Mon combat des livres : Le sourire de la petite juive

C’est Le combat des livres de Radio-Canada.

Quatre titres sont en lice :

d’Abla Fahroud
de Guy Delisle
de Marie-Renée Lavoie
de Margaret Atwood

Je reproduis ici mon appréciation du roman d’Abla Farhoud «Le sourire de la petite juive» que j’ai publiée le 16 mars 2012 sur le site Les Irrésistibles des Bibliothèques de Montréal.

Dire la ville, riche, multiculturelle, vivante et créatrice, en brossant le portrait d’une palanquée de personnages que de simples choses rassemblent : une rue (Hutchison), la curiosité, des sourires et la vie qui va. C’est le défi, réussi, que s’est donné Abla Farhoud. Je ne résume pas, les membres du Club des Irrésistibles l’ont bien fait ici. J’ajouterai simplement : à lire pour comprendre comment la lecture de polars et la fréquentation des bibliothèques constituent de parfaits remèdes à la dépression, comment une Jamaïcaine peut pénétrer dans une synagogue le jour du sabbat hassidim, comment apprendre le français en lisant, à répétition, Gabrielle Roy, comment un simple sourire peut constituer le parfait chemin de traverse vers l’autre. Un coup de coeur tout simple d’une Libanaise, arrivée au Canada en 1951, qui a su avec maestria rendre la culture québécoise, son interculturalisme, son langage, son accent, ses excès. Je vous le recommande chaudement. Deux ou trois petites heures de plaisir… À vous donner envie d’envahir la rue pour bien habiter la ville. Le roman du printemps, il se pointe, vous verrez, bientôt une Italienne souriante, ira sarcler son jardin à la façade de son logement et y plantera de beaux pieds de tomates… sur la rue Hutchison.

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Carré rouge sur fond noir : le combat pour la démocratie


Je reproduis intégralement, avec sa permission, le témoignage que fiston Gabriel Boisclair a publié sur sa page Facebook suite à sa participation à la manifestation contre la brutalité policière. Un autre point de vue… Carré rouge sur fond noir.

15 mars, 20h29
Le combat pour la démocratie.

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Aujourd’hui, j’ai constaté que nous vivons dans un État policier.

J’ai constaté que l’expression de mes idées politiques était réprimée par des grenades. J’ai encore la vision de l’explosion à quelques mètres de mon visage, j’ai encore les oreilles qui résonnent.

J’ai fait l’expérience de la répression gratuite et arbitraire. Non, ce n’est pas vrai, ce n’était pas vraiment arbitraire. C’est parce que nous défendions des idées politiques critiques que nous avons eu droit à l’anti-émeute et à des explosifs.

La manifestation se déroulait dans un calme incroyable, de la manière la plus pacifique qui soit. Sans avertissement, sans directive de se disperser, les policiers ont commencé à charger. Sans nous rentrer dedans, pas encore. C’était de l’intimidation pure. Il n’y avait pas de casse, pas de violence, il n’y avait même pas de slogans anti-policiers pour « excuser » leur charge. Rien du tout, on ne faisait que marcher.

Quand ils ont chargé, plusieurs ont commencé à courir, en panique. Les policiers avaient atteint leur but : déranger une simple marche qui se déroulait dans le calme. Et faire peur, car oui, ça faisait peur. Entendre des dizaines de policiers habillés en armures courir derrière toi, ça fait peur. Tu ne sais pas ce qu’il vont faire. Tu te dis que tu n’as rien fait, qu’il n’y a pas eu de « grabuge », alors pourquoi chargeraient-ils ? Pourquoi frapperaient-ils ? Mais ils approchent, alors tu paniques et tu cours.

Puis nous nous sommes regroupés et nous avons recommencé à marcher calmement. Peu de temps après, BOUM ! Une grenade assourdissante explose à quelques mètres en avant de moi, environ un pied au-dessus de ma tête, c’est-à-dire à 7 pieds du sol. Je dois dire que c’est la première fois que je voyais une explosion d’aussi près. Le son de la déflagration résonne encore dans mes oreilles.

