Annette Messager : « L’homme qui marche à l’envers du temps. »

Maxence Jodoin : « Je n’ai pas l’heure, mais j’ai le temps. »

UA-12290320-2

À Matane, une équipe travaille à rebattre les cartes de l’intelligence artificielle en misant sur un principe rarement mis de l’avant par les grands acteurs du secteur : la souveraineté culturelle et cognitive. Leur projet s’appelle Matania, un modèle d’IA conçu au Québec, entraîné avec des références québécoises et déjà utilisé par des bêta-testeurs d’ici. (Source : Bruno Guglielminetti)

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.
En fait, nous sommes en présence d’un rare triplé météorologique : titre, incipit et excipit.
Titre :
La pluie, avant qu’elle tombe.
Incipit :
Gill était dans le jardin quand le téléphone sonna. Elle ratissait les feuilles mortes en piles cuivrées que son mari jetait par pelletées dans le feu. C’étaitun dimanche après-midi de fin d’automne. Elle se précipita dans la cuisine en entendant la sonnerie stridente et sentit aussitôt la chaleur du dedans l’envelopper ; elle n’avait pas réalisé à quel point l’air était devenu glacial. Il allait sûrement geler cette nuit.
Excipit :
De nouveau le téléphone sonna. Elle regarda le numéro affiché : Catharine, cette fois. Gill attendit, encore quelques secondes, avant de décrocher, et dans cet instant qu’elle prolongeait elle sentit la révélation se dérober, s’évaporer, disparaître ; désespérée, elle vit cette promesse lui glisser à tout jamais entre les doigts. Avant même d’entendre les premiers mots sanglotants de sa fille, elle sut qu’il était trop tard. Le sens qu’elle
recherchait était perdu. Pire encore : il n’avait jamais existé. C’était impossible. Ce qu’elle espérait trouver n’était qu’une chimère, un rêve, une chose irréelle : comme la pluie avant qu’elle tombe.
Bingo!
Via mon pote Jacques Therrien, professeur émérite à la retraite. Collège Marie-Victorin. Département de Lettres, programme Arts et lettres, option média.
__________

Pour mémoire.
Une autre année de bourlingue : Madrid, Soria (Espagne), Castille de la Manche (Espagne), San Bartoleme (Espagne), Plaisance (Espagne), Caceres et Trujillo (Espagne), Albacete (Espagne), Cefalù, Palerme, Prague, Palma (Île de Majorque), Ottawa, Québec la capitale, le Témiscamingue, le Sénégal (en prime), Camping à Fort Coulonge (osé), un motel à Dunham (censuré) et une suite à St-Athanase (interdit de publication).
Les missions que m’a confiées le FLC (Front de libération des chaises) :
J’ai aussi vu de nombreuses expositions. Les plus marquantes :


Une sculpture monumentale, représentant la tête de Franz Kafka. Composée de 42 couches rotatives d’acier inoxydable.



Des lectures :
Perdre son temps, s’amuser et résoudre d’épineux problèmes grammaticaux :
Exhumer des cadavres :
Des films et une série :
Une nouvelle catégorie :
Ma coquille de l’année : « Le crime de Crime et châtiment est une sphère dont le centre est partout, la conférence [sic] nulle part. » Interview avec J-P. Toussaint, en préface de ce roman de Dostoïevky. Livre de poche.
Le fait marquant politique de l’année : la consolidation du conservatisme. C’est mal parti en 2026.
Je me suis de nouveau fiancé. N’ayez crainte. Avec la même dulcinée : Dulcinée. Nous avons eu des tracasseries administratives avec la bureaucratie espagnole. Les épousailles auront lieu le jour de La Chandeleur, à Madrid, à 11h15. Un lundi romantique.
Mes vœux pour l’année 2026? Résister. Comment? Facile :
«Si le virtuel est la norme, alors résistez par le réel, par les corps, la sensualité, les amours, les amitiés, les rencontres, les liens, les balades, le théâtre, le cinéma, les cafés, le toucher, les vagabondages, l’imaginaire. Faites l’amour dans les trois sens du terme, charnel, symbolique et politique. Fabriquez de l’espoir, de l’humanité, de la liberté.»
Asma Mhalla : «Cyberpunk – Le nouveau système totalitaire.»

