Incipit météo : « I love Paris » par Ella Fitzgerald [135]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

Une recommandation de Benoît Melançon, fervent adepte de l’interprétation qu’Ella Fitzgerald donne de I Love Paris, morceau tiré des quatre saisons de Paris de Cole Porter et popularisé, entres autres, par Frank Sinatra, Maurice Chevalier, Lilo et Garou.

I love Paris in the spring time
I love Paris in the fall
I love Paris in the winter when it drizzles
I love Paris in the summer when it sizzles
I love Paris every moment
Every moment of the year
I love Paris

Trêve d’atermoiements : Ella Fitzgerald, «I Love Paris», www.youtube.com/watch?v=wHIT…. Y a qu’elle.

[image or embed]

— Benoît Melançon (@benoitmelancon.bsky.social) 8 mai 2025 à 09:20

En prime, une version gypsie par Eva-Marie Tatiana et Avalon Jazz Band.


Para servir. Je préfère Madrid.

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Les mouches saignent dans « Courbure de la terre » de Jonas Fortier [47]

courbure de la terre

La mouche envahit toute la littérature. Où que vous posiez l’œil, vous y trouverez la mouche. Les véritables écrivains, quand ils en ont eu l’opportunité, lui ont consacré un poème, une page, un paragraphe, une ligne; Augusto Monterroso, Les mouches. Pour le contexte, voir ici

Jonas Fortier est récipiendaire du Prix Nelligan 2024 pour son recueil de poésie L’air fou.

la nuit vient du nord quand je sors dans la rue

je suis bien

dans deux pays différents et lointains

 

je n’ai personne à qui le dire mais des mouches saignent

sur l’écran de mon ordinateur

le silence sait que j’écris

 

la nuit vient

je jouis dans mon sommeil

il y a des êtres que l’on ne verra plus

 

la nuit retombe et entre chez moi

le silence sait où il va

p. 19.

 

Jonas Fortier, Courbure de la terre, L’œil de Cravan, 2022, 96 p.

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Incipit météo : « A fine spring morning » par Blossom Dearie [134]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

Une recommandation de mon vieux pote Therrien :

« Une carrière immense. De 75 à 82 ans, elle jouait en résidence dans un petit piano bar du nom de Dany’s skylight room de la 46e rue à Manhattan. Elle affichait complet pratiquement à chaque représentation. »

Blossom Dearie est reconnaissable à sa voix fraîche et enfantine ainsi qu’à un jeu au sens harmonique raffiné, au ressort rythmique impeccable, au toucher précis et délicat. Wikipédia.

Cool jazz.

L’incipit :

This is a fine spring morning
It’s everywhere for us to share
Just look what a fine spring morning can do
I’ve got a brand new feeling
When I think twice it’s awful nice
I hope everybody is feeling it too

La chanson :

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Incipit météo : « Blue Sky » par Ella Fitzgerald [133]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

Le bon ami Luc Séguin (@lseguin.bsky.social) m’a gourmandé sur BlueSky après la publication, ici, d’une interprétation de Stormy Weather par Lena Horne plutôt que par celle d’Ella Fitzgerald, . Son message : Désolé, mais le temps orageux de la Great Lady of Jazz nous emmène plus haut. Ma réponse : C’est vrai, mais les temps politiques orageux présents m’ont fait préféré [sic] l’activiste.

Je ne suis pas rancunier. J’ai corrigé la vilaine coquille commise dans mon empressement et mon étourderie, et pour faire bonne mesure je lui mets Blue Sky, par Ella Fitzgerald.

Blue skies
Smiling at me
Nothing but blue skies
Do I see

Bluebirds
Singing a song
Nothing but bluebirds
All day long

Never saw the sun shining so bright
Never saw things going so right
Noticing the days hurrying by
When you’re in love, my how they fly

P.-S. 1 J’ai aussi été vilipendé par un membre du FLC pour ne pas avoir signalé la présence d’une vieille chaise dans l’incipit de Stormy weather.