La panique gagne plusieurs manifestants, qui recommencent à courir. L’anti-émeute charge pour vrai et un manifestant se fait engloutir par les policiers. La grenade atteint son but : séparer la manifestation. Je fais partie du lot qui se fait séparer. Nous marchons dans une rue perpendiculaire. Et BOUM ! Une autre grenade explose un peu derrière moi.

Ma copine et moi décidons alors que c’est terminé pour nous. Nous parvenons à nous éloigner de la manifestation et des policiers. C’est terminé pour nous, mais seulement pour aujourd’hui. Car une telle violence gratuite nous révolte. La répression policière basée sur le profilage politique, c’est digne d’un État policier.

Nous sommes en colère.

Et nous imaginons bien comment peuvent être en colère ceux qui reçoivent des coups et se font arrêter parce qu’ils manifestaient (bref, ceux qui sont moins chanceux que nous). Sans compter ceux qui se font blesser gravement. Et nous imaginons bien comment ceux qui sont victimes à chaque jour de la répression policière doivent être encore plus en colère. Nous comprenons pourquoi nombreux sont ceux qui haïssent la police, pourquoi il y a un sentiment de révolte dans l’air.

Nous retournerons aux manifestations. Ils ne nous auront pas comme ça. Pas avec la peur. S’il faut lutter pour la démocratie, alors nous lutterons.

Gabriel Boisclair

Mise à jour, 15 mars, 22h28,

Note : Nous avons appris en revenant à la maison que, selon les policiers, la « fin officielle » de la manifestation aurait été annoncée dès 17h19. Or, à cette heure, nous étions tranquillement rassemblés au parc Émilie-Gamelin en attendant le départ de la marche. Il semblerait aussi que la manifestation ait été considérée illégale à 18h20, alors que nous marchions bien tranquillement sans avoir reçu aucun avis de dispersion. Ensuite, il est intéressant de constater que, toujours selon les policiers, les fenêtres et les véhicules auraient été brisées à partir de 18h33, alors que l’anti-émeute avait déjà été envoyée entre 18h20 et 18h24. Enfin, notons que la manifestation s’est séparée à 18h24, ce qui situe entre 18h20 et 18h26 les grenades qui nous ont été envoyées, c’est-à-dire bien avant la le bris de fenêtre et de véhicules.

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la photo a été repiquée sur le site de TVA (eh bein, c’est pour la cause)

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Freudonner et calembouriner

Jeux de langage. Le plaisir que j’ai eu à potasser ce de Josée Marcotte édité chez . Fou à lire. Bordélique. Des exemples, pêle-mêle ? :

parodie, n. f. Rime avec paradis. // pédambuler, v. Déambuler de façon pédante  // écrivain,  n. m. L’écrivain devrait toujours être un magicien qui tire une chaloupe de son chapeau. // parodie, n. f. Rime avec paradis. // postérité n. f. La postérité ce n’est pas s’irriter le postérieur // boulivresque, adj. 1. Plaisir boulimique de textes. 2. Désir sans mesure de référents. // calembouriner, v. de « tambouriner » et de « calembour ». 1. Cheminer à coups de calembours. Le bouffon vient calembouriner à ma porte (le Poète). 2. Jouer du calembour à tue-tête. // illettré, n. m. Un illettré n’est pas un lettré qui habite sur une île. // fragmensonge, n. m. de « fragment », de « songe » et de « mensonge ». Tout au bout de l’ordonnancement des syllabes, le fragmensonge. // freudonner, v. de « Freud » et de « fredonner ». Action de faire des lapsus en fredonnant // larmes n. f. À un nez d’un rire. // Pédambuler, v. Déambuler de façon pédante.// retardé n. Un retardé n’est pas quelqu’un qui arrive en retard.// droite, n. f. Si on te frappe la joue droite, l’homme au bout de cette main est probablement gaucher.

