La mouche de Mathias Imbert : le don du dedans [48]

mouche

La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

JimG m’a transmis un haïku écrit par une de ses amies punkette.

Et hop! De la flotte!
Le soleil est en déroute
Les crapauds rigolent
La météo, on s’en fout
Les mouches veulent danser

Message bien reçu : un moratoire est demandé à propos de la publication abusive d’incipit météorologique dans les chansons.

Les mouches colonisent depuis longtemps la chansonnette. Il suffit d’avoir l’oreille tendue (ou tordue, au choix) pour les entendre vrombir dans les textes des véritables paroliers. JimG

Il n’en reste pas là, il me recommande l’écoute de la drolatique et poétique chanson La Mouche de Mathias Imbert (nom de scène Imbert Imbert).

Il avait sept ans et demi,
c’était un bon petit
Tout plein de soleils dans les yeux,
de ceux qu’on garde peu
Il était calme, il était sage,
pas très grand pour son âge
Mais on sentait dans ses façons,
que c’était pas un con
Il aimait à être tout seul,
jouer à compter les moutons
Adossé au tronc du tilleul.

Un jour qu’il n’avait pas école,
sous son arbre, tranquille
Il aperçut dessus le sol
une mouche immobile
Elle semblait morte, bel et bien,
il l’a pris dans la main
Mais quand il lui toucha le nez,
il l’a senti bouger
Il accourut dans la cuisine,
sorti le miel la margarine
Lui prépara une tartine.

A partir de ce jour
De ce geste d’amour
De ce don du dedans
Il trouva une amie
Et un sens à la vie
Il l’aima tellement
Qu’la mouche s’en remît.

Il lui donnait à butiner
aux heures de repas
Elle avait bien récupéré,
mais ne volait toujours pas
Il la prenait jusqu’à l’école,
perchée sur son épaule
Mais un jour en sortant de la douche,
plus trace de la mouche
Et alors qu’il pleurait des nus,
un grattouillis sur son dos nu
La mouche lui était revenue.

A partir de ce jour
Dans un geste d’amour
Dans un don du dedans
C’est en mari fidèle
Qu’il aima sa donzelle
Et l’aima tellement
Qu’il lui coupa les ailes.

Cette histoire n’est pas terminée,
attention à la chute
Car du troisième où il vivait,
elle fut un peu abrupte
Comme il était vraiment content
de ce vieux coup fumant
Il s’en alla radieux et fier
la montrer à sa mère
Elle en fit une anastomose,
mais en contenant sa colère
Elle lui dit de faire quelque chose.

Sans plus faire de détours
Il rendit son amour
Aux libertés du vent
Reniant tout son être
Et la voulant renaître
Il l’aima tellement
Qu’il la jeta par la f’nêtre.

Toute ressemblance à des faits
Ou à des personnages
Sont totalement assumés
Volontaires et sauvages
Et la morale de cette histoire
N’a d’autre vertu que de voir
Ou d’envisager à devoir

Se méfier de l’amour
Du boulet qui l’entoure
Qu’est la nature humaine,
Se trouver un ami
Et un sens à la vie
Mais surtout pas le même
Se méfier de l’amour
Du boulet qui l’entoure
De ces dons du dedans
Des serments qui s’emmêlent
Du sermon rituel
D’être bien vigilant
À ne pas perdre ses ailes.

En-tête : Ptecticus Trivittatus, une mouche soldat. Photo prise par Marie-Anne Poggi, responsable du Club des irrésistibles des bibliothèques de Montréal. Le blogue du Club est sous respirateur artificiel depuis le 28 novembre 2024. Il est toutefois possible de s’abonner à son infolettre hebdomadaire pour faire le plein de recommandations de lecture. Vous n’avez qu’à cliquer ici.

La chanson :

Publié dans JimG, Mouches dans la littérature, Recommandation de lecture | Marqué avec , , , , | Laisser un commentaire

Incipit météo : Quinze chansons sous le soleil de l’été [140]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Peut-être, car il pourrait y avoir des petits conflits intergénérationnels et esthétiques.

Une compilation de quinze chansons de L’Institut national de l’audio visuel (INA).

Vous pouvez écouter l’ensemble en continu à la fin de ce billet, sans publicité.

Vous pouvez aussi sélectionner celles qui vous intéressent en fonction de l’interprète et de la profondeur de l’incipit météo. Avec publicité pour ceux qui n’ont pas l’abonnement premium.

