui pénétrera un jour dans la Forteresse (olympique). Il n’y trouvera d’abord qu’une succession de pièces vides, longues et grises. Le bruit de ses pas résonnant sous les hautes voutes bétonnées lui fera peur, mais il faudra qu’il poursuivre longtemps son chemin avant de découvrir, enfouis dans les profondeurs du sol, les vestiges souterrains d’un monde qu’il croira avoir oublié : des tas de dents d’or, d’alliances, de lunettes, des milliers et des milliers de vêtements en tas, des fichiers poussiéreux, des stocks de savon de mauvaise qualité… p 218

… à lire,  je vous disais.

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Mes remerciements à Joachim Luppens qui m’a inspiré pour la rédaction de ce billet.

Georges Perec : W ou le souvenir d’enfance, Paris, Denoël, 1975, 220 pages

Illustration : Le mémorial de Prague sur l’holocauste

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Les choses de Perec et la pulsion scopique

Je poursuis ma relecture des oeuvres incomplètes de Perec.

«Les choses». Prix Renaudot en 1965. Une somme. Que dis-je? Une multiplication, une factorisation, l’infini moins 3,1416. J’ai profité de mes jours de congé pour le relire à l’aller et au retour. Plaisir de la répétition. Le récit tient à peu de choses. Fi de l’exotique, le regard est posé sur l’infra-ordinaire, l’endotique. Deux jeunes «imbéciles heureux», Jérôme et Sylvie, sont à la recherche du bonheur (la belle affaire!). Ils pensent le trouver dans l’appropriation et la contemplation des choses (objets). Ah, les beaux jours de la société de consommation florissante du début des années 60. Roman sur le désir, véritable tonneau des danaïdes, qu’on n’arrive jamais à assouvir. Absence de lyrisme. Roman scopique, baroque, tout est dans l’obsession du regard. Tentative d’épuisement des objets du monde (modèle repris dans l’ensemble de l’œuvre de Perec). Perec exploite à fond les figures de la répétition, de l’énumération, de l’exagération, de l’empilement, de l’emphase et de l’inflation verbale pour mieux dire la récession volitive de ses benêts de personnages. Ils se plantent toujours les personnages de Perec que ce soit dans leur quête de bonheur ou de l’indifférence (lire Un homme qui dort). N’allez pas vous méprendre, ce roman n’est pas une critique du consumérisme, une critique de l’économie politique du signe, un brûlot sur la société de consommation, un regard sur l’homme unidimensionnel. Littérature, punto. «Les choses», la meilleure introduction à Perec, vous y trouverez le code génétique de l’œuvre à venir. Perec, pastichant Flaubert, aurait pu affirmer : « Les choses c’est moi». Un roman ludique et drôle, en prime, pour l’œil attentif…

* * *

La pulsion scopique, mais où diable ai-je pigé ça? Lacan, Buci-Glucksman, Scarpetta ?

* * *

Recommandation soumise à Marie-Anne Poggi pour les membres du club de lecture Les irrésistibles des Bibliothèques de Montréal. Publication prévue le 10 août, vers les 7 heures du matin, si ça passe la rampe…

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Plagiats par anticipation

Melville (Bartleby), Kafka (La métamorphose), Poe (L’homme des foules) et Baudelaire (Les foules, dans Le spleen), autant de faussaires qui ont pigé allègrement dans «Un homme qui dort» de Perec . Pour les incrédules, voir le récit codé de Perec : Le voyage d’hiver. Puisque j’y suis, les récits susnommés des faussaires (sauf La métamorphose, mais ça vient, me dit-on) sont disponibles dans le catalogue de Publie.net ou aux Bibliothèques de Montréal, pour les abonnés – c’est ici)

Un peu abasourdi aussi de voir tomber la pluie dans la finale de «L’Adieux aux armes» d’Hemingway et d’«Un homme qui dort» de Perec.  Non, le roman d’Hemingway n’est pas disponible dans le catalogue de Publie.net… 😉

« Mais les hémorragies s’étaient répétées. Rien n’avait pu les arrêter. Je restai avec Catherine jusqu’à sa mort. Elle ne reprit pas connaissance et il ne lui fallut pas longtemps pour mourir. Après avoir refermé la porte et avoir éteint la lumière, je compris que tout était inutile. C’était comme si je disais adieu à une statue. Au bout d’un instant, je sortis et je quittai l’hôpital. Et je rentrai à l’hôtel, sous la pluie » GH

« Non. Tu n’es plus le maître anonyme du monde, celui sur qui l’histoire n’avait pas de prise, celui qui ne sentait pas la pluie tomber, qui ne voyait pas la nuit venir. Tu n’es plus l’inaccessible, le limpide, le transparent. Tu as peur. Tu attends, Place Clichy, que la pluie cesse de tomber. GP

* * *

Mise à jour : 5-08-2010, 19h26 de Montréal.