Disponible pour les abonnés sur le portail web des Bibliothèques de Montréal

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Questions importantes aux écrivains

Commençons à la Claude Ponti question de se mettre en train. Voir :

Pourquoi écrire?
Qui a  écrit le premier livre?
Était-ce un homme, une femme, cet écrivain?
Où a-t-il appris à écrire?
Savait-il lire d’abord?
Où a-t-il appris?
Dans quel livre?
Avec qui?
Qui a écrit l’histoire de l’oeuf et de la poule?
Qui a tué la poule?
Était-elle aux oeufs d’or?

Est-ce vrai qu’il faut lire longtemps pour savoir écrire un peu?
Que lisent-ils, les écrivains?
Que faut-il lire?
Ont-ils tous lu Faulkner, Dante, les oeuvres complètes de St-Simon en 8 volumes dans les éditions de la Pléiade et Autant en emporte le vent de Margaret Mitchell.
Est-ce vrai que les écrivains peuvent faire d’une planète un paradis, d’une terre un enfer?
Est-ce que les écrivains aiment relire leurs oeuvres complètes?
Ont-ils le temps?

Est-ce vrai que l’histoire de la littérature occidentale n’est qu’une suite d’annotations en bas de page de la Bible?
Si je désire écrire, devrais-je m’y mettre tout de suite, à la Bible, et peut-être au Coran?

Est-ce vrai que les écrivains sont absents?
Qu’ils transforment tout ce qu’ils voient, lisent, sentent en projet d’écriture?
Est-il nécessaire de se procurer un dictionnaire des synonymes pour écrire, et si oui, lequel?
Avéré qu’ils sont détestables, misanthropes, malheureux, dépressifs, les écrivains?
Est-ce vrai qu’écrire cause de sérieux maux de tête?
Tylenol ou Aspirin?
Avec de l’eau ou de la Vodka?

Vrai qu’ils rêvent le jour et écrivent la nuit?
Est-ce vrai que leurs nuits sont plus longues que nos jours?
Vrai qu’ils vivent dans des mondes parallèles ? Ont des processeurs capteurs parallèles?

Est-ce que les gens liront toujours?
Et si non, continueront-ils à écrire, les écrivains?
Et pourquoi monsieur le premier ministre Harper a-t-il cessé de lire?
Et monsieur Sarkozy pourquoi n’aiment-ils pas La Princesse de Clèves et se satisfait-il de Carla Bruni?
Pourrait-il épouser Marine Le Pen?
La rencontrer dans un 5 à 7?

Les écrivains font-ils la grève générale parfois? S’indignent-ils?
Que pensent-ils de l’augmentation des droits de scolarité?
Ont-ils totalement remboursé leurs prêts étudiants?

Sont-ils syndiqués?
Comment construisent-ils leurs récits?
Quels matériaux utilisent-ils? Sont-elles taxables, leurs charpentes? Déductibles d’impôts sur le revenu?
Pourquoi sont-ils, la grande plupart, pauvres?
Pourquoi ont-ils de nombreux métiers pour arriver à mettre des mots sur leur faim?
Rêvent-ils d’une présence sur les plateaux de l’émission de téléréalité Tout le monde en parle (pas le dimanche de la Soirée des Oscars)?

Croient-ils comme Mamie que «la vie il n’y a pas d’avenir là-dedans, il faut investir ailleurs» in Va Savoir, de Réjean Ducharme.
Croient-ils comme Momo dans La vie devant soi d’Émile Ajar que «Le bonheur, c’est une belle ordure et une peau de vache et il faudrait lui apprendre à vivre»

Comment font-ils pour inventer ces mots rares : éplafourdi (Lorrain), épluchoteuse (Huysman), noton (Vian), s’embrouillonner et s’enfumanter (Céline), musicoter (Louys), obéliscolychnie (Jarry), obstacler (Michaux), ogresistence (Queneau),  soucheté (Char), filousophe (Hugo), calembouriner (Josée Marcotte dans son ), etc?