Je m’exécute :

Since he went, the blues walked in and met me
If he stays away, ol’ rocking chair will get me
All I do is pray, the Lord above will let me walk in the sun once more.

P.-S. 2 Pour le amateurs de musique comparée, le vieil ami Therrien a aussi proposé l’écoute de Stormy Weather par une autre activiste : Billie Holiday. Elle nous arrache le cœur.

Vous me suivez?

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Incipit météo : «Come rain or come shine» par Chet Baker [132]

chet Baker

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

Chet Baker, sans sa trompinette :

I’m gonna love you like nobody’s loved you,
Come rain or come shine.
High as a mountain and deep as a river,
Come rain or come shine.

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Incipit météo : Stormy weather par Lena Horne [131]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

Et ce standard par la sublime et activiste Lena Horne?

Pour se chauffer en prévision du Festival de Jazz de Montréal :

Don’t know why there’s no sun up in the sky
Stormy weather since my man and I ain’t together
Keeps raining all the time
Life is bare, gloom and misery everywhere
Stormy weather, just can’t get my poor self together
I’m weary all the time, the time, so weary all the time

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Incipit météo : Black water blues de Bessie Smith [130]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Never open a song with weather? Allons donc !

Davis

Bessie Smith, Black water blues.

Les esprits les plus affutés auront sans doute flairé une petite ressemblance avec l’incipit fétiche de Snoopy.

La chanson? Tenez.

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Incipit météo : Jean-François Nadeau, Rutebeuf, la guerre et nous [129]

Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Le 18 mars dernier, Jean-François Nadeau nous proposait sa traduction de La complainte de Rutebeuf. Un texte fort en ces années pleines du parfum nauséabond de la guerre […] au milieu des ombres de cette triste époque.

Et froid au cul, quand bise vente.

RUTEBEUF, LA GUERRE ET NOUS

Des années pleines du parfum nauséabond de la guerre. Tout nous y ramène, même de loin en loin. Il est bon, toujours, de relire Rutebeuf (±1230-1285). Je me suis amusé, ces dernières années, à le lire comme je pouvais, directement à partir du vieux français. Je l’ai lu avec passion, quitte à chercher dans les vieux dictionnaires. Je me suis acharné, cherchant le sens, même où il semblait clair, devinant que les mots s’effeuillent eux aussi, au fil du temps qui passe.

De son poème le plus célèbre, j’ai fini par accoucher d’une traduction de mon cru. Sans doute vaut-elle pour le seul le plaisir que j’ai éprouvé à la réaliser, au milieu des ombres de cette triste époque. Je vous la donne. [la suite de sa démarche se trouve ici]

Sa traduction.

L’hiver douloureux
Contre le temps qu’arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n’aille à terre
Avec cette pauvreté qui m’atterre
Qui de tous côtés me fait guerre
Contre l’hiver
Dont plusieurs ont changé mes vers
Mon dit est trop chargé
de pauvres histoires.
Pauvre sens et pauvre mémoire
M’a Dieu donné le roi de gloire
Et pauvre rente
Et froid au cul, quand bise vente
Le vent me vient, le vent m’évente
Et plusieurs fois, trop souvent
Je sens venir le vent
La douleur m’a promis
autant qu’elle me livre
Elle ne me paie, ni ne me délivre,
Contre un sou me rend une livre
De grande misère
La pauvreté sur moi s’est installée
Toujours m’en est la porte ouverte
Toujours j’y suis.

____________

En bonus, je vous mets Pauvre Rutebeuf de Léo Ferré. Des paroles issues d’un collage d’extraits des poèmes La Complainte de Rutebeuf et La Griesche d’Yver.

 

 Note : Texte reproduit avec l’autorisation de l’auteur.
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Incipit météo : « Le cas Trump » par Alain Roy [128]

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Never open a book with weather. Elmore Leonard, Ten rules for writing fiction.