Je vous mets le film, en prime. Ça me fait remonter de joyeux souvenirs :

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=3TNurvWW4_0&feature=youtu.be[/youtube]

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Je vote stratégique et avec conviction

Je me lance de colère et d’espoir. Je vous le dis d’emblée mon vote du 4 septembre ira à Françoise David dans Gouin. Bon, j’aime bien Nicolas Girard du PQ, sa hargne, sa ténacité, ses dossiers bien maîtrisés, son écoute et sa présence parmi les citoyens. J’aime Françoise, sa défense du bien commun, du français, de la culture, de l’éducation et de la santé gratos pour tous, Son idée du pays, son «utopie»,  sa lutte contre la pauvreté. Je vote Françoise parce que je veux une tête, un coeur et des bras pour picosser la prochaine première ministre du Québec : Pauline Marois. J’aime aussi Pauline, sa volonté, sa résilience, son pays un peu au ralenti, ses photos retouchées sur les poteaux téléphoniques et ses farces ratées. J’aime un peu moins quand elle avise les médias qu’elle se prépare à prendre le métro avec le bon peuple. Z’ont même pas de station de métro à L’Île Bizard…

Faudrait pas l’oublier, j’aime aussi Amir Khadir, surtout quand il met Gilles Duceppe en pétard… (voir ),

On pourra lire de Françoise David, elle n’a pas attendu le scrutin du 4 septembre pour avoir des idées et un (ou d’être présente sur Twitter) son livre : . C’est disponible dans une.

Note : À bon entendeur, ça manque un peu de bibliothèques dans sa conception de la culture… 😉

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Exhortation de lecture : Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour?

J’ai remarqué récemment que le roman de Georges Perec «La vie mode d’emploi» faisait partie de la collection du Club des Irrésistibles (voir ici). Excellente recommandation. Mais il faut aussi aller visiter les autres œuvres de Perec! Je me porte volontaire pour assurer leur intronisation au sein du Club puisque je m’adonne, en dilettante, cet été à la relecture des œuvres incomplètes de Perec. Je me lance aujourd’hui avec un roman d’une irrésistible drôlerie. Encore «irrésistible»? Essayons des synonymes : impérieuse drôlerie, implacable drôlerie, homérique gaillardise, puissante plaisanterie, infaillible drôlerie, foudroyante comédie, affriolante plaisanterie et pour finir (je pourrais poursuivre longuement, osons un dernier) d’une irréfragable clownerie. Il s’agit de «Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour?». Avouez que la seule vue du titre vous donne envie de quitter femme(s), homme(s), enfant(s), élections en cours et patrie pour vous y cramponner, à ce petit guidon?

La trame, très simple, un militaire, dans sa caserne à Vincennes, est appelé à se joindre au bataillon pour aller combattre les Algériens qui avaient, vous en conviendrez, a posteriori, de justes raisons pour obtenir leur émancipation. Le type militaire se nomme Karamanlis ou quelque chose comme ça. De fait, il change de nom tout le long du récit, mais on s’y retrouve étant donné les subtiles variations et la très grande simplicité de la trame narrative. Des exemples : Karatruc, Karachose, Karabine, Karafalk, etc. En fait, j’ai dénombré, à vue de nez, pas moins de 65 variations autour de son irrésistible et homérique patronyme. J’ai été un peu distrait, car les critiques littéraires bardés de diplômes affirment que le récit comporte 72 occurrences distinctes. Vivement une version numérique de l’oeuvre pour recherche efficace dans le bedon du texte. Bref, je m’égare et je résume, Karabesque ne veut pas aller nourrir de son sang les nobles contrées françaises africaines pour le compte «des sales bureaucrates planqués des effectifs de l’armée» parce qu’il a une fille dans la peau. Il s’en confie à son maréchal de logis qui s’empresse d’enfourcher son petit vélo (à guidon chromé) pour aller demander conseil à ses potes de son Montparnasse natal. Je ne vous raconte pas les trucs déments qu’ils (les potes de Montparnasse) vont imaginer pour essayer de le sortir de ce mauvais pas périlleux (c’est un pléonasme assumé)… Vous avez compris, ce roman est une affriolante farce drolatique, une bouffonnerie langagière, une loufoquerie textuelle agrémentée d’une multitude de d’ornements stylistiques : pléonasmes, calembours, contrepèteries, allitérations, anacoluthes, adjonctions, épenthèses, contresens, zeugme (un seul, merde!) etc. Vous trouverez, en fin de volume, les dites figures dans un index incomplet (encore incomplet, il ne finissait pas toujours ses devoirs Perec, il passait un temps fou à son noble boulot de documentaliste et des nuits entières à s’escrimer sur des réussites).

On s’amuse ferme, on est au pays de Raymond Queneau, de «Zazie dans le métro». Absente aussi du Club des Irréfragables, la belle Zazie. Un autre incontournable, pourtant. Un volontaire bénévole désintéressé pour rédiger une petite exhortation de lecture ?