Comment composent-ils avec le nouveau continent sémantique technologique : l’informatique cognitive, les machines perceptives, la robotique affective, l’informatique affective, les technologies ouvertes, l’informatique au service du corps, la méditation gamifiée, la maman mécanique, la communauté des quantifiés, le tatouage électronique temporaire, l’écologie cognitive de l’information, l’intelligence des données, la libération des données, l’humanisme numérique, le far-web, les autarcithécaires, les power-user, les pure-players, l’industrie de la recommandation, la curation, la gamification, la prescription, l’économie de l’attention, les boutons poussoirs aimant, la conquête du near-me, le biotope informationnel, l’engrammation, le Graal de l’agrégation, le graphe de santé ouvert, la sagesse des données, l’Internet de l’action, l’Internet des objets, le Soi quantifié et sanctifié?

Comment elle fait tous les jours Christine Jeanney pour inventer ses joyeux Todo Liste?

Comment font-ils pour mettre un mot devant l’autre et parfois derrière, les écrivains, et rien dans la marge (à part Claude Simon, un Nobel coquin)?

Est-ce vrai que le mot livre ne mord pas?

Est-ce vrai que lire c’est faire?

Lamartine savait-il que son Lac plairait à Mitterand? Proust, sa Recherche à Lucien Bouchard?

Qui a composé le premier zeugme? A-t-il été porté à l’attention de l’Oreille tendue par un lecteur attentif?

Est-ce vrai que la littérature est l’avenir de l’espèce humaine, mais que l’avenir d’icelle se porte plutôt mal au vu du présent?

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La femme qui chante

Je vais encore passer pour le béotien de service, le type qui a toujours le nez dans un livre, un peu absent de ce qui se passe au grand écran et dans la vraie vie … Incendies, le film de Denis Villeneuve adapté de l’œuvre de Mouawad Wadji, j’avais remis son visionnement à plus tard, à plus de temps. Erreur. Zéro de conduite. Je suis sans voix, sans mots, la tête fracassée, tant ce film m’a bouleversé, détaché du monde … Je suis épuisé. Surcharge d’histoires, des gestes de la guerre et de vies incendiaires. L’ai-je dit? Je vous le conseille fortement. Mais je dois être le dernier à l’avoir loupée, la femme qui chante!

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Valentins foudroyés

J’aime les débuts de roman. Deux cas de figure intéressants que 133 ans séparent. Et pourtant grande similitude dans la concision, l’attaque, le coup de ciseau et les coeurs foudroyés.

J’aimais éperdument la Comtesse de ***; j’avais vingt ans, et j’étais ingénu; elle me trompa; je me fâchai; elle me quitta. J’étais ingénu, je la regrettai; j’avais vingt ans, elle me pardonna; et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé, mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.

Vivant Denon, Point de lendemain, 1877

Je l’ai rencontré un soir de printemps. Je suis devenue sa maîtresse. Je lui ai offert la combinaison en latex qu’il portait le jour de sa mort. Je lui ai servi de secrétaire sexuelle.. Il m’a initiée au maniement des armes. Il m’a fait cadeau d’un revolver. Je lui ai extorqué un million de dollars. Il me l’a repris. Je l’ai abattu d’une balle entre les deux yeux.

Régis Jauffret, Sévère, Seuil, 2010

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Elle a treize ans, vécu et les mots crus pour le dire

au pire on se mariera

Attention roman coup de poing, dans la gueule, dans les reins : pédophilie, inceste, amours interdites.  Récit pris à bras-le-corps par Aïcha la narratrice, une adolescente de treize ans. Il y a eu meurtre. Elle se confie, mêlant mensonges, fantasmes et vie bien bue, à une interlocutrice non identifiée : psychologue, travailleuse sociale, policier? On s’en fout. Récit d’un attachement déliquescent à son père. Son père, les dessins animés, «ça le faisait chier» Elle prend plaisir, lové contre le paternel,  à  visionner Scarface. Elle en connaît parfaitement les répliques, à neuf ans  :  «You wanna fuck with me? Okay. You wanna play rough? Okay. Say hello to my little friend».