J’ai enfin visionné l’étonnante série Empathie. Je suis sûrement le dernier Québécois à m’y être mis, tant la série a soulevé un enthousiasme unanime. Son autrice, Florence Longpré, a fait l’année 2025, selon Marie-Louise Arsenault. Entrevue.
La principale force de cette série tient dans le personnage de Florence : une femme fêlée de l’intérieur mais qui oppose au monde une rigueur glaciale. À la tête d’une équipe dans un institut psychiatrique, elle exerce son autorité avec un flegme et une précision clinique.
Un casting solide, enrichi par la diversité culturelle.
De bons acteurs. Le duo Florence / Mortimer est irrésistible. Monsieur Dallaire l’est tout autant.
Richesse et couleur des dialogues.
Un regard empathique sur les problèmes de santé mentale.
L’humour et la tendresse côtoient l’horreur.
Presque sans pathos.
J’ai de toutes petites réserves :
Présence marquée de la figure de l’enfermement :
Prévisibilité narrative :
C’était divertissant.
J’ai découvert une nouvelle expression : «se manger la sacoche».
Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.
Never open a song with weather? Allons donc !
I’ll be home for Christmas
You can plan on me
Please have snow and mistletoe
And presents on the tree
Quelle version préférez-vous?
Celle de Bing Crosby :
Ou celle d’Elvis Presley :

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.
Salut à toi, oiseau migrateur égaré! Que diantre es-tu venu faire dans cette frisquette contrée revêtu d’un plumage estival? As-tu oublié la parade nuptiale qui t’attend dans pas long dans la lointaine et clémente Ibérie? ♫ Fais du feu dans la cheminée… ♫ tu repars bientôt! ♪ Dans le ciel, tu retourneras. ♬ Tel est ton destin! ♪
L’illustration est une gracieuseté de l’enfin cognitif ChatGPT.
Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.
Never open a song with weather? Allons donc !
Birds flying high, you know how I feel
Sun in the sky, you know how I feel
Breeze driftin’ on by, you know how I feelIt’s a new dawn
It’s a new day
It’s a new life for me, yeahIt’s a new dawn
It’s a new day
It’s a new life for me, ooh
And I’m feeling good

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.
Il faisait affreusement froid. La neige tombait et l’obscurité du soir commençait à s’épaissir. C’était aussi le tout dernier soir de l’année, le réveillon du Nouvel An. Dans ce froid et dans cette obscurité, une petite fille pauvre arpentait la rue, tête nue, pieds nus.
Retranscription du texte lu par Brigitte Fossey lors de l’émission La Grande Librairie du 17 décembre 2025. Traduction de Jean-Baptiste Coursaud.
———————–
Andersen, Hans Christian. La petite fille aux allumettes. Traduit du danois par Jean-Baptiste Coursaud. Illustrations de Benjamin Lacombe. Paris : Albin Michel Jeunesse, 2025.

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.
Un point pour Elmore Leonard. Cet incipit est raté. Il ne m’a donné aucune envie de sonder plus avant la profondeur de la naïveté de cet auteur tombé du mauvais côté de l’histoire par un matin ensoleillé. Ma curiosité intellectuelle a des limites.
J’ai pu feuilleter les premières lignes de cet ouvrage grâce aux bons soins de Numilog.
Je me suis levé très tôt ce mardi 21 octobre 2025. C’était le jour de mon incarcération. Jamais je n’aurais imaginé franchir les murs d’une prison. Ce n’était même pas envisageable. Je ne suis pas un homme violent, ni un agresseur. J’ai toujours payé mes impôts de façon scrupuleuse. Je n’ai jamais conçu ni envisagé quelque montage que ce soit. J’ai été durant vingt années le maire d’une grande ville, Neuilly-sur-Seine, sans que jamais un appel d’offres ou une procédure quelconque ait fait l’objet de la moindre remarque ou du plus petit incident. Que pouvait-il bien m’arriver ? À moins de faire preuve d’une imagination débridée ou de nourrir une paranoïa caricaturale, rien. C’étaient bien ma conviction et mon état d’esprit. La suite démontrera l’étendue de mon erreur.
Et pourtant, en ce matin ensoleillé, alors que je traversais Paris vers la prison de la Santé, je devais bien convenir que l’impensable était arrivé ! Qu’est-ce qui avait pu me faire tomber du mauvais côté de l’histoire ? Qu’avais-je fait pour mériter un tel traitement ? Quels crimes avais-je pu commettre? Je dois reconnaître aujourd’hui la profondeur de ma naïveté.