J’allais oublié, le zeugme : Puis ils étaient allés dans un café lugubre, et ils avaient demandé au garçon, lequel avait un crâne ovoïde, un teint verdâtre et un tablier tirant sur le mauve qu’on se serait cru dans un film de Vincente Minelli. C’est à la page 89, dans Folio, Gallitruc, ISBN 2-07-037413-0.

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Texte soumis au Club des Irrésistibles pour possible publication le premier vendredi d’août

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La ruse de la petite canaille

Grand rangement dans le fouillis de mes bibliothèques, ce week-end. Un beau jeu. Parcourir son chemin de lecteur, déterrer des trésors oubliés, parfois des doublons. Tracer des obsessions.  Identifier des manques, objets prêtés et disparus, on s’en fout un peu, ils ont trouvé foyer, lecteur, ami. De nombreux livres ne m’appartenant pas ont d’ailleurs élu domicile dans mon gourbi. Internet et le ouèbe 2.0 n’ont pas inventé la lecture partagée et disséminée. Penser paralecture (tenter de se rappeler la librairie où l’objet fut acquis, les lieux où ils furent lus, leurs conditions matérielles d’existence, relire dédicaces et mots laissés par âmes généreuses sur page de garde.). Douce anamnèse qui nous ramène à l’autre.

Ils sont nombreux les livres – aventure d’un soir – à s’être incrustré sur une tablette sans jamais s’être vraiment inscrustré en nous. On se demande ce qu’ils font encore là à nous gruger notre espace, à nous bouffer l’air ambiant.

J’y arrive. Dans le lot des squatteurs il y avait «» d’Alain Monnier. Il était là, de retour. Mais qu’est-ce que je lui ai fait voir des gens, du pays, à ce livre. Il était revenu. J’ai relu.

Thriller pas possible. Ça débute mollo, un peu nono. Il y a d’abord ce type dans la quarantaine, un peu benêt mon neveu avec les filles, qui finit par rencontrer sa Françoise sous un pont de Paris… Tactique de séduction de l’empêtré : lui réciter des extraits de Pessoa qu’il connaît par coeur. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi ce truc ça chie à chaque fois. Et la donzelle, pour faire bonne figure, de lui réciter – songée et attendrie – Le  Pont Mirabeau d’Apo : Vienne la nuit… je demeure. M’enfin, la Rencontre aura lieu. Manque de pot. Le mari est violent, jaloux et le nouvel amant apprend qu’il est atteint d’un cancer du cerveau. Quinze jours à vivre… On peut tenter l’opération…

Sans tout vous dévoiler, le patient est en fait en parfaite santé, il l’apprendra, un peu groggy, sur la table d’opération avant la délicate intervention…

Pour la suite, c’est un virevolte-pages (traduction libre de «page-turner») pas possible d’horreurs psychologiques et de sadisme… Claustrophobes et coeurs sensibles s’abstenir.

Vous voulez le lire, l’exemplaire est disponible, je dois libérer la place.

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Illustration : Hieronymous Bosch, v. 1453-v.1516, La lithotomie (ou La cure de folie), réalisée vers 1494. Musée du Prado à Madrid.

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Exercice de style : dithyrambe autour d’une nuit sans fin

Vous ne me croirez pas. Je le sais,  j’ai l’intense et vilaine propension à tartiner bien épais quand j’aime un texte. Ce trop court livre (87 pages) de Horguelin est un bijou parfaitement ciselé. Un sommet dans l’art de la légèreté : la meilleure façon d’approfondir une pensée, un sujet ou un être humain. Sept petites histoires un peu folles. Le temps et l’espace virevoltent comme des horloges molles. Les trois récits ayant pour thème le cinéma, la peinture et le théâtre ébranleront vos certitudes narratives. On est au pays de Borgès et de Cortazar, le tout patiné d’une touche oulipienne et de motifs perecquiens. Ceci dit pas nécessaire d’avoir pratiqué Borges, Cortazar ou Perec pour bien peser le recueil. Pas besoin de mode d’emploi, ça se lit comme un premier conte, se déguste comme un premier amour. Un merveilleux faussaire, ce Horguelin, un faux monnayeur de petits plaisirs. Un vrai. Un faux authentique. Je n’en suis pas encore revenu. Un gros boum direct sur la cafetière! Mais pouvez-vous bien me dire ce que vous attendez pour vous aventurer dans cet univers des pas perdus ?

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Texte soumis au Club des Irrésistibles : à paraître le 21 juillet 2012

/ Thierry Horguelin.

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Illustration : Bernin : L’extase de Sainte-Thérèse.  Illustration bien connue de tout ceux qui ont lu le Séminaire de Jacques Lacan, livre XX, intitulé «Encore» et qui porte bien sûr sur la jouissance

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