Regard tendu aussi sur ses relations avec Baz (en taule), son coup de foudre, son sauveur, un garçon début trentaine… Ses meilleures amies, son école de la vie ? : des prostistué(e)s bien futé(e)s du Centre-sud. De l’amour, du sang, des pouces intrusifs, des cauchemars, une mère aimante détestée qui lui a «volé» son père.

Le roman à son meilleur, dans le doute, l’interrogation et l’exploration. Impossible de conclure, lâché dans le domaine de l’ambiguïté.

Un zeugme pour dire le tout : elle a treize ans, vécu et les mots crus pour le dire.

Un corps blessé.

À visiter aussi pour la truculence des propos tenus par Aïcha qui n’est pas sans rappeler Trudel, Ducharme et Ajar. En voici des extraits :

Croquant :

Je fais ce rêve, souvent. Un cauchemar, en fait. J’ai des globes oculaires sur la langue et je peux pas parler. J’en ai plein la gueule, pas moyen de les enlever. J’essaie de crier, mais ça marche pas, je peux pas non plus fermer la bouche, fait que j’essaie de les avaler, mais y en a trop , je les croque, mais c’est vraiment dégueulasse, ça squishe pis ça jute, ça me fait vomir, et je finis par m’étouffer dans mon vomi d’oeils. p. 32

Interculturel :

Je me suis senti super coupable de l’avoir traité de vieux Juif dans ma tête, même si c’est pas vraiment une insulte. Alors je lui ai demandé de me raconter l’histoire de comment il a gagné le dépanneur aux cartes dans les années je ne sais plus combien, parce qu’il aime ça la raconter. Elle change un peu chaque fois, donc c’est pas comme s’il radotait.

Empêtré :

OK, je faisais ça à cause de lui, pour le faire chier et aussi pour lui montrer que j’étais une adulte. Mais j’aurais pas aimé ça, le rencontrer avec un autre pénis que le sien dans la bouche. J’ai pleuré pour vrai, je pense

Tendre :

C’est cool faire l’amour avec quelqu’un qui sait comment tu t’appelles.

Je l’ai regardé longtemps et l’ai trouvé beau. De partout. Même complètement tout nu, je l’ai trouvé beau.

Les deux suivantes,  je vous les numérise…

Solidaire :

Religieux :

Sophie Bienvenu, Et au pire, on se mariera, La Mèche, 2011. [Édition numérique]

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Le parapluie de Kafka : «chaque être humain dispose d’une salle en elle-même»

Autre calembredaine pour commencer la semaine sur le bon pied.

J’ai téléchargé sur Publie.net la traduction par Laurent Margantin de Chacun porte une chambre en soi.

François Bon a eu la bonne idée de nous fournir le texte original allemand ainsi que les traductions de Marthe Robert et de Margantin dans son billet Franz Kafka | un miroir pas bien accroché. Je les reproduis ci-dessous :

Version originale :

Jeder Mensch trägt ein Zimmer in sich. Diese Tatsache kann man sogar durch das Gehör nachprüfen. Wenn einer schnell geht und man hinhorcht, etwa in der Nacht wenn alles ringsherum still ist, so hört man z. B. das Scheppern eines nicht genug befestigten

Marthe Robert, dans La Pléiade

Tout homme porte une chambre en soi. C’est un fait qui peut même se vérifier à l’oreille. Quand un homme marche vite et que l’on écoute attentivement, la nuit peut-être, tout étant silencieux alentour, on entend par exemple le bringuebalement d’une glace qui n’est pas bien fixée au mur.