Chapitre 1

Sur la route

En ce matin du 20 janvier 2024, le temps était glacial, un froid polaire balayait tout l’est du continent. L’application météo de mon téléphone portable indiquait qu’il faisait moins dix-huit degrés Celsius, et ça ne monterait pas tellement plus à Manchester. Je n’osais penser à toutes ces heures pendant lesquelles nous allions devoir faire la file à l’extérieur avant de pouvoir entrer dans l’amphithéâtre. Nous avions réservé nos places sur le site Trumpevents.com, mais des témoignages glanés sur le Web nous avaient appris que la règle appliquée était plutôt celle du premier arrivé, premier servi.

Je pensais en avoir fait le tour. Mais non, Alain Roy en rajoute sur le narcissisme de la bête. Donald Trump : un détraqué. À lire.

Brave homme, ce Roy, il ira au paradis des écrivains engagés.

C’est la San Jordi, offrez une rose et ce livre à l’être de votre choix.

Pour en savoir plus sur la San Jordi et améliorer votre espagnol c’est ici.

Alain Roy, Le cas Trump : Portrait d’un détraqué, Écosociété, 2025. Édition numérique.

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Ténèbre

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Ce roman paru en 2020 avait reçu une critique unanime et dithyrambique : intelligent, magistral, du grand art, vertigineux, terrifiant, érotique et ardemment violent.

J’avais eu l’occasion d’en discuter avec un ami, T,  lors d’un échange épistolaire en juillet et août 2021.

J’archive, J, presque à l’identique, nos impressions de lecture du moment.

 

 

18 juillet 2021

T – J’avance dans le Ténèbre de Kawczak. Une vraie histoire d’horreur louvoyant jusqu’à maintenant entre la colonisation belge au Congo, un bourreau érotique et un cercle d’amis gravitant autour des poètes symbolistes.

J – Congo de Vuillard, plus succinct, m’avait aussi horrifié et peut-être éloigné de Ténèbre.

27 juillet 2021

J – Terminé?

28 juillet 2021

T – Oui, Ténèbre terminé. Quel imaginaire foisonnant. Des personnages parmi les plus étonnants et troublants que j’ai rencontrés. Une écriture parfois incisive, radicale et tantôt poétique sans trop exagérer sur l’alternance. En prime, une gifle impériale, fort bien documentée, à la colonisation européenne du Congo. Petite ombre, à peine d’une allumette: peut-être un peu de complaisance de l’auteur à l’occasion dans la description scabreuse, « trash ». Et toi?

5 août 2021

J – Nous avons lu le même livre. L’auteur a du souffle, sait construire un récit au cœur des ténèbres, avec des personnages hors du commun.

Ce roman comporte des métaphores et des scènes audacieuses (euphémisme) qui flirtent parfois avec une exaltation excessive. J’y ai vu l’expression de l’imagination foisonnante de l’auteur.

«Incisive», écris-tu. Un mot qui lie plusieurs des personnages et des situations dans un réseau sémantique fortement tissé de l’incision, de la découpe, du tranchant et autres synonymes. Trop?