Il y a des perles dans ce florilège.

Claude François se déhanchant, chantant avec son double, pantalon blanc à pattes d’éléphant. J’ai aussi joint en post‑scriptum  son Alexandrie Alexandra. Pas d’incipit météo ici, mais une vidéo qui atteint les sommets du kitsch.

Gainsbourg interprétant sa chanson, clope au bec, de guingois, quasi caché du public.

La cuirette et le « manspreading » de Johnny Hallyday.

Mes incipit préférés, pour le moment : Hello le soleil brille brille brille et Voilà l’été / Voilà l’été / Voilà l’été / Voilà l’été /.

JimG me signalait, hier, deux chansons qui pourraient rejoindre ma collection d’incipit musicaux. Je te réchaufferai d’Aznavour et Nantes de Barbara. C’est chose faite, vous les retrouverez plus bas.

Claude François, Toi et le soleil

Nous n’aurons plus jamais un jour de pluie
Tous les nuages se sont dissipés

Johnny HallydayLa fille de l’été dernier

Je ne veux pas perdre de temps
Il y a autre chose sur terre
Que travailler pendant l’été
Pour gagner une misère

Joe DassinL’été indien

Tu sais
Je n’ai jamais été aussi heureux que ce matin-là
Nous marchions sur une plage, un peu comme celle-ci
C’était l’automne
Un automne où il faisait beau

George ChakirisThe summer knows

The summer smiles, the summer knows,
And unashamed, she sheds her clothes.
The summer smoothes the restless sky,
And lovingly she warms the sand on which you lie.

Mort ShumanUn été de porcelaine

Il y a quinze ans à peine
Il y a quinze ans déjà
Ma mémoire est incertaine
Mais mon coeur lui n’oublie pas

Un été de porcelaine
Un coeur pour la première fois
Qui chavire et se déchaîne
Et balbutie ses premiers pas

Claude NougaroUn été

Un été
Où je venais d’atteindre mes 14 ans
J’avais donné rendez-vous à une enfant
Une petite Espagnole du quartier 

Claude NougaroMon disque d’été
Mon disque d’été est déjà rayé
Par les rayons gris de la mélancolie
Mon disque pleure sur sa dernière heure envolée
Mon disque d’été est déjà voilé
Sa mer est noire sur ses plages de pluie
On ne peut être l’été après avoir été

Les Négresses vertesVoilà l’été

Voilà l’été
Voilà l’été
Voilà l’été
Voilà l’été

Nana MouskouriLa dernière rose de l’été

Si demain tu cueilles une rose
Dont le coeur est déjà fané
Dis toi bien que cette rose
Est la dernière de l’été
Hier encore au voisinage
Fleurissait tout un jardin
Dont il ne reste qu’un feuillage

Le grand orchestre du splendidSummertime

Summertime,
And the livin’ is easy
Fish are jumpin’
And the cotton is high

Annie CordyHello le soleil brille

Hello le soleil brille brille brille
Hello tu reviendras bientôt
Là-bas dans ton village
Au vert cottage
Plein de chants d’oiseaux

Enrico MaciasIl est comme le soleil

L’eau et la terre, tu peux les emporter
Si c’est trop cher, tu peux même les voler
Mais pas le soleil
Y’ a rien à faire, tu ne peux pas l’attraper

Sacha DistelTu es le soleil de ma vie

Tu es le soleil de ma vie
Tu es le soleil de mes jours
Tu es le soleil de mes nuits
Tu es le soleil de l’amour

Serge GainsbourgSous le soleil exactement

Un point précis sous le tropique
Do Capricorne ou do Cancer
Depuis j’ai oublié lequel
Sous le soleil exactement
Pas à côté, pas n’importe où
Sous le soleil, sous le soleil
Exactement juste en dessous

Les suggestions de JimG :

Charles Aznavour, Je te réchaufferai

Le ciel tisse une couverture en laine
L’été prépare ses quartiers d’hiver
Mais n’aie pas peur de la froidure, Hélène
Je te réchaufferai, je te réchaufferai

Barbara, Nantes

Il pleut sur Nantes
Donne moi la main
Le ciel de Nantes
Rend mon cœur chagrin

La totale. 51 minutes 50 secondes d’écoute :

P.-S.

 

Publié dans Incipit météo musical, JimG, Température et incipit, Temps | Marqué avec | Laisser un commentaire