Laurent Margentin, Publie.net

Chacun porte une chambre en soi. Ce qu’on peut vérifier en prêtant simplement l’oreille. Lorsque quelqu’un marche vite et qu’on écoute – ce peut être pendant la nuit quand tout est silencieux –, on entend par exemple le cliquetis d’un miroir mural mal fixé, ou le parapluie

Je préfère les cliquetis de Margantin au bringuebalement de Marthe Robert. Le «quelqu’un» et le «chacun» à «l’homme». Un peu surpris toutefois par l’arrivée inopinée du parapluie dans la nouvelle version. J’adore. Pensée pour Lautréamont : « Il est beau […] comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie ! »

Mais comme mon allemand est incertain, j’ai soumis le texte à l’intelligence de Google translate. Ça donne – c’était couru d’avance – un texte un brin surréaliste (reproduit ci-dessous). Ni cliquetis, ni bringuebalement, mais du bruit. Pas de chambre, mais une salle en elle-même.  Google bute sur l’écoute (hinhorcht) et ne reconnaît ni glace, ni miroir, ni parapluie. Que le bruit d’un exemple, par exemple.

Google translate

Chaque être humain dispose d’une salle en elle-même. Ce fait peut être vérifié même par l’oreille. Si l’on va vite et vous hinhorcht, comme la nuit, quand tout est calme autour, de sorte que vous pouvez entendre le bruit d’un exemple non pour, assez fixé

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Je ne lirai pas la bio de Steve Jobs

J’achève Les mots de ma vie de Bernard Pivot. Je le savais, mais c’est de nouveau confirmé, je ne suis pas très porté sur les bio et les autobiographies, fussent-elles tracées autour de mots aimés. Les bio, j’y trouve toujours de grosses taches de trivialité et justement trop de peu de mots.

J’exagère, il y a de belles exceptions :

Les mots de Sartre

La promesse de l’aube de Romain Gary, mais est-ce que ça compte comme bio?

La chambre claire de Barthes, et le «ça a été» douloureux du souvenir de sa mère

Pagnol, La gloire…, Le Château…, Les secrets…, mais ce sont romans autobiographiques

Cohen et Le livre de ma mère

et Primo Levi qui revient toujours sous ma plume, Si c’est un homme



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Bizarrement penser sonorités et vacarme débridé visuel

Ma Todo liste du 29 janvier 2012

Penser à la beauté du phrasé coulé de Christine Jeanney, ses Fichaises, ses Cartons, ses Listes.

// Direentendre //  Les sirènes on ne les voit pas un couvercle est posé dessus.

Penser lire tout du long en réseau, en écho. Un dimanche.

Penser partager lecture, collages et annotations

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// penser vacarme débridé visuel. //

Les sirènes. Folie du voir échophonique. Fracas, ça se voit et ça s’écoute. Ça s’entend, se délie, se déploie, se touche. De l’image au geste et du texte à l’image, dans l’interstice.

Lireentendre.

Direlire.

Écouter cette langue pour du regard entendre les sirènes.

Écouter cette langue (…) quand on ferme les yeux on peut voir des visages bouger

Penser conversations sans bouche // chocs périphériques // fugues de becs et pépiements // résonnances électriques // villes acouphènes //  accords de rumbas défaillantes // des grelots sanglots des harmonicas sonotones // écholocation

Penser des mots comme ça, cinglants, légers, tactiles, volent ici à hauteur des yeux

Penser le bruit des larmes (…) dans la braise (…) se recroquevillant

Penser chant lourd du varech sur la plage

Penser l’écho du cri

bruit du bruit assoupli s’estompe

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J’ai emprunté un parcours sonore, mais j’y reviendrai pour y trouver humour, légèreté, espace, temps, musique, comptines et phrases rares comme dans des romans de Joseph Delteil

Emprunter parcours sonore y revenir trouver humour légèreté espace temps musique, comptines et mots rares

Parcours rares

Vivement la suite et autres danses polovtsiennes

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Annotations de lecture (lu le 29 janvier 2012 sur Ipad avec Ibook) :