J’énumère : l’expédition Claes quitta Léopoldville avec la mission d’inciser un continent; les mains coupés des Noirs pour éviter le braconnage, économiser les cartouches et décourager toute révolte; Pierre Claes découpait les jungles; Vanderdorpe le médecin chirurgien; le père Brel, boucher, et qui finira par se trancher les couilles; son fils lui-aussi boucher; ses découpes animales qui excitent la belle Camille, mais ça finira mal … aussitôt les galipettes consommées, le jeune homme «s’envolera» dans les cieux pour se trancher la gorge; Xi Xiao le bourreau, découpeur, tatoueur et génial maître dans l’art du lingchi; Mpanzu qui pratiquent les «incisions», les tatouages, à fleur de peau; Vaderdorpe ivre : Un soir, avec Verlaine, ivres au dernier degré, il tenta de tuer Ruymbeck avec un morceau de vitre pour ensuite, hurlait-il, lui ouvrir le ventre et en sortir les œufs d’or;  Manon Blanche a des lèvres de pêches fendues; elle a aussi une jolie découpe : Vanderdorpe demeura muet au seuil du mystère de cette étrange découpe et de l’impossibilité d’existence de cette peau renversée, de cette merveille, infiniment plus sèche et pourtant infiniment égale à son histoire, à son amour, égale à la peau de Manon Blanche, à son cœur, à ses poumons, à ses viscères, infiniment égale au cœur du temps, égale à sa bouche, égale à ses yeux.

D’accord avec toi aussi en ce qui concerne l’alternance entre le lyrisme et le cru. Je ne prendrai qu’un exemple. L’amour que porte Vanderdorpe à Manon Blanche.

Lyrique :

Hébété et interdit, il démontait et remontait inlassablement la mécanique de ce baiser infiniment plus grand que lui, infiniment plus grand que Paris même dont il contenait toutes les larmes, les rues et le ciel.

Il comprit que Manon Blanche était double, à la fois prétexte de son amour et de sa souffrance et, de par sa beauté si fondamentalement sexuelle, enfantine et dérobée, nature de cette souffrance. S’il aimait aimer et aimait souffrir, et si Manon Blanche le lui permettait comme jamais cela ne lui avait été permis et ne le serait jamais plus, il n’en demeurait pas moins que Manon Blanche ne pouvait pas être réduite au rôle de simple agente de souffrance et d’amour, mais incarnait, dans sa quasi-divinité, l’image même de cette souffrance, de cet amour et de leur absolue nécessité.

Cru :

Outre l’affabulation autour des viscères de la belle citée plus haut :

Il n’y avait rien de grand, il le voyait bien, qui n’originait pas des zones odorantes ; aucune âme digne d’idée et de beauté qui ne partageait pas ce courage et ce goût de coller son visage aux orifices et conduits obscènes où s’agitaient, parmi les poils et les boursouflures, les larmes et les rêves de plaisir et de peine et toutes les vulnérabilités.

Des extraits qui m’ont fait sourire, parfois rire (ce n’était sûrement pas l’intention de l’auteur) :

Baudelaire qui jouit sous le regard de Manon Blanche, et dont la semence ressemble à des larmes d’évangile.

Il eût éjaculé par les yeux. (Vanderdorpe, médecin, après avoir imaginé l’ensemble de l’anatomie interne de Manon dont il est éperdument amoureux, mais pas elle de lui) : En tant que médecin, il n’avait pas de difficulté à imaginer le reste. Le cœur pompant derrière la cage thoracique. Les poumons encore roses à l’odeur d’orgeat. L’estomac tout occupé encore au veau du midi, arrosé régulièrement de salive et d’alcool. Et puis, nerveusement, il poursuivait, imaginant, intriqués, les deux intestins, en tas de chairs intimes et tendres, et puis plus bas encore, à bout de force, comme le nom secret de Dieu, l’anus et la vulve reposaient au cœur du temps. Vanderdorpe alluma une autre cigarette, au bord de la dissolution.

Excitant. Non?

Ce n’est pas grave dans l’économie d’ensemble du récit.

Un court échantillon de métaphores audacieuses :

la jeune fille espéra tout le soir tandis que le soleil d’été vomissait son or

des histoires d’amour et de magie, dans lesquelles pénis et clitoris s’allongeaient infiniment et se retrouvaient au-delà du monde humain pour échanger, à même les étoiles, de silencieux baisers.

Des plaisirs élyséens.

Une autorité excrémentielle.

Le potentiel électro-orgasmique.

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Paul Kawczak, Ténèbre, La Peuplade, 320 pages, 1920.

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