Extraits du texte de Christine Jeanney et mes marques italiques

Todo liste 39

bizarrement penser sonorités, carcasses à la pendeloque qui craquent, crissent, os tiges, tendons, crocs et crochets à balancer, se heurtent en s’écrasant, silence, contempler le tableau de la chambre d’écho engourdie

se raccrocher aux peintres pour oublier les mufles, le pourpre déchiqueté, Chardin, Goya, Bacon, visualiser le nom de Klimt, une flèche, capable de percer la viande, et le puits de lumière répandu soudainement, tout piqueté de quartz

Todo liste 40

Des les volutes qu’elles font tout en parlant, des vocalises, on dirait qu’elles s’indignent, les écouter se lamenter et puis se taire, c’est l’heure de la dernière caresse

Todo liste 46

et les antivols – combien ? – et les vélos – combien ? – et les sonnettes, si elles tintaient toutes en même temps ? penser vacarme débridé visuel (penser que c’est la première fois qu’on pense une chose pareille)

Todo liste 48

Au commencement étaient les plantes et les icônes sourdes

Todo liste 50

penser à des conversations sans bouche

Todo liste 50

ça bruisse et des mots sont formés, des intonations brèves, ils se répondent, penser à écouter cette langue, quand on ferme les yeux on peut voir des visages bouger, des lèvres et des paupières ciller, des gestes et des bras qui expliquent en phrases mystérieuses l’insaisissable, ils veulent nous prévenir mais c’est trop tard, rouvrir les yeux sur des chaises vides

Todo liste 51

entendre sous la paresse le rêve du rêveur, sonore, des notes subtiles le tirent et le soulèvent, un pantin désarticulé, la nuit l’avale, ce n’est plus qu’une coquille qui bâille, ses os de la poudre très fine, brillante, résidu d’améthyste, et le vertige si l’on ouvrait son torse sur l’espace tournoyant révélé

Todo liste 53

avancer tranquillement et puis rien, sans qu’aucune déflagration ne vienne imprimer le manque

Todo liste 55

c’est le centre d’un turbulence, remarquer qu’il est stable malgré les chocs périphériques

Todo liste 58

penser qu’on ne voit pas la marque des coups d’ailes, fugues de becs et pépiements, pourquoi ?

Todo liste 60

penser à bakélite, mantra, carapace, établi (des mots comme ça, cinglants, légers, tactiles, volent ici à hauteur des yeux)

Todo liste 73

combien de temps on a dansé de joie sans danser et ce qu’on a jeté, le nombre de larmes exactes qui auront roulé sur la braise, le petit bruit qu’elles auront fait en se recroquevillant, leur fin de vapeur et de minuscule feu d’artifice

Todo liste 76

des blagues, recourir à des blagues pour alléger et fredonner ami entends-tu le chant lourd du varech sur la plage

Todo liste 77

penser le cri doublé, l’écho du cri, la mâchoire arrêtée sur le vide, le poitrail élargi dans la glace, l’animal gonfle le poil pour se prétendre plus puissant, si petite protection

Todo liste 77

penser que l’ombre raconte tout autre chose, les cavalcades dans la longue marche, les hennissements brutaux, chants de baleines, creux de mers déroutantes

Todo liste 82

direntendre

Todo liste 94

et ce cri, s’il montait, une écholocation, des ondes jetées vers S vers O vers N vers E et le C du ciel, le C du centre (nommer ces directions autrement sinon piège)

Todo liste 96

petits pavés et grands pavés, petites peines et grandes inquiétudes, petites joies et grandes chorales, les proportions sont respectées

Todo liste 98

penser des confitures et l’horloge impassible et l’horloge impossible et le chaos rangé bien proprement dans une armoire, des sachets de lavande expirent et le bois craque, ils se sont tous levés il y a bien longtemps

Todo liste 114

feux rouges, clignotants, portières claquées, cris, appels, jurons, sonneries de téléphone, mugissements, aéroplanes

ballons, bateaux, sirènes, cheminées, grondements, ports, soupirs, chaînes, grincements, joies criées des prénoms, gargouillis, soupirs

graviers, courses, joggeurs, chiens, chutes, rires, respirations, les bruits se frottent au fleuve, gentiment

Todo liste 116

c’était, à Cracovie comme à Lublin, des héros fatigués, joues flasques et mâchoires volontaires, des femmes attractives attentives, des courses poursuites débridées dans des voitures de location, des amours contrariés, des répliques cinglantes, des fins heureuses

Todo liste 120

pendule fondue, aiguille perdue, si le temps était mort ?

s’en suit un long silence long, infiniment silence et long, au creux d’un vide vide, Le temps est mort, vive le temps ! crie quelqu’un, et heureusement, ça tue le silence tue le vide, chacun repart vaquer à ses occupations

Todo liste 124

et ce goût pour les résonnances électriques, transformateurs, le flux alternatif en continu qu’il stoppe ou qu’il déverse selon sa fantaisie, les journées fastes avant de disparaître il imprime sa marque, GI, puis s’évapore, à moins qu’il ne s’éloigne, le bruit de sa jambe de bois cogne deux rues plus loin (ou c’était ses battements de cœurs ?)

Todo liste 130

des accords de rumbas défaillantes

Todo liste 141

chante, lente mélodie répétitive, voix cassée scandée, souffle, lâche déroule souffle, des battements, luttes, accompagnent et frottements, balancent, corps et voix qui risquent, les voix se risquent, épuisent, s’épuisent de souffle, le creux le sombre, ils sont plusieurs, leurs voix autour à scander à souffler et à répéter glissent, ils glissent, ils parlent dans la première nuit, la nuit secrète

Todo liste 142

routes étroites et villes acouphènes,

Todo liste 144

chanter des comptines de clé à molette 144

l’araignée métallique imperméable ne pleure jamais, en a acier des tragédies épiques et des grelots sanglots des harmonicas sonotones, elle grince, Mais c’est de la rouille ? elle s’exclame, se frotte à la paille de fer, se réassemble sans mode d’emploi, puis compte les vis à têtes carrées, à têtes fendues et à têtes étoilées pour s’endormir

Todo liste 146

de par le fond nous sommes miraculés entends-tu les sirènes et vois-tu leurs écailles ondulent en dorures déroutantes du sel au creux de leur cou plonge et redépose lâche filet fil alanguies les nervures et plane glisse la glisse là la douce nageoire douce au fond de par dessus les mers dans les chants et les champs découverte se décompose de la respiration se voile nous sommes miraculés

les sirènes on ne les voit pas, un couvercle est posé dessus

Todo liste 149

dans la ville tentacules, tunnels et gorges, fils électriques, cité, bruit du bruit, église à peine tendue (sa pointe comme du biscuit, du feutre, une matière végétale), bruit du bruit assoupli s’estompe, parc urbain 149

Todo liste 157

et l’on promène le doigt dessus, ça chante, les verres parlent, ce serait du vivaldi ou un air d’opérette, une flûte de pan cristallisée touche les oreilles en entrechats luisants qui pendeloquent et réverbèrent

Todo liste 165

il s’envola sur un platane qui lui aussi soliloquait

Todo liste 167

les certitudes s’épuisent à tracer d’inutiles contours

Todo liste 172

réfraction ou mirage, le pays du dessous remonte à la surface, la frôle, c’est un pays soyeux en forme de continent, dauphin qui fait sa brasse, lâche du lest, replonge, si on se tient tranquille on peut l’entendre couiner, grincer, c’est un pays immense, un mastodonte lisse

Todo liste 176

coupe et rase, je tu il nous vous eûtes rasé, qu’ils rasassent et s’affichassent dans la pogonotomie déclinée, comme une gamme de piano

Todo liste 178

attendre qu’il pleuve près de la rue des vinaigriers, recroquevillés pour échapper aux représailles, la machine pleure silencieuse et nos paupières se pétrifient, si dures si lasses qu’on ne peut plus ouvrir les yeux, c’est un 22 octobre, il pleut

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Todo listes. Acheté sur Publie.net, 2012-01-27. ePub.

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Illustration : photo prise avec un Iphone le 29-01-2012 // Brouillage

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